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les abandonne pour s'égarer dans la lanUiisio, il (jui Uo lui-môme : ses anivres ne durent pas, elles n'ont poiat de beauté ni de force véritables. L'art est le vrai dans la beauté. Il existe des choses naturellement laides, mais rien jamais ne sera heaii contre nature. Le vrai ponte ne sort pas de la vérité humaine, c'est*à-dire du rapport même qui unit l'homm» à la nature et la nature à l'homme ; c'est un téjé» laleurdu '^i^'ine universel comme le savant, avec celle ditl'drence que le savant révèle à l'espht ce que le poète révèle au cœur.

Ën tout chef-d'œuvre d'art se réalise ré(|uilibre du senti** ment, de rintelligence eUle riniagiuation ; — Thommene fait rien sans intelligence : mais le sentiment est le fond de l'œuvre d'art ; il est la dominante dans l'accord des facult*'»s humaines qu'il réalise. Aussi les «époques du grand art nous montrent-elles un heurcu.\ mélange, une précieuse et trop fugitive ])alance des forces de la pensée et de celles du cœur. La réflexion y soutient le sentiment et l'ima^na* lion, qui renipôchentà leur tour de se dessécher en formules. Ce rare et fragile équilibre peut se rompre des deux côtés : quand l'imagination et le sentiment l'emportent sur la p6n« sée, les œuvres manquent d« maturité et d'ampleur ; elles gardent quelque chose d'cnlantin, et leur attrait principal est la naïveté. Quand c'est la pensée qui l'emporte sur l'inspiration, la volonté et la réQexion s'étudient à remplacer la vie; il en résulte des imitations, ou des tentatives qui sentent le pai ti pris d'être original l'aisance et le natui'el s'en vont avec l'abondance, la grflce et la fécondité. Nous en gommes là. La réflexion oreusera-t-elle assez profondément la nature, l'homme et riiistoire pour y découvrir de nouvelles sources d'inspiration? C'est iK)tre espoir ; n'a-t-on pas creusé des puits même dans le désert?

m dë la nature humalnë

Les enfiuits et les barbares s'émeuvent vivement, mais les

objets de leur émotion sont puérils et barbares comme eux ; ils ne peuvent fournir rétoiie de chefs-d'œuvre. L'art dans la poésie, et la poésie, c'est-à-dire la vie, dans Tart, sont le privilège de la jeunesse qui touche à la virilité : l'enfanoe n'y atteint pas encore, la vieillesse n'y atteint plus. L'art, tleur des civilisations, s'épanouit à leur apogée, .toujours voisine de leur déclin. Chaque forme de la civilisation a son art ; une civilisation qui ne produit pas de chef-d'œuvre n'aboutit poiut : elle meurt eu bourgeon , quand elle n'avorte pas en germe.

La science et l'industrie, une fois en route, sont plus ou

moins entravées et leur allure peut se ralentir : mais elles ue s'arrôtent pas. L'art est intermittent ; il a des périodes de léthargie, il naît, monte, décline avec rapidité. Ses éclipses sont longues. Ses conditions d'avénement et de prospérité sont relatives. 11 tient de la végét<ition : c'est une flore du sentiment qui trouve son climat et son terrain dans le sol intellectuel et moral d'un temps, d une nation ou d'une société déterminées. Certaines époques, certains peuples ne lui sout pas propices j d'auti*eâ le favorisent, sans jamais créer toutefois sa divine semence au fond du cœur humain.

Notre siècle penche du côté de l'industrie et de la science , il vit du cerveau et de la matière, d'idées abstraites et de sensations. La région intermédiaire de Fâme, celle de l'art, reste inféconde en œuvres magistrales: laséve manque. Nous pouvons éviter de faire des ouvrages mauvais en nous appliquant, et grâce à l'intelligence et au goût d'une éducation achevée ; mais les bons ouvrages veulent de l'inspiration. 11 en est d'eux comme des belles actions; lamesure» la prudence et le discernement suHisent pour nous

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t'«par;;nor des fautes, ils ne suffisent pas pour faire le bien qui iiail de Tabondiince du cœur. Une chose n'a pas dequalités parce qu'elle n'a point de défauts. Être correct, ce n'est pas assez ; il faut la vie, cl qui ne la possède ne saura l'engendrer, il ue sera pas créateur. Une distinction profonde sépare les esprits créateurs des esprits dérivés, les esprits lumineux par eux-mêmes de ceux qui ne le sont que par reûet. Partout où il y a du mouvement, il y a de ' la chaleur; partout où il y a de la chaleur et du mouvement, U y a de la vie. Gela se vérifie dans l'art comme dans la nature; et c'est une règle d'esthétique aussi hien qu'une rè'.He de physique. Il on est du style comme des physionomies. L'on en voit de belles, et môme d'irréprochables, qu'on admire et qui n'intéressent pas. Le style est la physionomie de l'âme; certaines physionomies sans âme, quoique régulièi-es et nobles, ne disent rien : elles ne sont pas vivantes.

Dans l'art, comme dans le reste, la vertu proli^que du

dévelop^i^emeut est un témoignage de force. Aux époques OÙ 1 art rencontre des conditions diÛiciies, il ne perd pas entièrement sa vertu ; mais l'on ne voit guère se produire alors que des efforts isolés et divergents ; quel(|ues indi« vidus naissent dont le génie s'éteint avec eux, ou bien dans leurs disciples immédiats qui déjà le montrent diminué. La flamme isolée s'allume sur un point et disparaît : ce n'est piis un flambeau qui en suscite un autre, une lumière qui s'accroît en se propageant, jusqu'à ce que, parvenue à sa plus vive splendeur, elle brille magnifiquement, puis lentement décroît commoelle s'est accrue, et finit par s'évanouir en laissant après elle une lumineuse traînée de chefs-d'œuvre.

L'art a besoin de foi, et cependant il ne lui faut pas de croyances rigides qui l'emprisonnent; il lui en &utqui aient

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de l'ampleur et de la poésie, et qu'il puisse traiter avec liberté. Des croyances dont il ne ïeste que l'écorce sont im-

puissautes à lui tuurnir ralimeiit humain, rétotl'e populaire ou nationale dont il a l)esoin ; des croyances jeunes, qui dans leur ferveur d'intolérance ne souffrent pas qu on franchisse leurs étruiles limiles et veulent ôtre prises à la lettre, rempôchent égalemoat de se dévelo])[)er, eu empêchant l'artiste de leur appliquer l'interprétation de son génie personnel. L'art des ^i-andes é[)uques nous retient captifs autour de sou l)erceau. Les gaïu lieries et les naïvetés d'un Cimabuô ou d'un Augelioo sout iuléressantes, elius respirent un sentiment profond, elles exhalent la poési» du cœur humain ; tandis que toutes les roueries d'un artiste qni manque de vie, et les habiletés les plus rallinées de son savoir-faire nous laissent froids. Certaine école née de la pauvreté de nos âmes a cru que l'imagination suffisait à tout et pouvait tout suppléer : 1 inspiration vivante , l'observatiou, le travail, le temps. Maissou ieu éhlouiâsaul u'apas duré, fauta d'aliment solide; l'on a^ximpris bientôt, par d'illustrea exemples, que l'imagination a besoin de l'homme autant que Thomiue de l'imagl nation, et qu'il ne sullit pas qu'uu ieures* l>lendi8se, qu'il faut qu'il éclaim et qu'il dure. Le romantisme est sonore, il est creux ; il a de Téclat, il n*a pair de luijiicie ; littéraluie (riiiia^iiialion, l'eu d'artifice ijui s'élève s'éteint dans la nuit qu'il illuaiine. Un a cru que c'était le jour; on a chanté des hymnes à ces trompeuses lueurs. La réaction n'a pas tardé à se produire, elle s'est appelée le i*éalisme : fausse tendance, eu sens inverse de la première. La réalité de l'art n'est pas le réalisme; elle ne mesure pas les choses au compas, elle ne les pèse pas à la halauce, elle ne les trfMive pas dans le champ du microscope. L'ai'i s'empare, au sein de la i-ualité, des chœe

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qui soiiL de sou duiiiaiiio, et s;uis les (léiiatiiiei', les Iraiisfigure eu les touchant de son divin baiser; baiser de l'inspira tien qui leur communique Témotiou, et fait tressaillir la fibre rivante. Si le romantisme est vide, le réalisme est chimérique j car il poursuit la plus décevaute de toutes les illusions eu prétendant nous montrer les. choses telles qu'elles sont : alors qu'elles ne peuvent être pour nous que telles ({lie nous les voyous; (jue nous ne les voyous que telles que nous les éprouvons, et que chacun, selon ce qu'il est luimême, les éprouve et les rend différemment.

L*art se fourvoie en s'attachant à Timitatton : il n'imitera jamais la nature aussi l)iea que la uature même ; il se condamne en la voulant imiter à une permanente infériorité. Le tonnerre rendra toujours mieux le tonnerre que n'im-

[W3rte quel musicien, — ce(|ue le Lonuerre ne rendra jamais, c*est sou elfet sur notre Âme. Gela peut se dire de tous les phénomènes dont T^art s'occupe, et s'appliquer à tous les artistes, écrivains, peintres, sculpteiirs et musiciens, qui calquent des phénomènes au lieu d'exprimer des seuLiuiouts, et qui mettent l'art au tombeau en le matérialisant,

Véronèse se moque de là couleur locale et de la vérité histori{|ue dans les Nncfn de Cana. Ainsi fait Shakspeare dans (Jorto/ai», o i les liomaius liront des coups de fusil: c Trumpeta and hautboys sounded, and^drums heaten, ail togetber. Shouting also wlthin. » L'art a sa vérité qui n'est pas la réalité des faits, mais la réalité «lu cœurhumain. Don Quichotte n'a vécu que dans i'ima^jiuation de (Servantes, il est impérissable;- alors que des multitudes de créatures vivantes n'ont pas laissé sur teri*e plus de trace que n'eu laissa leur ombre sur le chemin : amas de t'aulùmes nés aujourd'hui et disparus demain, perpétuel évanouissement de rétre passager au sein de l'oubli.

