CHAP. VIII
COMPTE-REVENU
considérant l'exploitation agricole comme « étant en compte » avec son propriétaire. Tout revenu de cette exploitation à son propriétaire est porté sur un côté du grandlivre et est dit « crédité » à l'exploitation agricole, tandis que sa dépense est « débitée )> de la même manière. Un article de crédit signifie donc le revenu qui est produit par un capital donné, et un article de débit signifie la dépense occasionnée par ce capital. Les deux termes se rapportent respectivement aux éléments positifs et négatifs dans le compte du revenu et de la dépense de ce capital.
Nous sommes maintenant en mesure d'appliquer les définitions qui précèdent au compte-revenu. Nous commencerons par supposer une « maison avec terrain » comme article de richesse ou de capital et nous considérerons, en premier lieu, son revenu et sa dépense durant l'année 1900. Le revenu que ce capital rapporte à son propriétaire peut être soit une rente en monnaie, soit les services de logement pour lui et pour sa famille. Dans l'un et l'autre cas, le revenu peut se mesurer en Aïonnaie, quoique, dans le cas d'occupation par le propriétaire, cette mensuration exige une évaluation spéciale. Nous supposerons que la maison fut bâtie il y a bien des années et qu'en 1900 elle était à peu près en ruine. Elle donne un revenu annuel de 1.000 $. Ce revenu est contrebalancé sous forme de réparations, d'impôts, etc.; ces divers payements, en effet, sont des « événements non désirables » occasionnés par la maison et par la terre. Nous avons alors le « compte-revenu » suivant :
Revenu pour la Maison et la Terre durant l'année 1900 revenu dépense
Usage de la maison et de la terre 1 . 000
Réparation? 200 $
Impôts 100 $
Assurance 100 .$
Le revenu net est donc de 600 8.
Nous pouvons supposer que l'année suivante on s'aperçoit que la maison a des poutres vermoulues. Elle est condamnée et elle doit être abandonnée ou démolie. Ses services sont finis, mais la terre est encore en bon état et le propriétaire peut y construire une nouvelle maison. Cette opération prend, par exemple, les six premiers mois de l'année 1901, de telle sorte que, durant cette période, il n'y a aucun revenu, mais seulement de la dépense. Durant la seconde moitié de l'année, la maison est occupée et son occupation est évaluée 600 $. Durant les six premiers mois, non seulement la « maison et la terre » ne produisaient aucun revenu, mais, au contraire, occasionnaient une dépense. Le coût de production de la maison constituait un desservice, car ce coût était un « événement non désirable » occasionné par la maison et la terre. Si l'on persista, ce ne fut qu'à cause des services que l'on en attendait dans la suite. Ce coût n'était pas en lui-même un événement désirable. C'est pourquoi, lorsque nous disons qu'un événement n'est pas désirable, nous faisons abstraction des compensations futures. Tous les desservices sont des « maux nécessaires » ; ils conduisent au bien, mais ils sont eux-mêmes des maux.
Nous avons alors le compte suivant :
Revenu poiu la Maison et la Terre durant l'année 1901
Usage de la maison et de
la terre (six mois) .... 600 S
Dépenses de construction 0.000 $
Impôt? 100 $
Durant cette année 1901, la maison occasionne donc une dépense nette de 10.100 S. Cette balance défavorable sera
plus que compensée pendant les années suivantes. Pour l'année 1902, nous aurons le compte suivant :
Revenu pour la Maison et la Terre durant l'Année 1902
REVENU
Usage 1 . 200 S
DEPENSE
Réparation 5 50 S
Impôts 150 S
Revenu net : 1.000 S.
Supposons que ces chiffres restent à peu près les mêmes pendant quarante-neuf ans, et donnent pendant cette période : 50.000 S de revenu net, somme qui compense l'excédent de coût de 9.500 S et laisse, en outre, une vaste marge dont la nature, à titre d'intérêt, n'a pas à entrer ici en considération. A cette époque, la maison tombe en ruine une deuxième fois et doit être reconstruite. Le même cycle se répète, une année d'excédent de coût étant compensée par quarante-neuf ans d'excédent de revenu.
