RS QUES
Celui-ci devra donc, dans tous les cas de mort subite ou suspecte, examiner le thymus ainsi que, du reste, les autres glandes à sécrétion interne.
Mais il convient de prendre à l’autopsie certaines précautions, afin de rechercher les déformations de la trachée (sil y en a) dans le cas d'hypertrophie notable du thymus, car en raison de son élasticité, le conduit aérien peut revenir à sa forme normale dès l'ouverture du thorax. Il est nécessaire, suivant certains auteurs, d'enlever en bloc le thymus, la trachée, lse gros vaisseaux, et de fixer cette masse dans le formol avant d'étudier les rapports de ces différents organes, ou encore, comme le conseille Marfan chez l'enfant, de pratiquer l’autopsie de la région en suivant la technique opératoire de la thymectomie sans ouvrir la cage thoracique.
La capsule thymique incisée, on exerce sur les parties latérales du thorax une pression assez forte pour provoquer l'ascension du thymus au-dessus du manubrium. Il devient des lors facile de s'assurer s’il exerce une compression quelcoïque sur la trachée ou les gros vaisseaux, ce qui est assez 1are, comme nous l’avons vu.
Il faudra ensuite regarder s’il n’y a pas une conformation anormale de l’orifice supérieur du thorax.
L'espace critique de Grawitz (compris entre le manubrium sternal et la 7° cervicale) a un diamètre antéro-postérieur de 2 c/m à 2 c/m 1/2 chez le nouveau-né. Par suite d’une anomalie congénitale ou d’une déformation rachitique des côtes, ce diamètre peut être plus étroit que normalement.
Le thymus ayant été ensuite isolé et séparé des autres organes, on devra rechercher soigneusement son poids, en se rappelant que le poids trouvé est inférieur à celui qui
existait sur le vivant.
Avec le Professeur Pierre Parisot, nous considérerons comme hypertrophié tout thymus pesant plus de 20 grammes.
L'examen histologique du thymus, ainsi que celui des autres glandes à sécrétion interne, devra éêtre pratiqué.
À ce propos, rappelons qu’'Etienne Martin et Battino ont attiré l'attention sur ce fait que, chez l'enfant, la cause de la mort subite doit être rattachée fréquemment à la syphilis héréditaire, d’où nécessité pour le médecin expert de prélever des fragments d'organes, de pratiquer l’examen histologique des glandes hypertrophiées ainsi que la recherche du spirochète au moyen de frottis colorés aussitôt par les sels d’argent.
Il faudra aussi, chez l'enfant, faire l'examen microscopique du poumon, car la broncho-pneumonie et la bronchite capillaire, assez fréquentes dans le jeune âge, peuvent s’accompagner d’hypertrophie du thymus.
On se rend compte combien est parfois délicate la tâche du médecin-expert qui, en face d’un cas de mort subite, devra avoir à l'esprit les phrases de Brouardel, dans son livre sur « la mort subite » : « Il est nécessaire de toujours examiner le thymus d’un enfant mort subitement, afin de ne pas laisser planer le soupçon d’un crime sur une personne innocente » ; et aussi: « De tels faits peuvent donner naissance à des questions embarrassantes et mettre en cause la responsabilité du chirurgien. »
C’est l’autopsie seule, menée avec la prudence et la méthode nécessaires, qui pourra donner dans des cas parfois embarrassants la véritable cause de la mort et éclairer la
justice.
OBSERVATIONS
Voici maintenant des observations de mort subite dans lesquelles soit l'expertise médico-légale, soit l’autopsie ordinaire, purent montrer que l’hypertrophie du thymus était la cause probable de la mort.
OBSERVATION I FARRET, 1896 (in thèse HERBIER)
À la maternité de Saint-Louis, un enfant pesant 2.500 gr. naît en état de mort apparente et il succombe huit heures après par arrêt de la respiration, les battements du cœur ayant été bons jusqu'au dernier moment. L'enfant est mort avec du tirage sus et sous-sternal. À l’autopsie, on trouve un thymus pesant 11 gr. un peu congestionné. Poids de l’énfant, 2.700 gr.
L'auteur se demande si la mort est due à la compression de la trachée ou du nerf phrénique gauche. à
La traché paraît un peu aplatie d'avant en arrière. De plus le nerf phrénique gauche est très adhérent au bord gauche du thyraus.
OBSERVATION II
PERRIN DE LA ToucHE (in thèse HERBIER)
L'auteur eut à faire l’autopsie d’un nouveau-né qui avait été caché dans la maçonnerie d’un grenier.
Le cadavre ne portait aucune trace de violences. La docimasie pulmonaire indiquait que le petit être n'avait pas respiré et Perrin de la Touche ne trouva comme explication de la mort que la pression exercée sur la trachée par le thymus anormalement développé et qui pesait 17 grammes.
“ie ER
Le dire de la mère, d'autant plus acceptable qu’elle se chargeait ” elle-même, vint corroborer cette hypothèse.
Elle déclara que son enfant avait remué après sa venue au monde, même quand elle l'avait enveloppé dans les linges, mais qu'il n'avait jamais crié. Les autres habitants de la maison, qui avaient entendu cette femme dans ses allées et venues de son logement à son grenier, affirmèrent tous qu’ils n'avaient pas entendu de cris d'enfant.
OBSERVATION III
GRAWITZ (résumée)
Un enfant de 8 mois, toujours bien portant, est laissé à la garde d’une domestique pendant quelques heures. Les parents en rentrant trouvent leur enfant mort dans son berceau et accusent la domestique d’avoir étouffé l'enfant.