C'est dans son ml qu'un peuple met son individualité en l'eiiel ; elle y Lriile avec tant d'éclat parce que tous les rayons de son génie y convergent. L'histoire de Tari est celle du sentiment, de ses variétés chez les peuples, les rares et les individuî».

La familiarité unie au sublime caractérise les œuvres de Tantiquité grecque, où se mêlent les dieux et les hommes. Celte t'aniiliaiité qui pénètre el s'insinue jusque dans U's moindres détails de la vie domestique, ue tombe jamais daus la baualité ou le trivial ; elle ne nuit nulle part à la beauté de la poésie, elle l'orne au contraire et la raïqtroche du cœur. C'est que la poésie pénètre dans cette lamiliarité même, auime tout , entre dans les détails de la vie intime , y circule comme l'air et la lumière. Homère est le poète des combats, il est aussi le poète du foyer. Ses héros ne cessent pas, quelque sublimes qu'il les fasse, d'être des hommes. Nous avons perdu ce don de la familiarité dans le sublime, en môme temps que la naïveté des émotions et rélévation des senlinienU ; nous voulons être émus, nous chei'chous à rétrc, nous ue le sommes plus qu'à graud renfort d'imagination et de recherche. Notre art est plus pensé, celui des Grecs est plus plastique. Mais si l'on veut voir la distance iumiensequi les sépare, c'est au théâtre quii laut regarder : le théâtre est le plus complet miroir d*une ^iété, n*est-il pas la société se transportant elle*méme sur la scène pour s'y contempler ?

L'héroïsme, le culte des héros, est la substance de l'épopée grecque ; le héros vaincu par le destin, « maître des mortels

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et des iiumortels, » est le fond de la tragédie ne, qui, dans ses débuts, et par Eschyle, confine de si prà à Tépopée : Prométhée fait la transition. Un fait uniijue do« mine la tragédie des anciens, la lalaliLé. Dans Sophocle, Thomme ployé, vaincu par les choses, cède aux évëuements qui se pHcipitent vers la catastrophe ; il reconnaît les dieux à leur étreinte de fer. Dans le drame évangélique de la passion moderne , il se courbe, s'hiunilie et prie ; il espère, il croit en l'amour du Père, en sa compassion. Les dieux antiques, que domine la loi comme un dieu suprême, 11 ont ni aiuonr ni compassion ; ils sont StUis entrailles.

A vrai dire, le destin est le seul dieu de la tragédie gi'ecque. Ëschyie Ta dit : il règne sur Jupiter lui-même. C'est parce que le destin n'a pas de pitié, ({ue Tun des ressorts de la tragédie grecque est la pitié; elle monte du fond du cœur humain, et répond par un long écho de douleur et de commisération à la terreur qu'inspire Timpassible décret. Le chd'ur daik-) les traj^ëdies grec(pies n'est pas seulement la conscience humaine ; il est le cœui* humain dédoublé, et qui, se faisant écho à lui-même, plaint l'infortuné saisi par la logique impitoyable des choses. La tragédie grecque est un dialogue entre i'bomme et le destin, que l'homme interroge en le subissant. L'homme ue peut se régénérer dans l'esprit antique, la douleur ne le rachète pas de ses fautes : c'est une victime menéeâ d'étapes en étapes à l inîmolatiou tinale. Après cela, il n'y a plus rien, il ne peut plus rien y avoir : la loi est satisfaite, elle a triomphé, elle s'est élevée sur la ruine de qui la méconnut ou l'ignora.

Dans les drames de Siiaks]»eaie ji.iipile aussi le cuuir humain ; mais l'on reconnaît qu'il a chaugé d'élémeuiet que ta foi religieuse et morale qui l'environne n'est plus cell» de l'antiquité : l'homme est rentré en soi, il vit dans sa

couscieuco. Le destin apparaît à tses yeux bien plus en soit propre élit' ((iiftlaiis les êvinieiuenls ; il est la piis»iou (|ui le domiueelqui TeiiUaiue : destiu eucore ellroyabiô, implacable souvent I mais différent de celui qui s'impose du dehors. Le dieu intérieur, la logitjiio ({ui nous mène est oelle de la passion, <|iii se développe un déroulant sa iiaUire invariable : l'ambition, c'est Macbeth, ia jalousie Othello ; l'amour, c'est Roméo et Juliette, la vengeance bnguement méditée contre rinjuïitiœ, c'est io mai i hand de \'enioe. Le drame nioiierne est iiidividualisite, la persoune humaine eu est la lja:>e: c'est > en elle qu'il commence, qu'il se déploie, qu'il s'achève. L'homme expie dans Shakspeare et dans Sophode, dans Shakspeare il lutte contre lui-même.

La passion est le ressort du drame, le destin celui de ia tragédie : des deux côtés règne la fiitalité. Le théâtre antique est voué aux forces impersonnelles ; le théâtre mo- Uenie, doui Shakspeare eat le premier et le plus graïul représentant, aux forces personnelles t le drame a sa loi en nous, et le mot de Vanvenargues pourrait figurer à sou frontispice : « Notre caractère, c'est notre destinée. » Chaque drame de Shakspeare est l'histoire d'une passion de l'humanité dans on homme. C'est pour cela qu'il est, jfuoique d'une autre façon que celui de Sophocle, si largement et si profondément humain. Unissez Sbaks|)eai'e et Sophocle, vqus aum réuni les deux puissances de la destinée, les événements et les passions.

Il y a du drame et de la tragédie, comme il y a de la àtmôdde^ dans la vie humaine. La poésie et l'art, sont la vie éloquente ; ils l'expriment dans toute sa diversité. La poésie ni l'art ne j^euvenl donc mourir, ils ne peuvent manquer entièrement nulle part on bat le cœur de l'homme. Mais c'est ches les Grecs qu'il làut chercher ia poésie dans son

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fonds le |)liis humain, dans ses formes les plus rioluîs t3l les [Aun iielteb. Poètes admirables, les Ureci» tiout eu même temps» d'iooQmparablea artistes. Niille part» le sentiment, Tima* gination et l'observation ne marchèrent de pair si aisémeut que chez eux, et ne se prêtèrent ua plus harmouieux concours. Tout le clavier de Tâme est parcouru. Depuis l'idylle et Tépi^amme légère qui voie comme un trait, jusqu'aux odes d'un Piudare ou d'une Sa] >ho, jusqu'aux épopées d'un Homère, aux tragédies d'uu Sophocle, aux coups d'ailes sublimes d'un Eschyle par-dessus l'Olympe même et plus haut que les inunortels : ({nelle émotion du cœur humain n'y trouve son écho, et le |)ius maguifique écho, l'âme du poëte retentissant daus la voix de l'artiste pour vibrer d'âge en âge sans £ai<hlir? Tant qu'on parlera de poésie et de poètes, c*est des (îrecs que l'ou parlera d'abord ; c'est d'eux qu'on apjHcndra ce qu'est la poésie, c'est daus leurs œuvres qu'on entendra mélodieusement résonner à la ibis toutes les cordes de la lyre humaine.

La Grèce laisse dans sa poésie le vague (jui convient à la poésie, mais elle n'en laisse que juste ce qu'il faut pour éviter la sécheresse; son art est achevé, et les sentiments qu'elle exprime , elle les traduit de telle sorte' qu'il u est plus possible de les mieux traduire après elle, iii est la marque des chefs-d'œuvre, ils ne sont pas à refaire. On dit, on répète que la mélancolie manque à la poésie <:rec(fue ; c'est une erreur, elle a la mélancolie, mais ce n'est pas une mélaucoiie morl)ide. Comme ou y vit, ou y meurt aussi d'aimer : voyez Phèdre et Stratonice. Ni la tendresse, ni le soupir, ni la langueur ne font défaut à l'amour nulle part, parce qu'ils sont l'amour; ce que les Grecs n'ont pas connu, c'est le culte maladif de soi et de sa douleur, où notre poésie est tombée, à la suite de l'individualisme chrétien

3i0 DE LA MATURE HUMAIMK

exagéré, et du combat à outrance qu'il a suscité dans l'homme

entre la chair et l'esprit.

* Uu peuple qui n'a pas de seusualité n'est pas iait pour Fart, un peuple qui eu a trop non plus. Les Grecs furent voluptueux avec art, ils furent des artistes voluptueux: nulle part mieux que chez eux resi)rit n'a fécondé la chair , la chair et les sens nourri l'esprit de forte réalité. Ce n'est 'pas un peuple d*Orientque ce peuple privilégié, mais il est sur la liniite de l'UrienL ; le soleil Téchauffe sans l'énerver, le ciel Téclaire sans rébiouir; il vil eu pleine lumière, entre le repos et l'activité. Sa poitrine n*est pas oppressée du poids d'un ciel lourd et bas, sa pensée n'est pas étouffée sous l'ohsession de mythes sauvages, tristes ou moroses : sou ànic ignore le cauchemar, elle respire la liberté et le plaisir, elle les exhale dans ses œuvres. Un travail de forçat, fiévreux, écrasant, ne l'enchaîne pas à la ^dèl>e; le Grec peut rêver, et comme il est actil' et qu'il [uirticiite à la vie publique, il ne rèxe pas sans mesure. Il produit des individus, de hautes et brillantes personnalités, et qui ne cessent pas cependuit d'appartenir à la commune patrie, à la {gloire commune.

