‹ De la nature du capital et du revenuChapitre 21 sur 42 · dollars par dollar par an · texte numérisé non relu

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C'est parce que ces quatre grandeurs n'ont pas été suffisamment distinguées l'une de l'autre, qu'il s'est produit bien des confusions dans la science économique. La fausse distinction entre la rente comme revenu de la « terre » et l'intérêt comme revenu du «capital « en est un exemple (2). C'est à la suite de cette confusion que l'on a prétendu que la terre diffère du « capital » en ce que la première a une marge de culture, tandis que le second n'en a pas ; et que tandis que

(1) Pour un démonstration mathéniaticfue, v. appendice au chap. xr.

(2) Cette erreur est clairement exposée par Cannan, What is Capital F (Economie Journal, juin 1897, pp. 283-284), et par Fetter, The Relations between Rent and Interest, mémoire présenté à l'American Economie Association, décembre 1903. Cpr. aussi, Hicks, Lectures on Economies, Cincinnati, 1901, p. 228, et l'auteur du présent livre : Rôle of Capital in Economie Theory [Economie Journal, décembre 1897, p. 524), et Précédents for Defining Capital (Quarterly Journil of Economies, mai 1904).

des qualités différentes de terre produisent des rentes différentes^ qui représentent la différence, au point de vue des avantages, entre une catégorie particulière de terre et une terre sans rente, toutes les parties du capital produisent le même taux d'intérêt. Ces erreurs proviennent de ce que, inconsciemment, on considère la terre sous le rapport de la quantité, tandis que l'on considère ce que l'on appelle « capital » sous le rapport de la valeur; en d'autres termes, ces erreurs proviennent de ce que le revenu de la terre est pris dans le sens de productivité-valeur, tandis que celui du capital est pris dans le sens très diffèrent de rendementvaleur {value-return). Si, dans les comparaisons que nous établissons, nous nous en tenons constamment à l'un ou à l'autre de ces rapports, la distinction que l'on a imaginée entre la rente et l'intérêt, entre la terre et le capital s'évanouira complètement. Il est tout à fait vrai que la productivité-valeur de la terre diffère avec les différentes catégories de terre ; mais il est également vrai que la productivitévaleur des machines, ou de tout autre élément de capital, varie de la même façon. Des machines nouvelles, de bonne qualité et d'un bon fonctionnement, sont, par rapport à de vieilles machines fonctionnant mal, exactement ce qu'est une terre fertile par rapport à une terre stérile. De même, des personnes différentes ont des degrés différents de productivité, quelques-unes ayant un grand pouvoir de gain, d'autres n'ayant qu'un pouvoir très bas. En fait, c'est sur cette base que Francis Walker se servit de 1 \ théorie ricardienne de la rente pour expliquer les profits de 1\ ntrepreneur. D'un autre côté, si nous portons notre attention sur le rendement-valeur, nous nous apercevons sans doute que le rendement-valeur appelé taux d'intérêt du « capital » (quel que soit le sens étroit que Ton donne au mot capital) est uniforme, mais nous nous apercevons également que le rendement-valeur de la terre est uniforme aussi. En effet, la terre qui produira une rente élevée aura une valeur correspondante élevée, et, par suite, le rapport entre la rente

et la valeur sera exactementla même que pour les catégories inférieures.

On pourrait citer d'autres exemples de semblables confusions. Nous en trouvons quelques-unes dans les plus grossières théories de l'intérêt. La théorie de la productivité «naïve » (1), par exemple, confond la productivité physique et le rendement-valeur et elle essaye de déduire le taux de l'intérêt de la pure productivité physique, ce qui est impossible.

Dans ce livre, nous nous occuperons principalement du quatrième rapport, c'est-à-dire du rendement-valeur, c'està-dire encore du rapport qui existe entre la valeur du revenu et la valeur du capital.

Le principe fondamental qu'il y a lieu d'appliquer ici, c'est que, à chaque instant, la valeur du capital provient de la valeur du revenu futur que ce capital est appelé à produire. Les services attendus peuvent, sans doute, n'être pas les services réels. Dans notre ignorance de l'avenir nous fixons nos évaluations présentes en prenant pour base ce que nous attendons de l'avenir.

