DIEU DANS LE COLUR
Il suffit à ranimai d'être ce qu'il est : cela ne suffit pas à rfaomme, dont TamHtimi s'attise de ses propres conquêtes.
La réalité ne manque pas sur tous les points aux désirs de ïùme humaine; il en est quelle satisfait, mais celui d'une félicité absolue, elle ne pourra le réaliser dans aucuu temps; il dépasse le fini, où la nature et l'homme demeurent enfermés. Kn réalisant l'infini, l'existence individuelle cesserait d'être individuelle. L'homme poursuit un vœu qui Fanéantirait s'il pouvait s'accomplir, et son idéal de perfection tend à le détruire dans l'objet même qu'il poursuit 1 En aspirant à l'infini, chose étrange ! nous aspirons à disparaître en Dieu. Est ce pure chimère néanmoins que ce désir t Non, car c'est lui qui fait notre perfectibilité. Le progrès humain cesserait» si l'homme cessait de rêver l'impossible.
C'est ainsi que le cœur humain reproduit le problème que nous avons rencontré au fond des choses et de Thumaine raison, le problème du fini et de l'infini. Nous y trouvons, comme condition de notre perfectibilité, l'alliance et la lutte, la relation et le contraste des deux termes irréductibles, mais inséparables, dont se composent la nature et rhomme.
Le désir de l'infini est une fatalité de notre être, parce que
l'infini vit en nous. L'impossibilité d'embrasser l'infini est une fatalité égale, parce que nous vivons dans le hni : dans i'antinomie de cette double fatalité se débat notie être, qui fuit ses limites en cherchant ce qui n'en a pas, qui ne peut les quitter pourtant sans dispaiaitre, et qui s'avance, entre les deux pôles du fini el de l'infini, dans la voie d'un développement indéfini. L'homme vivrait éternellement en se développant éternellement, qu'il ne réussirait pas à mettre c^es progrès au niveau d'un idéal éleniellemeut progressif,
ni
LA HAlfORB UUliAtNË
Ils se trompent sans doute ceux qui dans Tid^al de justice, de i uiâou et d'amour que nous imaginons voient Dieu même ; ils ne s'abuseat pas moins ceux qui prétendent qu'il n'y a rien de Dieu dans cet idéal humain : le fini humain et Finfini divin s'y pénètrent. Si l'hommo était infini, il n'aurait, point de religion; s'il n'était que Uni, il n'en aurait pas davantage. L'existence de la religion prouve la coexistence du fini et.de l'infini dans Tunivert et dans l'humanité. L'histoire de l'idéal dans l'homme est celle de la religion; mais la relitriou elle-même n'est pas telle représentation de l'idéal, elle est le besoin d'idéal. L'homme qui aime le plus la justice et la raison, tout ce qui s'élève et tout ce qui unit les hommes, est le plus religieux. Ce qui constitue la rcli^'ion .dans les religions, n'est-ce pas cela ? Que serait une religion qui ne renfermerait ni justice, ni raison, et qui n'éveillerait pas l'amour de ces choses! Plus une religion contient d'humanité, plus elle est humaine, et plus elle est divine. Les miracles et les superstitions encombrent l'histoire; l'iuspiration qui agit à travers les dogmes religieux, et qui finit par triompher de leurs absurdités et de leurs iniquités, est une inspiration de la conscience même où le décret divin est écrit: un dogme salutaire n'est jamais qu'une vérité, un dogme funeste qu'une erreur morale figurée.
lyoOi Tient donc que notre raison et notre justice étant
Bupériciues à celles du passé, nous ayons cependant à certains égards moins de foi religieuse, et peut-être moins do moralité que lui? C'eet que voir mieux la justice et la vérité
DIEU DANS LE CCEUR Uo
ce n est pas encore les mieux pratiquer, et que pour les Touloir fortement il faut profondément les aimer. Elles sont
plus sensibles à notre esprit qu'à noire cœur; nous raisonnons plus que nous ne sentons, noua sommes des critiques plutôt que des aptoes. Il n'y a que le ccear qui porte à agir, toute action est désir. On ne fuit, on ne hait bien une chose que parce qu'on recherche et qu'on aime sou contraire. Le jour viendra sans doute où le souille de l'hu* raanitô ranimera Tétincelle enfouie sous la cendre des dogmes morts; où nous n'aurons plus besoin qu^nn diea descende parmi nous du Siuaï ou du Calvaire : parce que Dieu parlera dans nos cœurs et se montrera dans la volonté des gens de bien.
0 les étranges croyants, qui prétendent nous faire passer par leur petit sentier et qui disent : Mon chemin seulement mène au salut. Il ne suflit pas qu'un chemia soU étroit pour y conduire; la voie du salut est aussi large que Thumanité. Ce qui n'est pas humain n*est pas divin. Jusqu'à ce jour pourtant l'homme n'a ^'uèro connu que des docti ines et des églises qui ont diminué et mutilé la nature humaine, quand elles ne l'ont pas étouffée. Il n'est d'autre remède à cela que de chercher désormais la religion au for de nous* mômes. La meilleure et la plus vraie, sera celle qui exhaussera le plus l'âme, l'esprit et la volonté ; celle qui élèvera, unira et fortifiera le plus les hommes. £t quelle sera cette religionY — * l'humanité. Il y a dans nos croyances des choses qui nous divisent, il y en a qui nous rapprochent; celles qui nous divisent sont des erreurs, celles qui nous unissent sont des vérités. Soyons oonvaincus que pour l'homme, bois de l'humanitéi il n'est point de salut t •
DR tk ITATORB HUUAINK
La méditation du problème religieux est le partage de peu d*e8pfits; la plupart demeurent dans la routiuOi avec une propension plus ou moins marquée au doute.
