RENAISSANCE DE LA DÉMOCRATIE POLONAISE
lui avouer pour complice les tristes alarmes d'un individualisme qui , ramenant tout à lui , s'imagine avoir sauvé la patrie de tous, en préservant le patrimoine de quelques-uns. Heureusement que la Pologne nouvelle , la Pologne de la résurrection, n'en était pas moins découverte à la lueur de la fusillade interrompue par cette malencontreuse défaillance, que, du reste, nous avons respectée et respecterons comme tout ce qui s'en va.
Le peuple à peine renaissant de la Pologne ne pouvait pas avoir encore la hardiesse de troubler le repos de cette abdication ombrageuse , susceptible , récriminatrice à l'excès ; c'est là le motif de sa courte apparition sur la scène de i8A.8 ; néanmoins sa rentrée dans notre parlement insurrectionnel eut le temps de se placer sous l'indélébile sacrement ide la mitraille étrangère, et c'est tout ce que lui demandait la patrie pour ce jour-là.
Après son discours d*ouverture à la tribune militaire de Xionz , de Miloslaw et de Wrzesnia , la vérification de ses ))Ouvoirs devait se faire à huis clos, dans le recueillement de la méditation nationale , avec les ménagements dus aux vénérables lassitudes dont il allait relever l'héritage. Peutêtre est-ce la sagesse de la Providence , malheureusement trop souvent inintelligible à force de profondeur, qui a enveloppé cette transformation dans l'horrible calme des six dernières années, comme elle protège le radieux avenir du papillon dans la muette impotence de ta chrysalide; mais ce qu'il y a de certain, c'est que depuis 1848, une prodigieuse démocratie , incomprise pour toute investigation officielle , sensible seulement pour le sein maternel qu'elle agite, arrive à terme, au fond du noir abîme qu'on appelle la Pologne. Car ce qu'il y a de certam encore, c'est que, toute renaissance n'étant que la purification par ascension du même être, ou cette Pologne de l'avenir, faute d'haleine j avortera dans le panslavisme , ou bien elle sera la
106 BB LA l^ATiONALiTÉ POLONAISE.
Pologtie glorieuse et nécessaire des xv' et xvi* siècles, étendue à toutes les dimensions dU'Xlx^
Le détnembrement même de ce pays se sera ainsi chargé de sa révolution. Tout ce qu'il s'y était amassé de morbidfc et de parasite à la fin de sa premièlre période de vie ; tout ce €|iii dès la fin du xvu' siècle comprima peu à peu le dé* veloppement de ses facultés fécondantes et libératrices dans la Slavie; tout ce qui au xvni% en arrêtant la circulation de sa sève démocratique, le fil plier sous la pression environnante^ tout cela restera dâîis la fosse des congrès. Immobilisation de l'amour, de la pensée et de h production^ de la famille, d^ la religion et de la propriété ; patriciat de la papesse,, des préjugés et de l'orgueil; bérédilé de la misère, de l'ignorance et du désespoir; anarchie^ cofrbption de la liberté; oligarchie. Corruption du patriarcat et de la chevalerie.; jésuitisme, corruption de la foi; servage de la glèbe^ corruption de la communauté slave i le royalisme des Czartoryski , corruption de la royauté des Jagellons : (out cela a été mieux et pliis vite dévoré par la rouille du sépulcre, que ne l'auraient fait cent années de guerre civile. Tout tela n'a plus que la fdrme que lui prêtent les parois d'une urne funéraire, et s'aiîaidsera en poussière impalpable , au premier coup de canon tiré trop près d'elle. . .
Si .c'est cette Polognfe-là que les amis pacifiques de \» Rusi^ie appellent un squelette^ une nationalité inanimdble, nous. la leur abandonnons comme pendant à leur patriotisme. Certainement cette nationaUtë-Ià, si commode poilr leur philosophie, est bien. morte el ne les contrariera pIUs jamais. Mais sous cette rouille^ existe, s'ogitéet se dégage une^ tout autre Pologne, devinée d'une extrémité de la tel*re à l'autre par les appels de quiconque y gémit^ et par les alarmes de tous ceux qui la font gémir. Ne. vous fiez pas^ honnêtes fossoyeurs, à cette caducité-là ; car pareille à