HISTORIQUE
L'étude des anévrismes intra-crâniens n’est ‘pas relativement très ancienne, et il ne faut guère remonter à plus d’un siècle pour trouver une étude spéciale l
sur ce sujet. Ce n’est seulement, en effet, qu'en 1816 et en 1826 que Hodgson d'une part, et Serres de l'autre, firent paraître les premiers mémoires et ‘donnèrent les premières observations de ces anévrismes. - Avant ce temps, ce ne sont que des exemples épars çà et là, et cités d’ailleurs d'une façon fortuite. Vieussens trouve une dilatation de la carotide EE interne dans le sinus caverneux, dilatation non suivie ‘+
de rupture.
Morgagni rapporte également avoir vu des dilatations sur la basilaire et la carotide interne, Il cite aussi le cas célèbre de Ramazzini, mort rapidement,
. à la suite d'une attaque d’apoplexie, due vraisemblablement à la rupture d’un anévrisme d’une artère du cerveau, Ramazzini, en effet, était atteint d’une véritable diathèse anévrismale, les artères de ses mains étaient dilatées et comme il avait eu, vers la fin de | 4 ; Sa vie, une hémicrânie assez forte, accompagnée de
C2 » ; AN a . . ) A .
ture d’anévrisme intra-crânien.,
- cécité, on fit la supposition, assez justifiée, d'une rup-
C'est encore Sandifort (Thesaurus dissertationum
progr., vol. IL, année 1778) qui dit avoir vu une diia
tation anévrismale de la carotide interne.
Enfin c’est en 1816 que Hodgson, dans son ouvrage, (réduit par Breschet, sur les maladies des artères et des veines, cite trois cas d’anévrismes des artères cérébrales. L'un, de la grosseur d’une fève, attenant au tronc de l’artère basilaire, au point où elle se divise en cérébelleuses et cérébrales postérieures, et
qui se termina par la rupture du sac. Le second, gros comme la moitié d'un pois, de couleur noire, trouvé chez un maniaque, à l’une des artères cérébrales, à
peu près à un pouce de son origine. Le troisième enfin est un anévrisme d’une cérébrale antérieure trouvé
chez un jeune homme qui mourut rapidement à da
suite de la rupture du sac.
De même, en 1826, parut dans le tome VI UE |
Journal de Magendie un mémoire de Serres, médecin de la Pitié, sur la rupture des anévrismes du cerveau.
En 1834, Nebel, d'Heidelberg, fait une étude sur ce même sujet à propos d'un anévrisme de l'artère du corps calleux qu'il avait observé. :
En 1836, Albers, de Bonn, publie un mémoire sur les anévrismes du cerveau et des méninges, d’après une observation personnelle et treize autres empruntées pour la plupart à Nebel.
En 1843, Bigot traite des « anévrismes des artères cérébrales » dans le Journal de Médecine de Bruxelles.
En 1851, Brinton, à la Société Pathologique de Londres, fait un rapport très détaillé sur les ané-
vrismes, à propos de l'un, trouvé sur la cérébrale :
antérieure, 11 y fait l'analyse de quarante cas et éta-
blit une statistique dont nous aurons l'occasion de.
nous servir.
Puis paraissent deux Atos l’une de Lebert, qui |
cite 25 cas, l’autre de M. Gull qui en donne 63 cas.
En 1865, Ogie, d'Oxford, RUSS nn plusieurs Cas.
En 1866, Gouguenheim et Lorber Étndient dans leurs thèses de Paris et de Strasbourg les « Tumeurs anévrismales du cerveau ».
