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par exemple, l'opium, l'alcool ou la basse littérature. Enfin, dans ces dernières années, le mot « utilité » a pris une signification nouvelle et technique, lorsqu'il est employé dans l'expression « objets d'utilité publique », qui désigne ]e matériel de l'éclairage électrique, les réseaux de tramways, les canalisations de gaz d'éclairage et une foule d'autres choses qui sont uniquement des groupements de richesse d'une nature spéciale.
Afin de répondre à ces objections, le professeur Pareto a proposé d'adopter un terme entièrement nouveau, ophélimité. Ce mot a, à la fois, les avantages et les inconvénients de tout terme technique nouvellement inventé, et il a aussi eu le sort qui attend ordinairement toute tentative de forger des mots nouveaux. Le mot « utilité » continue d'être employé, et il n'est guère probable que « désidérabilité », « ophélimité », ou tout autre terme vienne bientôt le supplanter. Dans le présent ouvrage, nous nous servirons soit du mot « utilité », soit du mot « désidérabilité », mais nous emploierons de préférence ce dernier. En proposant aux économistes, de substituer autant que possible le mot « désidérabilité » au mot « utilité », l'auteur du présent livre ne fait que suivre l'exemple du professeur Gide (1) et du professeur Marshall.
Si le mot « utilité » doit être employé, il nous faut cependant distinguer Futilité des biens de Vusage des biens. Comme nous l'avons déjà indiqué, les usages ou services des biens sont les événements désirables qui se
{\) QiiXiZ, Principes d'économie politique, 8^ édit. 1903, p. 49. Cpr. aussi I. FiSHER, MatAemaïicaZ Investigations in the Theory of Value and Priées, dans Transactions of the Connecticut Academy, 1892, p. 23.
produisent par eux. D'un autre côté, l'utilité est non pas ces événements, mais leur désidérabilité.
De plus, la désidérabilité, ou l'utilité des biens, ne doit pas être confondue avec le plaisir que l'on peut finalement retirer de ces biens. Cette proposition implique notre deuxième concept, car le plaisir n'est pas le désir, mais la ^aîisf action du désir. Le plaisir constitue une expérience dans le temps, et, pour exister, il exige la durée. Le terme « désidérabilité », qui signifie l'intensité du désir d'un individu dans certaines conditions, indique purement un état d'esprit à un moment précis, c'est-à-dire à un moment où il pèse et mesure mentalement la désidérabilité d'un service, d'une propriété ou d'une richesse déterminés. Nous pouvons parler d'un verger fruitier à une certaine personne le 1^^ janvier 1905 ; mais le plaisir que l'on peut retirer de ce verger ne peut être éprouvé que pendant les années suivantes, lorsqu'il produira des fruits et que ces fruits procureront une jouissance à ceux qui les mangeront. De sorte que nous avons deux concepts, savoir : l'utilité ou désidérabilité, — un état d'esprit à un certain moment ; et le plaisir ou satisfaction — une expérience de l'esprit pendant une certaine période de temps. Ces deux concepts se rattachent étroitement l'un à l'autre ; car la désidérabilité des biens n'est autre chose que l'estime présente dans laquelle nous tenons les satisfactions futures que nous retirerons de ces biens. Mais néanmoins les deux choses sont parfaitement distinctes. C'est de l'utilité, ou désidérabilité, que nous nous occuperons dans ce chapitre.
La désidérabilité des biens particuliers peut se rapporter à la totalité ou à une partie du groupe de biens. La désidérabilité du groupe tout entier est appelée désidérabilité totale ; la désidérabilité d'une unité en plus ou en moins
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du groupe est appelée désidérabilité marginale {marginal désir ability). Dans la science économique, nous avons plutôt affaire à la désidérabilité marginale qu'à la désidérabilité totale, et il importe beaucoup que le concept (jle désidérabilité marginale soit parfaitement compris.
Que la désidérabilité marginale soit la désidérabilité d'une unité en plus ou en moins, c'est ce qui peut être illustré comme il suit : Si une personne possède dix chaises, leur désidérabilité marginale est la différence, dans son esprit, entre la désidérabilité d'avoir dix chaises et la désidérabilité d'en avoir neuf ; c'est-à-dire qu'elle est la désidérabilité sacrifiée en ayant une chaise de moins. Ou, ce qui revient à peu près au même, la désidérabilité marginale du groupe de dix chaises est la désidérabilité d'une chaise de plus, — la différence en désidérabilité entre onze chaises et dix. Il importe d'ordinaire si peu de prendre la désidérabilité marginale comme se rapportant à une unité de plus ou à une unité de moins, qu'il n'est pas nécessaire d'employer les désignations différentes pour les distinguer, et lorsqu'il s'agit d'une marchandise qui est susceptible d'une division indéfinie, comme la farine, le blé, le charbon, etc., les deux se confondent, lorsque l'augmentation est ramenée à des grandeurs infiniment petites (1). C'est ce que l'on exprime habituellement en disant que la désidérabilité marginale des chaises est la désidérabilité de la « dixième » chaise. Mais, quoique cette manière de s'exprimer soit parfaitement correcte, il ne faudrait pas en conclure que chaque chaise particulière est la « dixième » chaise.
Le groupe de biens dont nous sommes en train d'examiner la désidérabilité marginale peut être n'importe quel groupe spécifié de biens quelconques. On peut se rapporter à un groupe spécifié de biens maintenant existant,
(1) Pour une démonstration mathématique, cf. l'Appendice au Chapitre m, § 1.
OU à un groupe spécifié de biens dans Tavenir, ou à un courant spécifié de biens pendant une certaine période. Par exemple, la désidérabilité marginale du charbon pour un individu peut être considérée comme se rapportant au stock particulier de charbon qui se trouve dans sa cave au moment présent. Si ce stock s'élève à quinze tonnes, sa désidérabilité marginale est la désidérabilité de la quinzième tonne, ou la différence pour lui entre la désidérabilité d'avoir quinze tonnes et celle d'avoir quatorze tonnes. Ou bien encore, on peut se rapporter à un achat projeté de charbon qui doit être livré dans trois mois. Si nous considérons un achat possible de charbon à livrer dans un temps à venir jusqu'à la quantité de quinze tonnes, sa désidérabilité marginale représentera alors le désir présent pour la quinzième tonne, de la même façon que si nous nous étions rapportés à un stock existant. De même, si une personne consomme annuellement dans son ménage quinze tonnes de charbon, sa désidérabilité marginale à n'importe quel moment est la désidérabilité de la quinzième tonne, ou le sacrifice qu'elle devrait faire si elle devait ramener sa consommation annuelle de quinze tonnes à quatorze.
Enfin, le groupe de biens considéré peut consister en objets qui ou bien sont tous de même nature, ou bien font partie d'une collection hétérogène. Dans les exemples que nous venons de donner, les biens étaient exactement de même nature. Comme exemple de la désidérabilité marginale d'un groupe composé de biens de diverse nature, nous pouvons citer la désidérabilité d'une publication additionnelle, comme un magazine ou un journal mensuel. Si un abonné reçoit déjà dix périodiques de différente nature, la désidérabilité d'un certain journal particulier qui vient s'ajouter à ceux que l'abonné reçoit déjà peut être regardée comme la désidérabilité marginale par rapport à l'entier groupe de journaux.
C'est encore de la même façon que nous pouvons parler de la désidérabilité marginale d'une série de particularités
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OU de caractères qui se rattachent à un article ou à des articles de richesse. Une personne ayant en vue la construction d'une maison peut avoir à décider combien de fenêtres elle y pratiquera. Si elle se décide pour cinquante fenêtres, la désidérabilité marginale des fenêtres sera la désidérabilité de la cinquantième fenêtre, ou la différence dans la désidérabilité d'avoir cinquante fenêtres plutôt que quarante-neuf.
Le premier principe concernant la désidérabilité marginale, c'est qu'une augmentation dans la quantité de biens faisant partie du groupe de la désidérabilité duquel on s'occupe, amène une diminution dans la désidérabilité marginale du groupe. Chaque augmentation successive est moins désirable que l'augmentation qui a précédé. La désidérabilité marginale du sucre pour le ménage qui en consomme cinq livres par semaine est plus grande qu'elle ne serait si on en consommait six livres, et cette désidérabilité diminue successivement à mesure que ce ménage augmente sa consommation d'une livre.
Il est bon de se rappeler que lorsque nous employons ici le terme « successivement », il n'est pas pris comme indiquant le temps. La succession que nous avons en vue n'est pas une succession dans le temps, mais une succession dans la pensée. Nous considérons le consommateur de sucre dans une série de différentes hypothèses que nous examinons successivement. Nous commençons par l'hypothèse d'une consommation de cinq livres par semaine, et nous passons successivement aux hypothèses de six livres, sept livres, huit livres, etc. La désidérabilité de la « dernière » livre dans cette série est la désidérabilité marginale pour le groupe finissant à ce nombre ; mais la « dernière » livre se rapporte à une livre considérée la dernière dans notre revue
mentale et à celle qui est acquise la dernière par le consommateur. Il est nécessaire d'insister sur ce fait à cause de la confusion fréquente en cette matière, confusion qui provient de l'emploi trop peu rigoureux des mots « dernier » et « successif ». C'est probablement à cause de l'équivoque de temps impliquée par ces mots que, se laissant influencer par Wieser (1) et par Marshall (2), certains économistes \ ont substitué à l'expression « utilité marginale », l'expression plus ancienne de Jevons x utilité finale ».
