GRIEFS DE LA POLOGNE CONTRE L^OCCIDENT
votre civilisation, vous m'avez rendu odieux et cette civilisation sans entrailles, et voti^ banquet de mauvais riohe, et toute cette éducation latine que seule , parmi les Slaves , je n'aurais acceptée ^e vos mains que pour devenir à la fois le paria de ma race et la dupe de la vôtre. Fidèle jusqu'à la superstition à la foi qui nous avait fiancés dès le berceau de l'humanité chrétienne, j'ai usé mon enfance, ma jeunesse et ma maturité à vous garder une place, dans ce monde slave qui sans moi aurait depuis longtemps ressaisi les frontières où le rencontra Charlemagne. J'aurais pu me faire orthodoxe , et , après avoir déwré l'Europe jusqu'à l'Ëlbé, jusqu'à TEider, jusqu'aux lagunes de Venise, ouvrir aux flots de l'est et du nord, qui me poussent depuis mQle ans , l'orageux et fragile laboratoire de votre grandeur. J'aurais pu protester qontre vous ou avec Jean Huss, ou avec Luther; prendre rang dans celle pédante et rancunière confédération des Étals du nord que le traité de Westphalie dressa contre le monde catholique, et vous bouleverser dans un autre sens^ en devançant le royaume de Prusse dans des proportions colossales. J'ai préféré me laisser déchirer par mes tentateurs en invoquant votre nom , n'emportant dans ma tombe que cette croix latine, qu'aux jours de notre naïve enfance vous me donnâtes en jouant sous les yeux de la mère des anges , et que j'acceptai avec la ferveur d'un amour qui devait survivre même à mon supplice. Eh bien ! pour tant de dévouement, et lorsque vous eûtes grandi sous mon égide, vous m'avez laissé égorger et flétrir ; vous m'avez reniée et maltraitée comme une importune qui vous empêcherait de contracter de plus profitables alliances. »
» -Et n'allez pas rejeter les torts de votre cœur sur les égaren^nts de votre tête ; séparer la responsabilité de vos gouvernements de celle de vos générations ; car, plus forlunés que moi, vous avez conservé votre indépendance,^
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n^itveE jamais obéi en définitive qu'à des pouvoirs au moins i3onsentis. Or votre royauté absolue m'a livrée pour rien: Votre république victorieuse m'a échangée contre mon pesant d'Allemands. Votre consulat, ne trouvant plus l'Eu* Ti)pè assez discrète pour aCy ensevelir, m'a accordé un supplément de cimetière aux Antilies. Votre empire n'a entrouvert ma tombe européenne que pour y chercher quelques fers de lances.
» Prenant les trompettes d'Iéna et de Friedland pour celles de la résurrection, je soulevai le couvercle de mon sépulcre fet le portai avec des sanglots de joie et de tehdresse aux pieds du vainqueur des rois qui m'avaient suppliciée ; mdis Uji me répondit : A. minuit, lève-toi, revenant^ si tu le veux, et éclaires la marche àé mes bataillons avec ta lampe funéraire ; mais aie soin de laisser tes cinq sens dans ta tombe^ afin qu'il né te prenne pas envie de continuer après la diane celte danse macabre à travers les vivants. Surtout prends garde, maigre et lamentable vampire, de te trouver sur lé chemin de mes impériales fiancées !
» Puis devint votre royauté de droit divin ^ qui m'oublia entre les mains de son restaurateur, parmi les trophées de Paris et de Waterioo ; puis votre royauté bourgeoise qui se souvint de moi, celle «là, mais pour payer sa bien-venue pbrmi les royautés comme il faut^ avec les^ernières gouttes de mon sang I »
Pauvre terre, adorée et promise à la veille de chaque déluge, abandonnée aux reptiles dès que tu l'as bu ; nation morte d'amour, immortéHe de sacrifices! t'a-t-on assez chantée , lorsque sur un geste de l'Occident tu arrachas la £aox des mains de la inoft et en^ armas* tes régiments, pour donner aux savants de Paris et de Londres le loisir de braquer leurs lunettes %ur ta passion et d'attendre que l'OHDRE RÉGNÂT A VARSOVIE. C'est alorsqu'ilsdécou-
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vrirenl que , faute de Rhin et d* Alpes ^ tu es insaisissable- et bonne tout au plus à périr. Tu n'as été désarmée ni par les escadrons de Nicolas, ni par te trébuchement de te» revenants, lii par les plis de ce linceul que la Prusse et T Autriche te rejetaient par-derrière, mais bien par ces motfl atroces, mots de Lacenaire sortis de la bouche de ceux que tu âiinais} mots, froids et sans réplique, comme le fer que César aperçut dans une main ingrate, parmi tous les autres poignards qui ne le surprenaient pas.