On remarquera que le coût de reconstruction de la msdson fut porté en compte exactement de la même façon que les réparations et autres frais « courants ». Il peut sembler que l'on pourrait soulever une objection contre cette manière de procéder, si l'on considère que la reconstruction apparaît non comme une portion de « dépense courante », mais comme un « coût en capital » {capital cost), et appartient non au compte-revenu, mais au compte-capital. 11 est vrai que la valeur de la nouvelle maison doit être portée sur le bilan du capital, mais le coût de production de cette maison appartient à proprement parler au compte du revenu. La valeur représente de la richesse^ le coût de pro-
duction représente des desservices. La première se rapporte à un moment précis (qui peut être n'importe quel moment à partir du temps où la maison a commencé jusqu'au moment où elle a cessé d'exister) ; le dernier se rapporte à une période de temps (qui peut être la totalité ou une partie du temps durant lequel le travail et les autres sacrifices occasionnés par la maison ont lieu). Une maison se distingue entièrement de la série des sacrifices au moyen desquels elle est construite. La confusion entre les deux est naturelle, si l'on considère la pratique des teneurs de livres de porter souvent le capital à sa « valeur de coût ».
En fait, on dit quelquefois que « le passif représente de la monnaie reçue par une Compagnie, tandis que l'actif nous dit comment cette monnaie a été dépensée ». Mais cette assertion n'est pas rigoureusement exacte. Puisque la valeur vénale {market value) de la maison dépend de sa convenance par rapport aux usages auxquels on la destine, et non de l'argent dépensé à sa construction, cette maison, à laquelle on a dépensé 10.000 $ pour sa construction, peut valoir plus ou moins de 10.000 $. Dans ce cas, le compterevenu devrait porter 10.000 | du côté des dépenses, et le compte-capital devrait porter un chiffre supérieur ou moindre (i).
Et cependant il est incontestable que nous faisons instinctivement des objections au fait d'inscrire le coût de construction de la maison dans son compte de revenu-etdépense ; et nous exprimons cette objection en appelant ce
(1) Même dans le cas normal, la valeur de la maison, comme on le sait très bien, n'est pas exactement égale au coût de sa construction, mais à ce coût plus Vintérêt. Une maison qui coûte 10.000 $, dépensés dans le cours de six mois, devrait valoir que'ques centaines de dollars de plus à l'époque de son achèvement, sans quoi, l'homme qui dépense ces 10.000 S et qui, lors de l'achèvement, a une maison ne valant que 10.000 ^ à la place de l'argent dépensé, n'a évidemment pas reçu l'intérêt de son argent. Le rapport entre la valeur du capital et son coût et l'intérêt formera un sujet que nous exami-
coût un « coût en capital », plutôt qu'une partie des dépenses courantes. Par cette classification nous voulons indiquer que ce coût ne reparaît pas de nouveau, ou, du moins, qu'il ne reparaît qu'à de longs intervalles. C'est sur cette base que Wagner et d'autres économistes ont prétendu par erreur que revenu et dépense devraient être confinés dans des articles « réguliers ». Au premier abord, cela semble faisable, puisque, dans la pratique, une dépense extraordinaire pendant une année donnée, comme le coût de construction d'une maison, ne réduit pas ordinairement, pour cette année, de cette même quantité le revenu net du propriétaire. Eiî général, il s'efforcera d'éviter un tel résultat en compensant la dépense extraordinaire de la maison au moyen d'un revenu extraordinaire provenant d'une autre source, telle par exemple, qu'un fonds de dépréciation. Il est évident que le propriétaire de la maison qui avait la prévoyance de placer annuellement, pendant la période d'existence de la maison, une petite somme à une caisse d'épargne (savings bank), peut tirer de là, lorsque le moment de la reconstruction arrive, une somme d'argent considérable, dont la recette constitue aussi véritablement un élément de revenu que sa dépense pour la reconstruction constitue un élément de dépense. La grande dépense de reconstruction est donc compensée par un grand revenu provenant du compte de la caisse d'épargne ; de sorte que le revenu net réuni (comhined) des deux sources — fonds de dépréciation et maison — sera approximativement égal à zéro et le revenu net total de l'individu ne s'en trouvera que peu ou pas affecté. Le fonds de dépréciation n'empêche donc pas, mais simplement compense la grande balance négative dans le compte-revenu de la « maison et terre » considérée en elle-même. Le revenu réuni des deux sources
nerons dans un chapitre ultérieur, où l'erreur commune que l'intérêt cccru, mais non payé, est lui-même un coût sera aussi discutée.
