‹ De la nature du capital et du revenuChapitre 8 sur 42 · S ! Dettes · texte numérisé non relu

S ! Dettes

Capital 200 . 000 $

Surplus et profits indivis 100.000 S

Le capital additionnel prendra d'abord la forme de numéraire, mais plus tard, à la suite d'achat de matériel, d'outillage, etc., il sera transformé en ces formes de richesse ou de propriété ou en d'autres. Pour le moment, nous supposerons cependant que quelle que soit la forme qu'elle revête, la valeur demeupe exactement égale au coût, c'est-à-dire à 100.000 $, de sorte que l'actif passe de 300.000 § à 400.000.

Admettons que les livres représentent exactement les valeurs réelles et correspondent aux prix de marché. Après la nouvelle émission d'actions, nous sommes en présence de 200.000 S de titres représentant 300.000 S de valeur réelle de capital, de surplus et de profits indivis, soit 150 I par action. Mais nous avons admis que l'action nouvelle avait été émise à 100 $. Il suit de là que les actionnaires originaux auront la possibilité de réaliser un bénéfice sur leurs actions nouvelles en les achetant au prix d'émission de 100 S et en les revendant ensuite au prix de 150 S. Ou bien encore, ils peuvent abréger cette opération en vendant à raison de 50 S leur droit de souscrire. A première vue, il semble que le droit de souscrire représente pour les actionnaires une mystérieuse gratification due à l'émission des actions nouvelles. Il faut se souvenir cependant que les 100.000 S, valeur au pair, des titres originaux représentaient, y compris le surplus, une valeur de 200.000 $ de propriété appartenant aux actionnaires et que, par conséquent, les titres originaux avaient une valeur de 200 $ par action. C'est-à-dire que l'émission d'actions nouvelles au-dessous du prix original de marché eut pour effet de de faire descendre la valeur de V ancienne action de 200 $ par action à 150 8. Par conséquent, la perte de 50 $ que subissent les actionnaires sur leurs anciennes actions sera exactement compensée par les 50 S d'excédent de valeur représenté par le droit de souscrire. Un actionnaire individuel possédant 10 actions originales ne leur reconnaîtra qu'une valeur de 1.500 $ au lieu de 2.000 S, c'est-à-dire qu'il perdra 500 $. Cela suffit pour contrebalancer le bénéfice de 500 S sur ses 10 actions nouvelles ou la valeur du droit qu'il a de souscrire à ces actions. Le public étranger à l'entreprise consentirait à lui payer 500 S le privilège d'acheter pour 1,000 S, des actions valant 1500 $.

Nous voyons ainsi que le prix auquel les nouvelles actions sont émises n'affecte pas de lui-même la balance due aux porteurs d'actions. Et, néanmoins, le prix d'émission n'est pas chose indifférente. Plus est bas le prix d'émission et plus un actionnaire individuel est encouragé à souscrire, ou à trouver quelqu'un pour souscrire à son lieu et place et pour acheter son « droit ». Si l'on négligeait de souscrire (ou de vendre son droit de souscrire), on subirait de ce chef une perte. La valeur des anciennes actions ne manquera pas de baisser, et ce n'est que par une telle souscription que l'on pourra être indemnisé. Pour toutes ces raisons, il est d'usage d'offrir les actions nouvelles aux actionnaires primitifs à un prix inférieur au prix de Bourse.

Il est rare qu'une compensation exacte entre la valeur des nouveaux droits et la dépréciation des anciennes actions soit réalisée en pratique, parce que la compagnie peut être en état de placer avantageusement les nouvelles sommes, ou en d'autres termes, à acheter des ressources (assets) d'une valeur supérieure à leur coût. Dans ce cas. la valeur des anciennes actions peut ne subir qu'une perte insignifiante ou même n'en pas subir du tout. Mais le point sur lequel nous avons insisté demeure encore vrai, à savoir que le prix d'émission ne saurait de lui-même créer une valeur additionnelle de capital au moyen du « droit de souscrire «. Toute augmentation de valeur sera due à des opportunités spéciales de placement, — à des causes économiques, et non à de simples changements dans la comptabilité.

