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OBSERVATION IV (Due à l'obligeance de M. le Professeur Lanpe) Mort occasionnée par une hémorragie bulbaire
Le sieur L..., âgé de soixante-quatre ans, employé dans une grande administration, avait assisté à midi à un petit repas de corps. Vers trois heures du soir, ayant été chargé de déplacer des registres de comptabilité, il descendait un escalier, tenant les registres dans ses bras, lorsque tout à coup il tomba. Les personnes présentes à ce moment pensèrent qu'il avait glissé dans les escaliers, le fardeau dont il était chargé le gènant pour distinguer les marches.
On accourut à son secours; on s’aperçut qu'il portait une petite plaie à la région occipitale ; on voulut lui prodiguer quelques soins, mais il ne donnait plus signe de vie.
On crut tout d’abord que le sieur L... avait été atteintd'une fracture du crâne résultant du choc contre la marche de l'escalier. À lautopsie, on
constata que la plaie occipitale était très superficielle, n’intéressait que l'épaisseur du cuir chevelu et n’était accompagnée d'aucun épanchement de sang superliciel ou intra-cranien et qu’il n’y avait pas de Îracture du crâne. Mais en poussant plus loin les investigations, on découvrit une hémorragie du bulbe caractérisée par un caiïllot sanguin de 15 millimètres de longueur sur 5 de large.
OBSERVATION V (Due à l’obligeance de M. le Dr Pierre Lanps)
Mort subite au cours du travail; anévrisme de l'aorte ouvert dans le péricarde =
R..., trente-deux ans, menuisier, travaillait dans une cabine, à bord d’un navire, à la réfection d’un plancher.
Ses camarades, l'ayant laissé seul pendant quelques instants, le trouvent mort à lenr retour et pensent aussitôt que ce décès soudain et imprévu est peut-être une conséquence du travail : en effet, une plaie
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contuse qui siège sur le côté gauche du front fait songer à l'existence possible d’une lésion traumatique du crâne causée par une chute sur le plancher.
L'autopsie est ordonnée et nous constatons tout d'abord que la plaie frontale est très superlicielle et ne peut résulter que d’un traumatisme léger; pas de lésions du eràne ni de l'encéphale.
En revanche, l'aorte est athéromateuse et un anévrisme, gros comme un œul de pigeon, est situé sur la portion ascendante de la crosse aortique et présente en un point de sa paroi, très amincie, une déchirure de 5 millimètres de longueur, faisant communiquer la poche anévrismale avec la cavité péricardique : d’où hémopéricarde, compression et arrèt du cœur.
Les autres organes sont sains ou ne présentent que des altérations macroscopiques encore peu marquées (début de sclérose rénale).
C'est donc à la rupture d'un anévrisme qui a évolué sans attirer l'attention du sujet ni de son entourage que doit être attribuée la mort de R... On doit admettre que cette rupture a été spontanée et qu’il n’y a aucune relation de cause à effet entre elle et le travail exécuté au moment où elle s’est produite, car ce travail n’était pas pénible et ne nécessitait de la part de l’ouvrier aucun effort anormal ; d’autre part, l'examen de la paroi montre que l’anévrisme était arrivé insidieuse-
ment au terme de son évolution.
M. Rohmer (de Nancy) rapporte l’observation d’un malade qui, pendant son travail, ressentit une douleur brusque à l'œil droit et chez lequel il fallut, quatre jours après le traumatisme, faire l'énucléation de l'œil atteint de panophtalmie. Quelques jours après, le malade mourut, après avoir présenté des symptômes de méningite dès le soir même du jour où l’énucléation fut pratiquée. L’autopsie montra une méningite suppurée généralisée, avec phlébite suppurée du sinus latéral droit, sans trace de pus dans l'orbite ou dans le nerf optique. On ne trouva pas de corps étranger dans l'œil. D’après l’auteur, il s’agit là d’un cas de panophtalmie avec méningite concomilante, probablement d'origine grippale. La lésion oculaire ne pouvait être considérée comme un accident du travail (1).
(1) Presse médicale, mai 1907.
