DE L'ÉDUCATION
même Tégarera plus profondément. Guérir, c'est agir à
propos : ce n'est pas savoir, c'est savoir a^'ir. c'est savoir appliquer sou savoù . bavoir beaucoup, quaud ou ue sait pas professer, à quoi bon? Mieux Vaut savoir moins et s'entendre davantage à communiquer ce que l'on sait. Le i>oubeur de chaque faculté, sa vie et sa sauté, c'est une activité conforme à sou objet : douuons-la-lui. Vivre est le bonheur de la vie. Le plaisir do Tintelligence est de comprendre, celui de la niison de raiwnuer, celui du cœur (l'aimer. L'esprit se uourrit de vérité, le cœur de lx)nlé et d'amour, la conscience de justice : la volonté se f<CTie eu agissant; c'est le cœur qui l'écheuife, la jnstic*' qui la contient, l'esprit qui la dirige. On peut tHre é-oïste et inteliigeut, iujusle et ferme \ ou peut être porté à la justice et manquer de caractère, être plein de générosité et manquer d'intelligence. C'est un étrange procédé de certains éducateurs de ne développer dans un enfant que les facultés qui ont le moins besoin de l'être. Parce qu'un esprit est doué d'imagination, il ue convient pas sans doute de te sevrer de poésie, mais il laut d'autant plus vn lui cultiver la raison et le jugement. Ne pesons passui* ce qui penche, cberchous les coutre-poids, et dans la mesure du possible, que l'éducateur s'étudie à rétablir dans les esprits l'équilibre des l'acultés liumaiues diversement troublé.
Il u'y a pas d'éducation saus amour de Thumaulté, point d'éducateurs saus l'amour de l'enfance. Aimons les enfants ; c'est l'avenir de l'espèce qui croit avec eux.
La justice osl, dans l'educatiou, la première des vertus. Mais qu'elle est difficile à pratiquer, et qu'il y faut, en même temps, de cœur, de sens, de tact et de raison I Elle oscille, fugitive, enti'e l'indulgence et la rigueur. Tour moi, je crois moins nuisible de i'outre-passer du côté de l'indulgence
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que du côlé de la rigueur : parce que, si l'indulgence invite à la récidive, elle ne ferme pas du moins l'àme et ne refoule pas le caractère, comme la sévérité oik l'amour ne se fait plus sentir. Un enfant qu'on rend sournois est perdu pour celui qui prétend l'élever; il ressemble au ciieval qui, se mettant derrièrê la main, ne sent plus le mors et se dérobe à l'action de son cavalier.
TerriOer est à la portée de chacun, il ne faut qu'être le plus fort pour cela : châtier est difficile.
La moquerie ni les châtiments corporels ne valent rien pour les enlaiits; ils les lnuiiilient ou les ivvoltent. 11 n y a de châtimeut salutaire que celui qui reufenae uue vertu morale, et que la conscience accepte. Il faut que celui qui en est Tobjet se dise, s'il ne le dit pas à autrui : je Ta! mérité. De pareils châtiments, discrètement appliques, à point, et non hors de propos, cultivent l'enfant et le développent au lieu de le refouler en le dépravant. A ces châtiments seuls s'applique le dicton : Qui ninw Lien chAtie hicu. Détruire la couhauce entre pax*euU et enfants, remplacer le respect, où se mêlent la crainte et l'amour, par la seule crainte, c'est d'un seul coup ruiner l'éducation. On n'agit pas sans point d'appui. L'éducation n'est possible que lorsque le maître pénètre l'élève, et Télève le maître : elle est toujours mutuelle.
Dans l'enseignement, qui est l'éducation de l'esprit, ne substituons pas la mémoire au jugement j u'employous la mémoire que comme auxiliaire, et ne lui permettons jamais de remplacer l'esprit. N'étouffez pas l'esprit I II y a trop d'encre et de papier dans uus écoles : tout y sent le mécanisme, la lettre morte et le formalisme j on s'épuise en fatigue inutile, en efforts perdus dans un emploi inutile ou mâme foneste.Gombien Ton pourrait simplifier, en déblayantle terrain
*0K L'ÉDUCATION m
d'un encombrant fatras de redites et de routines surannées !
Nous nous servons de la mémoire et de la vanité ; mais la mémoire n'est pas le jugement, et la vanité n'est pas Témulatioti : Tune remplit l'esprit sans alimenter l'intelligence,
I aiiUe d||sèche le cœur et laisse la conscience inerte. Plus d'origiuané dès lors, plus de vie dans les élèves ni dans les maîtres, qui s'ennuient réciproquement : éducation desséchée et desséchante. Partout des concours, partout des prix ; ^ti^luiants des fort^, découragcnit'ut des iaibles. De la moyenne, on se soucie peu, et c'est d'elle qu'il faudrait particulièrement se soucier.