Depuis, nous ne trouvons plus d'études spéciales, mais de nombreuses observations rapportées un peu partout et que nous citons au hasard de nos recherches. C’est ainsi que nous en trouvons de nombreux cas dans les Bulletins de la Société d'Anatomie de Paris, en particulier de Barth (1819), Fernet (1864), Bourneville (1868), Hanot (1872), Reynicr (1880), Klippel (1881), Klippel et Boeteau (1892), Jayle (1893). Apert (1894), Sacquépée (1899), Laignel-Lavastine (1901), Souques et Harvier (1908), Bertier (1904. De même Hayem, dans un compte rendu à la Socièté Biologique (1866), Schutzenberger dans la Gazette Médicale de Strasbourg (1866), Spillmann dans les
Annales de Dermatologie et Syphiligraphie (1886),
Dieulafoy dans la Gazette Hebdomadaire (1892), Chalier et Nové-Josserand dans le Lyon Médical (911),
De la mort subite et des considérations
médico-légales qu’elle peut susciter
La terminaison subite de l'existence a de tout
temps fixé l'attention et préoccupé les esprits supé-
rieurs : Hippocrate, Gallien recherchent ceux qu’elle
menace. Pline la mentionne. Les philosophes de
l'antiquité s’en entretiennent entre’ eux, la désirent
. pour eux-mêmes, si bien qu’un jour, comme le rap-:
porte Salluste, dans un dîner chez Lepidus où Jules
$ César assistait, comme on demandait au grand dic-.
tateur quelle mort il préfèrerait : « Repentina »,
répondit-il, celle qui survient subitement.
Au moyen-âge, au contraire, on la redoute par suite des idées religieuses qui dominent la société à ce moment-là. On en ignore la cause, et si on ne croit plus, comme dans l'antiquité, à un châtiment des dieux ou à l'intervention de la foudre, on pense du moins aux sorts ou aux maléfices. Ce À Cl
Et ce n’est seulement que depuis la publication de ” l'ouvrage de Lancisi, les immortels travaux de Bichat Es et les découvertes des physiologistes et des anatomo- 5 k
pathologistes que l'étude des morts -subites est entrée dans une voie véritablement philosophique, et qu’il a été possible d’embrasser l'ensemble d’une question
avoir qu’une idée très imparfaite, On en cherche alors
toutes les causes, on en connaît le comment et le pour- £
Di: quoi, et on en fixe surtout les rapports avec la méde-
4 | cine légale,
. Qu est-ce donc qu’une mort subite ? qu'entendonsmous par là et dans quel sens devons-nous prendre ce mot ? Il nous faut, en effet, en avoir une définition » mette et précise et savoir, particulièrement ici ou s'y __ attache une grande importance, s’il nous faut prendre subit dans le sens strictement littéral du mot. Plune sieurs définitions ont été données. « La mort subite, a dit depuis longtemps Lancisi, est celle qui enlève
par une maladie d’une course rapide, sans agonie ou . après une courte agonie, des hommes ordinairement | sains. Elle survient inopinément. » En réalité, ajoute d’ailleurs cet auteur, toute mort est subite : « Nullam novi mortem nisi repentinam, sine punclo temporis e contingentem.… universoe mortes puncto temporis contingunt. »
cie ans plus tard, Morgagni, dans sa lettce 26e, la comprend aïnsi : « Sous le nom de morts / subites, dit-il, j'entends celles, prévues ou non, qui emportent promptement le sujet, contre toute attente,
ou celle des autres personnes, en ce moment-là, » Depuis, les auteurs se sont attachés surtout à con-
sidérer la rapidité de cette mort, l’état normal anté-
dont les médecins des siècles derniers ne pouvaient
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rieur du sujet, l’intervention ou non d'un trauma: tisme et l’imprévu du décès.
