‹ De la navigation de l'Amazone: réponse à un mémoire de M. Maury, officier de la marine des EtatsChapitre 24 sur 57 · COURS DE L'AMAZONE · texte numérisé non relu

COURS DE L'AMAZONE

Le com'S de la rivière des Amazones est sans doute le spectacle le plus sublime de cette région de l'Equateur où la main de Dieu a semé tant de choses sublimes.

Une rivière torrentielle s'échappe du flanc des Andes péruviennes. Ecumeuse et rapide, elle se précipite et bondit à travers les rochers ; mais, grossie bientôt par d'autres torrents, elle ne tarde pas à devenir navigable. Quand deux montagnes se dressent pour l'arrêter, elle se creuse un lit profond, bien que large à peine de 25 toises, et court ainsi pendant 20 lieues entre deux murs de granit. Ces ce qu'on appelle le Pongo-de-Manseriché. Telle est

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alors sa rapidité, qu'elle ne met qu'une heure à parcourir ces vingt lieues. Durant une course de soixante-dix lieues, elle reçoit le Marona, le Gualagû, regardé par quelques-uns comme la véritable source de l'Amazone; le Chambirâ, le Tigre, l'Ucayale, après lequel elle prenait autrefois le nom de Slaranhâo. Elle tourne alors vers l'Orient et reçoit le Nanaï ; puis, quand elle est à 30 lieues de l'Ucayale, elle engloutit les eaux volumineuses du Napo, et, coulant par ime largeur de 900 toises, atteint, près de Tabatinga, les frontières brésiliennes, qu'elle franchit sous le pseudonyme de Solimôes. Continuant de suivre la direction de l'Orient, elle ne tarde pas à recevoir le Javari, qui sépare l'empire du Brésil de la république de l'Equateur et de celle du Pérou. Ses eaux, accrues de celles de vingt rivières dont quelques-unes roulent des sables d'or, s'augmentent encore de celles de Japurâ et de l'immense Bio-Negro. Dès lors, elle prend le beau nom d'Amazone et l'attitude fière et superbe. qui convient à la souveraine des fleuves.

A quelques lieues de là, le Madeira, tion moins opulent que le Rio-Negro, lui livre la masse de ses eaux profondes et obscures, qui déracinent souvent et entrainent vers la mer les plus hauts arbres de leurs rives. Dans ces parages, la largeur du lit de l'Amazone varie d'une à deux lieues, selon que le fleuve coule librement ou qu'il est obstrué d'îles plus ou moins considérables.

Pendant un espace de près de quarante lieues, l'Arauato, l'Anibâ, l'Atumâ, le Tupinambarâna et une multitude d'autres affluents lui versent succès"

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sivcment le tribut tardif de leurs eaux qu'elle semble recevoir avec dédain.

Entrée enfin dans la province de Para ou Basse Amazonie, elle reçoit la nappe profonde d'un nouveau grand fleuve, le Trombetas, descendu des hautes cordillères de la Guiane. Au-dessous de l'embouchure de ce puissant tributaire, son lit se réduit à ime largeur d'une quart de lieue, mais sa profondeur est alors de plus de trois cent brasses.

Bientôt elle se déploie de nouveau et se grossit encore de l'énorme volume d'eau que lui apporte le Tapajos, venu des Sierras, de Mato-Groso, et navigable plus de deux cents lieues au-dessus de son embouchure. Dès lors rien n'égale la majesté, l'étendue et la puissance du cours de l'Amazone. On dirait que, enor^^ucillie de l'immensité démesurée de ses flots et ne redoutant plus aucun obstacle sur la terre, elle est pressée de se mesui'er avec les vagues de l'Océan. Après que le Xingù, fleuve abondant, alimenté par les neiges des montagnes de Goyas et plusieurs autres tributaires, se sont noyés dans son large bassin, elle tourne vers le nordest la masse terne et compacte de ses eaux turbulentes, et, malgré la grande île de Marajo, et nombre de petites îles, providentiellement placées à son embouchure pour ralentir l'impétuosité du courant, elle va heurter l'Atlantique avec une telle fureur que, pendant près de cinq lieues, elle la refoule dans ses abîmes. .

Des deux embouchures de l'Amazone la plus méridionale a plusieurs passes excessivement étroites. Sous le nom de Tagypurù, elle se grossît des eaux

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de plusieurs rivières telle que TAnapù, le Facaja>z et r Araticù ; mais le fleuve qui lui apporte un plus large tribut est le Tocantktô, dont la puissante nappe, aidée par celle du Mojù et du Guama, forme la baie de Guajara, large de plus de deux lieues. Cette bouche de l'Amazon porte aujourd'hui le nom de Toeantins.