Dans nos écoles publiques, on nous enseigne toutes chos(^s de manière à nous en dégoûter à jamais. On récite l'histoire, on récite Virgile, Homère : ainsi le prêtre récite sa prière ou ses litanies, et le sens 6nit par lui en échapper.
II semble que renseignement moderne n'ait d'autre but q-ue . de vider dans des têtes un môme programme d'études ; on
remplit la mémoire de mots et de formules, on garnit Tinlelligence sans nourrir le jugement. L'âme n'est pasintéresbée, la cui'iosité n est pas éveillée : l'honmie est absent, et comme il croit comprendre, il ne cherche plus à comprendre. Rien de pire que le formalisme pour abêtir; l'ignorance vaut mieux, elle ne tue pas au nioni-s ie sentimeui, elle ne stérilise pas l'imaginatioii et laisse à l'esprit, avec la naïveté, la fraîcheur de sa curiosité. Mieux vaut un âne vivant qu'un savant mort, et les savants que l'on nous lait possèdent trop souvent les qualités de la fameuse jument du paladin Roland, à laquelle heu ne manquait, excepté de vivre.
Les savants qui n'ont que de la mémoire, sont de tous les ignorants les plus piofonds et les plus iucurables ; on en fait les pédants.
IIU l)K LA .NATliUK tlUMAixNË
Tout ^ non \Ù9ioive^ et Uùâ Iq» ii u'est pa» d'euseigDeiiieat qui ne devrait repqser sur Thistoire ; l'eiisei^Miemeitt des science^ u^tui'tilleâ sur cellu du l'ensei^UûmQU^ ào^
progrpg humains, Venseigi^^eat 4^ « Vhpip^U^ » sur rhistoire de rhomme. Maisque| souci pve^d>on de l'histoire daiib iioû l'uruiulaui'5, cLqui'l est l'uii>riyiiemi»iU t^^i lui fasse S4 pii^co ei) y V4uieui^i^ tous les «mlrtiâ^ Je ne cpnuais poîiit d^nseigi^w^i^t histqrique, partant rAtiquoel et vmat, en
Buiope.
Chat^ue pas de la scimiço o^l uue vléçouvei'te ; Tétude doâ sciences ne devrait donc pas être sépiiréede caU^ i&k découvertes scientifiques. — Ce serait te moyen d'y intére^r
rcspi'il, de reUuuver riiomiuc dans Icb sciences, cl le^i scie n ces daus l'homuie. lieu du cela, ou pvomèue la jeunesse dans d^s ^onienclatwr^ et des dassihcatîous ; on dessèche la curice site au lieu de la, stimuler, et faute d'iutérôt, on ensevelit
1 espnL dans uue peda^o^^ie sans ;\nie. Que dire des laugues,
dout la PMituvB devrait être de tatU de pr^ht)^ que la moderne scolastique ignore Vart de faire revivre les langues
Uiorlcs, et 4u'l'11o lue les langues vivantes. ÊIûiiu(îz-vous dOtuc de i'ai'idii^ qu^ çes prpcedi^s. eu^^iidreut daus riuteUigençe de ceux qui enseignent, fit daos l'iatelUgence de eeu]ç qui sont ens^iguésl Êtonnes-vous de voir haisserà chaque génévatiou le niveau de l'ovigii^ulilô, £^lt^uLe eu sa source! iia fatigue, Viuertie, la répugnance et le dégoût sont les fruits uatui-els de ces routines. Si quelque esprit g^e de la séve cl qu'il eu réchappe vivant, soyez assuré qu'il ne le devrai^ à niaïUwueM'* llUi î>Mmeu^ i'iigUsti ei^^j bréviaire.
DES DEilTlNÉES — DES PROFESSIONS ET DBS TEUPÉRAIIENTS
Le hass^rd est pour chacuu ce qui daps sa destinée ne saurait lui être attribué/ la cbaqce favorable o\\ coulraire des
cin'onslances.