Bien entendu, il peut arriver que le seul fait d'émettre de nouvelles actions peut de lui-même changer l'opinion du marché et influencer en bien ou en mal les prix qui s'y pratiquent. Un prix d'émission peu élevé peut, par exemple, rendre les actions plus profitables aux petits capitalistes, et l'accroissement qui en résulte dans le volume des actions sur le marché peut, au moins temporairement, faire de ces actions un objet de spéculation pour les syndicats (pools).

De tels faits, tout en modifiant les résultats n'affectent en rien les principes.

Parmi les façons dont la valeur de comptabilité du capital, du surplus et des profits indivis, peut exagérer la véritable situation de la propriété des actionnaires, nous en avons examiné deux, à savoir le mauvais état ou la diminution de l'actif et le mauvais emploi du fonds des actionnaires, alors même que, à l'origine, les actions ont été émises au pair. Il nous reste à examiner une troisième façon, à savoir l'émission des actions au-dessous du pair, ou pour des services, des brevets, etc., à des prix extrêmement élevés.

Pour illustrer cette dernière façon de surévaluer le capital, procédé que l'on désigne aussi sous le nom de « mouillage du capital » (stock-watering), supposons qu'une société soit fondée au capital de 200.000 $ et que cette société émette au début 1.000 titres ayant au pair une valeur de 100.000 -S, mais qu'elle vende chaque action au prix seulement de 60 S, qui doivent effectivement être versés à la caisse. Nous sommes alors en présence de 60.000 S versés, représentés par 100.000 $ 'de valeur nominale des titres, laissant une marge « d'eau » de 40.000 $. Supposons en outre qu'une autre masse d'actions de 100.000 | soit donnée à un inventeur pour son brevet, dont la valeur réelle n'est que de 10.000 $. Enfin, supposons que des obligations soient émises jusqu'à concurrence de 300.000 $ et qu'elles soient lancées au pair. La compagnie n'aura alors reçu effectivement dans sa caisse que 360.000 S. Sur cette somme 60.000 $ proviennent des actionnaires. Le brevet qui a, lui aussi, été mis à contribution pour 100.000 | d'actions, et qui ne vaut que le dixième de cette somme, fait que la balance totale due aux actionnaires s'élève à 70.000 -S. Mais

FifHEB. 1

la compagnie a été fondée au capital de 200.000 S. Il sera par conséquent nécessaire que le comptable exagère l'actif de 130.000 8.

C'est ce qu'il peut faire de la façon suivante :

ACTIF

Matériel (eoùt : 360.000 $) 400 . 000 $

Brevet (valant 10.000 S) 100.000 S

PASSIF

Obligaticns 300 . 000 S

Capital 200.000 S

Ici, dans cette exagération, 90.000 S repré.sentent l'exagération du brevet et le reste est une exagération du matériel. 11 existe un grand nombre d'autres méthodes possibles pour le « mouillage du capital ». Une méthode bien usitée, c'est celle qui consiste à laisser le matériel se fondre (run down), c'est-à-dire à le laisser faire ses propres réparations, tout en lui conservant dans le bilan sa même valeur de comptabilité. Un chemin de fer peut être « pelé » (skinned) de cette manière, en attribuant aux dividendes ce qui devrait être versé au compte de détérioration. Cependant cette opération n'est pas habituellement désignée sous le nom de « mouillage du capital », mais sous celui de mauvaise administration.

On entend dire parfois que le mouillage n'est pas répréhensible, tant l'on connaît toutes les circonstances et toutes les conditions. C'est à peu près comme si l'on disait que le mensonge n'est pas un mal, pourvu que l'on sache que c'est un mensonge ; et, en effet, un faux bilan n'est qu'une forme d'une fausse assertion et, d'ordinaire, une fausse assertion est faite dans l'intention de tromper. On peut se

proposer, par exemple, d'induire en erreur ceux qui ont l'intention de prêter de l'argent en leur faisant croire qu'il y a pour leurs prêts des garanties plus grandes q.ue celles qui existent en réalité. Là est une des raisons pour lesquelles des gens honnêtes ^tJw^-évaluent souvent leur actif. Ils aiment mieux, s'il doit y avoir quelque erreur dans leurs évaluations, que l'erreur soit à leur détriment qu'en leur faveur ; en d'autres termes, i's aiment mieux que leurs déclarations touchant leur force financière soit bien au-dessous de la vérité. Cependant, il arrive fréquemment que des sous-évaluations d'actif, comme les surévaluations, sont employées par la malhonnêteté pour « peser» (bear) sur le marché de la spéculation, par exemple.