Le principe de la valeur présente est d'une importance capitale dans la théorie de la valeur et des prix. II signifie que la valeur d'un article de richesse ou de propriété ne dépend que de l'avenir et non du passé. Ce principe a été très imparfaitement formulé comme il suit : « La valeur d'un article n'est pas déterminée par son coût de production, mais par ses emplois ». Mais les coûts de production sont des desservices et ces desservices, s'ils sont futurs, font partie de la valeur exactement dans les mêmes conditions que les usages ou les services. Ils sont escomptés comme les services. Par

(1) Cpr. Boehm-Bawekk, Capital a«rf/n<em« (traduction anglaise 1888, pp. 120-141). '

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exemple, la valeur actuelle du Canal de Panama dépend des services qu'on en attend à Tavenir, rapprochés du coût supposé de son achèvement. Si ces éléments futurs sont donnés, la valeur du canal sera la même, que le coût passé soit considérable ou non. Bien entendu le coût futur prévu pour l'achèvement du canal est moindre que si aucun travail n'avait déjà été fait, de telle sorte que plus aura été grand le coût passé et moins grand sera le coût futur, et, par suite, plus grande sera la valeur présente du canal.

De sorte que, normalement, la valeur du capital variera avec le coût passé de production. De plus, l'expérience du passé nous permet de faire une plus juste évaluation du coût futur. Mais, de quelque façon qu'il soit déterminé, c'est le coût futur seul, tel qu'il est évalué, qui entre en compte pour le calcul de la valeur présente. Tous ces principes apparaissent clairement dans l'exemple du canal. Après que quelque 300.000.000 $ eurent été engloutis dans l'entreprise, les propriétaires consentirent à vendre pour seulement 40.000.000 $. Pour eux donc cette entreprise ne valait pas ce qu'elle avait coûté. L'effet du travail déjà exécuté fut certainement de diminuer les fatigues des possesseurs actuels, mais ce même travail servit aussi à leur ouvrir les yeux sur la grandeur de la tâche qui leur restait à accomplir ; de là la réduction de valeur qui correspond aux nouvelles prédictions pour l'avenir.

Nul ne contestera que l'acheteur d'un article de capital ne lui attribue une valeur à raison des services qu'il en attend, et que « à la marge » de son achat, le prix qu'il paiera ne soit pour lui l'équivalent des services qu'il en attend, ou, en d'autres termes, qu'il ne soit « la valeur présente » de ces services, leur « valeur escomptée » ou leur « valeur capitalisée ». Mais on peut émettre certains doutes en ce qui regarde le vendeur professionnel. Ce dernier est tout simplement un spéculateur au sujet de la demande possible. Il vend pour le prix qu'il peut, fixant le prix qu'il croit devoir lui être en définitive plus profitable, retirant

parfois de la vente plus que ses coûts d'acquisition, d'autres fois moins, habituellement, ou normalement, couvrant ces coûts, plus leur intérêt pour le temps qui s'est écoulé depuis qu'ils se sont produits jusqu'à la vente.

Le même principe est applicable encore dans le procès de production. L'effort dépensé est risqué (soit par le travailleur, soit par l'entrepreneur) par anticipation des prix que les acheteurs consentiront à payer. Si l'on n'espère pas que ces prix anticipés couvrent la valeur du travail et autres coûts plus l'intérêt de ces deux choses, il en résultera que le travail et les autres coûts ne seront pas dépensés. C'est pourquoi, dans les conditions normales, le travail et les autres coûts seront, au moyen de tâtonnements, adaptés aux prix.

Si les prix rencontrent ce niveau normal auquel se trouvent couverts les coûts plus les intérêts, ce n'est pas parce que les coûts passés de production ont déterminé les prix par avance, mais parce que les vendeurs ont été de bons spéculateurs dans la prévision des prix. S'ils avaient prévu que les prix n'arriveraient pas à couvrir les coûts et les intérêts des coûts, ils se seraient complètement abstenus de produire, tandis que s'ils avaient prévu la condition opposée, c'est-à-dire les gros profits, la concurrence aurait tendu à réduire ces profits aux proportions usuelles.

Nous voyons donc que, quoique les prix soient en relation normale avec les coûts passés, cette relation ne se vérifie pas toujours ; et que, soit qu'elle se vérifie ou non, les coûts ne prédéterminent les prix que dans ce sens, à savoir que les producteurs ont su adapter à la demande prévue les stocks actuellement disponibles et ceux qui seront disponibles dans la suite.

Cependant, notre but n'est pas d'insister sur ces principes dans le présent ouvrage, car, à proprement 'parler, ils appartiennent à la théorie des prix. Si nous les étudions ici, c'est afin de nous livrer à l'étude des rapports entre la valeur-capital et la valeur-revenu, c'est-à-dire à l'étude de ce que nous avons désigné sous le nom de « rendement- valeur ».

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