l'oud s^iis doute il n'y a pas de Uasâ^d, même pour le joueur. Ce qi^'il appelle ainsi résulte delois^ussi invariables que celles dont rer,iille le joueui' lui-même. (^)ut* de choses copeuduut i^liueiH uoUe sort et dans ius^uelies nous ne sommes pQur t On a raison de dire, en ce sens, quechsicuu a son lot, et cfue la vie est une loterie. Le génie et rimbéoillité saut des dous, yu'^^-ce ^ui nuu.s a[i[iai tieut? Personne ne réussit à modifter sa pâture qu'^ 1 aide de sa nature même et des circonstances. Gomme la navette du lisbeiaiid, la vuluute ile cliacuii, délernuiiiV par sa nature, croise $04 lil avec celui des çircoustauces et des événements ; ensemble ils tissent nos destinées, L'inspiration divine, l'action de Dieu, dit-on, peutchaui^er les circonstances et changer l'individu; felles-là par miracle, celui-ci par la gi'àce, qui est encore un miracle, accompli non dans les choses mais dans l'âme. En effet, les destinées, nées de la renconti-e des circonstances et de la nature intime de rhacnn, ne pourraient sortir que par nnraclo de. leur orbite ; il lau-
m Dfi LA NATUUfi HUMAINE
drait, pour les transformer, supprimer la nature des choses aiuëi que la nature des hommes. Mais qui comptera sui* im miracle opéré en sa faveurî
L'individu et les circonstances concourent ou se oontrarieiit. Lorsqu'ils soiil en luLLe, il arrive que les circonstances maîtrisent 1 individu , ou que l'individu plus Ibrt maîtrise les circonstances; quand les circonstances et Tin* dividu, le hasard et la force s'unissent, il uait une desiinée privilégiée. Mais ces conjonctures d'asli*esqui tout se reucoutrer les deux moitiés du succès, sont de toutes les plus races. Le plus souvent, les circonstances font l'homme ; très-peu d'hommes étant capables de réagir rouvre elles, de les maîtriser el de sortir des conditions où les a placés le sort. C'est donc le hasard qui gouverne le plus grand nombre d'existences humaines, c'est le hasard qui les fait. La plu[)art sont comme des chemins où des voyageui-sse trouveraient égai'és. £t quand un voyageur s'apei-coit qu'il a fait fausse l'ouïe, il ne peut le plus souvent revenir sur ses pas. La vie se passe à reconnaltre qu'on s'est trompé, à souhaiter de recommencer la vie : ce serait probablement pour se tromper d'une manière différente, car l'homme- n'a guère d'autre moyen d éviter une faute que de tomber dans une autre. L'existence est nu labyrinthe. Ceux auxquels il est donné de conipiendre leurs lautes, compreuueul aussi que nulle faute n'est pleinement réparable, excepté par le regret de Tavoir commise. De la sorte, en l'expiant, on l'efface au fond de son cœm-, on ne 1 eilàce pas daus ses conséquences.
DBS DESTINÉES
Puisque l'inégalité des conditions sociales a deux causes,
les ('irconstancps et l'individu, comment la detniira-t-on si l'on ne réussit à niveler les circonstances qui forment le lot extérieur, à confondre les aptitudes et les pendiants qui forment le lot întérîenr de chacun î
Des évéïiemeiits idou tiques ne le sont plus quand ils se rapportent à des personnes diverses. Chacun les accueille autrement, et c*eet la manière dont nons prenons les choses qui en fait pour nous la valeur. Rn y introduisant notre manière d'être, nous leur donnons le sens qu'elles ont à notre égard; elles nous pénètrent, mais nous les pénétrons, et sur les événements les plus indépendants de notre volonté nous appliquons encore le cachet de notre personnalité. Notre caractère, à ce point de vue, apparaît comme le principal auteur de notre existence, et le mot de Vauvenargues, que notre doslint-e c'est notre caractère, s'éclaire d'une fjraiulti lumière de vérité, bien qu'il omette de faire la part des choses dans sa concision trop absolue. Sous le caractère, il y a le tempérament. « On sait assez que notre tempérament fait toutes les qualités de notre ame, » dit à son tour Voltaire. L'expérience des hommes témoigne en faveur de cette par rôle. Le tempérament est Talpha etToméga de l'individu : il en part sans cesse, toujours il y revient. Chacun est dans son caractère, mais dans le caractère de chacun le tempérament est le fond invariable et primitif. Les hommes ne se pénètrent, ils ne se conduisent que par les dispositions de leui* tempérament. L'optimisme des uns sourit à tous les malheurs, tandis que les circonstances les plus favorables ne triomphent
SM DE LA NaTUHK llLMAliNË
pas du pessimisme des autres. Tel qui a perdu femme, enfants, fortune, santé, conserve encore plus de gaieté et do bonne humeur que son voisin qui nage dans la prospérité, qui est pour tous un objet d'enirie, et qui reste malheureux. Pourquoi? Il est tié triste, et le bonheur mémo des circonstances nourrit ba tristesse; il suce partout le venin qu'il mut partout.
Gérvautes, infortutié, malade, en butte à la mAutaise chance, à la malif^ité dës événements, gai*âe sa bonne hti-
meitr jusqu'aux jjortes de la mort.