Mais quelle ombre au tableau : l'Attique, au temps glorieux de Périclès, compte cinq cent mille habitants, elle a

quatre cent mille esclaves !

Poux' rhomme qu'en l raine le fleuve, les rives out rair de se mouvoir; qui est sur la rive voit couler le fleuve. Les con^ temporains sont sur la rive à l'égard du passé, ils sont dans

le fleuve k l'égai'd du piédeut qui iei> tîmporle. -

hd vrai présent est ce qui est présent à l'àme; ce qui l'environne sans la toucher est absent ])our elle, ou pour mieux

dire, l'âme des clioses (|iii la laissonl sans ciiio

tion. L'abseuce de l'àme est lludlUéreuce» sa fuite Toubil.

Les lointains trompent, ceux du passé moins que ceux de

l'avenir, mais ils trompent encore. Qui a retenu l'image exacte de sou enfance? Nous la poétisons tous.

Ah I les jolis chemins, ombragés et fleuris à l'entrée, et qui conduisent au désert ou dans les précipices. Ils vous invitent : on s'y engage, l'aspect change insensiblement; les ronces et les épines remplacent les fleurs, le soleil mordant, les ombrages toujours plus rares, les pentes escarpées et sèches, les fondrières, les sables arides succèdent aux grAces uu début, aux lapis uuis du mousse et de gazon. Plus

d'oiseau qui cbaate, plus de source qui murmure ; on entre par degrés dans le « pays de la soif, » où l'âme lan^'uit et se dessèche, sans qu'une goutte de i"Osée la vienne ralraîchir, sans qu'une lueur 'd'espoir arrive jusqu'à elle pour la consoler.

On ne regai'dc pas vers le passé, quand le présent vous sullit.

Tu dis : J'ai trouvé. C'est que tu n'as pas cherché.

La vie est triste et misérable, Ce qu'il y a de plus misérable et de plus triâle, (fest quç, dans ces conditions, nous tenions si fort à la vie.

Pour que Tordre universel subsiste, il n'est pas nécessaire que je subsiste ; mais il a été nécessaire que je fusse, car j'en suis sorti.

Les plus lomdes croix à porter ne sont pas les plus a[)pareutes. Nous voyons tous le malheur dans les grandes secousses et les ébranlements de i'ezistence : il nous faut des catastrophes pour le reconnaître. Qui s'avise de le chercher dans l'action leute d'un chagrin continu ? La goutte d'eau rouge le rocher, mais son action nous échappe.

De tontes les infortunes, les plus diiUciles h perler sont celles que nous ne pouvons attribuer à la destinée, et qui

HÉFLEXIONS DIVERSES 319

sont nées de aos fautes ou de nos erreurs : elles nous mettent en danger de nous devenir insupportables à noue-mèmes.

Tfwm

On peut aimer encore la blessure qu'une femme vous a faite, quelque souffrance qu'elle vous cause; un liomme jamais ne chérit celle qu'il doit à un homme.

Quel stoïcisme résiste à une rage de denU?

11 faut presque ôti^e un héros pour ne pas se gratter là où cela vous démange.

Il est plus dilhcile de vaincre ses nerfs que de gaguer une . bataille.

(>ominent se fait-il qu'une personne qui mourrait volonliei-s pour une autre, ne se puisse cependant dévouer jusqu'à lui épargner les coups d'épingle de la mauvaise humeur?

Les nerfs nous mènent, et quand ils parlent, ce n*est plus nous. Quand nous nous dévouous^ au conti^aire, nous sentons que c'est bien nous*

La révolte contre ce qui ne peut être changé est une faiblesse, la révolte contre ce qui peut être changé est un devoir.

La sagesise consiste à n'aller jamais jusqu'au Ijuut de rien.

SSO DE LA NATUHK HUMAINE

Les hommes de notre temps ne connaissent pas la sagesse; ils ignorent que la force est en grande partie foite de modé-

ratioD.

Avoir l'esprit de conduite, c'est discerner le rapport qui existe enUe nos foiceb et l'euli-epribe que nous nous proposons d'acoomplir. ^

Jamais épo'jue n*a produit autant d'esprits fourbus que la

nôtre; aucune jamais n'a tant usé d'hommes.

C'est qu'en aucune, l'homme n'a tant abusé de iui-méuie en gaspillant ses forces.

Rien de difficile comme la pratique de ce précepte : usons, n'ait usons pas.

lie temps nous consume et nous rejette eu fumée dans l'espace. La vie est un feu qui nous fait vivie en nous dévorant.

On n'est jamais sot ni ridicule quand on proportionne son ambition à ses capacités; on Tesl toujours, lorsqu'on ne le fait pas.

La sagesse est de toutes les sphères et de toutes les conditions : mais les sages partout sont rares.

L'homme de notre temps se surmène. 11 tente l'escalade du ciel, et souvent roule dans des abtmes de déception. Quand il n'entonne pas ses dithyrauibes du pro^tea, il

RâPLEXIOllS DIVBRSBS 3SI '

tombe daus l'abatlemeut ûu se jette dans le désespoir; si l'orgueil a survécu, il se drape dans sa misère, comme le philoflophe dans son manteau troué.

L'ou manque le but de trais façons : en n'y atteignant pas, en le dépassant, en passant à côté. Peu d'hommes pour^ suivent un but qui mérite d'être atteint, très-peu atteignent

le Liil qu'ils poursuivent.

Notre temps est ailaiié : il lit comme on mange à la buvette des chemins de fer, debout, entre deux trains. On Ut

« sur le pouce. » Tout s'improvise et se fait en hâte. Nous manquons d'àme, et nous sentons la lièvre.

11 suftit à la mouche de vivre en mouche, à l'araignée de prendre et de dévorer des mouches : elles n*en demandent

pas davantage Tune et l'autre. Reste à savoir si la mouche demande à être prise par Taraignée. On ne le lui a pas demandé. 81 la mouche avait la parole, elle demanderait à la

nature pourquoi elle fit des araignées. L'araignée répondrait : parce qu'il y a des mouches.

Les sauterelles ravagent les moissons : les sauterelles sont* elles faités pour les détruire ?

Nous jugeons avec nos instincts et suivant nos goûts avant de juger par réflexion; la plupart eu restent même là.

Un Jugement positif et solide est celui où s'accordent le sentiment et la raison.

ai

311 bft Ik VATUKK HUMAINE .

Les étoiles, qui sont des soleils, sont moins nombreuses quô les plaiièteji ; même chowi dans l'uiiivers moral, on les esprits éclairés par rellet peupieut le firmameiU de la pensée.

Trop réfléchir ne vaut rien, ni réfléchir trop peu. Mais le

trop de l'un e^t le pas îissez de raiilre : à chacun »a mesure. D'ailleurs, k trop et le trop peu iiù ae dépendent pat seu* lement de la personne, ils sont relatif aussi à renlrepHie

projetée et à la tâche qu'on se ])ropose d*accomplir.

Le juste équilibre à réaliser eiiue la délibération et i actiou

est la difficulté des gouvernements et des individus.

Dans les disousnooi, il n*y a pas seulement en présence

l'erreur et la vérité, il y a des auiours-proitres. Très-peu d'hommes quand ils discutent ont le courage d'étie entièrement de bonne foi, s*il existe de ces esprits-là.

La discussion fait pour Tesprit l'office de la pierre à ai-

.i<uiser. Mais elle aiguise tro]) cerUdns esprits, t[ui luuriient tout eu pointe.

Le public c*est tout le monde, et tout le monde est du pu*

blic. Des gens de beaucoup de sens, en tant qu'ils sont du public et agisseul comme public, eu public, devieuuent de^ sots. Ils appartiennent alors au troupeau.

HH

L'on peut voyager en savant, en artiste, par cttriosité, iiar eunui, ou simplement pour sortir de chez soi et voir du pans. U y a des Voyageurs d'une ti*empe singulière et qui semUent

Dinitized hv

HfcFLKXIo.NS DIVKHSES m

ne voyager que pour se douner la aatisfactioude taire cUtii» le moins de temps le plus de chemin possible.

D'autres, ceux-là sont les plus nombreux, voyagent pour avoir vu, et non pour voir.

Savoir, c'est voir. Croire, c'est désirer. Ou ue voit pas toujours ce qu'on désire, ou ue désire pas toujours ce que l'on

voit.

HH

La force des choses est la discipline de l'esprit et l'école de la volonté.

Il y a deux sortes de mauvais, le mauvais prétentieux et celui qui est sans prétention : le premier est beaucoup plus

mauvais i^ue le secoud.

Qui aime ue demande plus si la vie a un but.

HH

Ce n est pas de vivre longtemps, mais de bien vivre qu'il f agit. Le vénitien i^ornaro a vécu cent ans et plu»; Maptmël, Mozart, Virgile, Jésus, Bichat n*ont vécu que trente et quelques années. Goniaro jiosait sa nourriture à la balance, mais que pèse-t-il lui-même dans l'iiistoire?

HH

L'intolérance n*est de droit que pour l'infaillibilité. Les hommes ont le devoir d'être mutuellement tolérants,

parce qu'ils sont tous faillibles.

HH

Pour être tolérant envers les hommes, il faut les aimer beaucoup ou beaucoup les méjiriser.

d2i DE LA NATURE HUMAINK

11 est des hommes à qui Ton ne réussit à pai^onner qu^à force de mépris.

Qui s* indigne contre les hommes, au loud les respecte eucora : Alceste, le misanthrope, aime l'homme, et c'est pour cela qu'il déteste les hommes.

