CHAPITRE PREMIER
EXPOSÉ DES THÉORIES DIATHÉSIQUE, NERVEUSE ET DE LA PRÉDISPOSITION CUTANÉE
Théorie diathésique.
Harpy, parlant de la nature dû psoriasis, s'exprime ainsi : « Nous regardons le psoriasis comme une expression parliculière de cette même maladie de l’organisme, de cette diathèse que nous avons vu engendrer leczéma, le pityriasis, et nous le représentons comme un nouveau mode de cette mamifestation, de cet état constitutionnel morbide qui s'exprime indifféremment et selon les idiosyncrasies, par la vésicule de l’eczéma ou la squame du psoriasis. Pour expliquer la nature des éruptions dartreuses, on a pensé qu’elles survenaient sous l'influence d’une cause interne dont elles n'étaient que l'expression externe. C’est à cette influence qu'on a donné le nom de vice dartreux. En quoi consiste celte disposition, dans quel élément organique réside-t-elle ? Il est impossible de le dire.
PR et
Bazin, qui définit les diathèses « des maladies habituellement chroniques, le plus souvent continues, caractérisées par la formation d’un produit morbide qui peut avoir son siège indistinctement dans tous les systèmes organiques », rattache le psoriasis aux diathèses arthrilique ou herpétique. Le psoriasis herpétique débute par les coudes et par les genoux, il siège surtout à la face externe des membres, au tronc, à la face. Il offre des placards peu nombreux, assez réguliers, souvent symétriques; 1l a des squames épaisses, imbriquées, sèches et adhérentes, ressemblant à des taches de bougie. Le psoriasis arthritique respecte les coudes et les genoux, il siège aux extrémités et sur la ligne médiane du corps: il n'est pas symétrique; ses placards nummulaires, irréguliers, sont recouverts de squames jaunâtres plutôt que nacrées; de plus, il est parfois douloureux. Bazin reconnaît enfin qu’il existe des formes intermédiaires; elles doivent être rangées sous le nom de psoriasis mixte : pseudo-arthritique ou herpético-arthritique.
Guisour, traitant de la nature du psoriasis, distingue :
1° Le psoriasis idiopathique localisé, reconnaissant pour causes des frottements ou des pressions répélées sur une région exposée aux frottements mécaniques ;
2° Le psoriasis symptomatique de l’arthritis de BAZIN ;
3° Le psoriasis syphilitique ;
4 Le psoriasis herpétique : si l’existence de l’arthnitis en tant que diathèse est contestée, il n’en est pas de même de l’herpétisme; le psoriasis est une des
plus fréquentes et des plus importantes manifestations de l'herpétisme.
L'’aveu dépouillé d'artifice de Harpy, le manque de renseignements de la part de Guisour et Bazin touchant la nature du principe morbide producteur de la diathèse, étaient peu propres à satisfaire les esprits soucieux de connaissances exactes. La diathèse qu'irrévérencieusement HEBra appelle « notre vieille marotte française », fut sujette à des appréciations que les divers auteurs jugèrent bon de n’exprimer qu’en latin: on la nomma le quid ignotum, le caput morluum, l'ullima ratio des pathologistes dans l'embarras. Puisque le mot diathèse ne signifie pas autre chose que cause générale, on ne doit pas s'étonner de trouver décrites sous cette rubrique une foule de maladies dont | la nature véritable était ignorée ou fortement contestée à l'époque de Bazix, de Haroy, Guisour, etc. On disüngue alors : les diathèses syphilitique, scrofuleuse, tuberculeuse, paludéenne, herpétique, arthritique, psorique.
Ici, 1l est intéressant de noter que le psoriasis fut rattaché à la syphilis.
Erasmus Wizsox fait du psoriasis une manifestation de la syphilis héréditaire tardive; le virus ou plutôt le poison syphilitique, comme on disait alors, se transmettant à travers plusieurs générations, se transformerait en psoriasis. Depuis longtemps cette idée semblait tombée dans l'oubli, quand, en 1882, elle fut reprise par TaAyLor au Congrès de l'association dermatologique américaine. Les protestations des membres du congrès furent unanimes. Ceux-ci montrèrent qu’il
LT n'y a pas plus de syphilitiques parmi les parents des psoriasiques que parmi les parents des malades qui sont atteints d’autres affections cutanées; qu'un psoriasique peut très bien prendre la syphilis, et que dans ce cas les manifestations cutanées des deux affections sont le plus souvent assez faciles à distinguer lune de l’autre.