« Il advint, cher lecteur, nous dit-il, que deui de mes atnisetmoi, sortant d'Esquivias (lien fameux à tailt de titM, pour ses grands hommes et ses vins), nous entendîmes derriôrn nous quelqu'un qui trottait de grande hâte, comme s'il voulait nous atteindre, ce qu'il prouva bientôt en nous criant de ne pas aller si vite. Nous ratlendtmes; et voilà que survint, monté sur une bourrique, un étudiant tout gris, car il était habillé de gris des pieds à la tôte. il avait des guêtres^ des souliers tout ronds, une Imigne rapière et un rabat sale, altuclié par deux bonts de fil. îl est vrai qu'il s'en ressentait, car le rabat lui tomltail de côté à tout moment, et il se donnait beaucoup de mai à le rajuster* Arrivé auprès de nouB^ il s'écria : « Si j'en juge au train dont elles trottent. Vos Seigneuries s'en vont, ni jdns ni moins, prendre possession de quelque place ou de qnelcjue prébende à la Gour, oà sont maititenant Son Ëminence de Tolède et Sa M^esté. En vérité, je ne croyais pas que ma béle eiH sa pareille pour voyager. » Sur quoi répondit un de mes amis : < La faute eu est au roussin du soigneur Miguel Cervantes, qui allonge le pas* » A peine Tétudiant eutrll entendu mon nom, qu'il sauta brusquement h bas de sa monture, jolant d'nn rîM son cousbuiet, de l autre son portemanteau, car il voyageait
DES DKSTINIvKS * 295
nvet lOUl bei appareil. Piiià il m'accrocha^ et me saisissant le bras j^auche, il s'écria : « Oui, oitî, le voilà Weli, ce glo-
rioux manchot, co lainiMix tout, cet écrivain si ^^ai, ce consolateur des muses 1 » Moi qui en si peu de mots m'entendais louer &i galamment. Je crus qu'il y aurait peu de courtoisie à iie pas liti répôtidre sur le niclme ton. Lfe prenant donc pai»* le- cou pour l'embrasser, j'achevai d'arracher son rabat, et je lui dis : a Vous êtes dans Terreur, Monsieur, comme beaucoup d'autres honnêtes gens; je suis bien Cervantes, mais non le consolatenr des muscs, et je ne mérite aucun des noms aitiiaLles que Voire Sciuueujie veut bien rao donner. Tâchez dis ratitâper votre béte, et cheminons eii causant pendant le peu de chemin qui nous reste à faire. » On vint à parler de ma malaciie, et le l)on étudiant me désespéra en me disant : t C'est Une hydropisie, 6t toute Teau de ta mer bcéane ne la guérirait pas, qiiahâ même vous la boiriez goutte à goutte. Ahl seigneur Cervantes, que Voire Seigneurie se règle sur le boire, sans oublier le manger, et ellë ée giiéHra sails autre remède. » — «c Oui, répondis-je, on m*a déjà dit cela bien des (bis; mais je ne puis renoncer à i)oin' (piand Tonvif^ m'»Mi prend, et il me semble que je ne sois né pour i'aiie auUe chose de ma vie. Je m en vais tout doucement, moU pouls me le dit : s'il faut Teii croire, c'est dirtiahche que je quitterai ce monde. Vouô êtes tenu bien mal à propos pour faire ma connaissance, car il ne me reste guère de temps pow vous remercier de l'intôi-ôt que voué me portet. n — Nous ën étions lâ quand nôùs arrivâmes au pont de Tolède ; je le passai et lui entra par celui de Ségovie. Je l'embrassai, il m'oUril ses services, puis il pirpia son Ane et continua soii voyage, chevauchant d'un air fier et me laissant fort triste ët'peu dîspoî^é à profilfer de rcfccasîon qu'il m'avait donnée d'écrire des plaisanteries. — Adieu, mes
joyeux amis ; je me mciirs, et je désire vous voir bientôt tous contents dans l'autre vie. »
Voilà le tempérament pris sur le fait. Des nerfo fkibles ou solides, un sang rapide ou lent, riche ou pauvre, et la vie prend un autre aspect : quelques centimètres de plus ou de moins dans la largeur de la poitrine changent une destinée.
Après le tempérament, rient la profession. Les professions sont des moules. Elles font leurs hommes, elles réussissent môme à modifier plus ou moins le tempérament naturel en lui superposant nn tempérament acquis. Mais alors, la lutte ne cesse pas, et l'homme toute sa vie reste combattu en luimême. Avoir le tempérameat de sa profession est la première condition de succès. Beaucoup d'hommes n'appartiennent pas à leur profession; Ton voit des artistes fourvoyât dans les aifaires, des hommes d'alVaires égarés parmi les artistes; des hommes de pensée dans Tannée, et des soldats-nés cloués au fond de cabinets d'étude.
Tonte profession vent son homme. Qui ne cherche pas le gain pour le gain, le profit pour le protit, n'est pas négociant dans Tâme. Le gain est pour le vrai négociant le but de la vie. L'ambitieux véritable aime le pouvoir pour le pouvoir. Le savant fjni ne cherche [»as le vrai inn([uement pour le vrai n'est pas uu savant pur; lartiste qui fait de Tart en vue des distinctions et de la fortune, cesse dans cette mesure d'être artiste. Demander à un homme d'alVaires s'il aimerait mieux gagner un million que de savoir à ({uoi s'en tenir sur Dieu et sur l'autre monde : il prendra le million. Ainsi de Tartiste à qui vous offrirez de connaître ce mystère
DES DESTINÉKS 197
OU de îsàve un chef-d'œuvre, à raïubiUeux auquel vous proposerez un empire : quant au savant, il craindrait en apprenant à connaître Dieu, la vérité mémo, do n'avoir plus rien à connaître. Nous nous étonnons de voir des hommes attachés, sans jamais se laisser distraire, à la poursuite d*une chose unique, alors qu'il en est tant qu'ils pourraient posséder, qu'ils dédaignent et que nous convoitons. D'où vient cela? La réponse est dans le tempérament. Demande-t-on au chien de chasse pourquoi, sans se détourner jamais, il
suit la piste du gibier ?