On a bien souvent essayé de mettre un terme aux fraudes qui résultent du mouillage. Par exemple, le Gouvernement d'État ou le Gouvernement National exigent la publicité des comptes, lorsqu'il s'agit de compagnies d'assurances, de banques nationales ou de chemins de fer entre États (Interstate rciilways). Les Bourses exigent une publicité analogue en ce qui regarde les valeurs « inscrites à la cote » {listed). Toute compagnie dont les valeurs sont « cotées » à la Bourse de New-York est tenu de publier son actif et son passif à des époques déterminées. Mais c'est là une règle trop générale pour être suivie d'effet. Dans certains cas, la loi exige que le capital nominal tout entier soit versé à la compagnie, en numéraire ou en titres, d'après leur valeur en Bourse, comme, par exemple, lorsqu'il s'agit de Banques nationales (1).

Le capital primitif d'une entreprise peut donc être soit augmenté soit diminué. Dans le cours de ses fluctuations,

(1) Revised Statutes, § 5140 (acte du 3 juin 1864, § 13).

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il peut parfois se réduire à zéro. S'il descend au-dessous de zéro, il y a insolvabilité, — c'est lorsque l'actif descend au-dessous du passif. La balance-capital a pour but d'empêcher cette véritable calamité ; c'est-à-dire qu'elle se propose expressément de garantir la valeur de l'autre passif.

L'autre passif représente, pour la plus grande partie, des masses fixes de propriété détachées, pour ainsi dire, de l'actif, et que le commerçant ou la compagnie a consenti à laisser intact à tous risques et périls. Les chances favorables ou défavorables de l'entreprise auront naturellement pour effet de produire des variations dans la valeur de la masse entière de l'actif, mais toute cette « partie faible » (slack) doit être recueillie ou abandonnée par le capital, le surplus et les profits indivis. De sorte que le capital remplit ici l'office d'un tampon pour empêcher que le passif n'absorbe tout l'actif. Il constitue la « marge » que ceux qui sont les plus intéressés dans une entreprise ont établie comme garantie pour d'autres qui lui fournissent leurs capitaux. La somme de balance-capital nécessaire pour qu'une affaire puisse raisonnablement être regardée comme sûre différera selon les circonstances. Une balance-capital égale à cinq pour cent du passif peut, dans un genre d'entreprise, comme les compagnies hypothécaires (mortgage companies), être parfaitement suffisante, tandis que cinquante pour cent peuvent être nécessaires dans un autre genre d'affaires. Cela dépend en grande partie de la mesure dans laquelle l'actif est vraisemblablement appelé à être réduit et de la façon dont il le sera : et cela dépend aussi beaucoup du caractère du passif. Si l'actif a une valeur stable, il faudra un capital moindre que s'il se compose de valeurs de spéculation.

Le risque d'insolvabilité est donc le risque que l'actif descende au-dessous du passif. Le risque est d'autant plus grand que l'actif est plus sujet à diminution et que la marge de la valeur-capital entre l'actif et le passif est moins

étendue. Cette matière se prête fort bien à une étude mathématique et statistique ; mais essayer d'en faire ressortir les rapports quantitatifs nous conduirait trop loin : cela exigerait Temploi de nombreux documents statistiques qu'il nous faudrait analyser au moyen du calcul des probabilités.

L'insolvabilité peut exister pendant un certain temps sans être connue : il peut ne pas y avoir légalement banqueroute. La banqueroute légale existe dès qu'il survient une déclaration légale d'incapacité de s'obliger. Cela peut ne pas être une véritable insolvabilité. Par exemple, l'actif peut excéder le passif, mais l'actif de caisse (cash assels) peut à un moment donné être moindre que le passif de caisse dû à ce même moment. C'est là la situation que nous pouvons désigner sous le nom de pseudo-insolvabilité. Dans ce cas, il suffit d'un peu de patience de la part des créanciers pour empêcher le désastre financier.