L'autopsie faite par Grawitz et Liman constate que le cadavre est celui d’un enfant bien constitué et bien nourri.
On enlève le sternum et on trouve un thymus considérablement hypertrophié, recouvrant les gros vaisseaux de la base du cou et s'étendant jusqu’à la glande thyroïde.
L'organe est parsemé de suffusions sanguines et, à sa surface, on voit un piqueté hédorragique.
Le cœur est normal.
Rien dans les bronches ni dans les poumons.
Rien de particulier dans le cerveau ni dans les organes abdominaux.
Pour Grawitz, la mort est due à l’hypertrophie du thymus par le mécanisme de la compression de la trachée.
OBSERVATION IV Koz, 1886 (résumée)
L'auteur fut appelé, le 4 juin 1886, pour constater la mort d’un enfant naturel de 4 mois, trouvé dans le lit de son père, celui-ci étant en état d'ivresse.
L'autopsie légale fut ordonnée et pratiquée le 9 juin. Voici les principaux résultats : ;
Enfant d'environ 5 mois, du sexe masculin, grandeur 65 centimètres, bien nourri, muscles normaux, conformation normale. :
Ventre verdâtre, poitrine pâle, extrémités un peu cyanosées.
Pas de suffusions sanguines.
Méninges un peu hyperémiées, pas d'épanchement. La substance cérébrale ne présente rien de particulier, sa consistance est normale. Les vaisseaux sont remplis d’un sang noir liquide. Rien dans le cervelet.
A l'ouverture de la poitrnie, le thymus est très hypertrophié. Il pèse 40 gr. 2, mesure 9 c/m de longueur sur 3 c/m de largeur au sommet, 5 c/m 5 à la base et 1 c/m 5 d'épaisseur. Le péricarde contient environ 20 c/m° d’une sérosité claire et rosée. Le cœur est bien développé, le muscle a une couleur normale; rien aux valvules. Les gros vaisseaux sont remplis de sang noir. Le larynx est libre, sa muqueuse pâle. Les poumons sont hyperémiés, rougeâtres et présentent quelques pétéchies à leur surface. La rate mesure 10 c/m de longueur, 5 c/m de largeur et 1 c/m 5 d'épaisseur. Sur une coupe, les follicules ne sont pas très apparents.
Les reins ne présentent pas de lésions appréciables. Ils sont un peu congestionnés.
L’estomac un peu dilaté contient quelques gaz. La muqueuse est rougeâtre au niveau du grand cul-de-sac, pâle ailleurs.
Le foie mesure 15 c/m de longueur, 8 c/m pour le lobe droit, 7 c/m pour le lobe gauche. Il est légèrement congestionné.
L'intestion contient quelques gaz, sa muqueuse est saine partout.
Conclusion. — La mort est due à la forte congestion encéphalique qu'on doit rattacher à l’hypertrophie du thymus.
Comme on le voit, ici le thymus n'intervient que comme
cause indirecte, mais essentielle cependant de la mort.
— FA mm
OBSERVATION V
PorTT (in thèse HERBIER) (résumée)
Un garçon de 7 mois meurt subitement. A l’autopsie, on ne trouve comme cause pouvant expliquer la mort, qu'un thymus pesant 23 grammes.
OBSERVATION VI
VIBERT (résumée)
Il s'agit d'une fillette de 4 semaines. Sa mère monte en chemin de fer avec elle, la nuit, à Saint-Germain-des-Fossés. Elle installe son enfant à côté d'elle, sur un oreiller, et s'endort ainsi que tous les autres voyageurs. À Nevers (soit un peu plus de deux heures et demie après), on constate que l'enfant est mort. La mère prétend qu'un voyageur, placé à côté de l’enfant, dormait le bras appuyé contre la poitrine de celui-ci. Aucune marque de violence sur le cadavre, seulement le cordon du bonnet a laissé un sillon très profond au devant du cou. +
Les poumons sont légèrement congestionnés, mais il n’y a pas d'écume dans les bronches; quelques ecchymoses sous-pleurales ; pas d’ecchymoses sous-péricardiques; un peu de sang liquide dans le cœur droit. Estomac vide. Le thymus descend jusqu’à la partie moyenne du cœur, soit une longueur de 7 c/m 1/2. Poids,
25 gr.
OBSERVATION VII
STRASSMANN (résumée)
En 1894, un enfant de 6 mois, en bonne santé, vigoureux jusque là, meurt subitement.
Autopsie: Pas de rachitisme, hypertrophie des follicules 1ymphatiques de l'intestin, de la langue et de la gorge; intestin rempli d'un contenu liquide. Thymus très hypertrophié mesurant 9 c/m de long, sur 5 c/m de large et 1 c/m 7 d'épaisseur. La trachée est manifestement aplatie; après ouverture, en faisant pencher la
nt
tête en arrière, on voit que les parois antérieure et postérieure du conduit se touchent.
Les voies aériennes principales contiennent un peu de mucus. Le maximum d’épaississement du thymus répond à l’endroit où le tronc bracchio-céphalique croise la trachée. Dans la paroi aor-
tique, ecchymose de 1 c/m de diamètre au point de naissance du
tronc bracchio-céphalique. L'ouverture supérieure de la poitrine mesure 2 c/m 7 du sternum à la colonne vertébrale et 2 c/m du sternum à la trachée.
OBSERVATION VIII