Les différentes espèces d'hommes forment les professions, qui forment à leur tour des espèces sociales. Les professions ont toutes leurs avantages et lenrs mécomptes; chacun se plaint de la sionne, même celui qui pour rien au monde n'en changerait.
Difficile est celle du médecin. On lui demande la santé, que deux fois sur trois il ne peut rendre. VA cependant, il sait que le malade veut espérer : c'est-à-dire qu'il veut être trompé. Que doit-il faire? le guérir de l'espérance? Mais il n'exerce pas seulement la médecine, il exerce de l'ascendant, il tient les hommes par la crainte de la maladie et de la mort, il les gouverne par le désir de la guérison ; il est une puissance. Le théologien et le prêtre ont une profession qni consiste à no douter de rien. Les malades qui viennent à eux, ceux de l'àme, ils les guérissent — pourvu qu*ils croient. Or, ceux qui les appellent ne demandent que cela, et leur désir de croire est déjà de la foi. Heureuse donc la théoIo;:ie ! heureux les théologiens qui en savent si long, et dont le pouvoir n*a pas de bornes I Celui de la médecine et des médecins en a, mais c'est le sort de toutes
choses humaines qui se passent du miraole. Je recommande aux méilecins, s'ils le ne connaissent déjà,
iîtS DE LA NATL'HE HUMAINE
le didgâoâtié Buivant. Oiifc-iU affaire à ullë pèrsdiine qu'ils lie cdnnaissënt pâi, ei teiilenk-ils juger dé ses piéilispd-
sitioiis [)hysiqnes, du laibleel du fort de son orfraiiisaliàil ? qu'ils s'iufonuenfc de Torgane où reteutissedt particulièremeiii les Impressions tires qu'elle reçoit, lés émotlobs qu*etlé L^proiive. O'est cet organe qui, trop prépondéi-aiU, emporte la balance. Cela me ramène à mon pro^ios. L'on peut d'une ftleon Adftldgue diagnostiquer la natiire morale d'un individu, d'après lii fecult^ qui réëgit principâleméilt eU lui au contact des impressions exltTifurcs. Les individualités sont des spécialités. 11 y a des lionnnes qui couverlisseUl tout en misodUemeUt , d^àdtres chez qui tout se transforme eu sentimenl, eu imagination, en Tolbnié. C'est un «îgne que, Chejs eux i la tolonté, l'imagination, le sentiment ou le raisonnement prédominent; la faculté qui remporte semlde |jlU8 foirte ëu appiirenbe, en réalité elle crée dans TihdiTidu, à côté d'une aptitude spéciale, un principe de faiblesse, ciuelle tend vers la maladie par la dispropol*tion. Ne sommeslious pas tous des malades!
0*est par l'objet spécial de ses convoitises qu'on prënd chaque homme, et s'il loml)e, c'est de cfe côté. Reauconp heureusement sont comme la tour do Pise, ils pencheiit et ne tdmbeni pas.
La pente que crée le tempérament, et celle que trée la prof^ion sont notre péril. Plus 1 honnne d'alfaires gagne d'drgent plus il en Veut gagner, plus rambitiellx a de pouvoir ét plUs il en désire ; on voit les écrivains et les ârttstes [larvenus à la plus haute célébrité se montrer plus insatiables et plus Jàloux de publicité que nuls autres; — le mondain, homme de plaisirs, les raffiné davaUtAgo i mesure (jn'il semble en être plus fatigué : l'ennui le [)0usse toujours plu$ loin et le talonne snr la route au bout de laquelle
. DES DESTlMisIKS «M»
il réve des oasis, el ne fecueille (|tie cendi'es et {mussière. Le voluptueux, quand il a vu le load de toute sênsualilé, torture ses sens pour Jeur arracher encore uu instant de tressaillement équivoque et fugitif ; il dénature le plaisir après s'être dénaturé. On peut dire, sans exagératiou, qu'à pousser les choses à ces extrémités, le désir de l'argent, du pouvoir, de la célébrité, du plaisir et de la volupté, projette rhomme hors du bon sens ; possédé de son démon, il fausse compagnie à la raison. La folie le tient par un coin.