Cependant, un commerçant prudent évitera non seulement l'insolvabilité, mais encore la pseudo-insolvabilité; c'est-à-dire que non seulement il maintiendra son actif audessus de son passif au moyen d'une marge de sécurité, mais encore il s'assurera que son actif est établi dans la forme voulue pour lui permettre de faire face à chaque demande de la manière dont il a été convenu.

Partant de ce point de vue, il existe trois principales formes d'actif : — l'actif de caisse (cash assets), l'actif prompt (qiiick assets) et l'actif lent (slow assets). Un actif de caisse est la propriété en argent comptant (actual moneij) ou en ce qui peut être accepté en place de monnaie. Un actif prompt est un actif qui peut être échangé pour de l'argent comptant dans un temps relativement court, comme par exemple, les billets à ordre, les billets à court terme et autres titres négociables. Un actif lent est un actif

qui ne peut être échangé contre de l'argent de caisse qu6 dans un temps relativement long ; tels sont les immeubles les bureaux^ et l'outillage des industriels. L'habileté d'un liomme d'affaires consiste à administrer intelligemment ces divers éléments de son actif.

Lorsque nous parlons d'un actif inférieur au passif, nous nous rapportons uniquement à l'actif qui est compris dans le bilan. Il peut exister, en dehors de la compagnie, des resssources privées, d'actionnaires suffisantes pour faire face aux dettes de la compagnie, mais ces ressources sont inutilisables. En fait, lorsqu'il s'agit d'une société par actions, il existe une clause expresse établissant une « responsabihté limitée », de sorte que le seul actif qui puisse être pris en considération pour déterminer la solvabilité, c'est l'actif du bilan de la société. Cependant, dans certains cas, comme lorsqu'il s'agit de banques nationales, les actionnaires sont responsables jusqu'à concurrence du double du capital. D'un autre côté, dans le cas où il s'agit de sociétés en nom collectif (partnershipps), les associés sont tenus sur presque toute leur propriété privée, de sorte que le membre de la maison de commerce doit toujours compter sur un certain contingent de responsabilité à l'égard des créanciers de la société.

A l'origine, avant que le commerce fût séparé de la vie privée, tout l'actif d'un débiteur, y compris sa propre personne, était considéré comme étant gagé au payement des dettes. La loi et l'opinion publique ont considérablement changé d'attitude touchant cette matière. Il y a seulement quelques générations, un débiteur insolvable était emprisonné, la doctrine étant que l'insolvabilité constitue un délit. Lorsque l'insolvabilité est intentionnelle, ou qu'elle est due à une grande négligence, elle est en effet un délit ;

mais lorsqu'elle est due aux risques ordinaires du commerce, elle n'en est pas un. Il est évident que remprisonnement d'un débiteur ne l'aidait pas à payer ses dettes. Dès que cette manière de voir fut admise, ou vota des lois sur la banqueroute, lois dont le but était de rassurer l'insolvabilité quand elle prenait une grande extension, comme par exemple, après une panique. De telles lois furent tout d'abord purement .temporaires, et elles furent regardées comme justes dans des circonstances exceptionnelles. Aujourd'hui cependant, il existe des lois en vertu desquelles le failli peut être libéré de toute responsabilité ultérieure et sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir une législation spéciale. Dans les États-Unis, le Ray Act, sous l'empire duquel a été élaboré notre régime actuel de la faillite, ne fut voté qu'en 1898. Dans certains pays, comme en France, l'ancienne opinion de la responsabilité limitée prévaut encore de nos jours ; mais le système américain et le système anglais sont non seulement plus sûrs en pratique, puisque ils semblent avoir pour résultat de favoriser les entreprises légitimes, mais ils reposent aussi sur une doctrine plus solide, puisqu'on y reconnaît que le créancier est un entrepreneur de risques (risk-taker). Ce&t d'ailleurs ce qui a toujours été le cas et ce qui le sera nécessairement toujours de quelque façon qu'un débiteur essaye de sauvegarder les intérêts de ses créanciers. Le capital d'une compagnie existe, comme nous l'avons vu, pour atténuer ce risque, mais il ne saurait l'écarter complètement.

