LA POLOGNE VIS-A-VIS DE L* ANGLETERRE
gutrre d'Orient, reprocher aux escadres alliées de ne pas avoir forcé la rade de Sébastopol , avant que la place ait été percée par la sape et l'assaut.
De même, cependant, que la fortune n'a point demandé à qui la faute, mais a tenu également marins et sapeurs hors de la place durant neuf mois, France et Angleterre devaient pâtir dans la même mesure de leurs absurdes rivalités. Tandis qu'au lieu de se seconder, cette usine et cet arsenal de la civilisation se gâtaient réciproquement leurs métiers respectifs , l'Europe se retirait de plus en plus de desgous leur main. Nous savons avec quel superbe dédain le Foreing-Office laissa échapper ce petit continent de ses bras, se flattant de faire de l'Empire britannique une planète qui flotterait majestueusement à part entre le Nouveau et TAncien monde, sauf à les ressaisir plus tard tous les deux avec ses grapins d'abordage. Nous savons aussi comment le peuple anglais soigneusement entretenu dans ce mirage par sa coupable oligarchie, devint, encore plus que les Américains, étranger aux passions et aux idées continentales. C'était oublier que cette presqu'île Japhétique, à peine supérieure en étendue à l'Australie, n'en est pas moins le cervelet du globe ; que toutes les facultés du genre humain y ontteur siège, et tous ses muscles leurs racines. Ne futil pas un temps où cette oligarchie, aujourd'hui si insouciante de ce qui s'y passe, avait joué tous ses trésors contre la rupture du blocus qui menaçait de l'en exclure? Et pourtant , elle ne sentait pas encore à cette époque le géant américain venir par derrière la refouler sur cette asphyxie. Et pourtant qu'était-ce, lorsqu'on y réfléchit, que ce blocus nominal, dépendant d'une haine et d'une vie personnelles, troué sans cesse, de toutes parts et par tout le monde, qu'était ce en comparaison de celui que le panslavisme et le pangermanisme coalisés, méditent actuellement contre l'Angleterre ? Pour briser comme les parois d'un verre le
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système continental de Napoléon , il a suffi de briser une individualité. Pour briser le blocus actuel et rouvrir ainsi aux épancbements et aux racines de la race anglo-saxonne le sein vivifiant de TEurope^ il faut rompre non pas les estacades de Sébastopol et de Cronstadt, mais la masse collective de la Sainte-Alliance, dans tous les sens et dans toute son épaisseur.
Non pas certainement que nous nous flattions de nous faire comprendre et écouter de Toligarchie déclinante qui tient encore les rênes du gouvernement britannique. Quelles que soient ses simagrées révolutionnaires et ses démangeaisons passagères d'entente avec la France, pour tout ce qui concerne les nationalités incapablesdelui fournir sur l'heure des conlingentscontre subsides, ce pouvoir achèvera de vivre sur les idées du congrès de Vienne. Nous concevons que, pour ce gouvernement-la, la ruine des ports et de la marine russes, la mise en surveillance de la Baltique, Taffranchissement du Bosphore, une domination assurée dans la mer Noire, et parla sur toute TAsie occidentale, aient payé avec usure les plus lourds et les plus humiliants sacrifices du peuple anglais. En effet, si la lutte devait en rester à C/Ctte étape, bien folle aurait été TAngleferre de ne pas retirer son épingle du jeu, après la prise de Sébastopol, en priant la France de se débrouiller comme il lui plaira.
