‹ De la Mort Subite dans la PneumonieChapitre 10 sur 12 · PATES · texte numérisé non relu

PATES

Foie : sain, un peu granuleux. Pas de calculs dans la vésicule.

Reins : sains, facilement décortiquables. La substance craisseuse est peut-être un peu considérable.

Rate : nombreuses adhérences avec les parties voisines.

Crâne : pas de fracture.

Cerveau : normal. |

Conclusion : La mort est due à la pneumonie.

Ogservarion VIII

Prise dans Brouardel (La mort et la mort subite. Paris, 1895).

Mort subite. Pneumonie. Présence d'un tampon dans la bouche.

Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Thibierge, substitut, en vertu d’une ordonnance en date du 20 avril 1887,-etC.54.

Le cadavre est celui d’une femme petite et maigre, paraissant âgée de 65 ans environ, La putréfaction n’est pas commencée'et la rigidité cadavérique n'a pas encore complètement disparu. On ne constaie aucune trace de violence sur les différentes parties du corps. La voute palatine de forme ogivale est en partie détruite. Cette destruction qui commence à 3 centimètres en avant des dents, affecte la forme d'un triangle isocèle, dont le sommet dirigé en avant, se trouverait un peu à gauche de la ligne médiane et dont la base siégerait sur le voile du palais. Ce triangle mesure 4 centimètres de hauteur et la base est de 3 centimètres; les bords sont formés par les os palatins qui sont assez régulièrement détruits. Par cette ouverture, on aperçoit Les cornets et la partie supérieure du pharynx qui est couverte de mucosités et de granulations. La paroi postérieure du voile du palais est un peu abaissée, mais elle existe très nettement avec la luette et les piliers. Le tampon qui nous a été présenté et qui servait à

cette femme pour obturer cet orifice est constitué par un morceau de linge pesant 7 grammes, mesurant 7 centimètres dans son plus grand diamètre et 5 centimètres dans son plus petit.

Il n’y à pas d'épanchement sanguin sur le cuir chevelu. Les os du crâne ne sont pas fracturés. Le cerveau n’est pas congestionné, iles méninges s’enlèvent facilement. On ne constate aucune lésion, ni tumeur du cerveau, du bulbe ou du cervelet. |

L’æsophage est sain.

La trachée contient du muco-pus en assez grande quantité.

Les cavités pleurales ne contiennent pas de liquide: il y a quelques adhérences, mais il n'y a pas d’ecchymoses sous-

pleurales.

La base du poumon gauche est le siège d'une pneumonie ; à ce niveau, le parenchyme pulmonaire est dur et les fragments de poumon vont au fond d’un vase plein d’eau.

À la coupe des poumons, on constate que les grosses bronches sont remplies de muco-pus.

Le péricarde est vide. Il n’y a pas d’ecchymose sous-péricardique. Le ventricule gauche contient un caillot mou, le ventricule droit renferme un caillot fibrineux. Il existe un peu de rétrécissement de la valvule mitrale.

Le foie est petit et un peu gras. La vésicule biliaire ne contient pas de calculs hépatiques.

L'estomac renferme un peu de mucosités.

La rate est saine et n'est pas diffluente.

Les reins se décortiquent facilement, la substance corti cale est un peu atrophiée.

Les intestins sont sains et ne sont pas congestionnés.

L'utérus est petit et en rétroversion.

La vessie est vide et sa muqueuse en est saine.

Conctusion. — La mort de la femme S.. est le résultat d'une pneumonie de la base du poumon gauche, survenue

chez une personne atteinte d’emphysème et de bronchite chronique.

I] est probable que le tampon qui obturait la destruction de la voute palatine s’est déplacé quand, sous l'influence de la fièvre, la femme S... a perdu la notion exacte des faits qui se passaient, que ce tampon déplacé a gêné les actes de la respiration et a entrainé ensuite une asphyxie assez rapide. Toutefois, l'affection pulmonaire pouvait seule également déterminer la mort. On ne constate aucune trace de violences sur les différentes parties du corps de cette femme.