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Voici un autre cas de mort subite par rupture du cœur, type de l’angine de poitrine :
OBSERVATION VI (P. Brouarpez, tr La mort et la mort subite)
Homme de soixante-dix ans, n'ayant jamais eu ni palpitations ni étouffements. Depuis la veille il éprouvait un sentiment de brûlure inexprimable à la région précordiale, avec oppression et pesanteur dans cette partie; il attribuait sa maladie à la fatigue éprouvée la veille en roulant une brouette remplie de cailloux dans un endroit rocailleux. Le pouls était naturel, régulier, la respiration était calme, bien que le malade se plaignait d'étoulfer. Le malade accusait un malaise indicible et un sentiment de courbature générale. L’oppression, avec sentiment de brûlure dans la région précordiale, persista dans la journée... Vers quatre heures du soir il se promenait dans sa chambre en s'entretenant tranquillement avec les personnes qui l’entouraient, quand tout à coup il tomba mort. À
Autopsie. — Dans le péricarde, caillots sanguins noirâtres. Cœur recouvert d’une grande quantité de graisse. Rupture du ventricule gauche. Le cœur lui-même paraissait sain (l'observation a été prise en 1844). De même pour les gros vaisseaux et les valvules. Cependant, quelques concrétions peu étendues occupaient l'aorte à quelques centi-
mètres de son origine.
L'observation suivante est aussi intéressante, à cause des considérations auxquelles elle a donné lieu et de l'intérèt qu’elle présente au point de vue des accidents du travail. La communication en élait adressée à la Société de chirurgie par MM. Dujarier et Chochon-Latouche : |
Ogservarion VII (Presse médicale, 1909)
Le 30 novembre 1907, un jeune homme de vingt-sept ans, agent de la Compagnie du chemin de fer du Nord, est pris d’un malaise subit au
moment où il changeait le disque de queue d’un train, dans une gare
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de la banlieue de Paris, Un médecin, mandé aussitôt, trouva le blessé couché sur un brancard, les membres inertes, la face livide, couverte d’une sueur froide, le nez pincé, le pouls filiforme, faisant des efforts pour vomir et se plaignant de douleurs atroces entre les deux épaules et au creux épigastrique, la respiralion courte, le regard augoissé. II lui administra un cordial et, jugeant son état grave, il l’envoya par chemin de fer à l'hôpital Lariboisière, où l’état sembla s'améliorer pendant quelques heures. Mais vers neuf heures du soir (l'accident s'étant produit vers une heure, le malade, qui causait avec un de ses voisins, pousse un cri et meurt subitement.
L'autopsie révéla l'existence d’une rupture de la face postérieure de l'aorte, siégeant à environ 2 centimètres au-dessus des valvules sigmoïdes.
La déchirure, qui portait d’ailleurs inégalement sur les différentes luniques, admettait environ un crayon de carnet. Le péricarde, distendu, contenait un énorme caillot et plus d'un litre de sang rouge.
L'examen histologique de la pièce, fait par M. Letulle, démontra qu'il s'agissait d’une rupture spontanée, en deux temps, de l'aorte, survenue chez un ancien syphilitique atteint « d’aortite chronique atrophique ». Selon lui, pour expliquer cette rupture, non seulement il n'était pas nécessaire de faire intervenir le moindre traumatisme, mais il n'était même pas besoin d'indiquer un effort quelconque ayant provoqué quelque excès de tension artérielle; les lésions chroniques anciennes de l'aorte suflisaient à expliquer à elles seules la rupture totale de ses parois.
La veuve n’en soutint pas moins que son mari avait succombé à un accident du travail et elle assigna devant le Tribunal de l'instance la Compagnie du Nord, qui soutenait le contraire. Le Tribunal donna raison à la veuve en lui accordant la rente fixée par la loi. La Compagnie interjeta appel et, par arrêt du 1° décembre 1908, la 7° Chambre infirma la décision des premiers juges.