Tourdes la définit ainsi : « La cessation soudaine ou très rapide de la vie, par suite de causes internes ou pathologiques, en dehors de toute action mécanique ou toxique, survenant inopinément chez une
personne qui paraissait en bonne santé ou dont l’état
de maladie ne faisait pas prévoir actuellement une
issue fatale. La mort subite doit donc être étudiée dans l’état de santé ou de maladie et ce point de vue n'est pas le moins important. »
La mort subite peut, en effet, survenir au cours d’une maladie curable, et le médecin légiste peut avoir à intervenir tout comme chez un sujet antérieurement sain, C’est pourquoi on a englobé, depuis un:
certain temps, toutes les morts subites dans cette défi-
nition de Brouardel : Ce qui, dans le monde et au Palais a reçu le nom de mort subite, est une mort qui n’est pas précédée ou qui n’est précédée que pendant un laps de temps très court de phénomènes morbides inquiétants. On devrait joindre au mot subit le mot imprévu. C'est cette dernière condition qui, dans le monde et par suite devant la justice, domine toutes les autres considérations. Et, pour ne pas créer de difficultés nouvelles, nous disons que la mort subite est la terminaison rapide et imprévue d’une maladie aiguë ou chronique qui, le plus souvent, a évolué d’une façon latente, »
Mais cette définition, exacte au point de vue général, s'accorde peu avec les morts subites dont nous
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nous occupons et avec le point de vue médico-légal. Aussi, tout en reconnaissant l'existence de morts subites au cours d’une maladie, nous en tiendrons- - nous à cette définition concise de M: le Professeur Balthazard : « Une mort qui se produit sinon instantanément, du moins : au cours d’une bonne santé apparente. »
Toutes nos observations y répondent. surviennent : en effet dans un état de santé satisfaisant, et quand elles ne sont point « instantanées » sont, du moins, « très rapides ». Car, si l'expression de mort subite présente un sens nettement défini et qui semble, de prime abord, se rattacher à l’instantanéité de la vie (en dehors des cas de traumatismes et d’empoisonnement), il nous faut convenir que les décès survenus dans ces conditions sont d'une rareté telle, que la | question de la mort subite prise dans un sens aussi étroit devrait n'avoir aucune importance patholo: gique et médico-légalé. Ce n’est évidemment qu'une œuestion de mots, qu'il valait cependant mieux mettre au point, surtout pour nous Français, habitués à trouver dans notre belle langue les mots précis pour
; chaque chose. ( ;
Au point de vue médico-légal, la mort subite a une importance considérable. Pour peu, en effet, qu’elle -survienne dans certaines circonstances de temps et de lieu, qu’elle frappe un homme en vue, qu'elle coïncide avec certains événements, et l’on sera bien près de penser à une mort criminelle. La suspicion naîtra, par exemple, de l'absorption d’un médica-”
ment, comme le malade de M. le Professeur Balthazard, qui prit des cachets antinévralgiques quelques heures avant sa mort, ou bien après l'absorption d’un repas comme le malade de l’Observation XV, qui ressent un malaise après son déjeuner, perd connaissance, vomit puis meurt le lendemain.
La mort peut avoir lieu aussi au milieu de circonstances singulières et, à ce point de vue, nos observations sont riches de faits : c’est le chauffeur de M. Piédelièvre qui perd haie nee au volant de son automobile et meurt cinq heures après; c'est un
jeune garçon (Obs. VI) qui perd connaissance en
jouant aux quilles ; c’est une jeune fille (Obs. VIT) qui
tombe à son bureau tet‘meurt sept heures après: c’est
un officier qui décède subitement en jouant aux échecs (Obs. XD ; c’est encore le malade de Lager (Obs. XVI) qui meurt en écoutant raconter une his-
‘toire, ou bien enfin, c’est la malade (Obs. III) qui
demande un châle pendant la nuit et succombe un quart d'heure après, ou bien la domestique qui meurt en s’habillant.
Le défunt, par une coïncidence malheureuse, aura pu aussi prendre part à une dispute, aura été censé l'objet de mauvais traitements. On ne manquera pas alors d’imputer à cette cause l'issue funeste et à l'adversaire un crime, là où il ne peut y avoir eu que le simple délit de coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
L'événement aura pu arriver chez un individu seul, enfermé chez lui. Le soupçon alors ne fera que