Si l'on ne perd pas de vue ces avertissements et ces explications, on verra clairement que la désidérabilité totale d'un groupe de biens est la somme des désidérabilités des unités successives. Par exemple, la désidérabilité totale des dix chaises est trouvée en additionnant : l^, la désidérabilité d'avoir une chaise ; 2", la désidérabilité d'avoir une deuxième chaise ; 3°, une troisième ; 4°, une quatrième, etc., jusqu'à ce qu€ dix chaises aient été considérées. II est évident que ces désidérabilités successives diminueront continuellement, et par conséquent leur somme, ou la dédérabilité totale du groupe, n'est nullement la même chose que dix fois la désidérabilité marginale. C'est ce qui explique que le possesseur des chaises les considère comme possédant pour lui beaucoup plus de désidérabilité totale que la désidérabilité totale de l'argent qu'elles ont coûté, quoique la perte de l'une quelconque des dix chaises ne représente pas plus de désidérabilité que la désidérabihté de l'argent que cette chaise a coûté (3).
Comme le savent très bien tous ceux qui ont étudié la théorie moderne de la valeur, la désidérabilité marginale se trouve à la base de la détermination de la valeur et du prix. Mais, ce dont nous nous occupons ici, ce n'est pas
(1) Ursprung des Werthes, p. 128.
(2) Principles of Economies, 3^ éd. 1895, p. 168, et la traduction française de cet ouvrage, vol. I, p. 223.
(3) Cf. Fetter, Principles of Economies, New- York, 1904, pp. 25-
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d'appliquer le concept de désidérabilité marginale à la détermination de grandeurs économiques, mais uniquement d'expliquer la nature de cette désidérabilité.
Bien que les définitions que nous avons données de la désidérabilité servent à expliquer sa nature, elles ne nous permettent pas de nous en servir d'une manière quantitative. La mesure exacte de la désidérabilité est un sujet d'une grande importance, comme aussi d'une grande difficulté. Du moment que, dans le présent livre, nous ne nous servirons de ces concepts que d'une manière incidente, il ne nous parait pas utile d'entrer ici dans ces discussions (1).
(l)Cf. les Mathematical Investigations in the Theory of Value and Priées (Transactions of the Connecticut Academy of Arts and Sciences), 1893, vol. IX ; Picou, Economie Journal, mars 1903, vol. XIII ; I'areto, Cours d^Economie Politique, vol. I ; Giornale degli Econoniisti, août 1892 ; J.B. Clark, Ultimate Standard of Value (Yale Reviev), novembre 1892 ; Seli(;man, Principles of Economies, Longmans, Green et O, 1905, chap. xiii ; Ghin tao Chen, Societary Circulation (Thèse de Doctorat, Université de Yale, 1906),
Dans l'exposition qui précède, nous avons énuméré divers concepts fondamentaux de la science économique — richesse, propriété, services, satisfactions, utilité, prix et valeur. Nous avons vu que la richesse consiste en objets matériels appropriés, et que la propriété consiste en droits à ces objets ; que la richesse, dans son sens le plus étendu, comprend tous les droits quels qu'ils soient ; que les services sont les avantages de la richesse ; les satisfactions, la jouissance des services, et la désidérabilité ou utilité, le désir de la richesse, de la propriété, des services ou des satisfactions ; que les prix sont les rapports d'échange entre des quantités de richesse, de propriété ou de services ; et, enfin, que la valeur est le prix de l'une quelconque de ces choses, multiplié par la quantité. Ces concepts constituent les principaux outils dans l'étude de l'économie politique.
Nous n'avons encore rien dit du rapport qui existe entre ces diverses grandeurs et cette grande « variable indépendante » de l'expérience humaine qui s'appelle le temps. Lorsque nous parlons d'une certaine quantité de richesse,
nous pouvons nous rapporter soit à une quantité existant à un certain moment précis, soit à une quantité produite, consommée, échangée ou transportée durant une certaine période de temps. La première quantité est un stock (ou fonds) {fund) de richesse ; la seconde est un moiwement (flow) (ou courant) (stream) de richesse. Le contenu d'un grenier, le 1" janvier 1906, à midi, est un stock de blé ; la quantité de blé qui a été montée dans ce grenier durant une semaine, ou la quantité de blé qui a été exportée du port de New-York durant l'année 1905, est un mouvement (flow) de blé. Le terme « richesse » est par lui-même insuffisant pour déterminer, parmi ces deux sortes de richesse, celle que l'on a en vue. De même, lorsque nous parlons de propriété ou de valeur, nous pouvons penser soit à un fonds, soit à un mouvement. Un millier d'actions qu'un certain individu possède à un certain moment dans une compagnie donnée constitue un fonds particulier de propriété : le nombre d'actions transférées pendant une semaine à la Bourse constitue un mouvement de propriété. De même, la valeur des chèques détenus un jour quelconque à midi par une banque sur une autre banque constitue un fonds de valeur ; la valeur des chèques qui passent dans une chambre de compensation (clearing-house) en vingt-quatre heures constitue un mouvement de valeur. A la différence de la richesse et de la propriété, les services et les satisfactions ne peuvent exister que comme mouvements ; un fonds de l'une ou de l'autre de ces deux choses est impossible.
Une seule grandeur suffit pour spécifier un fonds ; il en faut deux pour spécifier un mouvement — la quantité de mouvement et la durée de mouvement. Ces deux grandeurs donnent naissance à une troisième, savoir : le taux de moument, c'est-à-dire le quotient de la quantité divisée par la durée. Le taux de mouvement a souvent une plus grande importance que la quantité de mouvement. Aussi, nous préoccupons nous moins de connaître la masse des salaires
d'un ouvrier durant toute sa vie que le taux des salaires durant une certaine période de sa vie.
La distinction entre un fonds et un mouvement reçoit, de nombreuses applications dans la science économique (1). L'application la plus importante a lieu lorsqu'il s'agit d'établir une différence entre le capital et le revenu. Le capital est un fonds et le revenu, un mouvement. Cependant ce n'est pas là la seule différence qui existe entre le capipital et le revenu. Il en est une autre plus importante, à savoir, que le capital est de la richess-^. tandis que le revenu est le service de la richesse. Nous arrivons donc aux définitions suivantes : un stock de richesse existant à un certain moment précis porte le nom de capital. Un mouvement de services pendant une certaine période de temps porte le nom de revenu. Ainsi, une maison d'habitation qui existe présentement est un capital ; l'abri que fournit cette maison ou la rente en argent qu'elle rapporte est son revenu. Les chemins de fer du pays sont un capital : leurs services, de transport ou les dividendes provenant de la vente de ces transports sont le revenu qu'ils fournissent.
La distinction entre le capital et le revenu n'est pas sans analogie avec la distinction entre la désidérabilité et les satisfactions., distinction sur laquelle nous nous sommes étendus au chapitre m. Nous avons montré, en effet que la désidérabilité se rapporte à un certain instant précis, tandis que les satisfactions se rapportent à une certaine période de temps.
Ces définitions du capital et du revenu ne sont pas. il est vrai, universellement acceptées. De nombreux auteurs
( 1 ) Pour quelques-unes de ces applications, par exemple, pour la circulation monétaire, cf. What is Capital?, dans Economie Journal, 1897.
essayent de définir le capital non comme une richesse présentant un aspect particulier par rapport au temps, mais comme une sorte, ou espèce, particulière de richesse, ou encore comme une richesse qui se restreint à une destination particulière ; en un mot, comme une certaine portion spécifique de richesse au lieu d'une portion quelconque ou de la richesse tout entière. Force nous est donc de nous arrêter un instant pour examiner ces opinions. Dans ce chapitre, nous ne nous occuperons que du concept de capital.
Depuis l'époque d'Adam Smith, il a été soutenu par des économistes, et quelquefois, quoique assez rarement, par des hommes d'affaires, que seules les sortes particu Hères de richesse pouvaient être du capital ; et alors une question inévitable s'est posée, celle de savoir quelles sont ces sortes. Mais le fait de n'être pas parvenu, après un siècle et demi de discussion, à s'entendre pour tracer une ligne séparative entre la richesse qui est du capital et la richesse qui n'en est pas, nous porte inévitablement à soupçonner qu'une telle ligne n'existe pas (1). Ce que Senior écrivait il y a soixante-dix-ans est encore vrai de nos jours : « Le Capital a reçu des définitions si diverses qu'il est promis de se demander si ce mot a une signification généralement admise (2) ». C'est pourquoi « il ne se passe guère d'année où il ne soit fait quelque nouvelle tentative pour fixer l'idée controversée, mais, malheureusement, toutes ces tentatives n'ont jusqu'ici abouti à aucun résultat qui fasse autorité. Au contraire, la plupart d'entre elles n'ont servi qu'à faire entrer dans la lice un plus grand nombre de combattants et à fournir une plus ample matière aux
(1) Pour avoir un exposé plus détaillé que celui-ci des dissentiments et des confusions auxquels ce sujet donne lieu, cpr. l'ouvrage du présent auteur: What is Capital? (Economie Journal, Aècembre 1896).