Mieux vaut calomuier les hommes que les exploiter.

Je n'ai pas rencontré de coquin qui fût misanthrope.

Quand on a commencé par croire au bien partout, l'on est l)ien près, à un certain âge, de ue plus croire au bien uulle part. Les eitrômes se touchent.

L'expérience généreuse de la jeunesse s'indigne contre la

bassesse ; l'expérience de l'âge mûr, quand elle n'a pas tourné elle-môme à la bassesse ou à la corruption, méprise avec tolérance.

Tenir à l'estime de quelqu'un, c'est l'estimer; et c'est le

témoignage le plus délicat qu'on puisse lui donner de sou estime.

Un homme qui ue se sent pas estimé à sa valeur est bien près de s*estimer trop. Le désir de justice fait qu'il s'accorde ce qu'on lui refuse, et qu'il pousse souvent sa revanche trop loiu.

RftPLEXlONS DIVERSES 315

Rien ne pèse aux honnêtes yens œmrae d'être obligés de mépriser ; ils ne s*y résignent qu'à la dernière extrémité.

Les hommes ne sont pas jugés d'emblée selon ce qu'ils valent ; cela est vrai surtout des hommes publics, que le sort

ou leurs, œuvres mettent eu évidence. Lorsqu'ils arrivent en scène, il se forme deux partis; celui de l'enthousiasme et des flatteurs, celui de l'envie et du dénigrement. Graduellement se constitue entre deux l'opinion des gens sans parti pris, saus intérêt et sans engouement. Elle marche lentement, mais elle finit par l'emporter : le plu? souvent après que la personne discutée n'est plus. Pour les hommes qui se sont imposés à la mémoire de la postérité, le délvat ne cesse jamais complètement.

\ Mourei, si vous voulez qu*on vous rende justice.

HH

L'enthousiasme et l'indignation se tiennent de près ; on ne s'indigne que lorsqu'on est susceptible de s'enthousiasmer. Les hommes font leur chemin entre l'enthousiasme et le

dénigrement, les idées et les choses entre les optimistes et les pessimistes.

HH

Entre le bien et le mal, entre Terreur et la vérité le monde avance en festonnant.

Ne demandez pas d'équité au public, ii n'a pas le temps. Le public d'ailleurs est condamné à ne juger que sur les apparences : autrement il ne serait plus le public.

ti6 DB LA NATURE HUMAINE

L'homme se précipite vers l'avenir; l'aiumal u'esl qu'au pi*ésent : il est quelquefois au passé, car il peut regretter et gémir.

Avoir connu l'amour partagé, un amour plein , fort, fé* coud et noble, avoir lait un chef-d'œuvre pour la postorité : quel homme après sembJahlQ ^orUiue pourrait se piaiuidre de la destinée et réclamer des dieux une autre vie?

La plus belle chose do monde, après la beauté, c'est la

lumière.

Un éprouve la beauté ; elle n'est visible que pour le cu ur , les yeux ne la voient jamais.

Nos vertus ne sont fort souvent, à les bien considérer, que nos impuissances ou nos défauts maximés en sentences.

La fierté commande d'èlre hounélo, bien qu'elle ne soit pas l'honnêteté.

Un homme lier et dij^iie est au-dessus des laveurs et des revei-s de la iortuue : qui se laisse cuivrer par les unes, abattre par les autres, manque de fierté.

HH

L'homme fier ne ment pas de peur de se manquer à luimême ; l'homme sincère de pour de manquer à la vérité.

HH

KfcFI.EXlONS DIVKHSES W

Même oeux qui aiment le plus la vérilé ii'aiiueut pas qu'on la leur dise : les hommes s'ils avaient le courage de

dire la vcTité ii'auraiiMiL pas le courage de l'entendre; c'est pour cela qu'ils ne se la disent pas.

On ci*oit communément (|ue nous avons deux oreilles, je crois (jue la plupart des hommes n'eu ont qu'une — pour entendre ce qui leur plaît. Même les plus équitables ont une oreille plus dure que l'autre. Il en va de même des yeux; la

natiii)' nous on donne deux, nous eu rei inons un : celui qui nous fait voir les choses qui nous déplaisent.

HH

Nous louons quelquefois nos ennemis on nos rivaux x^r

ostentation de générosité — eu public. Gela se voit bien quand d'autres nous prennent au mot ponr abonder dans notre sens et les louer aussi : alors nous faisons aussitôt

voUeduce et repreuous uotre attitude naturelle d'hostilité.

HH

On ne combat eûicacement une chose que par son contraire : l'erreur par la vérité, le mensonge par la sincérité.

HH

Ne dites pas : je suis franc ; soyez-le. Ne dites pas : je n'ai pas do vanité; montre^la.

HH

C'est par amour-propre que nous manquons le plus souvent de sincérité, ensuite par intérêt; toujours par faiblesse.

HH

m OB LA NATUA£ HUMAINB

Lequel est le pire de flatter ou d*étre flatté? Qui flatte se

corrompt, qui Halte corrompt.

La flatterie gâte Teeprit comme le sucre gâte les dents.

Natures complimenteuses, natures é(|uivo(pie8. Le plus souvent, faii*e des complimeuts aux autres c'est en mendier pour soi-même.

HH

Demander conseil au prochain^c'est lui demander d'être de votre avis.

HH

Qui flatte mendie.

HH

Tu nies que R... te flatte, parce qu'il n'a rien à obtenir de toi ? Tu peux le flatler à ton tour.

HH

Entre l'eucens et la flatterie il existe des rapports; voici cependant une difiérence : Tencenssent bon, la flatterie sent mauvais. Ce n'est pas, je le reconnais, Topinion de celui qui la respire.

Le tout d'ailleurs est dv. savoir flatter; c'est un art, lequel suppose celui de counaitre les hommes. Uu flatteur qui ne connaît pas les hommes fera bien de laisser là son métier : il se casserait l'encensoir sur le nés.

HH

Le vin et i eioge se ressemblent. Un peu d'éloge encou-

RÉFLEXIONS rHVERSES m

rage eb iorlilie» Leaucoup d eioge enivre. Preuoiis garde à l'ivrognerie.

X... dit i)eaucoup de mal de lui-môme, il ne tarit pas sur ses défauts. Dites-en la dixième partie, il sera furieux.

La nialveillaiice qu'il déploie à sou égard est une lurme hypocrite de sa vauité : il dit laut de mal de lui pour que vous en disiez du bien. Il espère que vous le contredii^.

C'est un raffinement et un redoublement de vanité que de paraître modeste alors que tout le monde vous loue.

L'bomme n'échappe à la vanité qu-en tombant dans l'orgueil ou dans rhiimilité. Ni humble, ni orgueilleux, ni modeste, ui vain : chose diihcile.

Les natures ardentes et sensibles s'estiment laiilùt trop bas, tantôt trop haut : elles oscillent entre le découragement et la foi. Gela est sans remède.

L'homme est ué courtisan du succès.

Les hommes (|ue la fortune favorise sont ceux qui auraient le plus besoin de crili({ue; ce sont ceux qui en rencontrent le moins. Eu revanche , ceux qui auraient besoin d'être encouragés restent louyours seuls. Que ne réussissent-ils? on les encouragera quand ils n'en auront plus besoin.

Qui n'aime pas la supériorité la déteste. L'indilléreuce à son égard n'est pas possible dès qu'on l'a reconnue.

m Oe LA NAÏUttE HlMAIfiB

Souveiii nous croyoïw aimer nos enfants, et c'est notr» vanité qui se mire en eux. Nuus aiinuas ieurt» qualité», croyant y retrouver l*image de» nôti-es ; et quand nous pallions leurs dé&utSf c'est pour nous masquer ceux que nous avons, ou môme pour les chérir. Il e^L dos parenU qui chéritïiseDl leurs enfante pour leurs déiaute autant que pour leurs qualités; ils courtisent leurs propres faiblesses.

Tel est inaccessible aux sé<lnction.s de l'ai-^'ont, iiwiis un ruban, une dislinclion honorilique le touche. Celui-ci résiste à l'argent M aux honneurs : une coquette et rnâma une coquine en aura raison.

IHf

Chacun a son point vulnérable, chacun porte eu soi sou séducteur. Sachez le découvrir, si vous voulez gagner un homme. Us s'achètent tous, mais pas au même prix ni pour

les mômes objets.

Nous cessons d'être intéi'ossauts quaud nous cessons d'être nous-mêmes.

Ou voit aussitôt quaud un hoa^nie s'étudie et joue un rûLû.

Être du côté des honneurs, ce n'est pas toujours être du o6té de l'hosneur.

L'honneur est plus rare au singulier qu'au pluriel.

Tel occupe les hoaneu^-s, il est eo place, il peut beaucoup : on le courtise. Parmi s^s courtisans, il en est un que

Rt^LBKIOflS OIVBMSKS 331

pt»rsoim»^ najamair* vu ni ne veri a jamais, et qui ii est |»as le moiuilrs — e'esi lui*inéme ; il se prosterne devaiu sa pi'opre grandeur et s'adore. Lui seul est sincère, et ne sait pas qu'il se flatte.

Gertaiue peinture ne vaut que par le cadre ; ainsi les mé* diocntés encadrées dans de brillaàtes positions.

Que d'hommes à la recherche d'un cadi'e, et qui ^ rendent ainsi justice!

un

Lc$ hommes qui ont toujoui's couimandê n'ont pas appri:» à connaître les honymeS) car ils n'ea ont pas lencentié^

Le commandement ne forme pas à la connaissance des

hommes, parce que robéissaure ue forme pas d'hommes.

