Pensées , I, 9, traduction de M. A. Pierron
INTRODUCTION
pire, de la Grèce asservie; âme indépendante et soumise, esprit curieux et pratique, Plutarque réunit, dans sa vie et dans ses œuvres, tous les contrastes qui donnent à l’histoire philosophique et sociale des deux premiers siècles de Père chrétienne un si puissant intérêt.
Aussi, n’est-ce pas seulement.à titre d’inter-
I prête des principes éternels de la morale, c’est en même temps, c’est surtout comme un des représentants les plus autorisés du mouvement des idées de son temps que nous voudrions le faire exactement connaître. On ne s’étonnera donc pas que nous commencions par chercher dans sa vie des lumières sur l’esprit et la portée de ses œuvres, et que nous rattachions l’exposition
critique de ses préceptes aux idées et aux besoins qui en ont été l’occasion ou le but; nous étudierons ensuite les causes de l’universelle efficacité de ses leçons.
C’est toujours une entreprise délicate que d’analyser la pensée d’un Moraliste. La plus
scrupuleuse exactitude n’est pas à l’abri des chances d’erreur. La précision trop grande peut devenir elle-même un péril, quand il s’agit d’un écrivain qui n’a jamais eu rien moins à cœur que de réunir ses préceptes en
INTRODUCTION
corps de doctrine. On peut résumer un livre de philosophie dogmatique. Pour faire comprendre et goûter des traités de morale pratique qui valent surtout par le détail, il faut nécessairement entrer dans le détail. Plutarque, particulièrement, est de ceux dont il est mal aisé de resserrer la pensée. Comment soumettre à une sèche analyse, sans risquer de la flétrir, toute cette fleur de comparaisons, de traits, de souvenirs, d’exemples, qui font le charme inimitable et l’originalité de son talent? Le jour, dit-il, où Thémistocle exilé arriva à la cour du roi de Perse, Àrtaxercès lui avant demandé de lui dire avec une entière liberté ce qu’il lui semblait desaffairesdela Grèce, Thémistocle répondit que, de même qu’une tapisserie, le discours a besoin d’être développé,* pour étaler les. ligures qui en l'ont la beauté; qu’il lui fallait donc du temps pour exprimer sa pensée 1 . Lui aussi, il ne saurait se passer de
temps ni d’espace, pour déployer les figures de . ses discours, et en dérouler la riante tapisserie.
Laisser à cette source vive d’ingénieux pré-