Le principe d'après lequel le créancier d'une entreprise commerciale est un entrepreneur de risques a deux corollaires importants. Le premier, c'est que lorsque la faillite survient, la valeur réelle du passif n'excède pas l'actif, alors même que sa valeur nominale l'excéderait. On

peut dire que, en tant qu'il s'agit de la valeur réelle, la valeur du passif d'une compagnie ne peut jamais être supérieure à l'actif, puisque le passif tire sa valeur de cet actif même. Lorsqu'une compagnie ne peut payer que cinquante cents par dollar, ses obligations sont considérées comme des « dettes mauvaises », qui ne valent que la moitié de leur valeur nominale. Bien entendu, cela ne justifie nullement la non reconnaissance des dettes. Il est vrai que certains États des États-Unis, ont essayé d'alléger le fardeau de leur dette en offrant d'acheter leurs propres obligations au cours de la Bourse, au moment où ce prix était bas par suite du manque de confiance dans leur rachat définitif. Une semblable opération est évidemment une sorte de non reconnaissance de dette.

D'un autre côté, nous ne devons pas considérer comme une faute impardonnable le fait par le failli de bonne foi de ne pas payer intégralement ses dettes. Tant que le créancier comprend par avance la nature du risque qu'il court, il doit en accepter le résultat. De nos jours, lorsqu'il s'agit de placements dans de vastes associations, ce risque est parfaitement connu. Bien des chemins de fer ont eu des engagements pour presque l'entier montant de leurs frais de construction, et les prêteurs comprenaient très bien qu'ils n'auraient quelque chose que dans le cas où la voie ferrée réussirait. Cette participation aux risques est particulièrement évidente lorsqu'il s'agit d'obligations de revenu qui ont pour caractère de ne donner un intérêt que tant que le revenu de la voie ferrée y peut suffire.

Le principe d'après lequel le passif emprunte sa valeur à l'actif et ne peut jamais excéder ce dernier peut paraître comporter une exception, lorsqu'il s'agit d'une personne qui parvient à emprunter de l'argent « sans posséder du capital ». Il est clair cependant que, si nous employons le mot « richesse » dans son sens le plus étendu, une personne qui est réellement décidée à payer ses dettes, constitue lui-même un actif dans mesure de sa bonne volonté. Sa

valeur présente doit, dans l'esprit de ses créanciers, être au moins égale à la valeur escomptée de son pouvoir de libération (deht-paying power) ; sans quoi, il ne pourrait pas emprunter. 11 suit de là que sa responsabilité n'étant qu'une partie de la valeur escomptée de son pouvoir de libération, cette responsabilité ne saurait excéder son actif.

Le second corollaire qui résulte du principe que toutes les valeurs impliquent des risques, c'est que la distinction entre les actionnaires (stockholders) et les obligataires ( bondholders ) est surtout une différence de degré et peutêtre supprimée par des formes intermédiaires. Les actions de priorité (preferred stock) et les obligations de revenu (income bonds) représentent à peu près la même chose. L'actionnaire de priorité est au-dessus de l'actionnaire ordinaire, et il ressemble à un obligataire en tant qu'il lui est affecté une certaine quantité fixe des bénéfices avant tout accroissement à l'actionnaire ordinaire. D'un autre côté, l'obligataire de revenu (income bondholder) est placé audessous des autres obligataires et il ressemble à un actionnaire en ce qu'il ne sera payé que lorsque les obligataires ordinaires auront été désintéressés. Les principales différences qui subsistent entre ces deux sortes de titres consistent en ce que l'action confère le droit de voter dans les assemblées, tandis que l'obligation ne le confère pas ; et aussi en ce que l'obligation à une date fixe pour l'extinction finale, tandis que l'action continue d'exister jusqu'à ce que la compagnie soit « dissoute ».

La distinction entre les différentes classes de créanciers d'une entreprise est encore moins sensible dans les quelques cas où il n'existe pas d'action de capital (capital stock)^ comme une compagnie mutuelle d'assurances. Ici, les porteurs de polices, au lieu d'être créanciers pour une somme fixe à eux due par la compagnie, comme le sont les obligataires d'une société anonyme, assument eux-mêmes le risque de l'entreprise et acceptent la chance de bénéfice quelle qu'elle puisse être. Ils sont, pour ainsi dire, à la fois

actionnaires et créanciers. Dans le compte d'une compagnie mutuelle il n'y a presque pas de créanciers étrangers à la compagnie. C'est pour cela que, dans ces sortes de compagnies, la faillite parait impossible ; mais comme les dettes de ces compagnies en ce qui touche les droits de décès (death daim) s'élèvent à des sommes déterminées, elles peuvent être mises en liquidation, s'il leur est impossible de réaliser ces sommes par une remise de dividendes ou par des répartitions.

