I. — LES HÉMORRAGIES
Elles ont été étudiées, en France, surtout par Arnaud (1900). et, plus récemment, par Claverie, dans sa thèse (Bordeaux, 1919).
Les hémorragies des capsules surrénales viendraient immédiatement après les lésions tuberculeuses comme causes de mort subite.
Elles sont surtout fréquentes chez les nouveau-nés (45 %), plus rares chez l’adulte (Mattéi, Arnaud). Par contre, l’apoplexie surrénale complète est assez fréquente chez l’adulte et surtout chez le vieillard ; chez celui-ci en effet, il existe une friabilité particulière du réseau artério-veineux. La frequence dse hémorragies serait un peu plus grande chez l’homme que chez la femme. s
Les hémorragies des capsules surrénales sont le plus souvent bilatérales. à
Le traumatisme cause rarement l’apoplexie surrénale, ou bien alors il faut que les glandes soient préalablement altérées ou en état de moindre résistance; c’est le cas d’une intoxication chronique, où infection avec, comme conséquence, une suractivité fonctionnelle de la glande qui s’hyperémie.
On a signalé des lésions du système nerveux central, hydropisie ventriculaire, épilepsie (Ogle), hémiplégie (Læper et
Rte
Oppenheim), le ramollissement cérébral (Arnaud), la méningite chronique (Mattéi), la paralysie générale (Laignel Lavastine), coexistant avec l’hémorragie surrénale.
Souvent, par contre, on ne peut trouver aucune autre lésion chez un sujet mort subitement, n’ayant présenté aucun symptome de maladie ou d'intoxication.
Il est classique, avec Arnaud, de décrire trois formes:
1° Une forme toxique ou d'insuffisance surrénale;
2° Une forme péritonéale ;
3° Une forme nerveuse, le syndrome apoplectiforme surrénal, de beaucoup le plus fréquent, avec phénomènes de compression possible.
« Ce syndrome apoplectiform: surrénal, dans lequel une hémorragie capsulaire vient comprimer ou irriter les nerfs ou les ganglions du plexus solaire, ce cerveau abdominal de Bichat, mérite d’être rapproché du syndrome apoplectique cérébral, résultat d’une hémorragie centrale, par la communauté des accidents ou leur mode de production. Un sujet en pleine santé ou au cours d’une maladie quelconque, et sans importance, est subitement frappé de syncope ou de coma avec ou sans convulsions et succombe en quelques minutes ou quelques heures, sans que rien dans l’examen des urines, dans l’état du système nerveux ou des viscères ait pu expliquer la mort.
« À l’autopsie, tous les organes examinés sont reconnus sains ; la seule lésion viscérale constatée est une hémorragie volumineuse des capsules surrénales. » (Arnaud.)
Dans la forme toxique, la mort survient au milieu des signes classiques d’empoisonnement. On ne note, dans aucune des trois formes, d’asthénie ni d’hypotension, ni d'amaigrissement, ni aucun des petits signes d'insuffisance surrénale
décrits par Sergent.
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Anatomie pathologique. — La constatation du sang liquide rouge dans les deux surrénales est nécessaire pour affirmer qu’il ne s’agit pas d’un foyer hémorragique ancien, antérieur à l’apoplexie.
Les hémorragies des glandes surrénales sont de volume variable, et ne dépassent pas habituellement l'œuf de poule; le poids moyen est de 20 à 40 gr. C’est d’habitude au centre de la glande que se produit l’hémorragie, par rupture d’une des branches de la veine capsulaire dans un point quelconque de son trajet, dans l’épaisseur de la substance médullaire, ou selon Arnaud, le long de la nervure conjonctivo-vasculaire centrale. :
Le sang épanché peut se collecter au centre de l’organe, refoulant à la périphérie la substance corticale qu’il infiltre quelquefois dans les cas plus anciens ou de volume moyen.
Les examens microscopiques ont bien montré que le lieu d'élection des hémorragies capsulaires est dans la zone réticulée vasculaire ou corticale interne et non pas dans la substance médullaire proprement dite.
Sur les coupes, dans presque tous les cas, on voit que la substance médullaire a disparu, ses éléments dilacérés et submergés par le sang, ont été évacués lorsque s’est vidé le : contenu fluide de la poche kystique et seuls, quelques éléments subsistent. La substance corticale en général est presque intacte; ses éléments sont parfois séparés par des capillaires remplis de sang ; ils ne sont presque jamais modifiés morphologiquement, grâce à la brusquerie du processus.
Pathogénie. — Suivant Arnaud, toutes les causes de stase dans le territoire de la veine cave inférieure peuvent causer une congestion passive des capsules, qui peut elle-même produire une augmentation de volume de la glande et une rupture
des capillaires. Les expériences de Guarmieri et de Magini (injection d’eau salée dans les veines d'un bœuf) ont montré le rôle de la distension des vaisseaux sur le volume des surrénales. |
La congestion active des surrénales et même l’'hémorragie, amenant la mort subite, peuvent survenir après une cause occasionnelle, léger traumatisme ou intoxication, par suite d'une action réflexe vaso-motrice par fléchissement brusque de l’action du produit glandulaire sur la tension sanguine.
Brown Sequard, puis Sergent, ont soutenu que la mort serait due à une intoxication suraigué, due soit à la suspension brusque et totale de la sécrétion antitoxique de la glande, soit au contraire à une suractivité fonctionnelle de la substance corticale de la surrénale congestionnée.
Pour Addison, Arnaud et Lœper, la mort serait due à un phénomène réflexe, par suite de la compression des ganglions semi-lunaires entre la tumeur et le rachis, surtout au moment de l'inspiration large pratiquée par le mourant, d’où réflexe d’inhibition à äction bulbaire par l’intermédiaire du système sympathique abdominal. C’est aussi l’opinion de Lobstein et de Mattei.
Il est vraisemblable que, suivant les cas, on peut invoquer l’un ou l’autre de ces deux mécanismes.