CBSERVATION IX

Personnelle, recueillie dans le service de M. le D' Caussade. Salle Marjolin, ne 31, Saint-Antoine.

S... L., 46 ans, commis-voyageur, est examiné le 9 avril 1898. Il est entré la veille dans le service pour un point de côté à droite. La douleur est survenue brusquement cinq jours avant, c'est-à-dire le 3 avril; elle fut accompagnée d’un fris- .Son intense n'ayant pas duré plus d’un quart d'heure. Ce frisson fut suivi d’un léger état fébrile.

Il fut d’abord soigné chez lui, mais, sa gêne respiratoire et sa fièvre ne diminuant päs, il entra à l'hôpital.

La dyspnée est très vive, l’obligeant à se tenir assis sur son lit, s'accompagnant à chaque inspiration d’une douleur dans le côté droit. Celle-ci n’est d’ailleurs pas continue. Le malade tousse peu, mais son expectoration est abondante, mousseuse, aérée, remplissant en une demi-journée la moitié d'un crachoir ; elle est de coloration brune, non adhérente, non visqueuse. Sauf la couleur, elle ressemble plus à une expectoration bronchitique que pneumonique.

La température est de 38°4. La langue est sèche. Pas d’appétit. Selles normales, pas de vomissements Peau légèrement moite.

Le pouls qui marque 110° est fort et plein. Il y a augmenta-

Aer onu tion de la tension artérielle, perceptible aux temporales qui sont sinueuses et saillantes, sans athérome.

Le malade est agité, il a de l’insomnie avec délire ; ses réponses brèves avec légère trémulation des lèvres et de la languc, ne laissent aucun doute sur ses habitudes d’alcoolisme.

Examen physique. — Poumon : Léger effacement des espaces intercostaux, ampliation thoracique à droite.

Percussion. — Matité dans les 3/4 inférieurs du poumon droit.

Palpation. — Vibrations thoraciques, conservées, peut-être légèrement diminuées dans toute cette région.

Auscultation. — Souffle assez dur, entendu aux deux temps à la partie tout inférieure du poumon droit.

Au-dessus, jusque dans ia fosse sus-épineuse, souffles et râles crépitants, mélangés à des sous-crépitants.

Il y a de la bronchophonie et de la pectoriloquie aphone.

Tous ces signes sont perçus à droite. Rien à gauche.

Cœur : Rien au cœur.

Foie : Le foie est gros, il déborde les fausses côtes de deux travers de doigt; cette hypertrophie est perceptible à la percussion et à la palpation qui est légèrement douloureuse.

Rate : La rate est normale.

Urines : Les urines sont rares (1/2 litre) non albumineuses. Elles contiennent un peu d’urobiline {(spectroscope).

Antécédents héréditaires. — Père et mère morts de vieillesse.

Antécédents personnels. — N'a jamais été malade. Offre des antécédents alcooliques non douteux. Buvait plusieurs absinthes par jour et d’autres apéritifs.

Diagnostic. — Pneumonie du lobe inférieur droit (peut-être des deux lobes moyen et inférieur) à forme congestive, évoluant sur un terrain prédisposé, s’accompagnant d’un léger épanchement en lame à la partie inférieure ou d’un léger exsudat fibrineux pleural.

Pronostic. — Sérieux.

En) quo

Traitement. — Todd. Révulsion : Ventouses scarifiées.

10 avril. — Mêmes signes fonctionnels et même état général.

Le souffle plus net, prend un caractère nettement tubaire les signes d'épanchemeni ont disparu presque complètement.

Le pronostic n’en est pas moins sérieux et, en présence d'une température assez élevée (39,4), de l’état d’excitation du malade, on prescrit les enveloppements mouillés toutes les 8 heures.

13 avril. — Le malade a suivi le même traitement qui semble moins influer.sur sa température que sur son état général. Il le supporte mieux, se sent moins oppressé dans l’intervalle de chaque enveloppement et a pu dormir. La température oscille entre 39 et 40°.