(2) Political Economy, dans Encyclopœdia Metropolitana, vol. VI, p. 153.
discussions. » (1) Un grand nombre d'auteurs témoignent leur mécontentement au sujet de leur propre manière d'envisager le capital et ils y font bien des retouches dans des éditions successives (2).
Pour Adam Smith (3), le capital est de la richesse qui fournit du « revenu ». Il voudrait donc en exclure la maison d'habitation qui est occupée par le propriétaire. D'un autre côté, Hermann (4) y comprend les habitations en se fondant sur ce qu'elles constituent des biens durables. Mais, alors, le fonds de commerce d'un fruitier est un capital, selon Smith, parce qu'il est employé en vue d'un profit, et ne semble pas en être un, selon Hermann, parce qu'il est périssable. Knies (5) appelle capital n'importe quelle richesse, qu'elle soit durable ou non, tant qu'elle est réservée pour des usages futurs. Walras (6) essaye de trancher la question de durabilité ou de futurité en comptant les usages. Toute richesse qui sert à plus d'un usage est un capital. Un bocal de fruits conservés est donc un capital pour Knies s'il est mis en réserve pour l'avenir, mais il ne constitue pas un capital pour Walras parce qu'il est destiné à périr par un seul usage. Pour Kleinwaechter (7), le capital ne consiste qu'en « instruments » de production, tels que les chemins de fer. Il en exclut, par exemple, les aliments comme étant des choses passives. levons (8), au contraire, fait des ahments le capital le plus typique, et il exclut les chemins de fer, si ce n'est comme représen-
(1) Bohm-Bawerk, Positive Theory of Capital (Traduction anglaise, Londres et New- York, 1891, p. 23).
(2) Par exemple, Roscher, Marshall, Schaeffle.
(3) Wealth of Nations, liv. II, chap. i.
(4) Staatswirthschajtliche Untersuchungen, Munich, 1832, p. 59.
(5) Das Geld, 2^ éd., Berlin, 1885, pp. 69-70.
(6) Eléments d'économie politique pure, 4« éd., Lausanne, p. 177.
(7) Grundlagen des Socialismus, 1885, p. 184.
(8) Theory of Political Economy, 3" éd., 1888, chap. vu, pp. 222,
tant les aliments et les subsistances des travailleurs qui les construisent.
Tandis que la plupart des auteurs font dépendre la distinction entre le capital et le non capital de la nature de le richesse considérée objectivement, Mill(l) la fait dépendre de l'intention qu'a le capitaliste concernant l'usage qu'il fera de sa richesse. Marx (2) la fait dépendre de l'effet de la richesse sur le travailleur et Tuttle (3) de la quantité de richesse possédée. De plus, tandis que la plupart des auteurs limitent le concept de capital aux biens matériels, ]\fac Leod (4) l'étend à tous les biens immatériels qui produisent un profit, y compris le travail des ouvriers, le crédit et ce, qu'il désigne sous le nom de « biens incorporels » (incorporeal estâtes), tels que la Loi, l'Église, la Littérature, l'Art, l'Education, l'esprit d'un auteur! Clark (5) exclut entièrement du domaine matériel ce qu'il appelle le capital « pur », qu'il fait consister non en les choses, mais en leur utilité. La plupart des auteurs, dans leur concept de capital, ne laissent aucune place pour la valeur des biens en tant qu'elle se distingue des biens concrets eux-mêmes, tandis que Fetter (6), dans sa définition, ne laisse place pour rien autre chose. Certaines définitions sont construites en se référant à des problèmes particuliers touchant le capital ; un grand iiombre, par exemple, se rapportent au problème du capital et du travail, mais elles ne s'accordent pas en ce qui regarde les rapports qui rat-
(1) Principles of Political Economy, livre I, chap. iv, § 1.
(2) Capital, traduction anglaise, Londres, 1887, vol. II, p. 792.
(3) The Real Capital Concept, dans Quaterly Journal of Economies novembre 1903.
(4) Dictionnary of Political Economy, article « Capital », p. 331.
(5) Capital and its Earnings, publication de American Economie Association, 1888, pp. 11-13.
(6) Récent discussioji of the Capital Concept, dans Quaterly Journal of Economies, novembre 1900, et Principles of Economies, 1904.
tachent le capital à ce problème. Mac Culloch (1) regarde le capital comme un moyen d'entretenir des travailleurs au moyen d'un fonds de salaire (wage jiind) ; Marx (2), comme un moyen d'humilier les travailleurs et de les exploiter ; Ricardo (3), comme un libérateur (saver) de travail ; Mac Leod (4), comme comprenant le travail lui-même en tant que forme spéciale de capital.
Bien des définitions se rapportent au problème de la production, mais d'une façon non moins discordante. Selon Senior (5), Mill (6) et beaucoup d'autres, le capital doit être lui-même un produit. Walras (7), Mac Leod (8) et quelques autres encore font entrer la terre (9) et tous les agents
(1) Principles of Political Economy, 4^ éd., p. 100.
(2) Op. cit., vol. II, p. 792.
(3) Principles of Political Economy, § 37.
(4) Op. cit., p. 331.
(5) Political^ Economy (Encyclopœdia Metropolitan a, vol. VI, p. 153J
(6) Principles of Political Economy, liv. I'^'", chap. iv, § 1.
(7) Eléments d'économie politique pure, Lausanne, 4^ éd., p. 177.
(8) Dictionnary of Political Economy, v° Capital, p. 331.
(9) La distinction que l'on a imaginée entre la terre et le capital, à savoir que la première fournit une rente et le second un intérêt, et que la rente varie avec les différentes classes de terre, tandis que l'intérêt est uniforme pour toutes les catégories du capital, est basée sur une confusion entre la quantité et la valeur de la richesse. Il est vrai que le rendement, par acre, de la terre variera selon la qualité de la terre. Mais le rendement de machines de différentes sortes variera aussi par machine. Le rendement de différentes sortes de capitaux, pour chaque 100 S de valeur, sera sans doute uniforme, mais le rendement de la terre, pour chaque valeur de 100 i, le sera aussi. Pour un examen approfondi de cette confusion, cpr. Fetter, T lie Relations between Rent and Interest, mémoire présenté à la American Economie Association, décembre 1903. Cpr. Clark, Capital and its Earnings, p. 27, Qi Distribution of Wealth {l^\.s.Qm\\\?LU, 1899), chap. IX et XIII. Cannan développe la même idée dans What is Capital ?, dans Economie Journal, juin 1897. Cpr. Rôle of Capital de l'auteur du présent livre, dans Economie .Journal, décembre 1897, pp. 524,
naturels dans la catégorie du capital. Boehm-Bawerk (1), tout en admettant que le capital doit être un produit, soutient qu'il ne doit pas être un produit fini. Marx (2) nie que le capital soit productif. Boehm-Bawerk (3) admet qu'il n'est pas productif « d'une façon indépendante », mais il nie le corollaire de Marx, d'après lequel il ne devrait pas recevoir d'intérêts. D'autres auteurs veulent qu'il se coordonne à la terre et au travail comme élément de production.
Un autre sujet de controverse c'est de savoir ce que produit le capital. Adam Smith (4) affirme que le capital produit du « revenu » ; Senior (5) affirme qu'il produit de la « richesse ». D'autres insinuent vaguement qu'il produit de la valeur, des services, ou de l'utilité.
Dans la plupart des définitions on se réfère plus ou moins au temps, mais de différentes façons. Hermann (6) pense aux temps que la richesse doit durer ; Clark (7) pense à la permanence du capital-fonds (fund capital) comme opposée au caractère transitoire de ses éléments, c'est-à-dire des « biens-capital » (capital goods) ; Knies (8) pense à la futurité des satisfactions ; levons (9) et Landry (10) pensent d'une manière toute particulière au temps
(1) Positive Theory of Capital, traduction anglaise, Londres et New-York, 1891, p. 38.
(2) Capital, traduction anglaise, Londres, 1887, vol. ii, p. 792.
(3) Capital and Interest, liv. VL
(4) Wealth of Nations, liv. II, chap. i.
(5) Political Economy (Encyclopœdia Metropolitana, vol. VI, p. 153)
(6) Staatswirtschaftliche U ntersuchun gen , Munich, 1832, p. 59.
