DÉBORDEMENT DE L'AMAZONE
On sait que la fonte des neiges amoncelées dans les hautes régions des montagnes de T Amérique du Sud, détermine annuellement la crue des eaux de la plus part des lacs et des rivières de cette contrée. A cette époque, la navigation devient facile sur les cours d'eau qui étaient auparavant innavîgables, et, par contraire, elle devient mal aisée et même périlleuse sur les* grands fleuves. C'est précisément ce qui arrive pour l'Amazone, dont les eaux commen* cent à monter pendant les derniers jours d'octobre, et atteignent leur plus grande baisse au milieu de juin. Dans la période de la crue, le fleuve, démesurément grossi par les eaux que ses nombreux et puissants tributaires lui versent avec plus d'abondance, déborde de toutes parts, forme de larges lagunes, envahit les îles qui parsèment son lit, et coule avec une extrême rapidité. C'est alors, pour les embarcations à voile, une rude tâche que d'avoir à le remonter. Plus elles son* lourdes et d'un tonnage considérable, plus elles sont exposées au danger ; car, ne pouvant réussir à seiTcr la rive d'assez près, elles courent risque d'être emportées par la violence du courant principal. Les navires de petite dimension, côtoyant plus facilement les bords, naviguent avec plus de sécurité, à la condi . tion, toutefois, de s'en tenir encore à une juste distance, afin de n'être pas submergés par les éboulements de la rive, ou brisés par les troncs d'arbres déracinés dont elle est souvent hérisée.
Il faut en convenir, il y a quelque chose comme un quart de siècle que la navigabilité fréquente des grands fleuves américains, et spécialement celle de TAmazone, était une question des plus difiGicultueuses et des plus compliquées. Heureusement Tinvention des bateaux à vapeur est venue la résoudre en faveur du commerce et de la civilisation. Grâce à cet agent merveilleux et providentiel, destiné à rénover la face du monde, le cours de TAmazone peut être aujourd'hui aussi aisément parcouru que celui de la Loire ou du Danube. La voie est ou- ?erte. Le génie commercial et la colonisation doivent enfin conquérir ces magnifiques déserts amazoniens et en faire le jardin des Hespérîdes de rhumanité. Et ce n'est pas seulement le littoral de l'Amazone qui est appelé à se couvrir de villes et d'aidées qui deviendront des centres toujours plus actifs de production et de consommation: les larges fleuves qui aboutissent à ce géant des fleuves, les rios Tocantins, Xingû, Tapajôs, Madeira, Javari, sur sa rive droite ; les rios Trombetas, Negro, Japurâ, Napo, sur sa rive gauche, ouvrent des artères de plusieurs centaines de lieues, qui permettront aux bateaux à vapeur de pénétrer dans l'intérieur des provinces, où les chemins de fer achèveront de relier avec le reste du monde toutes les parties habitables de cette zone privilégiée. On peut dire plus : par les rios Negro et Branco, il serait possible d'unir la navigation de l'Amazone à celle de l'Orénoque, et de présenter ainsi au progrès industriel, commercial et agricole tout un monde nouveau, le plus vaste qui ait jamais été rêve.
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En attendant, la vapeur commence à s'installer sur un bon pied daiis VAtoazone, et nous aurons bientôt à le constater par les faits les plus authentiques. Elle s'y développe concurremment avec la navigation à voite, qui, dans lar saison des basses eaux, n'est plus exposée aux périls et aux obstacles qu'elle doit surmonter pendant la période du débordement. Rien n'est plus agréable que de descendre en été le cours, alors paisible et uni, de l'Amazone. On n'a plus sous les yeux le spectacle monotone de rives uniforméinent inondées et ne laissant voir, à perte de vue, que des cimes d'arbres ou des masses épaises de roseaux. La rive maintenant se découvre et le tableau s'embellit en se variant de bancs de sable d'une éblouissante blancheur, tranchant avec les teintes sombres de la verdure, ou pointant au milieu des ondes, couverts d'une multitude d'oiseaux aquatiques fiers de leurs beaux plumages. Au calme plat, désolant pour le navigateur, succède une fraîche brise qui frémit dans la voile, et fait glisser l'embarcation assez près du bord pour permettre de jouir des imposants et gracieux tableaux qu'il ne cesse de présenter. Après un solitaire bocage, rempli d'oiseaux folâtrant au soleil ou travaillant à fair« leurs nids, vous en voyez un autre où s'élève un village dont la population est laborieusement occupée dans des champs de riz ou de cannes à sucre. Souvent se sont des pêcheurs tirant leurs filets, que vous apercevez à travers les feuilles des grands roseaux, et quelquefois, des groupes qui dansenl au sou d'un rustique instrument et font retentir l'air dé leurs acclamations bru vantes.
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En un mot, si la rivière des Amazones offi*e des scènes du genrtf gniiiâio8é*0t teipble, elle en pré^ sente aussi qui eussent été £gnes de figura d|u»8 les idylles de Gesnef jerfe les paysages du Lorrain.