A ces mots , la Pologne s'enveloppa la tête dans son suaire et roi>Ia vm pieds des Tsars. L'écho de ces mots^ devenu^ maxime d'Ël^t pour les nations sauvées par Tinsurrection pdlonaise de.lSâl, a répondu à toutes nos convulsions ultérieures; ce «ont les derniers que la Pologne ait entendus ea se .re('0ucha<il il y a vingt- quatre ans dans le einletière palissade de Vola; et depuis elle les murmure en Sanglotant dans son purgatoire , comme une plaintB cernihëncée ailleurs, on ne sait où, ooiïune ces .jJldiuteS monoloties el éternelles que radotent les bruyères sur les vieux- chdmps de bataille.
Depuis ce temps^ indifférente aux posl-scriptumsque Ift rage de ses tourmen leurs ajoutait au bas de cette épttaphe de CaïW , elle n'a plus senti rouler le déluge sur sa tombe. Si elle a retoué efi 1846 , c'eçt comme le cataleptique qui ^ réveillé un moment par la douleur, se mange bravenlent les:bras, eroyatit faire un trou à sa bière.
Dmiàle tremblement européen de 1848, après s'être assurée seulement que son cœur battait eiictlre dans le sein dé son peuple^ elle n'entendit plus gronder que Tunique setitence de 1831. M. de Lamartine aurait pu -se, dispenser^^ d'y ajouter, les conmienlaires de MM. de Circourt fet; de Meyendorf ; car la Pologne qui^ au premier manifeste de l'organe, extérieur de Février, avait un instant levé Ja tête^ n'attendit pas ses graUiites insultes pour reconnaître ^u'il
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n'y avait pour elle en tout cela qu'un lointain dérangement de pavés, tout comme en 1830. L'infortunée avait acquis sous terre la finesse d'ouïe du mineur enseveli depuis des jour» et des nuits sous l'éboulement de sa galerie ; elle n'eut donc pas de peine à deviner, au timbre particulier que rendait l'Allemagne intermédiaire, que la France, rougissant déjà de son héroïque étourderie, avait hâte de resceHer ses pavés sur tous les in-pace qu'elle avait fiait tressaillir.
- Et lorsqu'après six semaines de sursis , la Pologne ne vit bouger ni par mer ni par terre les 200,000 pantalons rouges auxquels toutes les armées dissoutes, tous les gouvefnements renversés ou consignés de l'Allemagne ouvraient une via sacra jusqu'au capitole de Varsovie, elle se dit que la période latine de l'histoire était close ; que des temps nouveaux , étranges , inintelligibles pour la génération présente, sonnaient à l'horloge de l'humanité. Serait-ce la période germanique? Non, car celle-là était finie au moins depuis la iport de Gliarlemagné, peut-être plus tôt; depuis fort longtemps, en tous cas; puisque, à l'exemple des règnes mythologiques , il faudrait pour fixer sa place dans la mémoire des peuples , déplacer tout ce qui y fut avant et après. Or, Dieu ayant logé trois races en Europe et ayant distribué entre elles les saisons du christianisme , il n'y avait donc plus, pour les sacrificateurs experts du monde moderne, que la saison des Slaves à venir. Le vol persistant des vautours autour des entrailles des victimes l'augurait depuis longtemps. Les seuls doutes qui pussent subsister à l'égard de cet avènement concernaient ses f(»tnes et sa mission.
