‹ De la Mort Subite dans la PneumonieChapitre 9 sur 12 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

Prise dans Brouardel. — La mort et la mort subite (Paris, 1895).

Mort subite sur la voie publique. Pneumonie suppurée.

Homme relevé sur la place publique pour être transporté à

= 97 — l'hôpital ; il est mort pendant le: trajet, le 2 février 1878. Les détails font complètement défaut sur les antécédents.

L’autopsie est faite à la Morgue,le 11 février 1878. L'habilus extérieur du corps présente peu de particularités à noter, Sauf l’état d'émaciation très prononcé et une rétraction considérable de l'abdomen qui pourraient faire penser immédiate ment à l’inanition, cornme cause de la mort subite ; l’âge doit être de 40 à 45 ans.

Du côté des téguments de la tête, nous ne trouvons qu’une large cicatrice qui occupe la moitié gauche du front, descend sur la joue en avant de l'oreille et atteint presque la mâchoire inférieure. Cette cicatrice est froncée, rétractée, marquée par des lignes blanches qui tranchent nettement sur la coloration de la peau à côté; elle n'offre pas d'adhérences profondes; cette cicatrice n’est probablement pas de nature très aneienhe, car on trouve en haut un point non encore cicatrisé, à moins que ce ne soit une ulcération récente greffée sur l’ancienne cicatrice.

Les cornées sont complètement dépolies, les iris rétractés, cachés. Les membres présentent une flaccidité complète.

L'ouverture de la cavité cranienne n'offre aucune particularité : les os du crane sont épais, les corpuscules de Pacchioni nombreux ; les méninges n'’offrent ni fausses membranes, ni injection; la décortication est facile ; les coupes en divers sens dans la substance cérébrale,le bulbe et le cervelet, ne décèlent aucune lésion.

La bouche, le pharynx et la langue ne présentent rien d'anormal.

Les plèvres offrent des adhérences formées par des fausses membranes anciennes sans épanchement; ces fausses membranes se montrent à droite en avant, sur le côté et en arrière, à gauche, en arrière seulement.

Le poumon gauche composé anormalement de 3 lobes, présente une hépatisation grise très nelte dans son lobe inférieur, une hépatisation un peu moins avancée dans le lobe

moyen; un fragment de ce tissu tombe immédiatement au fond de l’eau. A droite, hypostase seulement à la partie inférieure, pas de tubercules.

Le cœur a un aspect normal intérieurement; pas de lésions valvulaires, mais caillot cruorique remplissant le ventricule droit et même le ventricule gauche.

Pas de liquide dans le péritoine, mais on y trouve deux petits corps étrangers, de consistance fibro-cartilagineuse, de coloration blanchâtre, rappelant assez bien les artrophytes des articulations ; de petits noyaux absolument semblables, mais encore adhérents au grand épiploon, démontrent suffisamment que nous avons affaire à une production épiploïque, dont la nature fibro-cartilagineuse s'explique du reste fort bien par l'existence des cellules de cartilage que M. Ranvier a signalée dans cette membrane.

L'’estomac, l'intestin, les reins, la rate, les testicules n’offrent rien à considérer ; notons cependant la vacuité complète de l'estomac.

Le foie est fortement congestionné, mais ne présente ni dégénérescence graisseuse, ni trace de cirrhose.

En somme, nous sommes en face d'une mort subite dans le cours d’une pneumonie chez un adulte : fait d'autant plus remarquable que suivant toutes les probabilités, cet individu continuait de marcher malgré sa pneumonie, puisqu'il a été ramassé sur la voie publique. Rien dans l’état des organes qui permette d'affirmer l'alcoolisme comme ayant pu contribuer au dénouement de cette pneumonie. Tout au plus, pourrait-on invoquer l’état d'émaciation si prononcé, la vacuité de l'estomac, pour expliquer cette marche anormale de la maladie. Mais, d’un autre côté, cet individu ne devait pas être si affaibli, puisqu'il avait encore pu se lever et marcher.

ER er

OBsERvATION VII Prise dans Brouardel (La mort et la mort subite. Paris, 1895).

Mort subite. Pneumonie.

Autopsie faite à la Morgue d’un inconnu n° 210, trouvé mort le 9 avril 1878 au matin sur la voie publique à Thiais (Seine). Commissariat de Choisy-te-Roi.

Le corps paraît être celui d’un homme de 55 à 60 ans: les cheveux et la barbe sont blancs, mais les poils du pubis sont châtains.

Pas de gonflement des membres inférieurs.

Sur le ventre trace d’une } douzaine de ventouses scarifiées.

Le ventre est rétracté.

Le testicule droit est atrophié.

Pas de traces de violence.

Thorax : quelques adhérences des plèvres à droite.

Le cœur est un peu déplacé, plus transversal qu’à l’ordipaire, il est gros, contient des caïllots assez volumineux.

L’artère pulmonaire contient un caillot agonique volumineux, mais qui se termine en pointe bifurquée ; ce n’est pas un Caillot d’embolie.

L’aorte contient également un caillot fibrineux également assez long. Pas d'insuffisance des valvules aortiques; un peu d’athérome de la crosse de l’aorte. Valvule mitrale normale.

Poumon droit va au fond de l’eau. Pneumonie du sommet. Ce poumon avait déjà des adhérences anciennes. La pneumonie s'étend à presque tout le poumon.

Rien dans la trachée.

Ganglions énormes avec anthracosis.

Abdomen : Estomac très petit et absolument vide, ré-

tracté.

Vessie : vide.

Page 1