(7) Capital and ils Earnings, publications de American Economie Association, 1888, pp. 11-13.
{S)Das Geld, 2^ éd., 1885, pp. 69-70.
(9) Theory of Political Economy, 3^ éd., 1888, chap. vu, pp. 222- (10) Vlntérêt du Capital, Paris (Giard et Brière), 1904, p. 16.
qui s-'écoule entre le « placement » du capital et son rendement.
Il est parfaitement oiseux d'essayer de concilier des ■concepts du capital qui présentent tant de points de conflit, et néanmoins il faut reconnaître, que, dans tous ces concepts, il y a des éléments de vérité. Quoique mal et trop étroitement interprétées, il y a certaines idées qui apparaissent de loin en loin et qui sont parfaitement correctes. Toutes les définitions sont d'accord pour tâcher d'exprimer ces faits importants ; à savoir que le capital est productif, qu'il s'oppose au retenu, qu'il constitue une provision pour Vavenir, ou encore qu'il est une réserve. ^lais dans toutes ces définitions on admet que ces conditions ne sont remplies que par une portion de toute la richesse. Pour les auteurs des définitions que nous venons de ■citer, il paraîtrait absurde de considérer toute la richesse comme constituant le capital, puisque, alors, il ne resterait rien que l'on pût lui opposer et par quoi l'on pût en déterminer les limites. Et cependant, comme le dit le Professeur Marshall, lorsqu'on essaye de tracer une ligne de démarcation précise entre la richesse qui est un capital et la richesse qui n'est pas un capital, on se trouve placé « sur une pente glissante «, et l'on tend sans cesse à une interprétation plus libre des termes, de façon à comprendre de plus en plus de choses dans le terme capital, jusqu'à ce que rien ne s'en trouve exclu. On nous dit, par exemple, que le capital est de la richesse « destinée à un usage futur ». Mais le mot « futur » est un terme élastique. Comme nous l'avons montré dans le chapitre ii, toute richesse est, rigoureusement parlant, destinée à un usage futur. Il est impossible de faire reculer son usage dans le passé ; il est tout aussi impossible de borner son usage au moment présent. Le présent n'est qu'un instant
dans le temps, et tout usage de la richesse exige une certaine durée. Un plat d'aliments, pour aussi rapidement qu'on le mange, est encore destiné à un usage futur, alors même que ce futur ne serait que de quelques secondes ; et si par « futur » nous entendons exclure le « futur immédiat », où sera tracée la ligne de démarcation? Dirons-nous, par exemple, que le capital est la richesse dont l'usage se prolonge au delà de dix-sept jours ?
Et comme toute richesse est destinée à un usage futur, toute richesse se trouve, par cela même, être une « réserve «. Le fait d'appeler capital une réserve ne suffit donc pas,à la rigueur, pour le séparer de l'autre richesse. La croûte de pain qu'un mendiant porte dans sa poche, le fera ellemême vivre pendant quelques heures (i).
Est également vaine toute tentative en vue de délimiter exactement le capital en le donnant comme la richesse productive. Nous avons vu que toute richesse est productive en ce sens qu'elle fournit des services. 11 fut un temps où l'on discutait chaudement sur la question de savoir quel travail était productif et quel travail ne l'était pas. La distinction était complètement stérile et c'est ce que l'on finit par reconnaître. Personne maintenant ne fait d'objection si l'on dit que tout travail est productif. Et si cette productivité est commune à toutes sortes de travail, elle est également commune à toutes sortes de richesse. Si nous admettons qu'un cocher de maître est un travailleur productif, comment pourrons-nous nier que le cheval et la voiture soient aussi productifs, surtout lorsque les trois coopèrent purement et simplement dans l'accomplissement d'un seul et même service, — le service de transport.
Enfin, nous ne saurions désigner le capital comme étant la richesse qui porte un revenu. Toute richesse porte un revenu, car le revenu consiste uniquement en les ser-
(1) Cpr. Précédents for Defining Capital, de l'auteur du présent livre dans Quarterly Journal of Economies, mai 1904, p. 404.
vices de la richesse. Mais l'idée que la richesse porte un revenu et que telle autre n'en porte pas a persisté depuis l'époque d'Adam Smith, qui, ne donnant le nom de revenu qu'au revenu en monnaie (money income)^ se représenta le capital comme étant la richesse qui produit du revenu pris dans ce sens et qui se distingue de l'autre richesse, comme les habitations, les équipages, les vêtements et les aliments, toutes choses qui dissipent ce revenu. Selon lui, une maison d'habitation n'est pas une source de revenu, mais de dépense et par conséquent ne saurait être un capital.
C'est de cette façon et de bien d'autres encore que des économistes ont introduit, à la place de la distinction fondamentale entre le fonds et l'afflux (flow), comme entre la richesse et les services, la distinction purement relative entre une sorte de richesse et une autre. Comme conséquence, leurs études des problèmes du capital sont pleines de confusions. Parmi les nombreuses confusions (1) qui proviennent de ce que l'on néglige la distinction de temps entre un stock et un afflux (flow), il faut compter la fameuse théorie du fonds des salaires (wage fiind), théorie d'après laquelle le taux des salaires varie en sens inverse de la quantité de capital qui compose le prétendu « fonds des salaires ». ]\Iac Culloch écrivait : (2)
" Pour éclaircir ce principe, supposons que, dans un pays, le capital affecté au payement des salaires forme, si on le ramène au type du blé, une masse de 10.000.000 de quarters ; si le nombre des travailleurs de ce pays est de deux millions, il est évident que les salaires de chaque
(1) Cpr. What is Capital ? loc. cit.
(2) Principles of Political Economy, V^ éd., pp. 327-328 ; 2^ éd., pp. 377-378. Cpr. Canxax, History of Théories of Production aJid Distribution, p. 264.
travailleur, en les ramenant au même type commun, seront de cinq quarters. »
:< Les salaires seront de cinq quarters », dit Mac Culloch, mais cinq quarters pour quel temps? Est-ce cinq quarters par heure, par jour ou par an? Vide comme elle est de tout concept de temps, cette définition n'a aucun sens.
Et même un auteur aussi pénétrant que John Stuart Mill n'hésite pas à écrire ce qui suit (1) :
« Les salaires dépendent donc principalement de l'offre et delà demande de travail ; ou, comme on s'exprime souvent, de la proportion qui existe entre la population et le capital. On entend par population uniquement le nombre des personnes de la classe laborieuse, ou plutôt ceux qui louent leur travail ; et on entend par capital uniquement le capital circulant, et non pas même tout ce capital, mais la portion qui est dépensée à l'achat direct de travail. Il faut cependant ajouter à cette portion tous les fonds qui, sans faire partie du capital, sont payés en échange de travail, tels que les salaires des soldats, des serviteurs attachés à la personne et de tous autres travailleurs improductifs... Avec ces limitations des termes, les salaires non seulement dépendent de la quantité de capital et de la population, mais ne sauraient même, d'après la loi de la concurrence, être affectés par autre chose. Les salaires, dans le sens, bien entendu, de taux général (sic)... »
Il aurait suffi d'un peu d'attention au sujet des livres de commerce pour préserver les économistes des erreurs de ce genre. La tenue des registres commerciaux implique, en effet, une reconnaissance pratique, quoique inconsciente, du principe de temps que nous proposons ici. Le « compte capital » (capital accoiint)., par exemple, nous donne la situation du chemin de fer à un certain moment ; tandis que le « compte revenu » (income accoiint) nous donne ses opérations pendant une certaine période. ^
(1) Political Economy, liv. Il, chap. xi, § 1.
On a objecté que la définition que nous avons proposée n'est pas conforme à l'usage établi. En tant qu'il ne s'agit que d'un précédent économique, nous avons vu qu'il n'y a pas d'usage établi (1). De plus, dans l'immense littérature qui se rapporte à cette matière, il y a de nombreux exemples de la définition qui nous proposons ici. Turgot (2) employait le mot capital dans le sens pratique de stock de richesse. J.-B. Say (3), Courcelle-Seneuil (4) et Guyot (5) ont suivi son exemple. Parmi les économistes de notre époque, Edwin Cannan (6) a fait revivre cet usage et cela d'une façon très claire et très explicite. Aujourd'hui ce sens du mot capital apparaît dans cinq ou six ouvrages qui font autorité (7), aussi bien que dans certains ouvrages de deuxième ordre. De nombreux économistes ont exprimé verbalement leur approbation de la définition proposée.
D'autres virtuellement ou approximativement adoptent
(1) Pour un exposé plus complet de ce fait, cpr. Précédents for Dejining Capital du présent auteur, dans Quaterly Journal of Economies, mai 1904.
[1) Formation and Distribution of Riches, §58 (traduction d'Ashley, Macmillan, New- York), pp. 50-59.
3) Cpr. TuTTLE, The Real Capital Concept [Quarterly Journal of Economies), novembre 1903, p. 83 ; mais cpr. Boehm-Bawerk, Positive Theory (Traduction anglaise), p. 59, note.