Leur doute est sans énergie ni profondeur, il flotte autour des lieux communs, il ignore le problème : le doute de ceux qui ont vu le mystère de Vinfini où s'abîme notre pensée est plus religieux que leur foi, car il connaît et confesse notre ignorance de Dieu.
Ceux qui écartent la réflexion de leur croyance, avouent que leur croyance n'est pas solide : ils ont peut que l'exa* men des faits ne renverse les hypothèses de leur cœur. Mais riioninie ne peut s'empêcher m de désirer, ni de réfléchir; il ne peut empêcher que son cœur qui lui dit ce qu'il voudrait que fussent les choses, et son expérience qui lui dit ce qu'elles sont, ne le jettent dans un cruel désaccord avec lul-môme. Cette lutlc entre l'idéal et la réalité ne cessera pas : des démentis que la réalité donne à l'idéal, le doute renaîtra toujours dans Tâme humaine ; la foi y renaîtra toujours ausn de Fidéal sTaffinnant en dépit de l'expérience, et, pour vaincre la réalité, portant au delà du réel ses espérances trompées.
DCit-ii ne servir qu'à maintenir les droits de la science en face de la superstition toujours renouvelée, il faudrait encore
bénir le doute. Il est le droit de l'esprit. Il est puéril de dire à ceux qui exposent le fruit de leurs réflexions : vous eussiez mieux fait de vous abstenir, car vous troubles les consciences dans le nid des croyances établies. Dépend-il de nous de ne
jl^as penser, et si la libre peiiûcù a était enfermée vivante dans
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le silence, où en serait le genre humain? L'homme a le droit de penser, il a le droit do dire sa pensée ; en pensant et en manifestant sa peqsée il ùâi acte d'humanité ; il exerce mi droit, il accomplit un devoir.
Je suis persuadé qu'aucun homme, qu'il ait nié ou afiSrmé Dieu, n'a jamais entièrement vaincu le doute; l'athée quelquefois doit se dire que peut-être Dieu existe, le croyant que peut-étrû il n'existe pas. Il n'y a pas, certainement, de foi absolue ni de doute absolu. L'esprit partout soulève des objections que le cœur combat. Les religions sont filles du besoin de féUcité et de justice qui possède l'homme. Quel homme donc réussira à détruire la religion, s'il ne détruit d'abord sa conscience et son cœur? Le cœur proteste contre le doute que le spectacle de la réalité fait entrer dans l'esprit , la raison proteste avec lui ; ils ne peuvent se contredire, À moins qu'ils ne dérivent de deux principes contraires. Or» cela n'est pas poseiide. La raison et la j ustice veulent la même chose que le cœur; il n'y a pas de raisuu ni de justice dans la nature et dans l'homme, si la loi du cœur est un mensonge. La pensée de la justice est le chevet des âmes blessées. Mais qucnt die dievet est de marbre, si le refuge de toutes les déceptions n'est qu'une déception lui-même? Qui ne croit pas en la justice, n'a devant lui que le désespoir et le néant.
L'homme est une créatuie souffrante, et c'est de ses souffrances qu'elle engendre l'idée de la félicité parfaite ; l'homme est une créature morale, et c'est du sentiment de la justice offensée qu'elle déduit l'idée de la justice absolue ; l'homme est une créature intelligenca et raisonnable, et c'est de rintelligenoe et de la raison outragées qu'elle tire l'idée de la raison et de l'intelligence suprêmes. C'est du fond des misères de sa condition, que l'homme enfin en appelle à
lit DE LA NATURB HOHAINB
l'idéal, et de la fatalité qui l'accable à Dieu qu'il espère, il ne sert à rien de lui dire de renoacer à la religion, ii on ne lui donne les moyens de zenoncer à Tespoir* Mais il est plus usé de 8*élever contre la religion que de comprendre pourquoi l'homme est rpliu'ieux : c'est pourtant [)ar là qu'il iaudrait commencer. L'homme est iudifférent à nne croyance qui ne le console pas; nne sem* blable croyance pour lui n'est pas une religion. S'il n'était (ju iiaclligouce, il ne serait que curieux; dans la religion il y a autre chose encore que le besoin de savoir et de compiendre ; il y a la douleur, il y a la mort. Une doctrine qui n'en triomphe pas, tti-ee dans le léve, n'est qn^ono opinion, elle est sans prise sur Tâme. L'homme ne Teut ni souffrir ni mourir, l.a religion lui dit : .]o le guérirai
de la souffrance et de la mort. ïu aspires à une vie plus complète et plus haute en Dieu; emploie celle que tu possèdes à la mériter, cultive dans ton être périssable les semences impëiissables et divmes, et tu ne mourras ^joiiit tout entier.
La religion ne périra qu'avec le cœur hnmain.
Toute religion qui fait espérer à l'homme une eompen»
sation ou une réparalion dos maux soufferts en ce monde, est dans le sens de sa nature qui veut espérer , dont la loi est l'espérance et la justice. Le stoïcisme est admi* rable, les stoïques plus admirables encore ; mais ils ressem- Lleut à des athlètes qui, au prix des plus grands efforts, parviendraient à recourber uu arc en sens opposé. Est-ce redresser la nature humaine que de la violenter? Même pour la dominer, ne &ut-il pas la reconnaître, et, comme dit Bacon de la nature en général , d'abord lui obéir? Ces gladiateurs de la volonté n'entraîneront pas l'homme dans leur arène. Le stoïcisme est un paradoxe héroïque; le