‹ De La Mort Subite Dans les Dilatations congénitales de l'EsophageChapitre 10 sur 13 · ROIS · texte numérisé non relu

ROIS

Le 17 août au matin, le malade mange sa soupe comme de coutume. Quelques instants après, l'infirmier de la salle le trouvait mort dans son lit.

Autopsie. — L'autopsie, pratiquée 24 heures après la

mort, montre une infiltration broncho-pneumonique tuber-

culeuse des deux sommets avec deux cavernules du volume d'une noisette dans le lobe supérieur gauche.

Le cœur est intact, ne contenant pas de caillots. Le péricarde contient une petite quantité de liquide citrin. Le foie, les reins, les capsules surrénales, la rate, l’encéphale ne présentent rien de particulier à noter.

L'estomac et l'intestin sont sains sans traces d’ulcérations.

L'œsophage est le siège d’une dilatation considérable. 11 est rempli d'une bouillie alimentaire qui injecte et lui donne dans le médiastin postérieur le volume du poignet. La dilatation qui porte sur la longueur totale de l'organe à son Maximum immédiatement au-dessus du diaphragme. L'organe entier examiné sur place, à la forme d’un cône très allongé à base inférieure reposant sur le centre aponévrotique.

Si maintenant on pratique l'ouverture de cet œsophage, on constate qu'il n’est le siège d'aucune lésion. On ne ren-

contre pas trace dulcérations à sa surface, non plus qu'au

niveau du cardia. Pas de varices œsophagiennes. La muqueuse paraît normale dans toute son étendue. Etalée sur la table de l’amphithéâtre, la paroi du conduit œsophagien mesure dans sa plus grande largeur 17 centimètres, ce qui donne à ce niveau un diamètre d'environ 6 centimètres.

L'orifice supérieur et l’orifice inférieur ont leurs dimensions normales. |

Il est à noter que durant la vie, le malade n'avait présenté ancun symptôme pouvant faire supposer une pareille lésion congénitale.

Il n’avait jamais présenté aucun signe de dysphagie, — point de vomissement, ni de régurgitations, pas de mérycisme.

Pas trace d'albumine dans les urines au cours de son

séjour dans la salle.

TIOLOGIE

Les observations précédentes ne nous fournissent que bien peu de renseignements au point de vue de l'étiologie.

Il sembie cependant que ce sont principalement les hommes qui ont fourni des exemples de dilatation congénitale de l'œsophage. Ces cas de dilatation indépendante de tout obstacle mécanique à la déglutition sont rares. C’est Pruhom qui le premier signala cette lésion qu'il avait observée une fois. Nous n'avons pu d’ailleurs lire sa description. (London. medical and physical journal). En 4853, Spengler. (Wiener medical Wochenschrift) donne une nouvelle observation de dilatation de f'œsophage que nous n'avons pu nous procurer. Luschha (Virchow’s Archiv. vol. XIIE, 4° livre, 1868), cite un cas de dilaiation œsophagienne chez une femme de cinquante ans, qui depuis l’âge de quinze ans avait toujours pu rendre facilement des

aliments qui semblaient avoir pénétré dans l'estomac.

Stern a rapporté également un cas de dilatation régulière de l’ésophage. Cet organe avait un diamètre de 12 centim. pour la partie moyenne et une épaisseur de 4 mill. L’orifice du cardia était normal. Stern notait des lésions d’une inflammation catarrhale parenchymateuse et ulcéreuse de la muqueuse et -de la sous-muqueuse, et admettait que l'alcoolisme et la syphilis pouvaient être des causes prédisposantes de l’affection.

Enfin M. Cognard, interne des hôpitaux de Lyon, rapporte une observation de dilatation de l’œæsophage chez une

femme. (Lyon medical, année 1878).

Au point de vue des antécédents personnels du malade, trois des observations que nous avons rapportées ici nous montrent que les malades étaient des tuberculeux. La tuberculose sérait-elle une cause adjuvante de là dilatation ? Il est à noter cependant à ce sujet que dans le seul cas où l’on ait observé des -ulcérations du conduit œsophagien, ces ulcérations étaient simples et nullement tuberculeuses. Mais il se peut que la tuberculose en affaiblissant l’organisme prédispose les malades à la mort subite. CI. Bernard a en effet démontré par l'expérience (Legons de pathologie expérimentale, 4872), qu'une tourterelle privée de nourriture pendant plusieurs jours, tombe et meurt immédia-

tement, quand par exemple on lui pince la patte. « Nos

ADS ee

expériences, ajoute le savant physiologiste, tendent à confirmer que cette mort est due à une syncope, car les mouvements du cœur sont arrêtés momentanément lorsqu'un nerf sensitif se trouve douloureusement impres-

sionné.

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