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CONCLUSIONS

Voici, d'une manière succincte, les conclusions qui nous paraissent découler légitimement de tout ce qui a été exposé dans ce travail :

1" Les injections sous-cutanées de morphine, répétées tous les jours et employées pendant longtemps, conduisent fatalement au morphinisme.

2° Pour prévenir la morphéomanie, on ne doit jamais autoriser les malades à pratiquer eux-mêmes leurs injections. Même défense doit être faite aux parents et aux garde-malades.

Il ne faut prescrire les injections de morphine que d'une manière éphémère et avec grande circonspection. Les médecins, en ordonnant beaucoup trop souvent les injections morphinées et sans exercer aucune surveillance, ont favorisé la production du morphinisme.

3° Dans tous les cas, on ne doit commencer l'usage de la morphine en injections que par des milligrammes ; car quelques centigrammes employés d'emblée peuvent déterminer, chez certains individus, des accidents graves.

4° Les opiophages ressemblent, à tous égards, aux morphéomanes , tant sous le rapport des modifications subies par la nutrition, que sous celui des troubles nerveux et de la dégradation intellectuelle. Néanmoins l'opiophagie parait être plus lente dans ses effets désastreux que la morphéomanie.

Les malades qui ont atteint les degrés les plus élevés de la morphéomanie n'ont plus ni volonté, ni libre arbitre, lorsqu'il s'agit de la morphine. Ils sont presque irresponsables de leurs actes et peuvent se livrer aux scènes les plus violentes sans pondération aucune. Et principalement

D' ZAMBACO.

Si l'on essayait de les priver de la morphine aux heures habituelles de leurs injections, lorsque l'économie réclame une nouvelle dose du poison pour remplacer celle qui a été usée, éliminée.

6» Les effets immédiats des injections chez les morphéomanes varient : chez les uns, la morphine modère et calme e système nerveux exalté par le défaut de l'alcaloïde dans 1 organisme ; chez les autres, au contraire, elle stimule réveille et fortifie en apparence , en dissipant l'engourdissement et l'hébétude préexistants et consécutifs à l'usure de la morphine précédemment injectée.

1° Dans l'empoisonnement chronique par la morphine, la mort peut arriver d'une manière lente, par l'inanition et le marasme qui surviennent même chez les personnes qui continuent à prendre des aliments sans profit pour l'organisme; elle peut être subite et succéder à une syncope.

8° La cachexie consécutive à l'abus des injections de morphine imprime une forme grave aux maladies aiguës éventuelles. Elle peut provoquer la naissance d'une maladie chronique lorsqu'il y a prédisposition.

Ainsi le défaut de nutrition, la misère physiologique que détermine le morphinisme, favorise le développement de la phymie chez les personnes prédisposées.

9° L'usage des injections morphinées présente les plus grands dangers chez les cardiaques, surtout les congestifs ; chez les phthisiques dyspnéiques, et en général toutes les fois qu'il y a anémie profonde, prostration nerveuse, ou défaut d'oxygénation du sang. La morphine, en ralentissant la respiration et agissant sur les contractions cardiaques, peut provoquer la syncope. Les injections de morphine sont hypoxémiques. Elles sont fort dangereuses dans l'anémie des centres nerveux.

10° Dans les maladies chroniques de la vessie, les injections, même modérées, de morphine peuvent amener un

narcotisme profond auquel succèdent sans réveil du malade l'a^ïonie et la mort. Il paraîtrait que la morphme, éliminée par les reins, est résorbée par la vessie. Amsi rentrée dans la circulation, elle fournit un nouvel appomt aux injections morphinées nouvellement effectuées.

■Il" La suppression de l'urine est une contre-mdication aux injections morphinées. Ce qui prouve, à priori et mdé^ pendarament de la constatation chimique, que la morphme est éliminée par les reins.

12° En général, tout état des reins qui dimmuela sécrétion de rurine ou qui entrave l'élimination par les émonctoires urinaires des substances charriées par le sang et qui doivent être expulsées par ces organes, est une contre-indication aux injections morphinées (ex : albuminurie, urémie, etc.). Dans ces conditions la morphine s'accumule ; elle sursature l'organisme et peut occasionner des accidents

13° L'usage journalier des injections morphinées détermine des sensations particulières qu'on peut comparer, jusqu'à un certain point, à celles occasionnées par les boissons alcooliques.