Quant au bras septentrional, la largeiu» qui est d'abord de deux lieues, va toujours en augmentant, de sorte que, entre la pointe Maguari, située à l'extrémité orientale de l'fle de Marajô, et le C«p Norte, stir fe eontànent septentrional, on ne compte pas moins de 32 Keues marines, et pour que tout ce qui se rapporte à l'Amazone portât le caractère du merveilleux, la longueur approximative de son cours, mesuré en ligne droite, est de plus de 1,350 lieues de France !

Je le répète, il n'est peut-être pas sur toute la surface du globe, un spectacle plus grandiose, plus cspable de réveiller l'anthousxasme du poëte et du penseio:, que celui dont je viens de tracer une faible ecMpiîsse.

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LE POROKOCA.

Ce phénomène dont le mascaret de la Seine et de eertaûas fleuves de l'Europe n'est qu'un diminutif, se produit régulièrement dans les deux embou-

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chures de TAmazone, à l'époque des pleines et nouvelles lunes, c'est-à-dire au temps des plus fortes marées montantes. Alors, la mer repousse à son tour les eaux du fleuve. Elles bouillonnent, s'élè* vent à une hauteur de plus quinze pieds et vont se briser sur les îlots et les anfractuosités du rivage avec un bruit qui se fait entendre à plusieurs lieues de distance. Le Pororoca — tel est le nom que les Indiens donnent à ce phénomène — se manifeste avec plus dd violence sur le bras gauche de l'Amazone, à cause des groupes d'îles dont il est coupé. Il se fait remarquer particulièrement du cap Norte àMacapâ, points qui sont séparés par un espace de cinquante lieues, et, tel est le choc que reçoivent les eaux du fleuve, que l'efiet en est sensensible jusqu'à l'embouchure du rio Trombetas, laquelle est à plus de 300 lieues de l'Océan ! Tout le temps que dure ce tumulte des flots, les embarcations légères qui sillonnent le fleuve, stationnent dans certains abris appelés espéras, où elles évitent d'être brisées et submergées. Quant aux navires qui entrent à la faveur de la marée montante, ils feront bien de jeter l'ancre avant l'arrivée du reflux, manœuvre qu'ils auront à renouveler deux fois pour arriver de l'Océan au port de Para. Les habitants du pays obvient à une partie des obstacles que présente la navigation de ces parages, en donnant un médiocre tirant d'eau et une forme particulière aux canots destinés à faire le service du fleuve ; du reste, la passe de droite, où débouche le Tocantins, présente de tels avantages aux naviga-

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teurs qu'elle est préférée même par les bâtiments qui, du port de Macapâ, se dirigent vers POcéan.

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Elles présentent des aspects différents, suivant la nature et la configuration du sol où le fleuve creuse son lit. Dans la partie supérieure, appelée Solimôes par les Portugais, les rives de l'Amazone sont d'abord rocheuses et stériles, mais ensuite, inondées par le débordement de nombreuses rivières qui les coupent des deux côtés, elle se revêtent d'une abondante végétation, où se rencontrent des sujets précieux pour l'épicerie et la médecine, tel que le giroflier et la salsepareille. Du reste, ces parages sont encore peu connus, et habités seulement par quelques peuples sauvages.

Depuis le confluent de Japurâ, les eaux de l' Aifazone, coulant au milieu d'une plaine, sont envahies des deux côtés par une véritable forêt de canaranas, sorte de roseaux dont le poisson appelé vache-

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marine (peixe boi), vient brouter le feuillage. Dans les endroits où la rive est inaccessible au débordement, on remarque souvent de grands arbres du port le plus majestueux ; malheureusement l'action incessante de l'eau finit plus d'une fois par ronger le rivage, qui s'éboule et disparait dans le fleuve avec sa couronne séculaire. Fréquemment aussi, des lagunes de plusieurs lieues de longueur s'étendent près des bords, alimentées par des canaux naturels qui viennent de l'Amazone ou de ses affluents. Quelquefois, les plaines que traverse le fleuve offrent l'aspect d'immenses savanes, et sont toutes hérisées d'aninga, et d'une espèce d'ajonc très-épineux, connu sous le nom de cerrado. En d'autres endroits, la rive tout à fait escarpée, se revêt des plus pittoresques bouquets d'arbres, demeure ordinaire d'une nuée d'oiseaux qui font une chasse perpétuelle aux insectes attirés par les eaux. Enfin, dans quelques lieux, surtout dans le voisinage des confluents, cette rive est formée par des levées de terre, qui attestent qu'un être intelligent est venu placer là sa demeure au milieu des lagunes, position à la fois agréable et salubre, et d'une nature sauvage si grandiose qu'elle ne s'est point altérée au contact de rhomnje civilisé.

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