Quoi qu'il en soit, les partisans de la doctrine diathésique du psoriasis affirmèrent que le psoriasis possède tous les caractères des diathèses : ténacité, accroissement progressif, généralisation, symétrie, fixité des formes, diversité de siège, récidivité, absence de conlagion, guérison sans cicatrice, hérédité, métastases.
Qu'est-ce que la métastase? Broussais dit : « Les organes sympathiquement irrités peuvent contracter l'irritalion à un degré supérieur à celle de l'organe à l'influence duquel ils la doivent; dans ce cas, la maladie change de place et de nom : ce sont les métastases. » D'autres auteurs la définissent : « La migration de la matière peccante d’un organe moins noble vers un organe plus noble, Si cette migration se fait à l’avantage du malade, le principe morbide quittant un organe important pour se fixer sur un organe inférieur, il y a diadoche. »
Nous en empruntons à ALIBERT quelques exemples frappants :
1° Un homme avait depuis longtemps un catarrhe chronique de la vessie, il fut guéri par l'apparition d'un psoriasis ;
2° Un littérateur cessa d'éprouver les accès d'une ahénation mentale à laquelle il était sujet depuis trois
EX FRE ans, aussitôt qu’un psoriasis capilis apparut chez lui.
Seule, au nulieu du concert diathésique, s'élève en 1839 la voix discordante de Freury. Cet auteur émet l'avis que le psoriasis reconnaît une cause externe, qu'il est le résultat d’une inflammation cutanée développée sous l'influence des agents atmosphériques.
Mais ce n'est pas impunément. AQUARONE, qui en 1865 consulte son travail, s’écrie : « Lorsque, muni de faits nombreux et probants à l'appui d'une opinion, on vient la présenter sous toutes ses formes en ayant soin de mettre à côté de la théorie le fait : c’est digne et honorable. Mais que l’on veuille tenter une révolution dans la manière de voir de la science sur certains sujets en vertu d’un nom que l’on a fait grand, qu'on alle en son pouvoir imposer au peuple médical des erreurs pour des maximes de foi, ç'est être doublement funeste et méchant. »
Chaud partisan de la doctrine herpétique, AQUARONE revient sur les métastases, sur les dangers qu'il y a à guérir trop brusquement une poussée de psoriasis « Une cause qui aggrave considérablement le pronos üc, c’est la métastase. Si, en effet, un psoriasique se livre sans réflexion entre les mains d’un charlatan ou d’une commère, et, hélas ! où en rencontre-t-on plus que dans l’art de guérir ces affections que l’on appelle les dartres?... La guérison a lieu, mais quelles n’en sont pas les fâcheuses conséquences ! Combien de fois la mort n'est-elle pas due à la métastase dans un organe thoracique ou abdominal, d’une dartre que la coquetterie ne pouvait supporter sur la figure ou sur les mains !... » Et ailleurs... «On a prétendu, M. Bazin
Dr Enr
entre autres, que le psoriasis pouvait amener la mort; nous ne contestons pas le fait, seulement nous pensons que la mort n'arrive que par imprudence, ou bien, si l’on aime mieux, par répercussion, par métastase...…. Lorsque, précipitamment blanchie, la peau se trouve nette, il est rare que les organes internes ne s’emparent pas de l'affection, et de là les pleurésies, les pneumonies, les gastrites ; de là, la mort. »
Telle était l’idée qu'on se faisait autrefois du psoriasis-diathèse. Aujourd’hui, de la longue liste des anciennes diathèses 1l n’en persiste plus que deux : l'herpétisme et l’arthritisme, et la conception qu'on en a s’est enrichie des découvertes de la science moderne.
L'herpétisme est, pour LANGEREAUx, une névrose vaso tirophique constitutionnelle et héréditaire.
La pathogénie de l’arthritisme met en présence les humoristes et les solidistes (RicHARDiÈRE).
La théorie solidiste (Hanor, Cazazis, RENAULT, H. Rogin) voit l'origine de l’arthritisme dans une malformation congénitale du tissu conjonctif. Haxor, en 1893, définit ainsi l'arthritisme : « Un état constitulionnel caractérisé, entre autres éléments constitutifs, par une viciation ordinairement congénitale et héréditaire de la nutrition du tissu conjonctif et de ses dérivés, qui deviennent des tissus de moindre résislance. Au point de vue fonctionnel et anatomo-pathologique, l’arthritisme se caractérise par la vulnérabilité plus grande du tissu conjonetif, avec tendance à l'hyperplasie, à la transformation fibreuse, à la rétraction fibreuse. »
La théorie humoriste est celle de Boucuarb, Pour