(4) Traité théorique et pratique d'économie politique, 1867, t. I, p. 47.
(5) Principles of Social Economy (Traduction anglaise), p. 50.
(6) Théories of Production andDistirbution, Londres, 1894, p. 14.
(7) Parmi eux se trouvent : Cannan, History of Théories of Distribution ; Hadley, Economies ; Smart, Distribution of Income ; Daniel, Finance ; Fetter, Principles of Economies ; Seligman, Prin- ■ciples of Economies. ■
cette même définition. Nous citerons, par exemple, Knies (1) Clark (2), Pareto (3), Giffen (4), de Foville (5), Flux (6), Nicholson (7), Hicks (8), et la « Commission [de l'Association Anglaise pour l'avancement des Sciences] en vue d'une commune mesure de la valeur dans les contributions directes (9) )). Le Professeur iNIarshall dit que, dans les premiers temps, « il considérait invariablement le capital comme le stock entier des biens^ et l'intérêt comme l'ensenible de l'usance ou des avantages de ce stock (10) » ; que « lorsqu'on aborde le problème de la distribution au point de vue mathématique, on n'a pas pratiquement le choix (11) », mais qu'on doit forcément faire ainsi; et que « la richesse sous forme de maisons ou de voitures de maître contribue à fournir un emploi au travail aussi bien que lorsqu'elle se présente sous forme d'hôtels ou de fiacres (12). Il concède expressément ce qui est en réalité la principale affirmation de l'auteur du présent livre lorsqu'il dit : « J'adhère à sa [la mienne] conclusion, à savoir que quelque emploi que nous fassions du mot capital nous ne saurions résoudre le problème du capital au moyen d'une classification de la richesse » (13). Cependant il conclut en disant : « non sans hésitation qu'il est préférable (14) » de baser sa défini-
(1) Cpr. What is Capital? loc. cit.
(2) Cpr. What is Capital? loc. cit.
(3) Cpr. What is Capital? loc. cit.
(4) Dans son Growth of Capital.
(5) Dans Wealth of France and of Other Countries, (traduction anglaise dans Journal of the Royal Statistical Society, 1894.
(6) Economie Principles ( Londres, Methuen), 1904, pp. 16-18.
(7) Dans Eléments, p. 42.
(8) Lectures on Economies, Cincinnati, 1901, pp. 91, 224.
(9) Report of British Association for Advancement of Science, 1878, Dublin, p. 220.
(10) Distribution and Exchange, dans Economie Journal, 1898, p. 56.
(11) Ibid., p. 55.
(12) Jbid., p. 57.
(13) Distribution and E.rchange, dans Economie Journal, 1898, p. 50.
(14) Ibid., p. 56.
tion du capital sur une telle classification, simplement par respect de ce qu'il considère comme Tusage dominant.
Quant à ce qui concerne Tusage populaire et l'usage commercial, on peut dire qu'une soigneuse étude de cet usage tel qu'il ressort des lexicographes, qui de temps en temps,, ont cherché à le noter (1), nous révèle le fait que, antérieurement à l'époque d'Adam Smith, le capital n'était pas regardé comme une portion du stock de richesse, mais comme synonyme de ce stock (2). Quelquefois l'assimilation du stock tout entier au capital était explicite comme, par exemple, lorsque, en 1611, Cotgrave, définissait le capital comme « de la richesse, de la fortune (worth) ; un stock. " De plus, nous trouvons :
1678.Dufresne du Gange, Glossarium. — Capitale dicitur io/iu7?i omne quod possidetur...
Plus souvent, le mot capital est donné comme un terme employé dans le langage des affaires, comme par exemple :
1759, Rider, W.,y4 A'ecv Unwersal English Dictionary, Londres. — Capital. Parmi les marchands, la somme d'argent apportée par chaque associé pour composer le stock commun. Comme aussi l'ar-
(1) Cpr. Précédents for Defining Capital, loc. cit., où sont exposés les résultats de l'examen de soixante-douze dictionnaires.
(2) A l'origine le terme « capital » n'était pas un nom, mais un adjectif. Capitalis pars debiti signifiait la partie principale d'une dette, c'est-à-dire le « principal » comme se distinguant de l'intérêt. Par là se trouvait représentée virtuellement la distinction entre un fonds et un afjlux (flow). Le terme ne tarda pas à s'appliquer à un stock de marchand par opposition à l'afflux de profits qui en provenait, et de là il s'appliqua à tout fonds ou stock quelconque. Cpr. Précédents for Defining Capital,(la.nsQuarterly Journalof Economies, mai 1904, p. 395.
gent qu'un marchand, au début de son négoce, met dans le commerce pour son propre compte.
Ici par la phrase « parmi les marchands » on veut peutêtre spécifier la sphère dans laquelle se rencontre généralement ce mot plutôt qu'une limitation nécessaire de cette sphère, tout comme le mot « grelin » (hawser) est donné comme un « terme nautique », sans pour cela impliquer qu'un grelin ne saurait être employé sur le rivage (1).
Lorsque survinrent les économistes, les définitions du dictionnaire furent confondues, quoique encore la grande majorité des économistes continue à adhérer à l'usage primitif ; par exemple :
1883, Simmonds, P. L., The Commercial Dictionary... Capital... l'avoir net d'une personne.
1894, Palgrave, Dictionary of Political Economy, sous l'article « Actif » (Assets). L'actif qui reste après le payement du passif constitue le capital effectif (actual capital) d'une personne.
Dans bien des cas, on juge nécessaire de faire une distinction entre la signification qu'a reçue le mot capital parmi les économistes et sa signification parmi les hommes d'affaires ; par exemple :
1893, Murray, J. A. H., A New English Dictionary... Vol. II, Oxford. — Capital, B. sb. 3. Un stock capital ou fonds, a) Commerce. Le stock d'une compagnie, d'une corporation ou d'un individu, stock avec lequel ils entreprennent le commerce et sur lequel sont calculés les profits ou dividendes ; dans une société par actions, le capital se compose de la masse totale des contributions des actionnaires. — b) Economie Politique. Richesse accumulée d'un individu, d'une compagnie ou d'une communauté, lorsque cette richesse est employée comme fonds en vue d'une nouvelle production ; richesse sous n'importe qu'elle forme lorsque cette richesse est employée à produire plus de richesse.
(1) Cpr. Précédents, etc., pp. 8, 9.
Dans les manuels commerciaux et dans les articles de la comptabilité pratique, nous voyons que le mot capital est employé dans le sens de valeur nette de la richesse d'un homme. C'est ainsi que L.-W. Lafrentz parlant de la différence qui existe entre l'actif et le passif (1) dit : — « Le résidu sera la fortune nette du propriétaire, — le capital du propriétaire. »
Si l'on s'enquiert auprès des hommes d'affaires nous constatons aussi que, dans l'usage commercial, toute richesse est comprise sous le terme « capital ». Un homme d'affaires serait très étonné de voir un économiste abstraire de son actif comme non-capital sa matière première, comme le faisait Kleinwaechter ; ses biens périssables, comme le faisait Hermann ; ses aliments, comme le faisait Walras ; ou, surtout, sa terre, comme le faisaient la plupart des économistes classiques. Que la terre soit un capital, c'est ce que déclarent avec force tous les hommes d'affaires. Comme dirait un manufacturier, la terre est absolument la première chose en laquelle est converti le capital « encaissé » dans une nouvelle entreprise. De plus, les hommes d'affaires soutiennent que la jonction d'une richesse donnée quelconque n'a rien à voir avec sa classification comme capital. Il n'est pas nécessaire que cette richesse soit « destinée à la production » ou à c entretenir des travailleurs >\ ni à un objet particulier quelconque. Le seul point sur lequel hésitent quelques-uns d'entre eux, c'est celui de savoir si tous les objets qui se trouvent dans les mains des consommateurs sont ou ne sont pas du capital. La raison de cette hésitation doit peut-être être cherchée dans les habitudes de la tenue des livres. Comme le disait un homme d'affaires : « Le capital est simplement un terme de tenue
1) Economie Aspects of Aceounting and Auditing (Journal of Accountancy, avril, 1906, p. 482.) Cpr. Victor Bratvford, Economies and Accountancy, Londres (Gee et C°), 1901 et Ciiarles-E. Sprague, The Accountaney of Investment, New- York (Business Publishing C°), 1904, p. 12.
des livres. » C'est pourquoi l'homme d'affaires associe tout naturellement ce terme avec son magasin et non avec sa maison d'habitation, car il établit un bilan {balance- sheet) dans le premier et non dans celle-ci ; mais, le bilan une fois donné, il importe peu de savoir ce qu'il recoMvre. Un club de société, une galerie d'objets d'art ou un hospice peuvent avoir un capital. Une année on proposa de fonder une société anonyme avec un capital social pour la construction d'un yacht qui disputerait la Coupe d'Amérique (America Clip). Si une famille privée s'appelait une société anonyme et si elle dressait un bilan comprenant d'un côté toutes ses propriétés, sa maison, son mobilier, ses provisions, etc., et, d'un autre côté ses dettes, nous pensons que pas un seul homme d'affaires n'hésiterait à désigner sous le nom de « capital » la balance de l'actif sur le passif, ce qui constitue la valeur-richesse totale de la famille. Comme le disait un homme d'affaires à l'auteur de ce livre : « Le capital n'est pas une portion de la richesse, mais tout ce qu'un homme possède y compris son automobile. » « Ce cigare que vous avez à la bouche, est-il un capital? » lui demandat-on. « Non », répondit-il après quelque hésitation ; mais il revint rapidement sur cette opinion qui était en contradiction avec sa première assertion, et il admit qu'une boîte de cigares, ou chaque cigare qui s'y trouve ou qu'on y prend pour le fumer, constitue une partie de son stock ou réserve.