Certahieg pei-sonufs ([ni ont perdu le naturel vcmiIpiiL le rattraper : elles Talfectent et le perdent encore davantage.

L'originalité est une qualité dans Tart ; dans le monde,

c'est un défaut. Ktre comme tout le monde pour ne choquer personne, voiià l'évangile mondain.

Le mondain spirituel est un agréable diseur de riens.

Le lieu de la plupart des esprits est le lieu commun : la

médiocrité l'habile, elle y est chez elle.

m DK LA NATUHË UUJJAlNb;

S'il n*y avait pas de vuigaritt' pédante, il y aurait moias

(le paradoxes. Le pédantisme du lieu comiiiuii ( sL une pro- Yocation au paradoxe. Écoutez ce personnage qui [K)inpeusement débite des banalités courantes; il vous donnera l'envie de le contredire même an détriment de la vérité, parce

que dans sa bouche la vérité même vous procure des uausées.

La nature oublie de saler beaucoup d*esprits, il en est d'autres qu elle sale trop.

On se fournit aujourd'hui d'idées comme de dents, de phrases comme de cheveux : et |jIus la civilisjition s<» répand, plus le nombre augmente de ceux qui se meublent lesprit d'idées toutes faites et se le garnissent de phrases apprises. L'originalité diminue, Tintelligeace banale s'étend.^

On reconnaît qu'un esprit commence à vieillir, lorsqu'il commence à se reproduire : signe qu'il a cessé de produire. Ceux qui jamais ne produisent rien, reproduisent toujours

les autres.

Les proverbes sont Texpérienoe des générations condensée

eu upborismes : ce sont des cristallisations du sens commun.

Mi

Ce que le monde exige, c'est qu'on soit correct. Ck)rrecl l c'est son orthodoxie, c'est sa foi, c*est son existence. Soyex

tout ce qu'il vous plaira, mais soyez correct.

Uu titre est pi-esque uu ridicule aujourd'hui.

Ce qu'il y a de plus ridicule qu'un titre neuf, c'est Tidée que plus on s'éloigne de l'ancêtre qui mérita d*être anobli, et plus on esl noble.

Le qu'en dira-l-oii •gouverne la i^ocicté. Le monde le craint plus que Dieu ; il est son vrai dieu ; le dieu on. Ou dit) on pense, on prétend, on fait. On est un personnage bien puissant et bien lâche, et qui nous fait commettre bien des lâchetés.

Qui se règle sur l'opluiou du monde esl le plusdépeudant des esclaves, car il prend le plus capricieux, le plus arbi* traire et le plus exigeant des maîtres.

Qui se règle sur l'idée qu'il a du devoir, est uii homme libre jusque dans ses erreurs.

HH

Ne nous inquiétons pas de l'opinion; faisons de notre

mieux, et si l'opiniou ne nous rend pas justice, tant pis pour Topinion.

HH

C'est encore le plus sûr moyen d'attirer à soi l'opinion que de ne pas la rechercher, et le secret pour obtenir qu'elle nous l'especte, c'est de se respecter toujours soi-même. Elle a des

enguueujenls et des caprices; en somme, elle est muius dupe qu'on ne l'imagin^.

HH

La politesse est un mensonge convenu, qui n'en est plus un, parce qu*il ne trom[)e personne. Et cependant, qui

voudrait s'en passer? il Uoujpe donc encore.

m DB U NAtDRR IIUIlAiNfi

Le xviii* aiôcle abolit les corvt'es féodales; le ([ui aime ses aises, a délruil celles de la |M>liLesae. La politam pourtant subsiste dans les cœurs délicat»*

HH

Il y a des gens qui deviennent d'autant plus impolis

envei'ïi vous «jne vous êtes plus poli» envei-s eux. Ils noieul que vous reconuaisseï leur supériorilé, et que vouh taiu» acte de soumissiioa en ûuaanfc aciê de savoir-vivre.

La politesse de la vertu consiste à ne point s'afficher^ à

ne poiut faire montre de ses mépris ou de son blànie. Sou blâme, c'est ^exemple qu'elle doaue : la» difivours ue signifient rien ; on ue peut méconnaître les actions,

HH

Il est besoin de beaucoup de coura^^e pour être sincère, et de bcau( uup de mesure pour ne pas l'être ^n ofleusaut. — Maintes personnes ne réussissent à être franches qu'eu devenant grossières, et confondent même la franchise

avec la grossièreU3. Aussi la [>orsonnilicalioii du tact ei de l'honiiéteté réuuis» c'est l'honuète homme, homme du monde.

Ce n'est pas dami le» fbi«éis que la sîneérilé est uu art.

La vériU' seule est de bon i^oi'it. Un honnne de goùl mentira plus dillicilemeut qu'un autre ; s'il dit la vérité, il la dira sans blesser.

Hh

Il y a une façon de mentir avec emphase ; c'est celle des rhéteurs.

QjgitizâcLbylIoûgle

Qui prétend dire la vérité aux autres doit rommenoar par lui-même, et cela n'est point facile. Nous faisons œ que nous pouvons pour nous tromper, et nous n'y réussissons pas.

. Le monde prend plus qu'il ne donne. Rieu de irivole et de pauvre au. fond comme uu homme mondain, sinon une femme mondaine. A un cei'tain âge, quand on n*est pas le

plus dénué des mortels, ou ne met pas en balance les plaisirs des salons avec les doucoui-s fécoude^ de l'intimité.

Mais que de gens pour lesquels le monde est une

nécessité : ils vont s*y remplir comme des coupes vides, et c'est (It; vide qu'ils se remplissent. Us vivent du rien, aloi*» que d'autres en mourraient. Leur misère est de ne pouvoir se tenir compagnie à eux-mêmes, ils «'mnttienl : à la lettre, ils ennuient eux-mêmes.

l/eunui est comme la rouille, il ronge les facultés.

La vérité, la sociaMité, l'esprit se Uennent. On veut

briller.

L'envie de niouLrei* nos qualités en fait aisément des défauts.

Les défauts acquis ne sont pres(]ue toujours que desdéfauts

naturels, ampliliés par les circonstances et par l'iialiitude.

La l)étiiie vient de l'es^ii, la sottise du caractère; l'une se traduit en paroles, Vautre m actes.

336 Dti LA NATURE HUMAINE

La sottise alliée à la méchanceté, la méchanceté et la

sottise à la vulgarité, cela se troiivH (jiielquefois dans uue seule personne, et c'est ce que le monde renfenne de pire.

La bêtise est souveut susceptiLle, rcîjjiit rai'emeut,-

On n'augmente pas la valeur du zéro en plaçant n*importe quel chiffre après : c'est là pourtant l'arithmétique du

monde.

HH

Croire des l'élises par prociuatioa d'aulrui ou les croire du sou chef, ce n'est pas même chose. Qui est héte par procuration Test deux fois.

L'ignorance vient du dehoi*s, elle est un manque: (juelquH chose de négatif. L'imbécillité vient de l'homme même, elle est positive.

Qu'importe à Thumanité que G... ait gagné heauooup d'argent?

Mieux vaut laisser beaucoup de regrets que beaucoup de millions ; on est plus riche.

Vil métal ; s'écrie-t-on. Ce n'est pas le métal qui est vil.

Un ne tient pas à l'argent parce qu'on en a beaucoup ou * peu, on y tient ou n'y tient point par caractère.

BâFLBXIONS DIVERSES 387

Ladrerie et richesse ne sont p.is un eontre-sens ; Tamour de Targent récouciiie ri-équemmeut ces deux choses qui sembleraieat devoir se contredire.

Tel a fait sa fortune par chance, qui la delait par amhition. Le luxe commence où fiuit le nécessaire. Mais le nécessaire des uns est le superflu des autres.

Un acte d'ostentation est toujours une Ibute de goât ;

le hixe on l'on met de l'ostentation pèche contre lui. Gela vient de ce que le moi 8*étale dans toute chose d'ostentation, et qu'il n'y a rien de plus mauvais goût que le moi.

Le mot n'est pas seulement haïssable, il est criard.

Les gens qui se portent bien ne comprennent pas que Ton puisse être malade.

Ceux qui sont malades couipi*emieut dilhcileuieuL qu ou puisse se bien porter.

Les malades, les gens ennuyés et les malheureux aiment à changer de lieu ; ils espèrent toujours qu'ils seront miéux aiileui-s. h^a réalité, ils se fuient ; mais eu tout Ueu, ils se retrouvent.

L'humanité n'est^iie pas un malade, n'est-eile pas un

Si

338 DE LA NaTUHK HUMAINE

malheureux à la mfaerohe tld la «intf , à la poursuiia raine

du liouheur ? elle se retrouve toujours on tous ses déplaoumente et daos tous ses pi-ogrèselie reste misérable.

Lm médeoiiis nommeot toatea lea maladlfia, tia en guéris-

• sent peu. lîpaucouji ci'oieiit qu'ils lea ùiit guéritk^ piiicti qu'ils les ont nommées.

Guérir d'une maiadie« c'est .en môme temt»8 guérir du médecin.

U m'a paru que ceut qui croient le moirté à la ihèdëcine sont les médccius. 11 ue faut pas les eu tendre parler les uns dea autres pour garder la foi.

La misère engendre la charité, les maladies en^^ondrent les mt^deciufi \ la chaiité nourrit la misèi'e, Iq» médecins souvent entretiennent les maladies.

L'aumône et la misère sont deux infirmes qui cheminent

uppuyés l'uu bui" l'autre.

Pour les autres nous avons l'âge que nous paraissons avoir, pour nous-méme l'Age de notre santé et de notre force : notre esprit a Tâge de notre expérience.