14 avril. — Chute brusque de la température {37°) sans qu'aucun des signes physiques soit modifié et que les signes fonctionnels sauf la dyspnée ait diminué. Pas de phénomènes critiques.

Le soir du même jour, la température remonte à 3%. Le pouls est à 120°. Râles crépitants à droite, nombreux. Légers, crépitants à gauche. Rien au cœur.

15 avril. — Chute nouvelle de la température au-dessous de 37° (température rectale). Cette chute est accompagnée de sueurs profuses et d’une cerise urinaire de 2 litres 1/2. Les urines sont limpides et sans albumine. Be malade se sent mieux, il demande à manger.

16, 17 avril. — I] paraît entrer en couvalescence, mange un degré, puis deux avec appétit, ne sent plus d’oppression, dort parfaitement. Son expectoration est peu modifiée.

Le souffle persiste, mais les râles de retour sont très nets.

18 avril. — Ascension de la température matutinale légère (38). Elle atteint le soir 38°9, mais, à part ce mouvement fébrile, la convalescence semble devoir suivre son cours. Le malade n'a pas d'oppression, demande à se lever.

Outre les signes stéthoscopiques de la veille, on perçoit

dans la fosse sus-épineuse un léger souffle et des râles crépitants, avec pectori loquie aphone et bronchophonie.

Diagnostic. — Pneumonie du sommet succédant à une pneumonie en voie de guérison des 2 lobes inférieurs.

Traitement. — Révulsifs. Stimulants. Enveloppements au drap mouillé continués jusqu’au 20 avril.

20 avril. Le malade, malgré la persistance de ses signes physiques, ne se plaint d'aucune souffrance, se trouve bien et demande même à se lever et à manger.

Cœur normal. Urines abondantes et sans albumine. Pouls à 90. Température 37,6. On met le malade au 2° degré.

23 avril. Dans l'intervalle du 20 au 28, aucun symptôme grave, température revenue à la normale, sans ascension notable.

Le soir du 23, la température atteint 38,6.

Rien au cœur, pouls peu fréquent et plein.

Poumon droit soufflant au sommet, mais ni dyspnée, ni toux.

Quelques heures après la contre-visite, le malade se lève pour aller aux cabinets, et, en revenant, meurt subitement.

25 avril. Autopsie. — léricarde sain.

Plèvre gauche, lisse, sans adhérence. Plèvre droite, normale en haut, quelques adhérences récentes à la partie inférieure, exsudations et fausses membranes fibrineuses.

Le poumon gauche est légèrement congestionné à la base. Flotte sur l’eau. Toutes les autres parties sont saines,

Le poumon droit offre dans ses deux lobes inférieurs les lésions de pneumonie en voie de résolution. Son aspect est granité, rosé, de consistance moins dure que dans l’hépatisation rouge, quoique non revenu à l'état normal. Les mor-. ceaux découpés dans ces deux lobes se maintiennent entre deux eaux.

Au sommet du poumon droit, pneumonie lobaire du lobe supérieur en voie d'hépatisation grise. Pas augmenté de volume, il est simplement dur, friable à la coupe, avec des ilots

LÉobRis

gris cendré sur fond rouge sombre.L'exsudat est jaunâtre visqueux.

Cœur normal. Pas de dilatation des ventricules, rien aux valvules. Les piliers sont d'apparence et de coloration normale à la coupe. Pas de coronarites. Les coronaires sont très perméables.

Le foie est gros. Poids 2.150. Garde l'empreinte du doigt. Foie gras décoloré. A la coupe, il laisse suinter des gouttes graisseuses qui enduisent le scalpel.

Rate : normale.

Reins: de volume normal. Décortication facile. Délimitation nette des deux substances, pas de kystes.

Rien au péritoine.

Intestin : sain.

Rien aux méninges et au cerveau. Pas de trace d’hémorragie cérébrale et bulbaire.

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