CHAPITRE IV
Rarement nous avons observé de complications pulmonaires imputables au streptocoque seul.
Nous avons pu en recueillir quelques-unes où le streptocoque était associé au pneumocoque par exemple ; cependant nous avons eu un cas de pleurésie à streptocoque pur. C'est celui de la femme M.., âgée de 46 ans, qui fit de la pleurésie au cours d'un érysipèle de la poitrine, du cou et de la face.
À l'autopsie on trouva dans la plèvre droite environ deux litres d'un liquide louche qui donna des cultures pures de streptocoque. Les poumons étaient congestionnés.
Le péricarde normal contenait une assez notable quantité de liquide. Le ventricule gauche était hypertrophié, le droit était dilaté. Plaques d’athérome sur l'aorte. Valvule mitrale calcifiée.
Foie cardiaque muscade.
Reins du volume normal, mais la substance corticale n'existait pour ainsi dire plus, quoique la
malade n'ait jamais eu d'albumine dans les urines.
Ces complications pulmonaires ne sont pas très rares. D'ailleurs l’érysipèle de la face débute souvent par un coryza intense qui est très probablement la première lésion due au germe pathogène, et il n'ya rien là qui puisse nous surprendre, si l’on songe que le streptocoque est l'hôte habituel de notre cavité buccale. Aussi les premières voies respiratoires ne sont-elles pas non plus épargnées par le microbe.
Nous pourrions rapporter le fait d’une femme de 46 ans, alcoolique, ayant déjà eu de nombreux ér ysipèles et qui, à la suite d’une nouvelle attaque, le 19 novembre 1895, fut prise de paralysie labioglosso-laryng£e très nette et mourut le 22 du même mois pendant une syncope. SE
Les ensemencements faits avec les organes donnèrent des cultures de streptocoque.
Une autre malade du service, âgée de 37 ans, la nommée K...,papetière, fûtemportée en quelques jours par un phlegmon sous-maxillaire à streptocoque.
Le 3 décembre 1896, un garçon nourrisseur, âgé de 25 ans, entra dans nos salles pour un érysipèle de la De qui avait débuté le 2. Il présentait un engorgement ganglionnaire considérable. Il respirait difficilement. À l’auscultation on n’entendait pas de râles, pas de souffle, mais du retentissement trachéo-bronchique. Pouls 96°. Température 38°2
nr RES
On incise les ganglions où le pus commence à se collecter.
Les jours suivants pas de changements, la respiration devient seulement plus pénible. Le malade ronfle très fort.
Le 11 décembre, à 8 heures du soir, la respiration est presque impossible. On constate un œdème considérable qui très probablement a gagné la glotte.
On pratique la trachéotomie, tractions de la langue, respiration artificielle, rien n'y fait. Le malade succombe à 9 heures.
À l’autopsie on trouve une infiltration marquée des tissus circumglottiques.
Nous rappellerons encore l'observation de la femme S..., âgée de 40 ans.
Observation. -- Cette femme entre dans le service le 13 janvier 1893 avec le diagnostic d'érysipèle phlegmoneux du cou. À son entrée, elle présentait un œdème énorme de toute la région hyoidienne s'étendant en bas jusqu’à la fourchette sternale, où s'était formé un gros bourrelet. Au toucher, sensation d'empâtement généralisée, avec une petite zône plus mollasse à droite de la ligne médiane,
Déglutition presque impossible, respiration pénible, pas de cyanose.
Cette femme est enceinte de 6 mois. Œdème des membres inférieurs.
Le soir, à 5 heures moins le quart, étant sur le bassin, elle expulse un ee vivant, délivrance normale.
À 8 heures, on fait une incision à l'endroit où l’on per-