‹ De La Mort Subite Ou Rapide Au Cours Du Travail: Ses Rapports Avec Le Traumatisme Accidentel, Étude Médico-LégaleChapitre 18 sur 31 · AUS · texte numérisé non relu

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Pour savoir si celle-ci a été faite pendant la vie ou après la mort, l'expert se basera sur trois signes importants, qui sont: l'hémorragie, la coagulation du sang, la rétraction des tissus. Si le sang s'est échappé en abondance de la blessure, 1l n’y a pas de doute, celle-ci a été faite pendant la vie. Ceci est la règle générale, qui souffre des exceptions; on peut trouver, en effet, des cas où après rupture du cœur ou de l'aorte il ne se produit aucune hémorragie ; mais, comme celle-ci dépend des battements du cœur, il s'ensuit le fait suivant, c’est que le cœur peutcontinuer à battre pendant un certain temps après la mort apparente et donner ainsi une hémorragie.

La coagulation du sang n'est pas aussi un principe qui soit permis de généraliser à tous les cas ; toutefois on peut admettre que le sang, s’écoulant à l'extérieur, infiltre le tissu cellulaire environnant et s'y coagule : cette coagulation s’insinue si intimement dans les tissus qu’elle ne disparait pas par le lavage.

De même pour la rétraction des tissus, on admet généralement que toute solution de continuité dans un muscle, faite pendant la vie, produit une rétraction des tissus et la plaie reste béante. Ceci est vrai lorsque la section musculaire est faite perpendiculairement aux fibres et l'ouverture de la plaie dépendra encore de la longueur du muscle. Cette rétractilité musculaire existe un certain temps après le décès.

Mais lorsque l’autopsie est faite plusieurs jours après la mort, la putréfaction peut changer la physionomie des plaies, il est souvent impossible de dire alors à quelle époque elles ont été faites.

Dans certaines catégories d'accidents du travail, le médecin légiste peut être amené à donner son avis pour savoir si les brûlures relevées sur le cadavre ont été faites pendant la vie ou après la mort: l’érythème de la brèlure du premier degré ne subsiste pas après la mort, il disparait aussitôt, ainsi que tous les érythèmes tels que ceux de la rougeole, de la scarlatine. IL ne faudra pas confondre cet érythème avec la coloration rougetre des lividités cadavériques due aux phénomènes de l’hypostase.

Les phlyctènes se forment en général pendant la vie, sauf dans des cas exceptionnels où les brûlures ont lieu sur des malades cachectisés par une longue maladie et quelquefois dans des syncopes. Si la brûlure est faite sur un cadavre, l'épiderme sous l'influence de la chaleur se détache du derme, il s’accumule des gaz qui ne tardent pas à faire éclater la couche superficielle de la peau.

Mais lorsque les brülures sont plus profondes, lorsqu'il y a combustion partielle du cadavre, le diagnostic est plus difficile, pour ne pas dire impossible à faire. On peut quelquefois tourner la difficulté en faisant l'examen du sang. La présence d'oxyde de carbone dans les globules rouges révélée par l'examen spectroscopique nous fera conclure que l’homme a respiré dans le foyer de l'incendie, que par conséquent il n’était pas mort lors de l'accident.

L'utilité de l’'autopsie pour essayer de lever le doute qui existe sur la mort de l’ouvrier est un point incontestable, c’est une preuve précieuse pour le médecin-expert et non moins précieuse pour le Tribunal et les intéressés.

Voici un cas cité par M. Ramé (1) :

Un industriel compte parmi ses ouvriers un jeune homme de dix-huit ans. Un matin, ce garçon ne se présente pas à la manufacture et fait dire par un camarade qu’il est obligé de garder le lit, s'étant blessé la veille en descendant une caisse à la cave. Le patron se rend chez son employé, celui-ci avait déjà fait venir un médecin. Comme le jeune homme accusait une douleur plus ou moins diffuse dans la fosse iliaque droite et alléguait un traumatisme, le docteur avait diagnostiqué contusion et ordonné le repos et des frictions. Le surlendemain, le patron retourne prendre des nouvelles de son ouvrier et le trouve très mal. Il court en toute hâte chez un second médecin qui, mis en présence du prétendu blessé, diagnostique fièvre typhoïde grave. Deux jours après, le jeune homme était mort. Mort de quoi ? D'une appendicite perforée,

(1) Rawé, Thèse de Paris 1901.

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