Les expressions « capitaliser » et « vivre sur son capital >>, telles qu'elles sont employées par les hommes d'affaires, impliquent que le capital est purement et simplement un fonds. Lorsque nous « capitalisons » une annuité de 5 dollars par an en une somme donnée, comme, par exemple, 100 dollars, nous indiquons par là que 100 dollars constituent le fonds d'argent comptant équivalant à 5 dollars, affluant (flowing) annuellement. Il importe peu de savoir quelle sorte de biens représentent les 5 dollars de revenu ou les 100 dollars de capital. De plus, lorsque nous disons
qu'un homme a vit sur son capital », nous voulons dire qu'il use son stock plus vite qu'il ne le remplace. On ne se rapporte nullement à une certaine portion de ce stock ou à sa nature. Un riche habitant de New- York qui, tout récemment, se vit forcé de « vivre sur son capital », le fit en vendant les objets d'art qu'il avait accumulés ; il en eût été de même s'il eût vendu ses stocks et ses valeurs financières.
En tant, donc, qu'il s'agit de l'usage populaire et commercial, nous avons une ample garantie de l'exactitude de la définition que nous acceptons ici, tandis que nous n'avons aucune sorte de garantie touchant les définitions que l'on rencontre ordinairement dans les manuels d'économie politique.
Si les économistes devaient continuer à repousser la simple définition que nous venons de donner et s'ils persistaient à donner au mot capital quelque plus étroite signification, notre seul recours serait de suivre l'exemple de John Rae (1), et, après avoir défini le capital comme une portion du stock, de mettre soigneusement de côté le mot capital et de procéder à l'analyse du « stock » au lieu de procéder à l'analyse du capital (2). Nous nous trouverions alors
(1) Sociological Theory of Capital, édité par le professeur Mixter, Macmillan, 1905.
^ (2) Bien entendu, on ne nie pas que le « stock » se divise en plusieurs groupes plus ou moins distincts. Nous en avons déjà donné une classification dans le chapitre sur « la Richesse » et il en existe encore un grand nombre d'autres. Une des plus remarquables divisions du stock de richesse tel qu'il existe dans la société moderne, c'est celle qui divise cette richesse entre la richesse du chez soi (at home) et la richesse dans le commerce (in business). Cette division est la base de nombreuses définitions du capital, en particulier de celle de Komor-
dans la curieuse nécessité d'admettre que les « problèmes du capital » ne sont pas seulement des problèmes du « capital », mais des problèmes du stock, et nous devrions regarder les expressions communes suivantes : « the interest on capitah\ « V intérêt du Capital » et « Capitalzins » comme de fausses désignations. Mais que l'on résolve la difficulté de cette façon ou d'une autre, la solution sera toujours bien accueillie de tous ceux qui sont fatigués de la confusion des langages qui règne actuellement en cette matière. Un ami des affaires se plaignait tout récemment de ne pas oser aborder la lecture des ouvrages des économistes, surtout parce qu'ils paraissent n'avoir pas de terminologie définitivement établie. Ce qui importe, ce n'est pas tant le nom que nous choisissons pour désigner un concept, c'est surtout de diriger son examen sur les concepts qui sont féconds en analyse scientifique. Que le concept — quel que soit le nom qu'on lui donne — d'un stock de richesse à un certain moment précis soit fécond de cette manière, c'est, je crois, ce qui apparaîtra de plus en plus clairement à mesure que nous en ferons l'application à ce que nous avons appelé, à tort ou à raison, les « problèmes du capital ».
zynski [Crédit, Innsbruck, 1903, p. 138). Mais cette distinction ne s'applique qu'aux sociétés extrêmement différenciées des temps modernes. Comme toutes les classifications de choses concrètes, celle-ci est utile au point de vue descriptif, mais ne sert de rien pour une analyse. Tout le monde sait qu'en matière scientifique les conceptions les plus générales sont aussi les plus fécondes. Le professeur J. Willard Gibbs, connu pour la généralité et la simplicité de ses méthodes en physique mathématique, avait coutume de dire : « Le tout est plus simple que la partie. »
Nous avons défini le capital comme une quantité de richesse existant à un certain instant précis. On obtiendrait une vue complète du capital au moyen d'une photographie instantanée de la richesse. Par ce procédé apparaîtrait, en plus de la richesse durable, une grande quantité de biens qui se consomment rapidement. Nous verrions apparaître non la succession annuelle de ces biens, mais les élémants de cette succession, alors qu'ils n'ont pas encore changé de formp ou n'ont pas dépassé le stade de l'existenca, quelque rapidement qu'ils le traversent. Ce tableau nous montrerait des trams en marche chargés de viande, d'œufs et de lait des cargaisons de poissons, d'épices, de sucre, aussi bien 'que le contenu des garde-mangers privés, des coffres pleins de glace et des celliers pleins de vin. On y verrait jusqu'aux provisions qui se trouvent sur la table d'un homme en train de prendre son repas. C'est ainsi que les vêtements suspendus dans une garde-robe ou ceux que l'on porte sur SOI, le tabac qui se trouve dans la blague ou dans la pipe d'un fumeur, l'huile qui se trouve dans le bidon ou dans la lampe seraient autant d'éléments dans ce tableau instantané du capital.
FiSIlEP.
Une semblable coliection de richesse est cependant hétérogène ; elle ne saurait être exprimée par un simple total. Nous pouvons inventorier les articles séparément mais nous ne saurions les additionner. Néanmoins, il est possible de les ramener à une masse homogène, si Ton considère non leur nature et leur quantité, mais leur valeur. Et cette valeur d'un stock quelconque de richesse est aussi appelée « capital ». Pour distinguer ces deux sens du mot capital, nous appellerons un stock, une réserve (store) ou accumulation d'instruments existants de richesse — chaque instrument étant mesuré dans sa propre unité — des instruments-capital ou de la richesse-capital (capital-ivealth), et nous parlerons delà valeur de ce stock, lorsque tous les articles seront mesurés au moyen d'une unité commune, i-'aleur-capital (capital- value). De même, un quantum de droits de propriété existant à n'importe quel moment est appelé propriété- capital (capital-property ) , et sa valeur est appelée valeur-capital. Comme terme général comprenant à la fois les instruments-capital et la propriété-capital, nous pouvons employer l'expression Mens-capital ( capital- goods), terme qui a été suggéré pour la première fois par le professeur Clark.
Nous aurons alors une antithèse parfaitement définie entre les biens-capital et la valeur-capital, puisque les bienscapital seront mesurés au moyen de diverses unités appropriées aux différents biens, comme, par exemple, en bushels de blé, en gallons d"huile, en acres de terre, en actions (shares oj stock)., et que la valeur-capital sera mesurée d'une manière uniforme, comme, par exemple, en dollars ou en quelque autre unité de valeur appropriée. Le simple mot « capital » n'est employé que comme abréviation de l'un ou de l'autre des mots composés « biens-capital » et « valeur-capital ». L'homme d'affaires se sert ordinairement du terme « capital » dans le sens de « valeur-capital », et, dans la suite, à moins qu'il ne soit autrement spécifié, le terme " capital » sera pris dans ce sens. En adoptant cette termi-
nologie, nous nous mettons en harmonie avec les professeurs Clark, Fetter, Tuttle et autres que nous avons cités dans le chapitre précédent.
Nous sommes maintenant en mesure d'étudier le « comptecapital » employé en matière commerciale. Il est étrange que l'étude de ce compte ait en général été omis dans les manuels d'économie politique. Il semble même qu'aucun ouvrage d'économie politique ne contienne une étude systématique du compte-capital.
On appelle compte-capital un état de la quantité et de la valeur de la propriété d'un propriétaire à un moment précis quelconque. Ce compte se compose de deux colonnes : — celle de l'actif (assets) et celle du passif (liabilities). Le passif d'un propriétaire se compose des dettes et des autres obligations dont il est tenu à l'égard d'autrui ; c'està-dire que ces dettes et ces obligations sont les droits de propriété appartenant à d'autres personnes et dont ce propriétaire est responsable. L'actif, autrement dit ressources, du propriétaire consiste en ses droits de propriété, abstraction faite de ses charges. L'actif comprend à la fois la propriété qui couvre le passif et la propriété, s'il en reste, qui excède le passif. Il comprend aussi, si on l'examine à fond, la personne du propriétaire lui-même.
