‹ De la nationalité polonaise dans l'équilibre européenChapitre 31 sur 80 · RENAISSANCE DE LA DÉMOCRATIE POLONAISE. 30S · texte numérisé non relu

RENAISSANCE DE LA DÉMOCRATIE POLONAISE. 30S

point à s'abandonner lui-iiicme. L'indifférence et nfiéme l'ingratitude étrangères, aveuglement de Tégoïsme à part, ne sont jamais gratuites et supposent toujours quelque vice d 'insociabilité chez la victime qui en est l'objet. C'est ce vice morbide que la Pologne entière a à confesser et à rejeter de son sein sans le secours de personne, pour ramener à soi indifférents, ingrats, et forcer tout le monde de lui portpr secours. Ce principe de remords et de timidité qui amortit l'écho de ses plaintes les plus légitimes, que per-* sonne n4gnore, que seâ tourmenteurs entretiennent et exploitent avec ut\ soin infernal, c'est l'expropriation éco* nopfiiqae des masses nationales au profit d'une extrême minorité, que ses plus cruelles pénitences ne sauraient rendre intéressante ni faire écouter à l'égal d'une natiop entière.

Il faut donc absolument qpe la Pologne ôte â l'opinion européenne ce prétexte de déni de justice, pour reconquér rir à son tribunal cette parole irrécusable, cette voix des millions d^hommes qui se feit elle-même justice, quand on ]â lui refuse. Alors seulement que ees imprécations, <le gémissement deviendront tonnerre, amis et ennemis l'en» tendront et se sentiront sommés de se qoettre en bataille ppnr ou contre elle.

C'est ce qu'a compris dès 1833, ce sens, cet organe dén\ocratique des Polonais, fant haï de toutes les tyrannies européennes^ parce qu'exprirpant }e seul côté irréfutable et invulnérable denotre nationalité, seul il a prjse ^q eorps et de revanche sur elles, à toute heure de^ l'avenir. A cause de cela, si jamais fière et vengeresse indignation Ait légitime, c'est celle qu'exhala la démocratie polonaise eontre la mauvaise foi dp libéralisme occidental, lorsque régqlièrement répudié e\. trahi par eelui-ci, an 1831^ en 18lt6, en 18&8, il eut à supporter et le reprocha i}0s torts dont il éfpit ^eul innocent^ et le triompha ^u {n%\ ^m

seul il rachetait de son sang. Eh quoi! oublieux affranchis de la féodalité, vous nous accusez sans cesse de l'asservissement social de notre peuple, et toutes les fois que nous allons nous faire hacher et pendre pour Texhausser à notre niveau, vous prêtez contre nous à ses fouleurs toutes vos colères conservatrices, et crachez IHnjure au supplice de notre tribunat !

Le démocratisme, qui ne forme pas en Pologne un parti spécial, et qui, quoique à des degrés de manifestation très divers, se trouve comme le sens du toucher, répandu dans tout Torganisme national, a donc fini par sentir que de rien ne serviront ses plaintes et ses menaces à l'Europe, tant qu'il n'aura pas réveillé à lui tout seul les masses populaires de ce pays, et érigé, sur leurs pavois une Pologne digne d'être plainte et capable de poser ses sommations avec succès. A ce compte, les déceptions de i8&6et de i8/(8, mortelles au patriotisme du passé, ont au contraire fait tressaillir toutes les fibres de la renaissance dans la Pologne à venir. Du fond des fosses de Lemberg , de Xionz, même de celles de Tarnov, où les mères, les fils, les frères de lu vieille Pologne ne venaient chercher que la mélancolie de regrets irréparables , nous vîmes, nous, poindre la lente justice de Dieu, et les multitudes longtemps introuvables ou égarées, se dresser d'elles-mêmes pour venger tout ce qui y avait disparu. C'est ainsi que la piété patricienne exhuma un peuple de vivants dont elle n'avait pas oséjusqu'alors soupçonner l'existence; mais comme eHe manquait de pénétration pour comprendre et adopter ce prodige, elle en frissonna autant que la tyrannie étrangère et se replia dans la sécurité de son deuil, en fuyant la nouvelle aurore. Sans vouloir donc disculper l'impéritie occidentale de ses funestes effets sur l'esprit polonais, il faut bien, pour donner toutes les raisons de l'immobilité de la Pologne russe depuis les massacres de Galicie jusqu'aujourd'hui ,

Page 1