‹ De la Mort subite ou suspecte rupture des anévrismes intra-crâniensChapitre 5 sur 36 · ES · texte numérisé non relu

ES

« On ne jette point l'ancre dans le fleuve de la

vie. » Mourir, en effet, est une loi générale de la nature à laquelle nul ne peut se dérober, à laquelle tout être

organisé est fatalement soumis.

L'homme sait qu’il doit mourir, il sait qu’un jour ou l’autre cette pénible échéance arrivera, il sait qu il lui faudra quitter toutes ces choses qu'il a si pénible-

ment amassées pendant sa vie au prix de tant d’ef-

forts, il sait qu’il lui faudra se séparer de toutes ces joies qu'il acquiert si difficilement, L'homme sait tout cela. Il prévoit donc la mort, et lorsqu'elle vient frapper un de ses semblables, elle ne lui inspire que «des sentiments de douleur et non des sentiments d’étonnement ou de stupeur. Il était prévenu, il savait qu'il en allait être aïnsi, car, s'il était permis de personni-

fier une négation ou le néant, on dirait que la mort

s'approche lentement, qu’elle s’annonce par des phénomènes d’affaiblissement des organes et d’incapacité des fonctions, ét qu’elle n'arrive jamais sans une lutte contre le principe de la vie, sans une: agonie en

- un mot.

Le fait que cette mort survienne tout à coup, sur-

prenne en pleine santé une personne dont rien ne pouvait faire prévoir la fin prochaine, au milieu de ses occupations habituelles, au milieu des siens, encore mieux dans des circonstances qui rendent cette mort mystérieuse, ou même pendant l'évolution d’une maladie curable, alors l’esprit s'inquiète, l'effroi, la terreur, l'étonnement l’envahissent. Cette mort, trouvée tout à l’heure si naturelle, étonne, et cette surprise est moins occasionnée sans doute par l'événement en lui-même que par son instantanéité. Pour le médecin seul, cette mort subite doit offrir l’occasion des réflexions les plus sérieuses et constituer l’un des points de l'observation médicale les plus importants. les plus dignes d’une étude approfondie.

Mais, devant une mort subite, le public l’attribuc généralement à quelques causes, toujours les mêmes, parmi lesquelles trop souvent est invoqué le sujet dont nous devons justement traiter dans cette présente thèse, la rupture d’anévrisme. Que de fois, en effet, n'entend-on pas dire autour de soi, à la nouvelle d’une mort subite, qu’elle est due à une rupture à d’anévrisme, « un vaisseau qui se rompt dans le crâne », Tous les jours, dit P. Bernard, il nous est donné de lire dans la chronique locale ides journaux qu’un individu est mort subitement à la suite d’une rupture d’un anévrisme ou par le fait d'une embolie pulmonaire ou d’une apoplexie cérébrale. » Un journaliste n’a-t-il pas même été jusqu’à attribuer, comme le rapporte Lacassagne, une mort soudaine à « une embolie chronique ».

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4 | . Malheureusement, les médecins suivent trop sou- 1 vent le public dans son erreur et, à leur tour, attri- | buent, dans leurs bulletins de décès, trop fréquem- CRE ment des morts subites à des ruptures d’anévrismes, se

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des embolies pulmonaires ou des apoplexies céré-

brales. « Que d’erreurs ont dû ainsi se commettre, et peut-être que. de morts criminelles ont ainsi échappé aux recherches de la justice. » Le

- Pourtant, rien n'est plus faux que cette croyance commune à la fréquence d’une rupture d'anévrisme, à particulièrement des artères cérébrales, comme cause des morts subites. Il n’y aurait, pour s’en convaincre, ne qu’à consulter les statistiques de la Morgue pour voir. ‘4 dans quelle proportion la rupture d’anévrisme entre # © dans les morts subites, constatées et amienées là chaque | : __ année. En effet, bien que nous n'avons pu trouver un

É pourcentage spécial pour les anévrismes intracrà- 5 4 niens, il nous est permis de nous rendre d'autant Re. L mieux compte de leur rareté, que les diverses statis-

tiques que nous avons pu examiner nous ont donné no . une fréquence de deux à trois cas de rupture d’ané- M vrismes pour 1.000 cas de morts subites. Quelle rareté 2 donc des intracrâniens, si nous songeons encore que ces deux ou trois cas ne sont fournis le plus souvent que par l'aorte,

Le petit nombre d’études ou d'observations écrites se 4 sur ce sujet serait peut-être aussi une autre forme de la rareté des morts subites par rupture des anévrismes 0 des artères cérébrales. En effet, partageant en partie à l'erreur commune, nous pensions, en commençant ce ‘4

grand de constater la difficulté d’assembler le petit nombre d’ébservations que nous avons recueillies, et qui étaient éparses çà et là dans les divers bulletins

ou ouvrages depuis un siècle. Peu d'études complètes,

également, consacrées à un sujet qui paraît pourtant si commun. à 5 VE | Peut-être aussi, tout de même, ne faut-il pas trop se hâter de crier à la rareté des. anévrismes intra- crâniens, sous le seul prétexte que l'on à abusé de

cette terminologie et que l'on a vu trop souvent alors.