La médiocrité ambitieuse est un spectacle qui prête à rire ; la médiocrité triomphante l'un des plus affligeante

que se donne à soi-iiit'me notre pauvre humanité.

On Be mo(jiie de raïubilieiix m*'«liocr«3 ou vul^jaire, mais on l'aide à réussir : si le plus grand nombre ne s'en mêlait, comment réussirait-il ? Dans son succès, il y a la médiocrité

générale.

HH

Ne jamais douter de soi est quelquefois la moitié du succès, i autre moitié c'est de ue point douter de la l^tise d'autrui.

HH

Toute grosse caisse et tout tàmbouf sont faits 4e peau

d'âne.

HH

Le liiivaida^e etit l'infaillible indice de la vacuité de l'esprit.

Il existe une manière de ne pas dire les ciioses qui les dit. ^roit \mt du sUenoe est une force.

Le bavard ressemble à un homme qui vivrait toujours hors de diez lui.

HH

Le bavardage n'est que l'indiscrétion retournée, de même que lé commérage n'est que de la curiosité à Tenvers : des fléaux.

itt*

La discrétioii M la pttdttttr dé Tamo.

HH

Rien n ollénse les esprits délicats et les cœurs proiouds comme i'iudiscréttoaet le iMtvardage.

HH

Ceux qui s'en vont partout exposant leurs affaires et i;;^-

paudant leurs confideiices^ lesBemblent à des gens qui

courraieul uub pax' les rues : ils ezposeut leur Ame.

Uu liomine de goût peuL-ii étie bavard? Noa ; uu homme d'espritpeui VétxQ, il y a des geus d'esprit qui manquent de

Tout indiscret jBst superficiel et vulgaire: le médisant ajoute la malveiilauce à la yulgarité.

Nous pouvons confier nos secrets, car ils nous appartiennent : ceux des autres, qui nous sont confiés, sont un dépôt dont nous n'avons pas l'usage.

Un médecin, un notaire, un prêtre qui trahissent le secret de leurs clients, commettent un abus de confiance. Des bavards, en de pareilles professions, deviennent presque criminels.

Il y a une coquinerie professionnelle qui n'empêche nul-

lemeiit i'houuéteté en dehors de la profession.

Certaines professions sont vouées au sourire étemel.

Les femmes qui ont de belles dents sont également ^ out es

ail sourire, et cela n'est pas sans influence fiui* leui- caractère : avoir de heUes dents rend agréable.

HH

RÉFLEXIONS OIVKBSES U|

Beaucoup savent rire, mais le sourire est rai'e. Nesou* rit pas qui veut.

lin lit

Le vulgaire fait les charlatans, les cbarlalaiis 1 exploitent.

Les gens qui savent écouter ont une grande supériorité sur les autres. Ceux (|ul savent observer une plus grande encore ; mais, en général, ce sont les mêmes.

Certaines personnes écoutent et n'entendent pas, elles ne suivent que leur propre idée. Il y en a qui sont an milieu

de la société à l'état de monologue incf^ssant de l'esprit et de la parole. Ce sont les pestes de la couversation.

Quelques-unes n'écoutent qu'elles-mêmes. D*autres parlent toujours, et ne s écoutent jamais.

Supprimes le public devant lequel nous jouons, qui voudra jouer encore la comédie de la rie î

L'opinion que nous désirons que les autres prennent de nous &it les neuf dixièmes de nos vertus.

Souvent le public méprise qui ne le méprise pas : le public a raison. Il veut être méprisé, comme certaines femmes veulent être battues. Gela prouve au moins qu'elles

ne sont pas indifférentes à leurs maris.

M DK LA NATUHE HUHAINE

X'our le vulgaire uu homme de talent est uu homme qui a de la réputation. Quoi d*étonnam si beaucoup d'homiiM»

cherchent la réputation et se passent de taleut : le public les eu difipeuse.

Prendre l'apjiarence d'une chose pour la chose même, saisir Tombre pour la proie : le vulgaire est là, et c'est ce qui fkil qu'il e«t le yulgaire. Tout homme qui procède ainsi est du vulgaire, fût-il empereur ou pape. Tout homme n'est pas

du vulgaire qui ne preud [>i\> le change, fût-il ouioui, obscur, dans la plus humble des conditions.

Nombre de gens, au moral, ont une peau de riiiuocéros ;

d'auties seuteut vivement la moiudre piqûre.

HM

Mais que dire, loi-squ'un rhiuocéroâ humaia pose son pied sur le vôtre et ne 8*en doute pas 7

Pour les trois quai*ls du public un poète est uu homme - qui sait rimer : mais s il uc rime avec rien iiù-méme^

Les personnes les plus spirituelles sont celles qui donnent de l'esprit aux autres, les itersonnes les moins spirituelles

c^dles qui enlèvent leur esprit à ceux qui en possèdent.

11 y a les gens d'esprit qui font rire, et les gens d'esprit qui font sourire; les seconds ont l'esprit plus fin, les premiers plus éclataai.

Dic|iti7Prl bv G(

Il faut le mêmeeaprii pour oompreiidre un mot spiriUiei que pour le dire, et voilà pourquoi les geot d'esprit n'oat

d'esprit que ]>ainii leurs pareils.

Qui comprend une chose spirituelle rimagine une seconde fois.

HH

Les honneurs sont des échasses qui vous élèvent sans vous grandir.

Le poseur est celui qui , même quand il est seul, reste en scène,

KM

Les sens et l'esprit ont leur routine.

HH

Créer des diversions au corps et à l'esprit est 'd'une sage hygiène» et Tart de la vie consiste grandement dans cette pratique.

HH

Un homme découragé reste nécessairement au-dessous de son devoir.

L'homme de vrai courage a lait une fois pour toutes le sacrifice de sa vie, mais il ne r< \[ ose pas : 8*11 est prêt à l'appel de la destinée, il ne la provoque point inutilement ; le courage est opposé à la témérité.

HH

Le vrai courage connais le danger.

HH

Le plus grand courage consiste quelquefois à passer pour un homme qui manque de courage.

314 DB LA NATOBB HVHAiNE

Le désir et la crainte sont des verres grossissants; la uature eu a fait les yeux de rhomme.

L'esprit, en lutte avec la chair, a droit de vie et de mort sur elle.

11 semble que les prétentions augmentent dans le monde à mesure que les hommes diminuent.

Méfions-nous de ceux qui parlent beaucoup de vertu et de devoir : ils se croient quittes voloutiei's pour eu avoir éioquemment disserté.

L'uniformité des habitudes et la variété des distractions

abré^'ent également le temps eu nous empêchant de compter les heures.

I/eniiiii et rinipatience nous l'ont sentir chaque minute, en y mettant leur poids.

La femme et l'homme se révèlent mutuellement des choses qui sont dans la natuie, mais qui s'y trouvent mêlées ; elles se distinguent et se séparent en eux. Depuis que l'homme

et la femme existent, on aperçoit dans la nature des qualités féminines et des qualités masculines. Le féminin et le masculin sont étemels.

HÉFLIs^XlONS DIVERSES 345

Il y a dau8 la femme quelque chose qui la l'ail se

glorifier d'être tidèle , dans l'homme il y a le contraire : et cette disposition, qui vient de son amour-propre, si la femme la condamne, les femmes l'encouragent ; les femmes aiment les mauvais sujets : elles sont attirées vers eux

comme les dévotes vers les impies.

Les hommes méprisent aisément une femme infidèle, ils

envient l'homme qui la séduit.

GrAce, douceur, tendresse, souplesse, rondeur; on l'etrouve

tout cela (iaiits la iiaUire, et c'est sua oùlé féminin.

Force, fermeté, saillie, angle, précision ; c'est le côté masculin.

Le bouleau est féminin, le chêne est viril.

Il y a quelqu'un de plus intrigant que l'intrigant ; c'est rintrigante*

La femme ne comprend pas la justice ; elle reste en deçà,

ou la dépasse. La femme est perfide ou dévouée, <c elle est meilleure ou pire, » dit La Bruyère.

Les femmes ont plus d abnégation que de justice.

Le cœur des femmes toujours s'élance, delà le faraud uoiubre de points d'exclamation dans leurs lettres. /

^46 DS LA NATIIKË UCMAIXB

La feiume M parfaite» les fepiniea ne le sont pas. Dieu a pensé la femme^ la nalure et Thommefont les fommes.

Cœur de femme, tbrteresse. U y toujours dans U plftce quelque braitre prêt à la vendre,

La femme est une inspiratrice — ou la ruine de toute in»>

X)i;'alion dans l'homme.

fin

Il n'y a que la femme (jui cultive l'homme, il n'y a que rhoq^ine qui U cultive ; ils se dépr^^veul qu s'améUorent l'un par Tautre,

Ou trouve toujours une femme sur le chemin du de! ou sur celui de l'enfer.

Les femme? élèvent spuven^es petites ciiQs^y les iiommes souvent abaissent les grandes.

nu

A combien d'hommes drplairail-il d'apprendre qu'une femme es( morte d'apiQur pour euji^ ? A oombieu de fepimes que par amour pour elles un homme s'est tué?

Pour une coquette, un adorateur est une parure de plus.

Sur dix femmes, combien penses-vous quil y en ait qui préféreront à un grand homme un homme grand î

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RÉFLEXiUlXS DIVEHSKS 947

La musique, les femmes, les enfants, la nature et la méditation sonl la passion des âmes tendres.

HH

L'amour*propre et les femmes nous ^ramènent du fond de la solitude; ce sont des chaînes qui nous lient à la société, et les dernières que nous brisions. Quand nous les brisons ,

nouii sommes briiés uous-n^émea — ou sanctifiés.

