I. De ce que nous avons vu dans les différents chapitres, il
résulte que le médecin légiste doit avoir à l’esprit que des perturbations importantes dans la sphère des glandes endocrines peuvent entraîner la mort subite, soit par suppression brusque de leur fonctionnement, soit par retentissement sur des organes importants tels que le cœur, par l'intermédiaire du système nerveux organo-végétatif.
Sans vouloir répéter ce que nous avons dit au sujet de chaque glande, rappelons que le médecin-expert devra, toute autre cause de mort ayant été soigneusement écartée au préalable, porter son attention sur les glandes à sécrétion interne.
Mentionnons rapidement les principales lésions de ces glandes, qu’on peut trouver à l’autopsie:
1° Hypertrophie du thymus, surtout chez l'enfant. L’examen macroscopique et microscopique de cette glande s'impose donc; il faudra aussi, dans ce cas, penser à l’hérédo-syphilis possible.
2° Lésions des surrénales : hémorragies, surtout chez l’enfant et le vieillard, tuberculose chez l'enfant, l'adulte et le vieillard; plus rarement cancer, ou surrénalites aiguës.
Souvent le diagnostic se posera avec un empoisonnement criminel ou accidentel. tt
Les surrénales sont donc particulièrement importantes à étudier pour le médecin-expert, tant pour la recherche des causes de la mort, que pour la question de la responsabilité médicale, et pour celle des accidents du travail. |
3° Lésions de la thyroïde (goitres simples, strumites suffocantes, lésions de sclérose). |
4° Lésions des parathyroïdes (hémorragie, sclérose).
5° Lésions de l’hypophyse (hémorragie, tumeur hypophysaire le plus souvent), mais dans ce cas comme nous l'avons dit. il s'agira plutôt de mort imprévue, survenue plus ou moins vite, que de mort subite. Fi
IT. Le plus souvent, du reste, ainsi que nous l’avons vu, il existe des lésions de plusieurs glandes à sécrétion interne, étant données les étroites relations qui les unissent les unes aux autres (obs. 10 du chapitre hypophyse, obs. 5 du chapitre thyroïde, obs. 10 du chap. parathyroïdes, etc.).
Le mécanisme pathogénique de la mort dans ses rapports avec les glandes endocrines, n’est pas univoque.
D'où nécessité de pratiquer systématiquement l’examen de toutes les glandes à sécrétion interne et difficulté parfois grande de retrouver le point de départ initial.
IIT. D'un autre côté, le médecin-expert doit éviter de tomber dans un excès contraire et ne pas mettre en cause systématiquement les glandes endocrines dans les cas où il ne trouve pas de lésions nettes des autres organes.
En effet, nos connaissances sur les glandes à sécrétion interne sont encore imprécises sur bien des points.
La médecine légale, d'autre part, est une science tendant
. vers la précision; elle n'admet pas l’à peu près, et elle ne
peut faire état que de connaissances scientifiques dont la valeur soit prouvée.
Le médecin-expert devra être très prudent avant de rapporter la cause de la mort subite à une lésion d’une ou de plusieurs glandes endocrines.
Il faudra: 1° Qu'il n’ait trouvé aucune autre cause capable d'expliquer la mort;
2° Qu'il n'existe des lésions d’une ou de plusieurs glandes à sécrétion interne ; |
3° Enfin que le fonctionnement normal de cette ou de ces glandes ait été prouvé indispensable à la vie par la physiologie
et la clinique.
D'où nécessité de recueillir tous les nouveaux cas de mort subite rapportée à des lésions des glandes endocrines, de les soumettre au crible de la critique la plus serrée et de n’accepter que ceux dans lesquels la physiologie, la clinique et l’anatomie pathologique nous expliquent nettement le mécanisme de la mort.
C’est en s'appuyant ainsi sur des faits précis et scientifiquement bien établis, que la médecine légale peut progresser et élargir son domaine.