Restons, s*ii se peut, daus l'humanité. Mais cela n'est point facile quand on appartient à une profession ; et qui peut vivre sans exisl4?r, (|ui peut exister sans profession? L'iiuraanité n est pleinement rt'pandue que dans l'espèce. C'est sur les misères de l'homme que l'homme bâtit ses professions. Nous vivons de nos besoins mutuels ; nous en mourons aussi. Comptez le uombrBde gens qui vivent de ce qui tue les autres 1
Pierre, en sa qualité de piltrod, souhaite la itiain-d'œuvrè au plus bas prit ; en sa qualité d'homme, il désire (ftiè l'eu-
trier gagne de bons salaires. Mais Pierre est négociant à chaque heute, à chaque minute : il n'a guèrë le téiUpa d'être homme, et cèld hli coûterait d'ailleurs trop ehëi*. il parie donc en phiiantliropn, — il pense, il ;igit en <'oinni(Tçaut : rabaissement du prix de revieut est suii âme. La profesBion, dans une cerialile mesure^ pàrtoul déthiii Thomme. Le médecin, én taniqlie médecin, pëut s'etnpéoher de souhaiter qu'il y ait des malades, l'avocat rpTil y ait des procès. Pauvre humanité, qu'entretiennent ses misërdd, et qui ne peut vim qu^mi ne cesêaftl point de tlirM midtnlblctl
OKS LANOUKS — DB L'ART
Mf neJile, oè pir des sont nitSktt tnréf»
A des MNi« fuBiiift attacbe la pm
Tboius.
Chaque peuple a sa langue qu'il a Tormée, et qui le forme lui-même. Elle dit son génie, sa personnalité, et le degrr de sa civilisalioii. Celle des peuples enfanls tourne prescjiren entier dans le cercle des sensations; le sentiment et la poésie dominent dans celle des peuples adolescents : la lan^^ue des peuples mûrs, arrivés à l'Age do la rétlexion, se revêt de formes abstraites pour exprimer des pensées générales j elle se dénude et se nivelle. Toutefois, le langage humain reste métaphorique jusque dans ses abstractions les plus prononcées. A la souche de toute abstraction, il y a uue sensation ; il y a une image à l'origine de toute expression. L'imagination crée le langage, et sa diversité fait les langues diverses. Les choses sont pour nous telles qu'elles se poij^ueut en nous; l'homme ne sait d'elles (jue ce qu'il en éprouve, c'est4i-dire la manière dont elles l'affectent. Il ne peut les détacher de soi, et c'est pour cela qu'il y a des langues multiples, et qu'à vrai, dii-e chaque homme a la sienne : chacun
D£S LANGUES aOI
ressentant les choses différemment, les t x i n ime différemment. Les houiuies qui st* reiibemLlcuL oiiL uue iaugue semblable, ils se compreiineul.
Qui considère une langue, aperçoit aussitôt qu'elle fourmille d'images, dont ceux qui remploient se servent à tout .propos sans qu'ils y songent ; ils sont poëtes sans le savoir, par délégation primitive et populaire. — La métaphore inconsciente ne cesse de fleurir sur nos lèvres. Nous disons : être sur des braises — être sur des épines — bâtir sur le sable — paroles eu l'air : — st; graver dans le souvenir — perdre la téte — s'enivrer d'éloge : — urbanité — politesse — civilité — candeur — caractère dur,
— voloiiLé ferme — esprit limpide — âme aideute — cœur chaud, — travail ingrat — l'emme stérile — sujet aride — homme avide: — se recueillir — se flétrir — se concentrer
— s'aliéner quelqu'un — aliéné (étranger à lui-niènie\ Autant dlniageâ dii-ectes, pritses sur le fait. Les expressions où l'image se montre moins, la contiennent cependant, mais plus enveloppée ; on la découvre dans los replis étymologiques, ou cachée dans le radical : ce qui signilie que la metaphoi'e est la racine du langage. Kt comment en serait-il autrement, loi'sque la métaphore est l'interprétation forcée que nous donnons aux phénomènes naturels? Tout s'h-iuiauise pour l'homme, c'est-à-dire que tout preud hgure humaine ; nous mettons de notre âme en tout ce qui nous louche, et ne traduisons la nature qu'à 4'aide de notre cœur: nous ne la vovons uii't n lui. La colère est à nus veux un ouragan, l'ouragan uue colère de la nature. Nous parlons du souffle des passions, de l'ardeur des désirs, de la flanune de l'amour, de l'explosion de la fureur.-— Nous portons ombrage, •nous iaissous s écouler notre vie et ûotter notice pensée. — A chaque mot que nous prononçons, nous nous transportons