La sensibilité, non Tintelligence, fait deviner les caraetè»

res. Los femmes, douées de plus de sensibilité, y sont en générai plus propres que les hommes. Moins raisonnables, et surtout moins raisonneuses que nous, elles sont plus perspicaces :,ellcs savent moins, elles devinent et pressentent davantage ; surtout, elles devinent les hommes.

Le plaisir qu^on éprouve à eaiiser av«c des gens qui ont

de la finesse d'esprit, c'est qu'ils vous comprennent à demi-mot : le plaisir de la conversation avec les femmes est là. Aux gens bêtes il fout tout dire, encore ne vous comprennent-ils pas.

Tous les animaux sont monogames pendant qu'ils ont des jeunes à élever ; dès que les jeunes peuvent se passer d'eux, ils retournent à la liberté de l'amour.

Si Thomme est monogame à perpétuité, c'est que la famille humaine ne se disperse jam^ : elle dure autant que celui qui l'a créée, elle lui survit.

m DE LA NATUHK HUMAlMi:

Il existe trois espèces de mariage : les mariages où ni l'un ni l'autre des époux ne s'aiment ; ceux où Tun des époux

seulement aime l'autre ; ceux où les deux époux s'aiment.

Les premiei's sont très-nombreux, les seconds le sont assez, les troisièmes sont extrêmement rares.

Ku somme, il n'y a peut-être pa.s de bons mariages, il n'y en a que de moins mauvais : la médiocrité est la règle en tout.

L'homme cesserait d'être i"esponsable de la lemiue si la l'emme était libi-e.

Qu'elle le devienne du fait de la loi et des mœurs, et Ton verra des femmes dégrader la femme : d'autres au contraire, . l'élever plus haut, et, par l'usage de leur liberté, déployer des vertus supérieures. Au lieu de ruiner le mariage par la 11berté, elles le sanctifieront par l'exemple d'une communauté véritable et d" une liijre G délité.

Un mariage contre le progrès est contre Dieu.

Les hommes ont des principes quand ils ne peuvent pas l'aire autrement.

La vertu des femines est surtout faite de deux choses : l'absence de tempérament et [ absence d occasion. Ajoutons-y une troisième : la crainte de Topinion. Après, vient la vertu

quand elle vient.

Uoe femme qui Diauque d'amants parce qu'elle manque de tempérament, n'est pas vertueuse.

Une femme qui n'a point d'amant parce qu'elle aime son mari, est-elle vertueuse? Non, mais elle aime son mari, ce qui n'est pas une vertu, ce qui est un ix)nheur : Lonheur double, puisqu'il dispense de recourir à la vertu, et que cependant il permet de l'aire sans vertu, je veux dire sans effort, ce qu'autrement la vertu commanderait de faire,

On peut n'avoir point failli et n'être pas vertueux ; on peut être tombé et l'être resté. Il y a le chapitre des surprises.

Ah ! si j'étais sûr que jamais personne ne le saura ! Cette phrase, combien de consciences l'ont tout bas murmurée 1

Hommes et femmes sont quelquefois vertueux par vertu. Mais qui peut savoir quand cela est arrivé?

Qui a failli se cherche des complices.

La faute en veut à l'innocence, comme le crime à la vertu, comme la laideur à la «beauté.

Plus d'une honnête femme désire in petto, sans oser se rayouer, qu'on lui fasse une déclaration d'amour, — ne fût-ce que pour avoir l'occasion de se prouver à elle-même

sa venu.

Quelques femmes ne succombent point par fierté. Leur

m D£ LA NATUjRË HUMAINE

iierté estpelle la v«r(u? Je ne sai8, mais' elle est uile veHu certainemeot.

Gertames femmes, parmi dé grandes qualités, ont un

grand d(Matlt : elles adorent levir mari.

Que ia.pius séduisante femme du monde meue des lunettes, elle perd soft chamie, — ttom^oif

Le désir de volupté nous rend très-Limides ou très-osés,

La pudeur et la timidité n^ont qu'une ressemblance ezté-

térieure ; ou est quelquefois timide par manque de pudeur.

Les liommes hardis avec les femmes ne sont pas ceux qui les aiment le plus» et surtout ceux qui les aiment le mieux.

Toute femme qui entaule, accouche d'uue destinée : l'homme ( t la femme dans leurs enfants engendrent le commun devoir, Téducation.

Les hommes qui ne sont pas sûit de léur Doiilesse en paiv

lent constanmient. Ainsi, les femmes peu sûres de leur vertu : '

ce sont celles qui, dans leur ju','emeut sur les autres, se montrent d'ordinaire les plus ri^^ides.

Gomme l'alouette, la coquette se prend au miroir.

La coquetterie amoindrit la femme, la vanité diminue

RÉFLEXIONS D1V£RSËS m

rhomme, ti plus eacore que la vanité^ sa forme physique :

la fatuité. Si les beaux hoiunieti savaient ce qu'ils gagnent à n'être point fats, il n'y aurait plus de fats ; et s'il n'y avait plus de fats, il n'y aurait plus de coquettes. La coquette et le fat sé font vl8-à<-vl8.

Qu'une femme découvre bravement son sein pour allaiter

son enfant, quel homme sera assez dépravé pour que ce spectacle éveille en lui de lubriques désirs ? ULez l'enfant ; lu d^ sir oait, et la pensée que rien ne fixe à l'image de la maternité suit un autre cours.

La pudeui a quelque chose de relatif, et dans sa fbrnie relève des conventions sociales.

La plus hoiiuèU! Iciiiine ne se fait pas scrupule de monUvr ses épaules au bal. Si elle était ainsi surprise chez elle, elle rougirait de confusion. Ët si elle recevait ainsi ses visiteurs, que penseraient-ils de sa vertu ?

Via

Le rossignol est gris et cliétif, le ver à soie n'a pas d'aspect. Le paon est superbe, ïnais quel ramage 1 le papillon est éclataut, mais il n'est Touvrier de rien : un arc-en-ciel qui voltige de tleur eu fleur, et qu'esta que Tarc-eu-cieU

Hi

Lequel est le plus faible, de l'homme qui se laisse abattre par le malheur ou de celui que le succès euivji*e?

HH

Il y a dans la force une tentation irrésistible d eii abuser ;

âS2 DK LA iNATUHË HUMAINE

au point que cette tentation et le sentiment qU*on a de sa

torce se coiit'ondeut pres(]ue.

L'iialiileté sans honnêteté finit toujours par se retourner contre qui remploie. Qui n'est qu*habile ne l'est pas assez.

Quatre vertus caidiuales que les cardinaux n'ont guère connues :

Tempérance, justice, prudence, courage.

Le rêve est i'éléraoïit de la jeunesse, l'action celui de la virilité. Qui ne peut plus rêver doit agir.

Se développer c'est agir sur soi, et se préparer de la meilleure taçou à a^ir sur les auUes.

Un homme médiocre très-malheuieux sort de la médiocrité; il nous parait presque grand. L*e6t-il? Non : à de

grandes infortunes il faut de grands caractères.

Les étoiles brillent dans la nuit qui nous les révèle : ainsi brilleot le courage et la vertu dans l'adversité ; elle

révèle les belles ûines.

Des vivants Ton voit plus volontiers les défauts, des morts plus volontiers les qualités. Un mort n'est plus à redouter,

il ace grand mérite aux yeux des vivanu».

Si vous avez le spleen, regardez joufir les chats ou les petits enfants : ou bien dormez.

Rien de triste comme le rire hors de propos, rien de risîble comme la douleur à propos d'une chose puérile ou

grotesque.

Beaucoup ue distinguent pas le comique et la caricature. Comique, caricature, grotesque se touchent, mais ne se confondent pas.

Des ridicules et des travers naît le comique, de la corruption la satire ; l'ironie naît de l'intolérance, la moquerie de la Létise.

L'ironie est le remède du pédantisme. Elle est une nécessité.

Ml*

Ne rions que de ce qui est risible, n'admirons que ce qui est admirable.

Chaque homme se plaint « des hommes. »

Chacun s*écrie à tout propos : Que les hommes sont faibles I

que les honimes sont méchants ! ijue les hommes sont lâches — ou stupides : et chacun, bien entendu, s'excepte. Il n'y a dès lors que des exceptions; et les hommes» au dire des hommes, ne sont par conséquent ni faibles» ni méchants, ni lâches, ni stupides.

Répéter une chose c'est raÎBEeiiblir.

aS4 DE LA NATURE HITHAINK

Les aaimaux couuaiâseiil-ik 1 luiauUcide i Ik peiiVeni tuer, ils ne peuvent pas assassiner.

Il en est des liyres comme des nez : la plupart sont ou trop longs ou ti'op couru.

L'immobilité est l'oisiveté du corps, roisiveié l'immobilité de l'esprit : on gagne de part et d'autre l'obésité.

On pent abuser en n'usant {iâs : il y a l'excès en plus, et

l'excôs en moins.

L'on peut agir sur soi en s'abstenant d'agir.

L'bonnne d'expérience est celui qui a pris la mesure des choses, l'homme sans expérience celui qui les mesuré sûr ses illusions.

Nombre de personnes croient qu'elles agissent àlbrs

(ju'elles ne iouL que s agiter.

Qui prêche d'exemple prêche bien.

Soyons enclume, iiîais seulehieiil quand noiis né pbuvons être marteau ; soyons màrteâiii seiiibmébt pdiir fofget le

bien.

A force d'être victime, on devient bourreau.

BÉFLKXiUf^S DIVKRSBS 3115

Équilibrer son budget, c'est élever sf»s iecettoè au niveau lie ses dépenses, uu bien abaisser ses deponses au niveau dé ses recettes. Pour équilibrer son esprit", il faut élever ses facultés à la hauteur de ses désirs, ou bien ramener ses

désii's au niveau de ses facultés.

