‹ De la navigation de l'Amazone: réponse à un mémoire de M. Maury, officier de la marine des EtatsChapitre 28 sur 57 · LE MADEIRA · texte numérisé non relu

LE MADEIRA

Ce fleuve, un des plus grands que reçoit l'Amazone, est formé de plusieurs rivières qui prennent naissance dans les Andes boliviennes, et se jettent les unes dans les autres d'après l'ordre suivant : Le rio de la Paz, qui naît près de la ville du même nom, dans la Bolivie, entre le 17 et 19 degrés de

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latitude, se dirige vers^ le sud-est, et se décharge dans le Marmoré, rivière navigable qui vient de Potosi et fournit, dans la direction du nord-ouest, un cours de 60 lieues, pendant lequel il reçoit de nombreux tributaires, et finalement le Guaporé,

grande rivière qui sort du flanc occidental des sierras de Mato-Grosso. Le fleuve qui résulte de cette jonction est le Madeira.

Son cours, toujours plus profbnd et plus imposant, sépare la province brésilienne de Mato-

Grosso des terres de la Bolivie et du Pérou, et parcourt une distance de cinq cents lieues, recevant successivement le Kobeirâo, le Ferreiros, le Yaciparanâ, le Jainary, le Marchado, TArariâ, l'Agenagatiminga, le Mataurâ ,1'Arâras, l'Arupuna, et une infinité d'autres rivières. Arrivé à doiize lieues de l'Amazone, il se divise en deux bras, dont le principal atteint ce damier fleuve par une embouchure de plus d'une demi-lieue de large, tandis que l'autre, coulant à l'est pendant 50 lieues, forme l'île fameuse de Tupinambarana, par sa jonction avec l'Amazone, environ vingt lieues en amont d'Obidos. Le Madeira traversant d'immenses forêts, charrie souvent des arbres entiers dans ses eaux, et c'est cette circonstance qui, en 1725, lui fit donner le nom de Madeira (bois), par Francisco de Melho Palheta, à la place de celui de Cayari qu'il avait reçu des Indiens. Cet inconvénient, qui diminue chaque jour par la défense officielle d'abattre des arbres sur ses rives, ne l'empêche pas d'offrir une belle voie à la navigation à vapeur. Grâce aux grandes îl0S (jui tempèrent de loin en loin la rapidité du

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courant, cette navigation peut atteindre jusques à 185 lieues de rembouchure. Là, commence la région des cataractes. Le Madeira n'en a pas moins de douze qui se comptent en aval et dans Tordre suivant : —

V Madeira. — Cette cataracte se trouve deux lieues au-dessous du confluent du Marmoré, point où le fleuve commence à porter le nom de Madeira- Elle consiste en un banc de rochers, dont l'étendue est de plus de demi-lieue, et sur lequel se trouvent trois écueils où les barques ne peuvent passer qu'au moyen du halage, et après avoir été déchargées. La distance pendant laquelle les marchandises doivent être transportées par terre est d'environ 300 brasses.

2^ MisERicoRDiA. — Bans la province de Mato- Grosso, à trois lieues do celle de Riberao. Les barques peuvent la franchir en remontant le fleuve, et elle est alors plus ou moins dangereuse, selon que les eaux sont plus ou moins abondantes.

3<» Riberao. — Elle est ainsi nommée du voisinage du Ribeirâo, rivière considérable qtii se jette dans le Madeira. Cinq chûtes d'eau successives composent cet écueil, qui oblige à transporter les marchandises par terre pendant une lieue. Les canots vides peuvent être halés, si ce n'est à un seul passage, assez court, où il devient nécessaire de les tirer sur la rive et de les transporter à épaules d'hommes.

4. Figueira ou Araras. — Elle est à six lieues de la cataracte de Riberîîo et a 14 du rio Guaporé. Immédiatement après cçtte chute, le Madeira tourne

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à Tonest ponrVeprendre subitement la direction du nord-^st, décrivant un coude qui limite la partie la plus occidentale du Brésil.

6. Pederneira. — A 28 lieues du confluent du -Guaporé et à 14 de la cataracte de Figueira. Cet écueil est formé par une barre de roches qui se trouve presque à fleur d'eau. A la descente, les barques vides le franchissent en- s'abandonnant au courant, qui s'ouvre un passage entre les rochers, mais à la montée, il est nécessaire d'avoir recours au halage. Quant aux marchandises, elle ont à faire par terre un trajet de 225 brasses.

6. Paredao.— On la trouve quatre lieues au-dessous de la précédente et à 32 lieues du confluent du Guaporé avec le Marmoré. Cette cataracte consiste en deux crêtes rocheuses entre lesquelles l'eau court avec beaucoup de rapidité. On la passe néanmoins sans qu'il soit nécessaire d'alléger les canots.