Lorsque la faillite survient, les droits des créanciers sont réglés d'une des trois manières suivantes : par un « concordat » {agreement of composition), à la suite duquel le créancier consent à accepter ce qu'il peut obtenir et dispense le débiteur de payer la différence ; par un abandon de la part du débiteur de son actif aux créanciers ; ou par ■dépossession opérée par les porteurs d'obligations.

Le résultat final de la faillite sera ou la liquidation, à la suite de laquelle l'actif commercial est vendu et distribué et la compagnie dissoute ; ou la réorganisation^, à la suite de laquelle l'entreprise est continuée, et où le caractère du passif est entièrement changé. Lorsqu'il s'agit de compagnies à vaste capital fixe, comme sont, par exemple, les compagnies de chemins de fer, la réorganisation est le résultat le plus ordinaire et les anciens obligataires deviennent souvent des actionnaires, les anciens actionnaires ayant totalement fait abandon de leurs droits. Pendant que cette réorganisation est effectuée, les affaires de la compagnie sont administrées par un receveur (receii>er) désigné par le tribunal de la faillite. Il fait rentrer toutes les actions et obligations et il émet provisoirement des titres d'administration (receiver's certificates). Ceux-ci à leur tour sont échangés contre les nouveaux titres dès qu'ils sont prêts. Cependant, il est rare que l'obligataire désire

exercer son droit de direction et devenir actionnaire ; et habituellement on lui oiïre en remplacement le droit d'opter pour de l'argent comptant ou pour un nouveau titre de même nature que celui qu'il détenait auparavant, mais d'un chiffre moindre. Il est disposé à accepter l'une ou l'autre de ces alternatives, se rendant très bien compte que la dépossession forclosure et la prise de possession lui causeraient plus d'embarras et seraient finalement moins avantageuses. De sorte que les pertes de l'ancienne compagnie sont a biffées » (written ojf) et que la compagnie réorganisée débute avec des livres renouvelés. Ce changement constitue simplement un changement dans la propriété de la richesse et dans les propriétaires individuels.

La faillite d'une maison de commerce entraine souvent la faillite d'une autre maison. La dépendance mutuelle qui existe entre les maisons de commerce apparaît clairement dans les tableaux suivants où le passif d'une personne est représenté par l'actif d'une autre personne. Ainsi :

Personne A

Divers 100.000 S

PASSIF

Billet à B 50 . 000 S

Capital 50 . 000 $

Personne B

Billet de A 50.000 S

Divers 20.000 $

passif

Billet à G et autres. . 40.000 $ Capital 30.000 $

Personne C

Billet de B Divers . . .

Billet à D et autres. . 10.000 S Capital 30.000 $

Personne D

Dû par C 5.000 S

Divers 4 . 000 S

Divers 9 . 999

Maintenant supposons que A tombe en faillite pour la raison que son actif se trouve, sans qu'on s'y attende^ réduit à 10.000 §, c'est-à-dire soit inférieur de 90.000 $ à celui qui existait auparavant. La valeur du passif descend alors à 90.000 $. Ce passif absorbe tout le Capital de A de 50.000 $ et prend 40.000 $ à la valeur du reste de son passif qui consistait en un billet à B. B n'obtient donc que 10.000 $ sur un droit de 50.000 $, soit seulement 20 cents par dollar. Dans le compte de B ce billet de 50.000 $ doit maintenant être considéré comme un mauvais actif qui ne vaut que 10.000 3 au lieu de 50.000 S, c'est-à-dire que l'actif de B subit une diminution de 40.000 !$. La perte supportée par A est ainsi suffisante pour absorber les 30.000 $ du capital de B et elle enlève 10.000 $ à la valeur de son autre passif, de sorte que B ne peut payer maintenant que 30.000 $.sur les 40.000 $ qu'il doit. En d'autres termes, il ne peut payer que 75 cents par dollar. Vient ensuite C qui a 20.000 $ placés sur un billet de B. Il ne touche que 75 cents par dollar de sorte que cet actif d'une valeur nominale de 20.000 $ se trouve ne valoir que 15.000 | et que sa perte n'est que

de 5.000 $. Cette perte n'est pas assez considérable pour absorber tout le capital, mais elle le réduit de 30.000 $ à 25.000 S, de sorte que C demeure solvable. Par conséquent D qui possède pour 5.000 $ de billets de C ne perdra rien. La catastrophe a achevé son action. Elle a ruiné A et B ; elle a fortement nui à C mais elle n'a pas atteint D.