A ce point de vue, que pouvait-on demander de plus au génie et au bonheur des siiccesseurs de lord Aberdeen ? « Voudriez-vous, nous diront-ils, qu'imitant la France, qui vient d'anéantir de ses [)ropres mains les meilleurs éléments d'une fulure coalition maritime contre l'Angleterre, le gouvernement britannique eût détruit a jamais toutes ses garantes continenlales contre la France, en dressant une autre France à la place de l'Autriche et de la Prusse ? Eût-il même trouvé, pour accomplir cet acte d'étrange générosité, les ariQées de terre qui manquent à la défense de ses propres côtes,
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il s'en senait bien gardé; car enfin l'amour est pour le moins chose aussi fragile en politi(|ue qu'en mariage, et il ne faut pas que le jour où la Manche se fatiguera d'unir les deux peuples, les Français puissent, à l'aide des succursales que leur aurait fournies l'Angleterre, relever contre leur vieille rivale un second empire napoléonien. Il se peut que, pour le quart d'heure, ni la Prusse, ni l'Autriche, ne soient anglaises ; mais, cela fient évidemment à ce que l'Angleterre a eu besoin de se faire trop française. Lorsque ce besoin sera calmé, vienne une liquidation de l'alliance occidentale, et les plus farouches tribuns des nationalités dans le paiiement britannique seront bien aises de retrouver la Sainte- Alliance à sa place, la France de 1815 à la sienne, la Pologne à la sienne, toutes les causes vaincues et surveillées depuis 1815 aux leurs, la Russie seule rognée de ce qui contrariait la cité de Londres, mais aussi intacte que possible en ce qu'elle a do contrariant pour la France. »
L'Angleterre officielle est donc restée hostile à une sérieuse restauration polonaise, c'est-à-dire à l'abolition perpétuelle de toute coalition continentale, par précaution contre son alliée de tout ù l'heure; et elle s'encouragera d'autant plus dans celle arrière -pensée, que la France aura lardé davantage à lui déclarer, par des faits, sa dernière volonté à cet égard. Il fut un moment, un très long moment, dans la guerre d'Orient, pendant lequel la France était en mesure de contre -miner toutes les précautions, toutes les arrière-pensées du Foreing-Office^ et de rendre ses associés aussi polonais qu'elle aurait dû l'être ellemême : ce fut entre la destruction de l'armée anglaise et la destruction de Sébastopol. Malheureusement, les moments même les plus longs et les plus tentants passent vite quand on n'en profite pas. Dès que Sébastopol eut cessé d'exister, et qu'il devint préférable, pour le gouvernement britannique, de ne pas avoir d'infanterie du tout que de trop
en avoir, il aurait fallu que lord Palmerston aimât bien passionnément la Pologne, pour permettre à la France de l'aimer un peu.
En somme , toujours cette même politique sénile des malices s'annulanl les unes les autres, au profit définitif d'un tsarat universel. Car en se réservant par le maintien des stipulations de Vienne, au sujet de la Pologne, le retqur possible d'une coalition continentale contre la France, la politique anglaise nous semble avoir oublié une chose : c'est que le fond et le moteur de toutes ces coalitions résident en Russie, nulle part ailleurs. Donc en souffletant et en estropiant Agamemnon sans le tuer, pendant qu'elle le pouvait, la malice britannique a détourné à perpétuité contre elle-même les vengeances dont elle croit avoir fait provision contre la France. Si la guerre d'Orient a trompé bien des espéranccB, elle a eu du moins cela de bon, incontes^ tablement, que la vieille politique s'y est usée. Que cette guerre, dont on vient de traverser la première phase, finisse comme elle devrait, ou comme l'on voudra, dorénavant l'oligarchie britannique trouvera bien difiicilement à qui parler contre la France, à Saint-Pétersbourg, à Vienne et à Berlin.
Quant à la nation anglaise^ elle ne pourra songer a entrer véritablement dans le système européen, pour y retremper sa vigueur, pour échanger sa majesté colossale, mais précaire et pleine d'inquiétudes, contre une existence assise à la fois sur la puissance et sur la sécurité, que lorsque cet amoncellement d'oppressions qui, sous le nom de Sainte- Alliance, encombre les quatre cinquièmes de notre continent, sera dispersé et écarté du chemin de toutes les nations. Jusque-là, quelque enflées que soient ses voiles de pourpre et d'or, ce ne sera jamais qu'un vaisseau repoussé de tous les ports, en péril peri)étuel de famine et de chavirement. La jeune confédération des nationalités dégagées par Taf-