Le propriétaire peut être soit un être humain individuel, soit une collection d'êtres humains, tels qu'une famille, une association, une société anonyme, une corporation ou un État. En ce qui regarde une dette ou une charge, la personne qui doit se nomme le débiteur et la personne à qui il est dû se nomme le créancier.
Dans un compte-capital, chaque article est un élément du capital total du propriétaire, l'actif se composant des éléments positifs et le passif se composant des éléments négatifs. Par conséquent, la somme algébrique des éléments du capital, c'est-à-dire la différence entre l'actif total et le passif total, est le capital net ou la balance-capital indiquée dans le compte.
Dans un compte-capital, les articles changent constamment, ainsi que la valeur, de sorte que lorsque, six mois après avoir dressé un état de l'actif et du passif, on dresse un autre état, la balance ou capital net peut avoir changé considérablement. Cependant les teneurs de livres ont l'habitude de conserver intact l'article « capital » du commencement jusqu'à la fin du compte, et de désigner tout accroissement du capital sous le nom de « surplus » oi' de « profits indivis ». Il y a à cela plusieurs raisons. En premier lieu, la tenue des livres est d'autant plus facile que les articles du teneur de livres sont moins souvent altérés. De plus, en énonçant séparément le capital primitif et son dernier accroissement, le livre nous révèle à permière vue l'histoire de la société commerciale en ce qui concerne les accumulations de capital. Enfin, lorsqu'il s'agit de sociétés par actions, le capital est représenté par les titres des actions (stock certificates), dont la « valeur nominale », telle qu'elle est gravée sur le titre, ne saurait sans inconvénients être modifiée pour constater les changements de la valeur réelle. C'est pourquoi les teneurs de livres ont coutume de maintenir la valeur de comptabilité (book value) du capital égale à la valeur nominale (face value) des titres.
Les deux bilans suivants nous montreront l'accumulation du « surplus ».
1" Janvier 1900
Matériel 200.000 S Dettes 100.000 S
Capital 100.000 S
1" Janvier 1901
Matériel, etc 2'i6.324 $
Dettes 100.000 $
Capital 100.000 S
Surplus 46.324 .S
Et non seulement l'article « capital » est laissé intact aussi longtemps que possible, mais souvent le surplus luimême est indiqué en chiffres ronds et demeure invariable à travers plusieurs comptes successifs. Toutes les petites fluctuations produisent simplement leur effet sur un troisième article que l'on désigne sous le nom de « profits indivis ^^ (undivided profits). La différence entre le surplus et les profits indivis est donc purement une différence de degré. Les trois articles — capital, surplus, et profits indivis — constituent ensemble le capital net actuel. Parmi ces articles, le « capital » représente la somme primitive ; le « surplus » représente les premières et plus grandes accumulations ; et les « profits indivis » représentent les dernières et moindres accumulations. Les profits indivis sont plus ordinairement appelés à paraître sous forme de dividendes, c'est-à-dire à devenir des profits partages., quoique cela puisse aussi arriver pour le surplus, ou même, dans certains cas, pour le capital lui-même.
Nous voyons donc que le capital d'une compagnie, d'une maison de commerce ou d'une personne peut être entendu dans deux sens : d'abord, comme l'article porté sous ce nom par le teneur de livres, dans le sens de capital primitif; et deuxièmement comme cette somme plus le surplus et les profits indivis, — le véritable capital net au moment même où l'on s'en occupe.
D'autant que les titres des actions ont été émis au moment de la formation de la société et qu'ils ne sauraient
être perpétuellement changés ; ils correspondent au capital primitif au lieu de correspondre au capital présent. La reconstitution du capital peut cependant être effectuée en faisant rentrer les titres des actions ou en faisant une nouvelle émission. De cette façon, la valeur nominale ou la valeur de comptabilité (book value) peuvent l'une ou l'autre être augmentées ou diminuées. Cette valeur est quelquefois ramenée à un chiffre plus bas à cause de la réduction de l'actif (shrinking assets)^ et elle est souvent augmentée à cause de nouvelles souscriptions ou de l'extension de l'actif (expanding assets). Si, par exemple, le capital primitif était de 100.000 $, et si le capital présent (c'est-à-dire y compris le surplus et les profits indivis) est de 200.000 S, il sera possible, afin que la totalité des titres en circulation puisse s'élever à 200.000 S, et que le surplus et les profits indivis puissent être englobés dans le capital, d'émettre gratuitement pour chaque actionnaire des titres ayant une valeur nominale égale à celle des anciens titres. Cependant, il est très rare que, dans la pratique, on ait recours à ce procédé. D'ordinaire, les titres restent ce qu'ils étaient à l'origine, et augmentent simplement de valeur. Ainsi, si le capital présent est, comme dans l'exemple que nous venons de citer, de 200.000 |, tandis que le capital primitif et les titres en circulation ne s'élèvent qu'à 100.000 S, la valeur de bourse des actions sera le double de la valeur nominale. Les actionnaires, en effet, détiennent un total de 200.000 $, représenté par des titres d'une valeur nominale de 100.000 S.
Si, cependant, nous essayons de vérifier une semblable relation en nous rapportant aux livres de la société, nous trouvons certaines discordances dans les résultats. Par exemple, la Second National Bank de New-York avait,
d'après une situation récente, un capital total, avec le surplus et les profits indivis, de 1.295.952,59 S et, sut cette somme, le capital primitif ne représentait pas 300.000 S. Nous aurions donc pu nous attendre à ce que les titres, qui s'élevaient à 300.000 $ , aient atteint une valeur âe 1.295.952,59 S, ou, en d'autres termes, à ce que chaque 100 S de titres aient atteint une valeur de 432 S. Cependant, le prix de vente effectif se trouve être de 700 $. De même, la Fourth National Bank de New-York City avait un capital total de 5.700.000 S, sur lesquels 3.000.000 représentaient le capital primitif. On pouvait s'attendre à ce que les actions se vendisesnt à raison de
= 190 S. Le prix de vente eftectii était cepen-
dant de 240 $. Ce sont là des anomalies qui demandent une explication. Si un homme d'affaires était appelé à expliquer ces anomalies, il dirait que les valeurs de comptabilité (book values) et les valeurs de bourse sont choses entièrement distinctes, puisque ces dernières dépendent d'une évaluation de « pouvoir de gain » (earning power). L'action a pour valeur son « pouvoir de gain capitalisé », et sa valeur oscille d'un jour à l'autre à la suite d'une multitude de causes. Cela est parfaitement exact, mais cela ne saurait constituer une distinction entre les valeurs de comptabilité et les valeurs de bourse, car les valeurs de comptabilité représentent aussi l'évaluation d'un pouvoir de gain. Les évaluations de comptabilité des terres, des édifices, de l'outillage, etc., de la compagnie furent déterminées à l'origine par leur pouvoir de gain ; leur valeur de coût (cost value) était, au moment de l'acquisition, une évaluation de marché de leur pouvoir de gain aussi exacte que le prix de bourse de l'action. Ce principe s'applique au passif aussi bien qu'à Tactif. Le passif n'est autre chose que des charges, des intérêts, des rentes et autres dépenses capitalisées.
Cette anomalie signifie donc non pas qu'une des évaluations dépend du pouvoir de gain, tandis que l'autre n'en dépend pas, mais qu'il existe deux évaluations, savoir, celle du teneur de livres, qui est rarement révisée et qui est habituellement permanente, et l'autre, celle du marché, qui est chaque jour sujette à révision. C'est ainsi que les porteurs d'actions de la Second National Bank sont crédités par le teneur de livres de la propriété de 1.295.952,59 S, tandis qu'en réalité la valeur totale de leur propriété est d'un peu plus de 2.100.0C0 S. Le teneur de livres a systématiquement sous-évalué l'actif de la Banque, et il a même omis entièrement un certain actif important, tel par exemple, que la clientèle (goocl will). L'objet que se propose un homme d'affaires conservateur lorsqu'il tient ses livres, ce n'est pas d'arriver à une exactitude mathématique, mais de faire une évaluation assez stable pour qu'elle puisse être maintenue sur le marché, même dans des moments de grande tension financière. Il est plus intéressé à la sûreté qu'à la précision, et à conserver sa solvabilité, mtme en présence d'une grande baisse des valeurs de bourse, qu'à obéir aux exigences d'une statistique idéale.
Il existe donc deux évaluations du capital d'une compagnie : — celle du teneur de livres et celle du marché. Cette dernière a des chances d'être la plus exacte des deux, quoiqu'il ne faille pas oublier que chacune d'elles n'est qu'une simple appréciation. Nous voyons donc que la balance des livres d'une com.pagnie, même lorsqu'elle est soigneusement élaborée jusqu'au dernier centime et qu'elle a une très grande apparence d'exactitude, peut en réalité être loin de la vérité.