prises ensemble ne sera jamais négligeable, mais celui qui provient d'une seule source, la « maison et terre » sera soumis à des fluctuations. Si on l'exprime en chiffres, le revenu net de cette simple source sera évidemment + 1.000 $ par ou pour chacune des quarante-neuf années, et — 9.500 § pour la cinquantième année. Il est inexact de dire que les 1.000 S constituent un revenu « brut «, duquel il faut déduire le fonds de dépréciation ou « amortissement », que l'on suppose avoir été mis de côté chaque année pour contrebalancer le coût de reconstruction. Supposer simplement un fonds de dépréciation n'est pas en avoir un. Il est tout à fait vrai que les 1.000 S de revenu que la maison donne pendant chacune des quarante-neuf années sont supériem-s au revenu qui serait resté après qu'un versement annuel au fonds de dépréciation aurait été réellement effectué ; mais un revenu qui pourrait simplement avoir existé n'est qu'un type idéal (idéal standard). La confusion du réel et de l'idéal est une des erreurs les plus communes en cette matière. Le revenu net effectif de la maison et de la terre est seul l'objet de la présente étude, et ce revenu effectif, dans l'exemple que nous imaginons, est de 1.000 S chaque année pendant quarante-neuf ans. Et tandis que cette somme dépasse le revenu type idéal durant chacune de ces quarante-neuf années, ce surplus est absorbé par le déficit soudain et considérable de chaque cinquantième année.
Une telle irrégularité de revenu peut être évitée non seulement au moyen d'un fonds de dépréciation, mais aussi au moyen d'autres procédés, par exemple, en payant la maison par versements partiels, en empruntant l'argent pour payer le coût et en hypothéquant la maison, ou encore en vendant une autre propriété. Une autre méthode pour rendre le revenu stable — et c'est une méthode qui.
devrait apaiser tous les scrupules que le lecteur pourrait encore éprouver en présence de la pratique que nous avons adoptée et qui consiste à inscrire au chapitre de la « dépense » le coût de construction nouvelle — une autre méthode, donc, est appliquée lorsque le même propriétaire possède un si grand nombre d'articles en question que la reconstruction de Tun ou l'autre de ces articles peut avoir lieu à des intervalles rapprochés. Considérons, par exemple, le cas d'une Société d'habitation à crédit (Building and Loan Association) qui a cinquante maisons, chacune d'elles ayant été bâtie dans une année différente et chacune d'elles aussi devant durer cinquante ans, de telle sorte que les maisons ont dû être reconstruites à raison d'une chaque année. Dans la comptabilité d'une semblable association, le chapitre des dépenses comprendra le coût de construction nouvelle comme article annuel régulier, et ce compte se présentera comme il suit :
Building and Loan Association
REVENU
Loyer de 49 maisons, à raison de 1.000 S par an 49 1,90 $
Loyer dune maison pendant une partie de l'année de sa construction. 500 »
49 5tX) $
Revenu net
DEPENSE
Construction d'une nouvelle maison 10.000 $.
Réparation des 49 maisons 4.900 ..
Impôts 5.000 ■»
Nous avons ici un revenu net annuel de 29.600 S, qui se continue sans interruption à mesure que les années se succèdent. L'irrégularité de revenu que nous avons constatée lorsqu'il s'agi.ssait d'une .simple maison, cesse lorsqu'il s'agit d'un grand nombre. Mais s'il est juste de regarder le coût de reconstruction des maisons comme une dépense, lorsqu'il s'agit d'un grand nombre de maisons, il doit être tout aussi juste de regarder ce même coût comme une dépense, lorsqu'il s'agit d'une seule maison. En effet, le compte-revenu
de la masse totale du capital de la communauté n'est autre chose que les comptes réunis des éléments individuels. Nous ne pouvons pas raisonnablement nous empêcher de considérer tous les frais, qu'ils soient remboursés ou qu'ils ne le soient pas, comme une dépense.
