INTRODUCTION
Pendant longtemps l'étude des épanchements séreux des cavités périviscérales, à l'exception de ceux de la plèvre, n’avait apporté aucune précision sur leur nature.
D’après une loi de pathologie générale, la réaction exsudative d’une séreuse traduit la souffrance de l'organe sous-jacent. La tunique vaginale réagit ainsi à la suite d’une lésion du testicule ou de l’épididyme. Cette lésion anatomo-pathologique manifeste, entraîne le diagnostic d’hydrocèle symptomatique ou secondaire, qu’il s'agisse de tuberculose, de syphilis, de cancer ou d'’inflammation, non spécifiques.
Mais il est souvent impossible de déceler la moindre lésion dans les organes sous-jacents, le processus semble avoir frappé d'emblée la séreuse sans cause apparente, ces épanchements constituent toute la maladie et on leur donne le nom d’hydrocèles essentielles ou idiopathiques en attendant que des études nouvelles dissocient ce groupe compact qui témoigne de notre ignorance.
On envisage comme essentielles, les hydrocèles qui ne présentent aucune lésion décelable clinique-
ment ou opératoirement. de la tunique vaginale, de l’'épididyme ou du testicule. Dans ces cas on peut, au point de vue histologique, constater des lésions inflammatoires banales mais sans caractères spécifiques. Ces formes d’hydrocèles semblent mettre en défaut la loi de pathologie générale dont nous parlions au début de ce travail.
De différentes communications faites par MM. Poncet, Tuffier et André Jousset, Pierre Delbet et Pierre Cartier, et plus récemment d’un mémoire publié par MM. Pierre Cartier et Henri Godard, il ressort que le bacille tuberculeux peut être mis en cause dans certaines hydrocèles dites essentielles. Nous n'aurons en vue que l'étude de ces dernières. M. le professeur Delbet, avec une extrême bienveillance, dont nous lui sommes très reconnaissant, nous à permis d'étudier et de publier les observations recueillies dans son service. L'examen critique de ces observations fait l’objet de ce travail.
HISTORIQUE ET PATHOGENIE
. Vers la deuxième moitié du dix-neuvième siècle des recherches furent entreprises pour déterminer la nature de ces hydrocèles.
= En 1860, Bouisson avec Verneuil, puis Reclus et Ed. Schwartz les attribuent à une localisation secondaire au cours des maladies infectieuses et en particulier du rhumatisme articulaire aigu; mais ce sont, disent-ils « des fluctions légères et fugaces ». En 1872, Panas, dans son mémoire de la société de chirurgie,met en cause une épididymite subaiguë latente de la queue, plus rarement une orchite chronique probablement due aux altérations du col de la vessie et de la prostate (calculs, hypertrophie prostatique, ebc.). Ce travail, basé sur aucune constatation anatomo-pathologique précise, souleva des
controverses assez vives. Lannelongue notamment,
pour justifier les critiques qu’il adressait à la théorie de Panas, inspira la thèse de Marimon, leurs recherches s'efforcent de démontrer que la lésion épididymaire paraissait mécanique et secondaire à l’irritation vaginale, c’est-à-dire à l’hydrocèle. Cette opinion au moins singulière semble ne pas avoir eu une fortune brillante.
Un peu plus tard, certains auteurs ont pensé
Enr re
que ces épanchements pouvaient être dûs à de légers froissements, insuffisants pour laisser des traces appréciables sur l'épididyme, mais capables d'irriter la vaginale et d'aboutir à un épanchement. :
C’est la théorie des microtraumatismes de Monod et Terillon qui a été reprise par Volkmann et Genzmer.
Le rôle des petits kystes de l’épididyme déjà entrevu par Morgagni est repris par Gosselin puis Duplay, pour eux ce sont ces petits kystes qui provoquent la formation de l’épanchement.
Ces discussions semblent s’apaiser progressivement et ce n’est qu’à partir de 1902 qu’elles reprennent avec un élan nouveau, basé sur les notions bactériologiques et sérologiques les plus récentes.
Pour Peyrot et Milian les hydrocèles essentielles ne relèvent d'aucune lésion épididymo-testiculaire; l’altération de la séreuse est primitive, causée soit par l’artério-sclérose, soit par le mal de Bright. En un mot elle se trouve sous la dépendance des affections produisant les périviscérites, la pathologie de la vaginale se trouvant assimilée à celle des autres séreuses. :
Gette même année, Barjon et Cade reprennent en l'amplifiant sous le couvert de la cytologie, l’ancienne théorie de Gosselin. Pour ces auteurs l’existence de spermatozoïdes, trouvés dans le liquide de 52 pour cent des cas étudiés, démontre que lhydrocèle essentielle est due très souvent à la rupture des petits kystes de l’épididyme. « Les spermatozoïdes se rencontrent très souvent dans les liquides d'hydro-
Re
cèle essentielle, jamais dans les hydrocèles symptomatiques, leur absence ou leur présence peut alors devenir un élément important de diagnostic différentiel et peut servir dans une certaine mesure à élucider le mécanisme pathologique, encore mal connu, des hydrocèles essentielles. »
Trélat en fit une affection syphilitique. Fournier réfuta cette opinion et démontra que s’il peut en être ainsi ce n’est que dans des cas très rares. Ces hydrocèles syphilitiques n’ont nullement l'allure de celles qu'on voit tous les jours dans les services de chirurgie. Elles passent en général inaperçues par suite de leur peu de développement. D'ordinaire elles sont bilatérales, ce qui est rare dans l’hydrocèle essentielle. D'ailleurs Trélat accepta plus tard l’opinion de Fournier.
Dufour et Thiers en 1914, s'emparent de l’opinion primitive de Trélat et essaient, en ayant re- ‘: cours aux examens de laboratoire, de montrer que l’'épanchement contenu dans la vaginale présente tous les caractères d’un liquide syphilitique. Sur sept cas d'hydrocèle essentielle, ils ont décelé sept fois la syphilis. Ms ont pratiqué deux inoculations intrapéritonéales au cobaye, sans résultat.
. La conclusion de ces recherches consignées dans la thèse de Gonez (1922) sont Îles suivantes :
Les hydrocèles essentielles relèvent très souvent de la syphilis. Ce sont de véritables périviscérites syphilitiques, qu'il faut déceler par la réaction de Wassermann dans de sang et le liquide.
Au point de vue étiologique, l'apparition d’une