Le morphinisme amène des perturbations nutritives et intellectuelles qui ressemblent à celles de l'alcoolisme. Il y a, en effet, une ivresse morphinique comparable à l'ivresse alcoolique.

Les hallucinations, divers troubles nerveux, la manie même la plus violente peuvent être la conséquence de l'abus de la morphine comme ils peuvent résulter de l'usage immodéré des boissons alcooliques.

Il y a un délire morphinique, comme il y a un délire alcoolique.

Or, les morphéomanes sont de véritables ivrognes spéciaux.

14° On ne doit pas supprimer brusquement l'usage des injections chez les morphéomanes. Car, de même que pour

^ Dr ZAMBACO.

lesdipsomanes, l'abandon immédiat delà matière enivrante occasionne des troubles graves du système nerveux et même l'explosion de la manie la plus violente.

15° Le traitement progressivement diminutif produit les meilleurs résultats. Mais la guérison réclame souvent plusieurs mois pour être complète. Car parfois on ne peut baisser la dose de la morphine que par milligrammes. On doit en même temps diminuer successivement le nombre des injections pratiquées dans les vingt-quatre heures.

Les injections les plus importantes sont : celle du réveil, celle qui précède le principal repas et celle de la nuit. Ce seront donc les dernières à supprimer.

16° Les morphéomanes qui mesurent leur activité intellectuelle à la dose de la morphine injectée et qui se pratiquent dans la journée plusieurs injections pour y puiser de la force et l'aptitude au travail, peuvent suppléer à ces injections par un vin généreux, à forte dose, ou par le cognac qui les stimule, les soutient et les met en train, comme le faisait temporairement la morphine, et même avec plus d'efficacité et de meilleurs résultats.

17° En poussant certains morphéomanes à l'usage et même à l'abus des alcooliques, on parvient à les arracher plus facilement à la morphine. On substitue alors une ivresse à une autre. Quitte à les guérir plus tard de l'ivrognerie thérapeutiquement contractée.

Réciproquement, il y a des personnes qui ont renoncé à leur ancienne habitude de se griser avec du vin ou du cognac, à partir du jour où elles ont commencé à s'enivrer avec de la morphine. La morphéomanie peut donc se substituer à la dipsomanie, et réciproquement.

18° De toutes manières, l'usage du vin et du cognac, à dose modérée, contribue à la guérison du morphinisme, de concert avec les toniques et les médicaments sédatifs du système nerveux.

Les bromures, l'extrait thébaïque à haute dose, les bains

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■généraux pris surtout dans la nuit favorisent le sommeil et dans tous les cas apaisent la surexcitation du système nerveux soustrait à l'action de la morphine.

Les injections d'éther sulfurique pratiquées aux heures auxquelles le morphéomane avait l'habitude de se servir de 1 la morphine, rendent de grands services, soit en calmant 1 le système nerveux, soit en réveillant, en soutenant les morphéomanes qui tombent dans la prostration, dans la torpeur par l'absence de la morphine dans l'économie.

19" Chez certains morphéomanes, le traitement moral peut réussir. En les instruisant sur les conséquences fatales du morphinisme, en leur citant des exemples de cachexie, d'aliénation mentale et de mort consécutives à l'usage continuel des injections, le médecin arrive parfois à frapper leur imagination et à obtenir leur obéissance et leur coopération dans la tache ardue qu'il s'impose, de les arracher à leur terrible passion.

20" Cependant il y a des morphéomanes qui n'ont ni la volonté, ni le pouvoir de renoncer à l'usage des injections morphinées ; tous les conseils, tous les traitements sont restés infructueux ; et pourtant leur santé, leur raison, leur existence sont en danger. On ne peut pas, on ne doit pas les laisser ainsi se suicider en les abandonnant à leur conduite inconsciente.

La seule chance de salut réside alors dans la séquestration qui les oblige d'obéir, de se conformer ponctuellement aux ordres du médecin. Car on aura beau faire, les ivrognes de la morphine à l'état de liberté ont recours à toutes les ruses, malgré leurs promesses et leurs serments, pour se procurer de la morphine et pour se livrer ainsi à leurs coupables habitudes, à l'insu de tout le monde. Leur conduite dans ces cas encore est absolument identique à celle des ivrognes alcooliques vulgaires qui ne reculent devant rien lorsqu'il s'agit de se procurer l'objet de leur convoitise.

Paris. — Soc. d'imp. PAUL DUPONT (Cl.) I2i;.1.8.

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