Dans les affaires réelles, il existe d'ordinaire un grand nombre d'articles de même nature, de telle sorte qu'il est rare qu'il soit nécessaire de calculer le revenu net provenant de chaque article individuel. Ces articles peuvent sans inconvénient être groupés en une seule masse. C'est précisément ce que nous avons vu lorsqu'il s'agissait des maisons de la Bulding and Loan Association. A titre d'exemple, nous pouvons encore prendre le fonds de commerce (stockin-trade) d'un marchand. Ce fonds lui donne un revenu, non pas, comme lorsqu'il s'agit de la maison, au moyen d'une rente, mais au moyen de la vente ; la différence entre la rente et la vente étant simplement que la rente consiste en une série de contributions au revenu, tandis que la rente ne consiste qu'en une seule contribution. Un stock de calorifères, tout comme un stock de maisons, donne un revenu qui est la somme des revenus nets de ses éléments individuels. Mais le marchand de calorifères trouverait sa comptabilité bien fatigante, s'il fallait qu'il calculât dans un compte séparé le revenu net de chaque calorifère individuel qu'il achète ou qu'il vend. Il arrive au même résultat final pour l'ensemble de son fonds (ou plutôt pour chaque catégorie spécifique des articles qui se trouvent dans son fonds) en déduisant des recettes brutes, provenant de la vente des calorifères, le coût annuel de la reconstitution de son fonds, la rente de son magasin, les salaires de ses employés et autres dépenses. En supposant qu'il arrivât à ce résultat en appliquant le même procédé à chaque calorifère individuel, les résultats individuels seraient, bien entendu, très variables, car un calorifère qui resterait de l'année précédente (et par conséquent affranchi de tout coût dans le compte de l'année présente), s'il était vendu
cette même année, donnerait un revenu net considérable, tandis qu'un autre calorifère acheté cette année, mais qui ne serait vendu que Tannée suivante, n'aurait qu'un article de débit dans le compte de l'année. Mais la somme de ces revenus irréguliers provenant de portions individuelles du fonds du marchand donnera pour l'ensemble un revenu constant. Un fonds de commerce dans lequel les éléments individuels qui le constituent changent rapidement est plus facilement étudié dans son ensemble. Pour employer une admirable comparaison du professeur Clark, ce fonds ressemble à la chute du Niagara qui demeure une même chute d'eau bien que chaque jour elle se compose de gouttes d'eau entièrement différentes. Le fonds d'un boucher, d'un épicier ou d'un fruitier se compose d'éléments qui changent rapidement, mais, dans son ensemble, il demeure relativement le même. Bien que ce fut logiquement inattaquable, il serait insensé et impraticable de tenir un compte de revenu et de dépense pour chaque gigot de mouton ou pour chaque boite de figues. Cependant, de nos jours, il y a une tendance très sensible vers une comptabilité plus détaillée. Quelques maisons de commerce, au moyen de fiches modernes, tiennent un compte soigneux de chaque variété séparée de marchandises dont elles s'occupent, sinon de chaque article individuel compris dans cette variété. Ce qu'il est important de remarquer, c'est que le revenu net du groupe entier est tout simplement la différence entre les sommes des revenus et des dépenses des unités élémentaires qui constituent ce groupe. L'article même qui, pour l'unité élémentaire, constitue le coût « en capital », et qui, pour cette unité, ne se présente qu'une fois, devient, pour le groupe, le coût régulier de reconstitution, et reparaît chaque année. Des explications et des éclaircissements qui ont été donnés, il résulte clairement que l'harmonie et la logique doivent assigner à chaque coût, qu'il soit régulier ou irrégulier, une place comme élément de dépense dans le compte-revenu-et-dépense.
Que les irrégularités du revenu provenant d'articles individuels de richesse soient ou ne soient pas applanies dans le total, le revenu réuni, même d'un vaste groupe d'articles, n'est pas nécessairement un afflux absolument constant. Nous nous efforçons d'ordinaire de le rendre tel dans une certaine mesure ; mais nous n'y réussissons jamais, et même nous n'essayons pas toujours d'y réussir. Lorsque le revenu varie, le procédé de mensuration que nous avons indiqué enregistrera infailliblement cette variation d'une manière automatique. Le procédé ne se restreint pas, bien entendu, à un groupe d'articles de même nature, comme les cinquante maisons de la Société d'habitation à crédit (Building and Loan Association)^ ou le stock de calorifères du marchand de calorifères. Il s'applique à tout stock d'articles divers et au stock entier de richesse d'une communauté ou du monde. Le revenn • net d'un semblable groupe est simplement la somme du revenu net des divers articles de richesse qui existent à n'importe quel moment de la période pour laquelle ce revenu est calculé.