Le corps el l'esprit ont leur budget qui rouie sur le fonds vital ; l'économie consiste à ne dépenser que les reveiius de ses forces physiijues ou morales : qui entame le capital court

à la iaiiliLe.

L'aumône peut être détestable, l'intention excelieute, el c'est alors liuteutiou qui vaut.

La charité cdnsisté mdins & doniiet^ qu'à së donnei^ : éii donnant de cœur, Ton se doune.

Soyons bons, mais ne soyons pas dupes.

L'homme éloquent est celui qui persuade. CepeiiJaiit, on persuade par l'exemple plus que par la parole, et bien agir est plus éloquent que bien parler.

Agir comme on parie» et parier cdmme on pense : chodë difficile. Nous avons tous, quoi que nous fiMftiens^ beaUeoUp

de rhétorique sur les lèvres — et daas l'esprit.

Qui rencontre' uu aveugle comprend le bieniail de la vue. Les muets parlent éloquemment en faveur de là parole.

On ne sent le prix des choses <iue lorsqu'on en prend possession, ou lorsqu'elles tous quittent.

Dialogue dans la forêt :

La mère. Quel silence 1

V enfant. Mais ce n'est pas étonnant, maman, puisque les arbres ne parient pas.

Le silence ne parle pas au cœur des enfants.

C'est l)ien différent de voir les qualités des ^;eiis ou de les ressentii'i de les apprécier avec sa raison ou avec son cœur.

Je suis asses fort pour me passer d'illusions, dis-to ; et

c'est là ton illusion, qui vaut toutes les autres.

Les dents tourmentent les enfants jusqu'à ce qu*e]lets soient sorties : ainsi des idées. L'homme a ses dentitions qui le travaillent.

La postérité tient d'une main l'éponge de Toubli, de l'autre le burin de l'immortalité. Beaucoup se croient destinés au burin qui sont vo\iés à l'éponge. Il se peut quo quelques-uns de ceux qui doutent d'eux-mêmes soient un jour marqués d'un trait ineffaçable : il ne faut qu'une page pour sauver un auteur.

uiyiiized

Entre voir et regarder, il y a la même différence qu'entre

penser ek réfléchir.

IHf

Certains esprits revêtent la vérité même de formes chimériques; sous leur plume, dans leur houche, elle a l'air d'une imagination.

D'autres feraient presque croire que l'erreur est la vérité.

L ohscurité n'est pas la pi-oibudeur.

La clarté n'est pas la vérité.

Le doute est le crépuscule de l'esprit; mais il y a le crépuscule qui annonce le jour et la lumière, et celui qui n'est que le jour s'évanouiasant dans les ténèbres.

La symétrie est l'ordi'e apparent, souveiil coufoudu avec Tordre l'éel; ainsi Tuniformité n'est que le masque de Tunité.

Qui regrette iia bienfait le perd, et qui exi^e de la reconnaissance n'en mérite point.

HH

Obliger avec mauvaise grâce, c'est obliger en désobligeant.

Ubliger avec bonne grâce, c'est obliger deux fois.

Ou ne peut dire des choses fines à un sourd.

318 DE LA MATUBE HUNAllIfi

d*amour?

Cojiiiiaitre rhonmiB et cpnDailre i^s hommes, ce n'est pas la même chpfliç, et souvent qui connaît le mieux l'un coq- . natt le moins les autres. On n'apprend qu*en leç fréquentant à connaître les hommes, ou approfondit l'homme surtout eii soi et dans la solitude.

L'homme du monde observateur est œini (\m connaît le mieux les hommes, parjse qu'il les a le plus fréqu^uté^; le penseur solitaire celui qui possède le plus Thomme, parce qu'il a le plus médité sur l'homme en s'observant lui-même.

Ne frappons pas radvei-saire que nous avons terrasst', et quand nous avons raison n'insistons pas. Laissons l'insistance à ceux qui ont tort, qui le savent, mais qui ne veulent

pas que nous le sachions.

11 est de la raison de triompher avec mesure.

Dans les époques blasées, les haiùles ont lM>au j«Mi : ils pntparait des ragoûts à iWporte-boiucAie. Mai3 ils^'obligent eux-mêmes à se dépasser; jusqu'au jour mk quelque bonunD

(le génie revenant à la nature, dissipo d'un souille cette fanlasmaj^'orie, et nous ramène en présence de la vérité. L'art contemporain est la proie des roués.

Le plus grand effort que Tbomme puisse faire, c'est de

garder le silence lorsque sou cœur est plein.

ili^i?Lis.X10i\S DIVERSES 35»

- Un amouieux et un crimiiiel finiaBant toii^ours par se

trahir, ne i'ûtrce que par le boia qu'ils inettent à se dissimulâr.

IHf

Fi! le vilain animal, dit un homme à Taspect d'un ver de terre qui r^mfiï^ \ pep pied«. Cii^ homiiiB se heurte à un

obstacle, tombe is^ p^e La jamb^. Le vpr de terre ne peut pas se la casser.

Un avocat qui a un pi*ocès fait bien de le confier à un confrère; un médecin qui est malade, d'appeler un méde- . Gin. Nous sommes toujours mauvais Juges dans notre cause,

et nous voyous mal ce (^ui nous touche de près.

Un générai perd une bataille, on l'accuse de trahison. Aux yeux de la vanité nalionade blessée rien ne ressemble à

une trahison comme un échec.

En revanche, combien de coups de chance et de hasaids de la fortune dont le mérite est reporté à des hommes qui n'y furent pour rien \

Il est toujours diflicile de discerner, dans la défaite coniiiio dans le succès, ce qui appartient aux circonstances et ce qui est de Fhomme. Presque toujours, des deux oMés, nous don* nous trop ou trop peu. ^

Bien des ,^ens s'imaginent qu'en avançant l'aiguille snr le cadran de leur montre ils changent le cours du soleil ; j'entends cela au moral.

L'impatience et l'ittqiiiéiudie Bont sq^uis.

Le respea est uue l'oi-ce, à la couditioa de ne respecter que œ qui est respectable.

Le rire est une force, à la condition que l'on ne rie que de c^i qui est ridicule.

Un homme eu tue un autre : il monte sur l'échaiaud ; fi*e6t un assassin. Il en fait assassiner des milliers; il monte

sur Ui pavois : c'est un héros.

11 est vrai que le premier, souvent tue poui* vivre; que le second tue pour la gloire. C'est plus noble — et puis il tue en grand, ce qui fait sa grandeur.

Souhaiter hi uiorl de quelqu'un, c'est l assiissiner en idée. Si la pensée tuait, que de meurtriers et que de victimes 1 Beaucoup ne tuent point parce qu'ils sont trop lâches :

ils ciaigueiiL le bourreau ou le garde-chiuurme, non leur conscience.

Nuance : ne pas souhaiter la mort d'une personne, mais s'empêcher de la sonhaiter. Autre nuance : s'en vouloir

(le la souhaiter, ou se dire malgré soi : si elle n'était plus là t (^ette question revenant à la charge a dil être le commencement de la plupart des crimes avec préméditation, c'est le

premier degré. La plupart s'y arrêt Mit, d'autres d(^scend«nn jusqu'au souhait; le ti*ès-petil nombre va jusqua l'exécution.

Ne te plains jamais d'une injustice, si elle ne r^arde que

toi : tâche d'être juste, c'est ta revanche.

L'homme est lait pour aller du moins au plus. Aussi le

monde télescopiquede l'iiitinimenl p'and lui (-ause-Uil moins d'étoniiement que le monde microscopique de riufiiiiment petit; il est plus chez lui, ou moins loin de lui, dans Tinfiniment grand que dans Tinfiniment petit; layued'nn in-

fusoire le surprend et le frappe davantage que celle d'un soleil.

Marcher est plus ditliciie que sauter.

Il n*e8t pas difficile de voler à qui a des ailes.

J'aperçois trois sortes lie plaisirs : les plaisirs nobles, les plaisirs ignobles, les plaisirs frivoles.

Il est indispensable de prévoir pour prévenir; mais prévoir n'est pas toujours prévenir.

La vieillesse est l liôtel des Invalides.

Le sauvage qui assomme son vieux père pour lui épargner les infirmités de la vieillesse est philanthrope à sa façon. Lequel vaut mieux, de tuer les vieillards ou de leur Làtir des hospices ?

A Sparte on immolait les enfants mal constitués ; on les soutient chez nous pour une vie débile et misérable, et sans

réussir à les faire vivre, on réussit à les empêcher de mourir.

L'honneur et la virginité ne se perdent qu'une fois : la naïveté aussi.

HH

Le*cœur est un cimetière : le souvenir une épitaphe.

Les méconiptes ddus la vie sont plus nombreux qué IM déceptions ; les déceptions plus nombreuses que les cli»-

grins i les chagrins plus abondants que les malheurs, et les malheurs plus fréquents que le désespoir*

Les deux puissances qui gouvernent le inonde, la fortune

et rameur, sout aveugles.

Otcz du monde la peur et la vanité, il y restera la sensualité, l'argent et la pdresse.

La nature tend à Téquilibre : elle fait sortir Tendurcisse-

mcat de la misère, la satiété de la richesse. Lequel est le plus ù plaindre, du misérable endurci dans sa misèi-e ou du riche qui ne sent plus sa richesse ?

L'art de se modérer est celui du riche, l'art de se résigner celtii du pauvre. La mëdiochté seule peut viViHe sans ai t, et prësqUe èAnh vàtln.

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