Si le monde Latin s'était par adoption perpétué dans la Slavie occidentale ; si , à titre de régulateur des métamorphoses européennes et en employant la Pologne pour interprète, il avait vaillammeni transmis son héritage de liberté
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aux jeunes et vigoureuses pousses de celte race, pliantes et malléables qu'elles sont encore , elles ^e fussent toutes , conune la Pologne, moulées sans résistance à l'image de leur initiateur, pour perpétuellement réfléchir sa puissance et sa pensée. Au contraire , en renonçant à son action p^ff la Pologne sur ces nationalités naissantes , en ne leur laissant de choix qu'entre la mort sous la serpe et la pioche des civilisateurs allemands , ou une croisade de servitude sous le drapeau, des Tsars, la France, seule puissance latine avec laquelle on puisse causer, livrait évidemment le monde au panslavisme. La Pologne , qui est moralement dans le monde slave ce qu'est la France pour le monde latin , ne pouvait se méprendre sur le sens de cette funeste abdication ; cependant seule , et sans em|H^nter à la France un premier fonds d'autorité matérielle, la Pologne était absolument incapable de lutter contre les incestueuses tentations de cette promiscuité panslavique à laquelle l'abominable satan de sa race convie ses imbéciles nourrissons. Elle n'eut qu'à se taire tout à fait, lorsque, par une mauvaise et cruelle [daisanterie , la République de Février l'envoya se faire sauver, elle et ses aiglons, par les cuisiniers parlementaires de Frankforl.
N'était-ce pas vraiment vouloir nous faire douter de la justice de Dieu et du bon se^s de ses créatures, que de s'en rapporter, sur l'opportunité de la question polonaise, au jugement de ces bourgeois et de ces docteurs de l'Allemagne qui s'imaginaient gouverner quelque chose, parce qu'ils empêchaient leurs bouts de princes de gouverner le dimanche ? Est- ce que le canon de Miloslaw et de Cracovie n'était pas plus intelligible pour apolitique internationale des Parisiens quales harangues d'un parlement quelconque et les rapports de M. de Circourt? Fallait-il donc au gouvernement Provisoire apprendre exprès l'allemand de^tribune et de chancellerie, pour comprendre que toutes les assemblées repré*
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Bentalives possibles d'un {)ays infiniment plus dénoembré en surface et en profondeur que ne Test la Pologne, malgré gès cinq partages , ne roprésenteront jamais que la négation de tpute réalité et de toute justice? Qu'est-ce que les philosophes, chitnistes ou économistes libéraux, de passage sup le Mein, avaient de plus à dire sur la Pologne, (|ue les propriétaires, holiereaux et fonctionnaires cx)nvoqués à Berlin pour constHulionnaiiser la tyrannie germanique dans la Slavie? Ces assemblées pouvaient se disputer entre elles et avec les quarante divers gouvernements de rAllemagne Bur leur ménage intérieur; mai& dès qu'il s'agissait de la Hotogne, agronomes républieains, agronomes socialiste» ou agronomes royalistes , tous avaient certainement la même réponse : « Veux-tti bien te tenir tranquille, coqujne, dans 06 cimetière que nous avons loué à bail perpétuel , pardevant congrès, de l'empereur de toutes les Riissies , pour y planter nos betteraves. Tu prétends donc noijs ruiner, voleuse! communistei avec tes révolutions?»
Alors, dait-on s'étonner que l'aréopage assemble 4 Frankfort pour expliquer en allemand le nouveau programme de •la révolution française, Tait aussitôt tr^aduit à une écrasante majorité [)ar un sixième partage de la Pologne ? La Russie, 1^ Autriche et la Prusse en avaient bien chacune leur morceau; pourquoi la Confédération Germanique n'en prendrait-elle pas aussi son lopin ? Où serait saris cela la philo- «oplne, on serait le progrès d'une nouvelle révolution? Biep loin de nous la pensée d'imputer ce meurtre mopal à l'Allemagne véritable, à l'Allemagne qui n'existe pas encune; a l'Allemagne dont nous n'avons eu que la vision apocalyptique, dam les nuages de la canonnade de Yjennei dB Dresdp 6t dfi Philippsbourg. Nous espérons que lopsque cette AUe- •msigne-là viendra, elle n'aura plus le délire (ie la ffiim, et u^ cherchera plus à se repaître de nos plaies. i£|i rêve, en -os^i, en échantillon, n'importe, nous l'avons YM^t i^t(c
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noble ^t triomphante Sion , regretter, avec les dénoonstraa tions du plus sincère et du plus poignant désespoir, d'avoir à son insu détaillé la Pologne; nous l'avons vue, sans qu'elle en demandât avis i aucun parlement, reeueillir les moindres ëclaboussures de notre sang nveo des mauohoira trempés de vraies larmes , pour les enchâsser comme- reliques d'amour dans les b$dlades de l'avenir; mieux que eela , nous l'avons vu&, à défaut de plomb, enchâsser son cœur dans nos fusils , pour qu'il se brisât eo holocauste ponlre nos autels renversés. Autre Pologne, quarante fois démembrée et sous quarante fauteuils ensevelie I revenant fugitif de li^ conscience allemande , onobre de bon voisin , qui ne pourras revêtir un corps que quand la Pologne t'aura donné au moins une paroi , ce n'est pas toi , patrie vaincue de 9lum et de Bœning, que représentaient les pap?