C'est d'une manière analogue que peut être obtenu le revenu d'un ensemble de droits de propriété considéré comme un capital. Cette application du compte revenu-etdépense se présente surtout lorsqu'il s'agit d'un individu. Alors, en effet, nous nous apercevons que les sources de revenu consistent en grande partie, non en richesse-capital, mais en propriété capital, — droits partiels à la richesse, tels que obligations, actions et hypothèques. Mais l'introduction de l'idée de propriété, en tant que se distinguant de ridée de richesse, n'implique aucune difficulté nouvelle, car, nous avons, vu que la propriété n'est qu'un autre aspect de la richesse et représente tout simplement des droits
à certains services de la richesse. C'est ainsi qu'en ce qui concerne les droits de société, chaque associé de la maison Smith et Jones, agriculteurs, reçoit la moitié du revenu de l'exploitation agricole. Le même principe s'applique en c-e qui concerne les actions, les obligations ou quelque autre forme de propriété. Les hommes d'affaires ont coutume de dire qu'une obligation de chemin de fer donne ou gagne tel ou tel revenu. Mais cela signifie uniquement que le chemin de fer qui est derrière cette obligation donne un revenu dont une certaine portion appartient à l'actionnaire. Ainsi, la véritable source des services qui vont au détenteur de de propriété est la richesse concrète ; le droit de propriété de ce détenteur ne fait que spécifier la portion de services qui lui revient. Le revenu d'un actionnaire, par exemple, se compose de tous les bénéfices qu'il retire de sa qualité d'actionnaire, déduction faite de tous les sacrifices. D'ordinaire, pour cet actionnaire, bénéfices et sacrifices lui complètent sous forme de monnaie. Le revenu de son action €St habituellement un encaissement de dividendes.
Le revenu net total d'une personne est donc la somme des revenus nets de chaque article individuel de propriété que cette personne détient pendant la période de temps que l'on considère.
Pour éclaircir ce point, considérons le cas d'un homme de loi qui vit dans une maison louée, mais qui est propriétaire du mobilier. Nous supposerons pour plus de simplicité que sa propriété est répartie sous les neuf chefs suivants : i° actions et obligations ; 2» bail de maison (y compris non seulement le privilège d'habitation, mais aussi l'obligation de payer un loyer) ; 3° mobilier de la maison ; 4*^ autres provisions de ménage, en particulier, nourriture ; 5° compte en monnaie et de banque ; 6° droit sur les domestiques (y compris non seulement le droit à leur travail, mais aussi
l'obligation de payer des salaires) ; 7° droit analogue, avec les obligations qui en découlent, sur les empoyés de Fétude ; 8° sa propre personne ; 9^ etc., Nous prendrons pour période de temps une période d'un mois.
Durant le mois, les actions et obligations rapportent un ensemble de coupons de 2.000 $ et l'homme de loi achète pour 500 $ de nouveaux titres. Son revenu net total durant ce mois particulier est donc de 1.500 3. En vertu de son bail, il jouit d'un mois d'habitation dans la maison, cette habitation étant regardée par lui comme valant, par exemple, exactement ce qu'elle coûte, ou 100 3 par mois. Puisque le bail lui fournit pour 100 $ de logement et lui coûte 100 I en monnaie, il ne reste aucun revenu net. Son mobilier lui procure un confort qui vaut 50 3 ; de cette somme il faut déduire le coût des réparations, etc., d'une valeur de 30 S, laissant une balance de 20 $. Son stock de nourriture et autres provisions analogues lui fournit sa table et celle de sa famille pendant un mois, et la valeur en est de 150 $ ; mais le coût de reconstitution de son stock et les services de la cuisine et du personnel pour la préparation des aliments et pour le service de la table, absorbe, par exemple, toute la somme, ne laissant pour le mois aucun revenu net sur le stock de l'office.