Nous pouvons voir par cet exemple que les statistiques des faillites sont souvent trompeuses.C'est ainsi que le statisticien a coutume de faire la somme des passifs de toutes les maisons en faillite. Mais dans le cas où les diverses maisons sont en relation, comme dans l'exemple ci-dessus, la perte totale n'est pas aussi élevée que si la faillite se produisait dans des maisons de commerce indépendantes. Dans l'exemple précédent la perte n'est que de 90.000 S, tous compris dans l'actif de A. Mais il semble y avoir une perte de 90.000 $ dans le compte de A, une de 40.000 | dans celui de B-et une de 5.000 S dans celui de C, soit en tout une perte de 135.000 $. Ce résultat erroné est évidemment dû à ce que des portions de perte sont comptées deux fois, et même trois.

Des faillites sont quelquefois dues à une fausse crainte de désastre, à un ébranlement de la confiance commerciale. Cette crainte amènera de diverses façons une baisse des valeurs. Elle poussera, par exemple, les créanciers à réclamer leur payement et à refuser de renouveler les billets. La liquidation forcée et la restriction du crédit en sont la suite. Il n'y a pas destruction de capital physique, mais la forme de la propriété subit une grave perturbation, et il arrive souvent que la direction étant transférée des actionnaires aux obligataires passe de mains compétentes à des mains qui ne le sont pas. Surtout, ce que l'on attendait de l'avenir se trouve changé et plein de confusion. Les plans sont abandonnés, les ordres sont contremandés et le commerce est arrêté. L'actif, représentant comme il le fait la valeur des espoirs futurs, subit de graves et soudaines atteintes.

Pour résumer ce chapitre en quelques mots, nous dirons qu'une personne qui a un passif est, dans un certain sens, un dépositaire (trustée). Il détient plus qu'il ne possède. Il détient tout son actif ; il ne possède que la différence entre celui-ci et son passif. Sa responsabilité en ce qui concerne le passif exige qu'il conserve intacte sa propre marge de capital. Mais il court toujours le risque de perdre sa marge et de devenir insolvable. Ce risque, qu'il soit grand ou petit, est nécessairement assumé par ses créanciers, et son existence devrait être reconnue par la loi aussi bien que par la pratique des affaires. L'état des rapports qui, à n'importe quel moment, existent entre l'actif, le passif et la marge de capital qui les sépare constitue ce que nous avons appelé le « compte capital ».

La dépendance mutuelle des bilans de différentes maisons ou compagnies, telle qu'elle nous a été révélée par le tableau des faillites, existe, bien entendu, en dehors dei* faillites. Elle existe partout où un ai^ticle fait partie de deux bilans, figurant dans l'un comme actif et dans l'autre comme passif. En fait, chaque article du passif dans un bilan implique l'existence d'un actif égal dans quelque autre bilan, car chaque débiteur implique un créancier. Par conséquent, chaque terme négatif dans un bilan est compensé dans un autre bilan par une terme positif correspondant. La réciproque n'est pas vrai, c'est-à-dire que chaque article de l'actif n'implique pas un passif.

Lorsque nous essayons de faire la somme des articles contenus dans les bilans de diverses personnes, les éléments positifs et les éléments négatifs peuvent être annulés par paires ou couples. Cette méthode d'annulation peut être appelée la méthode des couples. Chaque dette ou passif entre deux personnes quelconques dont les comptes sont compris dans le couple, lorsqu'elle est un passif pour l'un et un actif pour l'autre, constitue un couple ou une paire d'articles égaux et opposés. Nous avons déjà signalé une autre façon d'annuler le passif par l'actif, c'est en

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