m . 1)1^ La NATllHE HUMAINE
ainn dans les choses, ou nous les transportoiis en nous. Dans
les plantes, dans les animaux, c'est loujoiu-s <|iiel(jue Irait de uotre physionomie morale que nous couLempioiis rétlécbie eu eux. La losa esl la grâce apnouieuse et Tougissante, i'épine la douleur, la miette la modestie, le lis rinnooenoe et la pureté. Le chêne est la force, le bouleau l'éléganœ, le saule l'élégie ; le sapiu qui vardii au sein dçs hivei's représente la irisiem en môme temps que respéranoe; le noir cyprès est Timagedu deuil, et nous l'avous mis près des tombeaux. Les animaux s'oii'reut à nous de même comme des syuiljoles de notre propre dire : le. renard peraonniiie la ruse, le loup la yoracité, le tigre la cruauté sanguinaire ; la brebis esl l'iunocenoe iuotrensive, le mulet rentéioment, l'âne la patience : le lion osl le cûui age majesluuux, la puissance sûre d'eii>méruei le chien la hdéliié, le lièTra la poltronnene, le porc \% sensualité faugeuse. La poule, cbes la gent ailée, nous rap^ pelle la maternité, la colombe roucoule la tendresse; le rossignol esl l'i^mour enivré qui chante son byu)ue dan^ le silence de la nuit ; Tépervier est la rapacité, la pie te yoI, le hiltou la morosité, le paon Torgueil : parmi les insectes, le hanneton iîat l'etiHuderio, le papillon la grâce éphémère et ÏQÏàivQ 'f la iourmi est l'épargMeet l'abeille i'imiustrie. Hieu ue se peut dire, même dans la Ungue la plus
stricto et la plus scientifique, sans image: parce (juc rien ne peut se dire qui n'ait été ressenti, et que taut sentiment, toute impression d*une chose en noua est une transligun^tion de cette chose par nous. L'anthropomorphisme esl la loi de rhonuue; la religion, l'art et le langage sont iks créaliuiiï» uu son 4Une se réllécbitf et dans lesquelles ji^ coutempie si^ mo? bi|a image dispeisée à tisavers les tempe et^ (es paya.
A mesure qp*uae laiigue se généralise, elle devient plus
abstraite et laisse moins de jeu aux iudividualilo. Il iic laudrait pas iQutelois i»'exa^ûi'tii' ce résultat^ c^t vraiqiqu qrigiuai trouve toujours le qioyeu de le restçir» môfpe eu sp servant de la langue la plus disciplinée par la grammaire: laquelle est le l>rt'viaire de 1 ecrivaiu , mais iiou son évaugiifi. L'évangile d'une t<^gue, c'est le génie qui récrit.
l^gue ficadémique étant la plus impersonnelle, le plus beau discours d'académicien es^ ç^lpi qi\i lotisse lu luuius purçBi' i mdividuaUlé ;
Nu connue le discours d'uo acadcmicica.
(rest France, pa^'ic de la spciabi^té, do l'pivliUiuauce et de la symétrie, qvia la langue acadéfniqtie ilovi^it (e mieuip prospérer. La langue s*y est centralisée avec la politique, ui. velée avec l'adniinistraliuu. Uà suiil les Ual»''lais, les Mou- ^ligne, i§a l:'ascal, les ^vigué et ie;» buiuL-bi|iiaii ?L'équeri-e des grammairiens les ^ écartés. Loi^stiue Pascal 4^ dit que réloquenco se moque de l'éloquence, il n*a pas fait nn paradoxe. Faire de i'eiotiuence, c'est comme taire de i'esprit ; « celui qu'on ye^t ^voii* gà{acelu4qu*(Mi 1^. » L.'Monnme élo(]uent ne l'est jamais de parti pris, et c'est une Uien niauvaise préparation à reloquence que de se dire : je veux être éloquent. C'est par ce chemin qu'on \a ^ la vUétorique — où versent les k^^ues (atiguéeii. Lft i^icénté et le naturel sont les conditions preoiières du style, et nul u'eiit écrivain si \[ les igttiu*e. Pour que ie^liie^oi^ F^iQurnie»
il f^^t que l'homme existe, et qu'il deoufiure Ini-n^énie. Paint
m DK LA NATURK UUMAIMK
de siylo sans originalité. Mais ce (jui perd Toriginalilé le plus sûroiiieiit, c'esL la rc'chei che do l'origiualité ; qui tend à i'eiïel fait du blyle et n en a pas.