tageurs de Frankfort; ce n'est pas à toi que s'adressent nos
amertumes I
JV|ais ce n'est pas pon plus cette AU^magne-là qu'évoqwi 1^ voix de Février; bjen qu'étqnt ep tr?in d'évoquer des
puissances ponvelles, il ne dût pas lui en couler plus de
produire oellerlà que d'msuHler ce personne ne sait quQi de tqtit aussi fantastique et de bipn moins consolant, qui penr dant deui^ ans régna sur toutes les Allemagnes et n'en gour vernit aucune, avec l'unique mission intelligible de les r^dr^ toutes à janiais odieuses à leurs voisins. A peine donc notre radieuse et charmante Allemagne a nous nous avait^ell^ tendu la majp pour descendre de noire croix, que cello de M. de Lamartine nous y reclouait avec force ior juregi liel et vinaigre. .Kt non pas seulement les princes de l'AllPipagne, les juife de rAllemagne et les publieains '^e l'Allemagne, ce qui pe saurait décourager notr^pafdon; mais ses hégéliens les plus radicau^i, S9S philanthropes les plu^ sensibles, s^s bourgeois les plus recommandables;
voiw wôm* ce ppupip qui, faute d'un arpent de patw «H?»
mande pour en vivre, a horreur de tout propriétaire : lui aussi, le malheureux, se mit à aboyer après son lambeau de Pologne! Dès ce moment la Pologne, cachant son abandon et son désespoir derrière sa colère, s'écria par l'organe de ses ambassadeurs auprès des barricades étrangères :
« Je ne bougerai que quand le mot fratricide de la France, parodié par ces ridicules Allemands, sera levé solennellement, entre deux armées de deux cent mille hommes pour témoins, comme des scellés illégalement posés sur le tabernacle de l'humanité. Puisque je n'ai ni Rhin, ni Alpes; puisque mes 270 lieues de largeur entre le plateau de Smolensk et les marais de la Yarta, mes iliO lieues de longueur entre les bouches de la Vistule et celles du Dniester lie suffisaient pas h mon existence ; je me reposerai jusqu'à ce que vos congrès se décident à m'en donner davantage.
» Il vous semble, démarcaleurs de la chrétienté, que ni mes forêts lithuaniennes où se sont perdus les Huns, ni mes marais du Prypet qui ont englouti les Mongols, ni mes Carpathes qui ont brisé les .Turcs, ni mon rempart siiésien, auquel se sont arrêtés les empereurs d'Allemagne, ni mes lagunes baltiques inabordables aux Scandinaves, ni mes steppes ruthéniens , tumulus de 2 millions de Tatars ; ni mes 22 millions de poitrines non plus, ne valent un article de traité? Vous trouvez que ni ce qui, pendant quatre siècles, vous préserva si bien des Finnois, des Pietschingues , desPolovtsi, des Khasars et tous autres effluves de l'Asie que vous ne saveîs probablement plus de quoi je veux vous parler, ni ce qui a fait de moi pendant huit siècles la seule nation libre de la Slavie, ne compte aujourd'hui pour frontières naturelles?
D C'est bien, mes amis.
» Je vais donc attendre, neutralisée par la servitude, que la Russie, devenue l'empire des Slaves, me donne les