‹ De La Mort Subite Ou Rapide Au Cours Du Travail: Ses Rapports Avec Le Traumatisme Accidentel, Étude Médico-LégaleChapitre 23 sur 31 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Lorsque l'expert n’a plus affaire à une mort naturelle, mais à une mort causée par le traumatisme, nous avons vu qu'il ne peut exister de doutes pour établir les responsabilités.

Les lésions organiques traumatiques sont souvent si imporlantes que l’autopsie est inutile. Mais ces lésions peuvent être woindres et laisser subsister des contestations ; l'ouverture du cadavre est alors demandée. L'expert, en examinant le défunt, trouvera des ecchymoses ou des blessures qui le mettront sur la voie du diagnostic.

Plus rarement, il peut survenir des cas de morts traumatiques qui sont entourées de circonstances telles que l'accident du travail ne peut être affirmé sans autopsie. Ce sont les cas où le traumatisme n'a laissé aucune trace apparente sur les téguments extérieurs.

Le même traumatisme peut. donner des lésions très différentes comme intensilé et gravité chez deux sujets différents et même sur le même individu. Nous savons, en elfet, que les lissus de notre organisme peuvent se dilacérer, mais à des degrés différents. Certains, comme le foie et la rate, ont une grande friabilité, aussi un choc porté sur ces organes pourra produire de graves lésions internes sans laisser de traces sur la peau. Ce même choc porté sur le thorax pourra provoquer une déchirure pulmonaire lorsque le poumon sera dans un cerlain état d'inspiration, et ne causer aucune lésion lorsque cet organe sera en expiralion. Le cœur, l'aorte peuvent être de même déchirés par les côtes fracturées. En plus de la violence du traumatisme, il faut envisager la direction du choc et l’éten-

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due de la surface frappée. Enfin, sur un même organe, il peut y avoir des points plus exposés que d'autres et si le traumatitisme vient frapper sur ces endroits plus sensibles, les conséquences seront d'autant plus graves.

D'autres causes interviennent encore pour protéger les téguments extérieurs. Les vêtements dont est revêtu l’ouvrier peuvent empêcher les ecchymoses, les blessures et toute solution de continuité de la peau. C'est ce qui se produisit dans le cas suivant rapporté par M. le Professeur Lande : Un homme était tombé sur une route ; c'était en plein hiver, il était chaudement vêtu ; plusieurs voitures de laitiers lui passèrent sur le corps. Lorsque l’on fit l’'autopsie la peau ne présentait aucune trace de violence, mais il y avait 26 fractures de côtes.

La rigidité cadavérique peut jouer un certain rôle, de même que la contracture musculaire réflexe qui peut se produire lors d’un accident: Voici un cas que nous avons observé à l’hôpital suburbain de Montpellier, lorsque nous étions infirmier militaire: Un homme de trente ans, vigoureux et superbement musclé, était tombé sous la roue d’une charrette qu'il conduisait. Celle-ci était lourdement chargée. La roue passa sur la région scapulo-humérale droite. A l'examen du blessé, on ne trouva sur la peau ni plaie ni trace de traumatisme, les téguments avaient été protégés par les vêtements. Il yavaitluxation de l'extrémité externe de la clavicule et fracture au tiers externe de cet os. Ce n’est que quelques jours après qu’apparut une ecchymose due à l'infiltration de l’hémorragie de la fracture osseuse. On expliqua cette protection du tissu musculaire par une action réflexe qui avait produit une action violente.

Voici une observation qui est caractéristique à ce sujet. Le décès de l’ouvrier dont il est question avait d’abord été attribué à une mort naturelle; ce fut une véritable surprise que de découvrir à l’autopsie la cause véritable du décès, qui était dù à un accident du travail :

OpservarTiON IX (Due à l'obligeance de M. le Professeur Lanpk)

Le sieur B..., ouvrier (onnelier, àgé de soixante et un ans, travaillant dans un chai à Bordeaux à la confection et à la réparation de barriques, fut trouvé mort dans son atelier par des personnes qui l'avaient quitté depuis quelques minutes à peine, paraissant être en parfait état de santé. Le sieur B... élait étendu à plat sur le sol, la tête reposant sur des douelles éparses par terre.

Quelques jours après, en pratiquant l’autopsie, on reconnaissail que la mort du sieur B... était due à une fracture de la quatrième vertèbre cervicale, avec déplacement considérable en avant de la partie supérieure du cou et de la tête.

Cette fracture peut s'expliquer par une chute en arrière sur une douelle qui se trouvait par hasard placée verticalement. Le coup violent consécutif à la chute agissant sur une très faible surlace (les douelles ont en eflet de 12 à 18 millimètres d'épaisseur) explique très facilement la fracture de la colonne vertébrale et le déplacement conséculif.

Le sieur B.,. était très bien portant et la nécropsie n’a révélé aucune affection ou lésion organique susceptible d’expliqner la mort.

Nous voyons ici une grande disproportion entre les causes et l'effet, d'autant plus que l’on n'avait relevé sur le cadavre aucune trace de blessure ni d'infiltration sanguine dénolant une lésion de la colonne cervicale.

Ajoutons que ces cas sont relativement rares, car, outre l’absence de traces apparentes sur les léguments extérieurs, il faut y joindre le fait que l’ouvrier travaille seul à ce moment: là, loin de tout témoin qui peut constater le traumatisme et donner ainsi un fil conducteur pour le diagnostic.

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