Non seulement il existe une discordance entre l'évaluation de marché du capital présent d'une compagnie et les
articles du teneur de livres, mais le capital primitif versé à la compagnie peut lui-même différer totalement de la capitalisation nominale, car l'action peut avoir été vendue au-dessous ou au-dessus du pair. Nous voyons par là que le « capital » d'une personne ou d'une maison de commerce a quatre significations distinctes : — la « capitalisation » nominale ; le « capital » primitif effectivement « versé » ; le capital présent accumulé, on « le capital, le surplus et les profits indivis », tels qu'ils :ont indiqués par le teneur de livres ; et l'évaluation de n arche de ce même capital, c'est-à-dire la « valeur des actioi s ». Ces divers sens du niot capital, ainsi que plusieurs autres, sont donnés dans le tableau suivant, qui nous montre les différents emplois du terme « capital ».
Biens- (, Instruments-capital, capital ) Propriété-capital.
Actif et passif en généial.
l ' Capital \ Capitalisation nominale.
■Capital il original ' Capital effectivement versé.
Valeur- ! \
capital \ Capital ' [ Tel qu'il est porté dans les livres
net j ^ de la Compagnie, se composant
I Capital du capital, du surplus et des profits 1 présent i indivis.
\ I Valeur de Bourse des actions.
Nous avons vu que l'effet produit sur le bilan {balance sheet) par une augmentation de l'actif, c'est d'aller grossir le surplus ou les profits indivis. Inversement, une baisse -de la valeur tend à diminuer ces articles. Par exemple, si le matériel d'une compagnie ayant un capital de 100.000 $ et un surplus de 50.000 S subit une dépréciation de 40.000 $, l'effet qui en résultera sur les livres sera le suivant :
ACTIF
Matériel 200 . 000 S
Divers 101.256 S 42
PASSIF
Dettes 150.0C0 S
Capital 100.000 S
Surplus 50.000 S
Profits indivis. . 1.256 S 42
ACTIF
Matériel 160.000 $
Divers 101.256 S 42
Bilan présent
PASSIF
Dettes 150.000 S
Capital 100.000 S
Surplue 10.000 S
Profits indivis. . 1.256 S 42
Ici une diminution dans la valeur du matériel, telle que cette diminution est indiquée à la colonne de l'actif, ressort à l'article du surplus, tel qu'il est indiqué à la colonne du passif.
Dans le cas où le surplus et les profits indivis ont l'un et l'autre été absorbés, c'est le capital lui-même qui se trouve diminué. Dans ce cas, le teneur de livres peut indiquer le résultat en abaissant la capitalisation. C'est ce qui arrive quelquefois dans les banques et dans les sociétés de crédit, mais il est rare que cela se produise dans les affaires ordinaires. On peut d'ailleurs éviter cela en comblant le déficit au moyen d'une taxe sur les actionnaires ou d'un ajournement des dividendes. La loi même l'exige dans bien descas, comme, par exemple, lorsqu'il s'agit de compagnies d'assurances. Cependant, dans les affaires véreuses, on dissimule souvent la situation véritable par un procédé' inverse, c'est-à-dire en exagérant la valeur de l'actif. Parfois cela a lieu systématiquement, comme lorsqu'il s'agit
d'opérations d'agiotage (stock-jobbing concerns). Il arrive souvent que des promoteurs sans scrupules placent imprudemment ou frauduleusement les sommes qui leur ont été confiées par des actionnaires trop confiants. Par exemple, nous pouvons nous représenter une Compagnie de pétrole (OU well Company) en Californie, du type que l'on désigne sous le nom de « sources à produire des action » (stock-producitig wells), qui emprunterait 50.000 $ et recueillerait 50.000 S de plus au moyen de la vente d'actions (au pair), et avec ces 100.000 S achèterait des terres à des compères à des prix imaginaires, statuant collusivement que les produits reviendraient pour la plus grande partie au fondateur. Dans ce cas, les livres de cette entreprise de duperie porteront les chiffres suivants :
Terre 100.000 S
Dettes 50.000 S
Capital 50.000 S
Mais si la terre ne vaut, par exemple, que 60.000 $, ce compte devra se lire comme il suit :
Terre 60 . 000 S Dettes 50 . 000 $
Capital '10.000 S
En d'autres termes, le placeur de fonds n'a qu'une propriété de 10.000 S au lieu des 50.000 S qu'il y a employés,, soit 20 cents pour chaque dollar placé. Le reste a disparu dans les poches du promoteur et de ses compères.
La méthode préférée, quand il s'agit de dissimuler la véritable situation d'une compagnie, consiste à porter à
l'actif, d'après leur valeur nominale, les dettes irrecouvrables qui sont dues à cet actif. Parfois des dettes irrecouvrables sont achetées dans ce but spécial, la compagnie malhonnête faisant l'acquisition des billets de quelque entreprise en faillite, billets qui peuvent être acquis à bas prix, mais que l'on peut porter sur les livres à leur valeur nominale. 11 est clair que toute exagération du côté de l'actif dans le Grand-livre entraîne une exagération égale du capital, du surplus et des profits indivis du côté opposé. C'est pourquoi ceux qui établissent une comptabilité commerciale encourent une grande responsabilité.
Jusqu'ici nous avons examiné les fluctuations des articles d'un compte-capital indépendamment des payements «ntre la compagnie et les actionnaires. Lorsque les payements sont effectués aux actionnaires sous forme de dividendes, ce payement a pour effet de réduire les deux colonnes du compte en diminuant le capital du côté de l'actif et les profits indivis du côté du passif, chacun d'une quantité égale au dividende. Si un dividende est déclaré plus grand que les profits indivis, cela aura pour effet de réduire le surplus, ou même le capital. Pour la plupart des entreprises commerciales, on considère comme un mal, ou même comme une fraude, de payer des dividendes au moyen du capital. Cependant il n'y a aucune raison impérieuse pour ne pas payer de semblables dividendes, et, dans certaines sortes d'affaires, ce payement est non seulement opportun mais nécessaire. Dans ce cas, lorsque les dividendes sont payés sur le capital, il doit y avoir une réduction correspondante dans le montant des actions en circulation afin que ceux qui traitent avec cette entreprise ne soient pas induits en erreur. Par exemple, les compagnies foncières du Colorado et de la Californie, telles que la Redondo Land
Company, sont fondées expressément en vue d'effectuer des placements sur les terres et de revendre ensuite ces terres. Dès que la terre est vendue, le produit de la vente est divisé entre les actionnaires et les titres d'actions oblitérés jusqu'à ce que tout le capital de la compagnie ait été dégagé. D'ordinaire, cependant, la réduction du capital affecte d'autres formes que les payements de dividendes. Le payement de dividendes au moyen du capital est, généralement parlant, illégal, sans quoi les créanciers d'une compagnie pourraient se trouver tout à coup dépouillés d'une garantie suffisante pour leurs prêts.
Bien entendu, des payements sont également effectués par les actionnaires à la compagnie. Nous pouvons supposer qu'une compagnie est constituée avec un capital-actions de 100.000 S, mais que, lorsque sa situation est établie, il n'a encore été souscrit que pour 60.000 $ de ces actions. Le teneur de livres pourrait à ce moment-là inscrire le capital pour la somme de 60.000 $ ; mais, conformément à la règle qui veut que l'article capital reste le même dans tous les comptes successifs, il inscrira la somme entière de 100.000 § du côté du passif et, comme compensation, il portera du côté de l'actif la somme de 40.000 $ sous forme d'actions de caisse (treasiirij stock) ^ avec cette idée que la compagnie détient dans sa caisse pour 40.000 S de titres qui doivent être regardés comme un actif. Il est évident que ce mode de porter des actions de caisse constitue une comptabilité fictive, car la somme de 40.000 $ ne représente ni une somme possédée par la compagnie ni une somme qui lui soit due, si ce n'est dans ce sens que la compagnie se doit à elle-même ; néanmoins, des promoteurs d'entreprises font souvent accepter par des capitalistes crédules cette opinion, à savoir que le fait de garder une certaine quantité d'actions de la compagnie dans sa propre caisse est un moyen d'accroître la propriété des actionnaires.
Après que le capital-actions a été entièrement payé, il
devient souvent nécessaire de l'augmenter. Supposons que, avant l'augmentation du capital, le compte soit établi comme il suit :
Divers 300 . 000 S
Dettes 100.000 S
Capital 100.000 S
Surplus et profits indivis 100.000 $
Maintenant supposons que le nouveau capital soit émis jusqu'à concurrence de 100.000 S et soit vendu au pair aux anciens actionnaires par lots proportionnels au nombre d'actions qu'ils détenaient primitivement. Les nouveaux titres d'une valeur nominale de 100.000 S sont ainsi vendus 100.000 S- Le compte sera alors établi comme il suit :
PASSIF
Divers