. des morts subites qui relevaient de toutes autres causes. Car, que de fois aussi ces anévrismes ont-ils été méconnus ? combien d’apoplexies ne sont peutêtre que des anévrismes ? combien d’épilepsies sont prises pour des épilepsies ordinaires, alors qu’elles ne sont que le symptôme d’une tumeur anévrismale ?

Hypothèse d'autant plus probable que les individus

frappés d’apopiexie appartiennent surtout à la elasse aisée, et que leur famille ne permet pas l’autopsie.

Quoi qu’il en soit, et sans anticiper sur des considérations qui trouveront mieux leur place plus loin, constatons seulement ici l'erreur commise et la rareté contradictoire des morts subites par rupture d’ané- vrismes des artères cérébrales. |

Enfin, en terminant cette introduction, disons que

‘nous nous occuperons évidemment, dans ce travail,

que des anévrismes des artères un peu grosses et dont

travail, trouver une nombreuse documentation et une importante bibliographie; aussi notre étonnement fut

l'existence est suffisamment constante. Nous laisserons de côté les anévrismes des petites artérioles

plutôt de l'hémorragie cérébrale.

par l’un d'eux assez rapidement, le sang venant de

innominées, ainsi, bien entendu, que les anévrismes miliaires de Charcot et Bouchard dont l'étude relève

è Circulation artérielle du Cerveau

Bien que notre sujet ne soit pas d’ordre strictement général, il n’est peut-être pas superflu cependant, avant d'aborder toutes considérations, de donner, d’une façon très rapide, un aperçu de la cireulation artérielle du cerveau.

Le cerveau reçoit son sang artériel de deux sources principales : en avant, là carotide interne, en arrière la basilaire. Ces deux systèmes communiquent largement à la base du cerveau et de telle façon que, si pour une cause quelconque, le sang n’arrivait plus

l’autre rétablirait la circulation,

La carotide interne traverse le canal carotidien et le sinus caverneux, où elle se courbe en forme 4'S, puis se recourbe €n avant des apophyses clinoïdes antérieures, change de direction, se porte d'avant en arrière el, après avoir fourni lophtalmique, se termine en trois branches :

1° la cérébrale antérieure, appelée encore artère du corps calleux, se dirige en avant jusqu'à la scissure du cerveau, communique avec celle du côté opposé par la communicante antérieure, puis tie suit son trajet après avoir décrit une courbe à Conca-

vité postérieure; elle parcourt toute l'étendue du

corps calleux et lui fournit, ainsi qu'aux lobes antéricurs, de nombreux petits rameaux.

2° la cérébrale moyenne, la plus grosse des oi se dirige en dehors vers la scissure de Sylvius et alimente la partie moyenne du cerveau.

3° la communicante postérieure, la plus grêle, s’anastomose avec la cérébrale postérieure, quelquefois avec la basilaire directement et forme alors avec celle-ci la cérébrale postérieure.

La basilaire, située en avant et au milieu de la partie supérieure du bulbe et de toute la protubérance, fournit les cérébelleuses supérieure, postérieure et antérieure ‘et se termine par les cérébrales postérieures, FL

Enfin deux artères appellent encore notre attention : la choroïdienne sur laquelle, jusqu’à présent, aucun anévrisme m'a été trouvé, et la méningée moyenne, destinée aux os du crâne et aux méninges et qui vient de la maxillaire interne, terminaison de

la carotide externe.

Les cérébrales postérieures, les communicantes

postérieures, les cérébrales antérieures et la commu-

nicante antérieure forment l'hexagone de Willis qui

inscrit dans son intérieur des organes très impor-

no

sur Her les anévrismes peuvent de des compressions : : ce sont, en dedans, les nerfs de

É . l'œil, nerf optique et nerfs moteurs, c'est-à- dire les |

deuxième, troisième, quatrième et sixième paires, les

nerfs sensitifs de la cinquième paire. : les nerfs olfac- ; tifs en dehors. ER à:

Enfin les communicantes postérieures et cérébrales É

postérieures affectent des rapports avec les pédon- cules cérébraux et cérébelleux. Quant à la basilaire, elle est toute proche des nerfs qui naissent de la pratubérance et du bulbe. Fi

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