La source de revenu (ou de dépense) qui vient ensuite est l'argent de « caisse » (cash). On désigne sous ce nom le stock de propriété qui comprend l'argent comptant (moneij on hand} et l'argent déposé à la banque. Pour évaluer le revenu ou la dépense qui provient de la « caisse », il nous suffira de suivre Texcellent usage des teneurs de livres qui considèrent un stock de caisse comme s'il était une mine d'or qui, par conséquent, doit être créditée de tout l'or ou numéraire qui en sort et débitée de tout l'or ou numéraire qui ejitre. C'est là un usage qui embarrasse souvent le novice, mais sa légitimité ne saurait faire aucun doute et il est en parfaite harmonie avec notre définition des services e-: des desservices. Car les services ou événements dési-
rables qui proviennent du stock de caisse de quelqu'un — ce sont, en fait, les événements en vue desquels existe ce stock — sont les fournisseurs d'argent de temps à autre ; les desservices, ou événements non désirables occasionnés par ce stock de caisse, sont l'absorption d'argent par cette <;aisse de temps à autre. En d'autres termes, ma bourse me sert lorsqu'elle paye mes billets ; elle me coûte, toutes les fois que moi, si l'on peut s'exprimer ainsi, je paye ses billets. Sous ce rapport, elle est exactement semblable à tout autre stock de richesse. Un coffre de charbon sert son propriétaire lorsqu'il lui fournit du combustible ; il lui coûte lorsqu'il doit être rempli. Le coût peut être le sacrifice d'argent, de travail ou de charbon pris à quelque autre provision de charbon. Dans le cas qui nous occupe, le revenu de « caisse » ou toutes les sommes que l'homme de loi sort de son portefeuille ou de son carnet de chèques, s'élève, par exemple, à 3.780 $, tandis que la dépense pour la « caisse » — toute somme payée à cette caisse — s'élève à 4.000 S, laissant 220 S comme dépense nette.
Le droit aux domestiques, comme le bail de la maison, implique une obligation de payer aussi bien qu'un droit ■de recevoir. Nous supposerons que les serviteurs rendent pendant le mois des services valant 100 |, et que leurs salaires sont aussi de 100 $, ne laissant aucune balance nette. De même, les employés de bureau reçoivent 500 S de salaires et l'aide qu'ils prêtent à l'homme de loi pour la préparation de ses affaires vaut 500 $.
Quant au patron lui-même, il reçoit de ses clients, durant ce mois, 2.000 $. Mais son étude et ses dépenses professionnelles s'élèvent à 500 $ et laissent une balance de L500 $. La classe que nous appelons etc., comprend toutes les sources de revenu qui ne trouvent pas dans les classes précédentes, tels sont les vêtements, les montres, les bijoux, et autres articles de richesse ou de propriété non contenus dans les autres catégories. Pour plus de simplicité nous supposerons que le revenu et la dépense qui se rat-
FlSHKR. 1 l
162 DEUXIÈME PARTIE. — LE REVEjNU
tachent à etc.^ sont égaux à chacun des autres et s'élèvent
Le revenu de cet homme est donc celui qui suit :
(Voir page suivante).
Ce compte peut être simplifié de diverses façons sans qu'il cesse d'être logiquement complet. Si nous ne nous intéressons qu'au revenu net total, et non à la part pour laquelle chaque article de propriété contribue à former ce total, nous pourrons omettre plusieurs articles qui, dans le compte ci-dessus, se trouvent dans les deux colonnes. Par exemple, la préparation et le service de la nourriture sont débités au stock de nourriture et crédités aux domestiques. Il peut sembler à première vue que les salaires de la cuisine et du service de la table sont portés comme « débit > à la fois pour les '.(domestiques » et pour la« nourriture » et qu'il y a eu double emploi. Mais le débit pour la nourriture n'était pas les salaires des domestiques, c'était le travail des domestiques. Une légère attention suffira pour que nous nous apercevions que, si nous créditons les domestiques du service de cuisine et du service de la table et si nous les débitons de leurs salaires en tant qu'article séparé^ nous devons débiter la nourriture de leurs services de cuisine et de leurs services de la table. Si nous préférons écarter ces services à la fois du côté du crédit du compte des domestiques et du côté du débit du compte de nourriture, nous sommes alors libres d'omettre entièrement la catégorie des domestiques et de ne laisser à la nourriture que la charge de leurs salaires. C'est en nombre infini que peuvent exister des modifications au compte que nous venons de décrire. Un grand nombre de ces modifications ont des avantages pratiques, mais le compte qui précède est présenté en état complet et détaillé de tout le revenu et de toute la dépense disposés d'après leurs sources.