Voici cet arrêt qui, comme le fait remarquer M. Périer, donne de l'« accident du travail » une définition nette et précise et qu'il importe de retenir : :
Considérant que, la charge de preuve incombant à la dame C..., celle-ci devait établir que le décès de son mari à eu pour cause un accident du
travail ;
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Considérant qu'elle n’a pas administré cette preuve ;
Qu'en effet les premiers juges, après avoir admis, ce qui ne semble pas pouvoir être contesté, que C... était mort d’une rupture de l'aorte, dont le tissu était très altéré, ont déclaré à tort que cette seule circonstance que la rupture a été consécutive à l'effort fait par C... dans son travail pour accrocher une lanterne à l'arrière du train dont il était garde-frein suffisait pour que les conséquences de cet accident soient à la charge de la Compagnie du Nord ;
Qu'en qualifiant d'accident du travail cette rupture de l’aorte et en lui attribuant un caractère traumalique, parce qu'elle s'est produite au moment où C... soulevait la lanterne dont il vient d’être parlé, les premiers juges se sont mépris sur ce qu'on doit entendre par accident du travail ; =
Que l'accident prévu par la loi du 9 avril 1898 s’entend d'une blessure attribuée à une cause extérieure, soudaine et violente, et non d’une lésion se manifestant dans un organe défectueux au cours d’un travail normal ;
Que l’altération de l'aorte chez G..., au dire de M. P..., était tellement accentuée que le moindre effort de toux ou un simple éternument devait'produire la perforation, laquelle pouvait même arriver sans cause apparente ;
Que d’ailleurs, l’action à laquelle tout garde-frein se livre plusieurs fois par jour sans difficulté el qui consiste à accrocher au dernier vagon d’un train une lanterne pesant 17 kilogrammes ne nécessite qu’un effort ordinaire, en rapport avec les forces d’un homme de vingt-six ans entrainé aux travaux manuels ; qu’il n’y a donc pas eu en l’espèce accident du travail et qu’il échet de réformer la sentence entreprise.
Par ces motifs, déclare la dame C... mal fondée en sa demande, l’en déboute:
Ordonne la restitution de l'amende et la condamne aux dépens de première instance et d'appel.
Il en est de même pour les cas suivants cités par le docteur E. Dabout. Il s'agit d'un ouvrier qui, en faisant un léger elforl pour soulever une caisse, éprouve une douleur dans les reins, on porte le diagnostic de lumbago ; quatre Jours après il
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meurt, la famille demande l'application de la loi de 1898: l’autopsie est faite et démontre que la mort réelle est due à une périlonite généralisée, suite de perforation de l'appendice.
Tel le cas de ce maçon qui reçut une brique sur la tête; il y eut déchirure du cuir chevelu, avec légère réaction périostique du pariétal, pas de fêlure ni de fracture. À l’autopsie, on ne trouve aucune lésion du crâne, des méninges, du cerveau, mais un cancer de la région pylorique; la famille fut déboutée de sa demande, car l'accident n'avait entrainé qu'une incapacité temporaire, la mort réelle étant due au néoplasme de l'estomac (1).
M. le Professeur Lacassagne classe parmi les causes importantes de mort subite les adhérences pleurales el la réplétion de l'estomac. D'après lui, le travail de la digestion peut occasionner, chez des cardiaques, des syncopes mortelles et la réplétion de l'estomac prédispose à des congestions pulmonaires ou cérébrales ; d'autre part, les individus porteurs d’adhérences pleurales seraient « des candidats à la mort subite », en raison de la gène que rencontrent chez eux les efforts respiratoires.
Nous venons d'observer un cas de mort subite qui est survenu à l’occasion du travail et dans lequel nous avons rencontré ces diflérents facteurs étiologiques.
OgservarioN VIII
(Due à l’obligeance de M. le D" Pierre Lanpe)
Sur un cas de mort subite. Résultats de l’autopsie; lésions cardiaques et aortiques, adhérences pleurales, congestion pulmonaire, réplétion de l’estomac.
L..., trente-deux ans, contrôleur à la Compagnie des tramways, eut, peu de temps après son déjeuner et à propos du service, une discussion avec un voyageur; il reçut quelques coups — prétendent des témoins — et il succomba brusquement un quart d'heure plus tard.
Nous pratiquons l’autopsie vingt heures après la mort.
(4) Dagour, Revue de médecine légale, août 1909.