CHAPITRE V
Lorsque la mort subite survient brusquement au cours du travail, sous l'influence d'une cause naturelle, l'expertise | médico-légale devra rechercher s'il n'y a pas eu traumatisme ou eflort pouvant déterminer le décès. Elle devra exposer dans le rapport le lien étiologique qui pourrait rattacher la mort à l'accident du travail.
En elfet, on conçoit très bien dans ce cas que certaines personnes intéressées prétendent que la mort est survenue à la suite d'un traumatisme ou du moins à la nature du travail.
Le docteur Becker, conseiller sanitaire, cite à ce sujet un cas qui lit l’objet d'un intéressant jugement d'appel de l'Office impérial allemand (2 juillet 1888): «Un ouvrier mineur fut trouvé mort au siège de son travail. La demande d’indemnité introduite par la veuve se basait principalement sur l’état d’intégrité de la santé de son mari lorsqu'il se rendit à sa besogne. Elle fut rejetée pour les motifs suivants : Les rapports médicaux sont unanimes à allribuer la mort à l’apoplexie cérébrale; cette mort peut être provoquée par un événement extérieur en rapport avec le travail: dans le cas présent, l'existence de pareil événement n’est pas prouvée. Les dépositions des témoins, au contraire, tendent à faire admettre que l'endroit où travaillait le défunt et près duquel on à relrouvé son cadavre se trouvait dans de bonnes conditions hygiéniques et que rien ne démontre qu'il y ait eu accident du travail. »
Les observations qui suivent sont des cas de mort subite attribuée à tort à un accident du travail, lautopsie révéla une mort naturelle.
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OBsERvATION II (Viserr, in Accidents du travail)
Mort subite occasionnée par rétrécissement des artères coronaires
D..., trente-neuf ans, employé dans une usine de produits chimiques, quitte son travail à onze heures du matin pour aller déjeuner chez lui. En sortant de l’usine, il cause avec deux de ses camarades, leur dit qu'il est trop attardé et part seul en courant. Quelques instants après on le trouve mort, étendu sur le chemin, à peu près à la moitié de la distance qu'il avait à parcourir pour regagner son domicile.
Commé on supposait qu'il s'agissait peut-être d’un accident du travail ou d’une intoxication par les produits chimiques que maniait cel ouvrier, l’autopsie à été ordonnée.
Elle a donné les résultats suivants :
Homme bien constitué. Putréfaction assez avancée. Pas de traces de violence sur les diverses parties du corps.
Les poumons, libres d’adhérences, ne présentent pas de tubercules ni d’autres lésions.
Le péricarde est sain, il ne présente pas d’ecchymoses ponctuées. Le cœur est complètement vide. Ses dimensions sont à peu près normales.
Les diverses valvules cardiaques sont saines. Le myocarde ne présente pas de tractus fibreux, ni d’autres altérations, lesquelles seraient d'ailleurs difficilement appréciables dans l’état de décomposition où se trouve le cadavre.
Les deux artères coronaires sont lésées à peu près au même degré. Ces lésions consistent en plaques d'athérome nombreuses et qui occasionnent des rétrécissements multiples du calibre des vaisseaux ; une sonde cannelée de 1 millimètre 1/2 de diamètre franchit tous ceux de ces rétrécissements qui se trouvent dans les premiers centimètres des vaisseaux, mais elle ne les franchit qu’en frottant énergiquement, tandis que dans les intervalles elle flotte largement.
L’aorte présente sur toute l'étendue de sa face interne une couleur rouge sombre intense que ne modifie pas le lavage. Cette face interne
est criblée de plaques d’athérome de dimensions diverses et parvenues à des époques différentes d'évolution. Elle présente, en outre, de nombreuses plaques arrondies ou ovalaires légèrement saillantes et qui, sur des coupes, se montrent conslituées par une substance homogène de consistance ferme et élastique, analogue à celle du cartilage et de coloration grisàtre.
Ces lésions se continuent depuis les valvules aortiques jusqu’à la naissance des artères iliaques. Elles ont à peu près la même intensité partout. Le calibre de l'aorte n'a pas subi de modifications notables.
IL est intéressant de connaître les antécédents pathologiques du sieur D... et les circonstances qui avaient précédé sa mort. J'ai obtenu des renseignements assez complets en interrogeant sa veuve et l’ingénieur sous la direction duquel il travaillait.
Ces renseignements peuvent se résumer ainsi :
D... travaillait depuis cinq ans dans l’usine en question. Avant d'y entrer il jouissait d’une excellente santé. Depuis lors il avait présenté, à deux reprises, des troubles graves de la santé.
Une première fois, un an avant sa mort, D... avait été pris brusquement, au cours de son travail, d'une paralysie si complète qu'il fallut quatre hommes pour Le ramener à son domicile. Au bout de dix jours, il était complètement rétabli et reprenait sans difficulté son ancien travail. Il est impossible de savoir, faute de renseignements précis, quelles ont été la nature et la cause de cette maladie.
L'ingénieur de l'usine est porté à croire qu'il s'agissait d’une intoxication par l'aniline, substance que D... manipulait à cette époque.
Quatre mois après {par conséquent huit mois avant la mort), D... a présenté d’autres troubles morbides dont la nature peut être mieux appréciée, car ils sont décrits en ces termes dans un certificat du médecin traitant :
« Crise subite d’anémie aiguë avec accidents cardiaques consistant en tacnycardie, pouls filiforme, œdème malléolaire, dyspnée. »
Cette fois D... a été plus longtemps malade ; il n’a repris son travail qu'au bout de cinq semaines. Mais il était alors complètement rétabli. Cela résulte non seulement des aflirmalions de sa femme, mais encore de celles de l'ingénieur de l'usine qui a pris D... dans son laboratoire particulier, Pavait toujours auprès de lui et n’a jamais remarqué qu'il
parût malade.