« Rien de Jbeaa comme la belle prose )», a dit un écrivain. La prose est la langue de la maturité des peuples et des liommeb ; la poé;>ie celle de leur jeunesse. La Grèce commence par les poètes, les prosateurs ne viennent que tard, et ce phénomène se reti-ouve chez toutes les nations et dans tous It's pays. L'Lide n'est janKii.N sortie de la poésie : les hymnes védiques sont dos i^oëmes, aussi bien que Sacountala. Le «génie seul, soit individuel, soit national, crée une langue, l'entretient et la développe; la langue qui se développe est aussi une création continuée. L'univei-s n'est-il pas le langage de l'esprit universel , et comme ie style de Dieu? Les créations de l'art sont inti*aduisibles au fond. Il n'y a ([ne les œuvres scientifiques, exactes et mathémuliquei» , qui ne puisseul ti-ansposer sans préjudice, quelquefois môme avec avantage. Mais partout où il y a * trace originale et personnelle, la translation est impossible : on tjâduit, ou trahit; en passant d'une kui^ue à l'autre l'esprit s'évapore, comme le parfum d'une subtile essence qu'un transvasement laisserait fatalement échapper. Gela est d'autant plus inévitable qu'on s'éloigne davantage de ce qui est impersonnel, abstrait ou scientitique, pour se rapprocher davantage dé ce qui ^t intime et pei«onnel par excellence, le génie. Or, chaque peuple créateur de sa langue est un ouvrier de génie; il habile son teuvre, et nui ne l'habiLc que lui ; ^ son âme y est logée.
Qui s'exprime en français, commence par sentir en français. C'est leur sentiment pai'ticulier qui fait des peuples et des individus ce qu lis sont. Une collection d'individus reliés, malgré leurs divtM sites,, par une manière analogue de
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sentir et d'exprimer les choses constitue un peuple et forme une langue. Un peuple incapable d'engendrer une langue
n'existe pas , les plus belles et les plus achevées eut été parlées par les plus grauds.
Gœtbe, Sbakspeare, Voltaire, sont des personnifications de peuples. Ils sont des sommets de l'esprit allemand, de l'esprit anglais, de l'esprit franç ais. Shakspeare était impossible eu toute autre langue (]ue la sienne, de môme Voltaire et Oœthe ; ils ont parié la langue de leur génie, et si leur génie fut celui de l'humanité, il fat aussi celui de leur ualioualité. La musique, la peinture, la sculpture, sont des langues universelles, dont les signes et les moyens d'expression sont communs. Et cependant, chaque ])(>uple et chaque individu, en les employaiil pour exprimer sa personnalité, a su les marquer de son sceau. La langue musicale, celle de la peinture ou de la sculpture, n'ont pas de Tocabu* laire spécial; elles n*ont que des signes élémentaires, notes ou sous, couleui's ou lignes, où chaque nation et chaque homme peut créer, en les ressent blant à sa Ëkcon, sa langue particulière. Il n'en est pas de môme ailleurs ; les éléments primitifs, les syllabes, se sont agrégés eu mots : les mots se sont rassemblés à leur tour et fixés en des relations posi* tives. Naissant aujourd'hui dans tel pays , cbex tel peuple, à telle époque, chacun rencontre une langue toute formée ; il y entre tout entier, et qu'il le veuille ou non, il est contraint de se servir d'un instrument prédéterminé : la liberté de création, si elle n'est pas abolie, est moindre, et le génie a uioius beau jeu : mais il se montre plus grand s'il triomphe, et sa puissance qui rayonne à travei-s l'espace d'une langue généralisée, s'étend bien plus loin qu'autrefois; rien ne lui fait obstacle, elle se propage d'esprit en esprit, comme le flot an sein d'un vaste élément.
m l>R LA NATURB BITIIAINE
Uue laogue formée u'est pas seulemeut ua organe .supérieur de la pensée, elle est uae patrie des'âmes.
Le peuple fournit l'étoffe de la langue, le génie dans les chefs-d'œuvre de l'art eu manifeste la perfection et donne lee modèles. Les grands écrivains sont l'école d'une langui , parce qu'ils en sont les maîtres. Celle à
l'achèvement de laquelle ont travaillé tour h. tour les
générations, reçoit l'enfant au berceau; dès son premier souffle, elle l'enveloppe et ne le quitte pins : ohaquê en&nt na!t, par suite, âgé de tout lé temps qui s*est écoulé avant lui, riche de tout ce qui s'est pensé avant sa venue ; il est, de fiait, condamné à n'avoir point d'enfance; il a l'Age et la raiaon de la langue qu'il va parler : sans effort, avec son secours, il franchira en (]uelqu<*s années les siècles (pi'il a laiiu à tant d'hommes pour produire laborieusement l'instrument qu'il possède d'emblée ; il porte l'histoire en soi sans qu'il ait eu à la faire. 'Voilà, parmi toutes les merveilles du langage, la merveille parexcelhMice : merveille si grande, que l'on peut dire que le langage est l'humanité même,
Bntre Tartet le langage, les affinités sont intimes.
L'art unit l'homme à la nature par le sentiment, la science les unit par l'esprit.
L'art et la science, chacun à sa manière, nous font comprendre que nous sommes dans la nature et qu'elle est en
nous; mais l'art étant personnel, puisqu'il vient du sentimeut et qu'il s'adi-esse à lui, nous lait éprouver ce rapport d'une façon plus intime. Malgré son caractère individuel et national, l'art ne se sépare point du. vrai : il repose sur l'harmonie des choses et sur la vétité humaine, et quand il