7. Tres-irmaos. — C'est une véritable cascade qui se prolonge pendant un quart de lieue. Les canots chargés se tirent assez facilement de ce pas en descendant le fleuve, mais en le remontant, il faut doubler le nombre de leurs rames. Cette cataracte qui est à 7 lieues de celle de Paredâo, est à 39 lieues du confluent du Guaporé et du Marmoré.

8. GiRAo. — Très-considérable et située à 8 lieues des Tres-irmaos. Elle se compose de cinq chûtes d'eau sur un espace de 3G5 brasses. L'effet qu'elle produit sur le fleuve est tel qu'il se fait sentir à plus d'une lieue dans le courant. Parvenus â cette cataracte, bateaux et marchandises

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doivent, quelle que soit la direction Qu'ils suivent, être transportés par terre.

9. Caldeir1o-do-Infekno. — Moins inabordable que la précédente, dont elle est éloignée de 3 lieues. On compte à peu près 52 lieues de cet écueil à la jonction du Guaporé avec le Marmoré.

10. MoRRiNHos. — On la rencontre 7 lieues en aval de Caldeirao-do-Infemo, au pied de trois collines sur lesquelles la salsepareille croît en abondance. On compte 60 lieues de cette cataracte au Guaporé.

11. Theotonio. — Cette cataracte est d'un aspect magnifique et constitue ce qu'on appelle une libelle horreur. Les eaux volumineuses du Madeira, divisées en quatre branches par une barre de roche, se précipitent avec un bruit formidable, dans un gouffre profond qui les vomit, à son tour, dans un canal d'où elle s'échappent encore tout écumantes. Le transport des barques et des marchandises s'effectue en suivant une étroite corniche qui longe le fleuve pendant l'espace de 250 brasses. Le saut de Theotonio se trouve à 66 lieues du Guaporé et a 6 lieues au-dessous de la cataracte de Morrinhos. C'est dans son voisinage que s'élève l'aidée des Pâmas, Indiens à demi-civilisés.

12. Santo Antonio. — A 70 lieus du Guaporé et à 186 de la rivière des Amazones. C'est le dernier obstacle qui gène la navigation en aval, et, par conséquent, le premier que rencontre la navigation en amont. Cet écueil consiste en deux îlots de rochers qui obligent le fleuve a se diviser en trois canaux où l'eau s'engouffi-e aVec une

extrême rapidité, et que les barques ne peuvent franchir qu^après avoir été allégées de la moitié de leur chargement.

Ces nombreux écueils du Madeira supérieur ralentissent, sans aucun doute, le mouvement commercial entre les provinces du Pérou et le Para, mais Thomme civilisé, qui peut aujourd'hui disposer de la poudre à canon, de la vapeur, et d'autres puissantes forces motrfces, aura raison^ tôt ou tard, de ces obstacles que la nature ne lui présente que pour lui ménager un brillant triomphe.

En rétat actuel, la navigation du Madeira est encore d'une importance majeure pour le commerce de ces contrées. Les canots employés pour le transport des marchandises n'ont pas moins de 6 à 7 pieds et demi de largeur, et peuvent porter un chargement de plus de 2,000 arrobes (environ 640 quintaux.) Lorsqu'ils descendent par leGuaporé, ils mettent ordinairement vingt jours i)our aller, de la ville de Mato-Grosso, au confluent du Marmoré, où le Madeira commence à porter son nom. Cet espace de temps parait un peu long, mais il ne l'est pas en réalité, si l'on considère que le cours du Guaporé est obstrué de sept cataractes dont plusieurs nécessitent le déchargement des marchandises. H faut 16 jours pour se rendre par eau du confluent du Marmoré à l'Amazone, et finalement, dix jours, pour entrer dans le port de Belem ou Para. Total de la navigation, 46 jours. Le même voyage, fait en remontant le fleuve, exige, suivant la saison, de trois à cinq mois.

Les rives du Madeira sont encore habitées par

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un grand nombre de tribus indiennes qui se nourrissent de fruits sauvages ou de la chair et des œufs de tortue. La fertilité de ce littoral est extrême, et il est littéralement couvert de cacaoyers, de girofliers, de salsepareilles, de vanilliers et des plantes les plus rares, qui y croissent naturellement.

Le Syringa ou Borracha, arbre dont la sève fournit le oaoutchouc,*6e trouve aussi dans les bois qui avoisinent le fleuve. H y est en si grande quantité que plus de 25 mille Tapuyas, et autant de créoles et d'étrangers, venus de tous les pays, sont journellement occupés à l'extraction et à la préparation do cette gomme précieuse, à tel point que, pour enfaciliter le transport, la compagnie des bateaux à vapeurs de l'Amazone projetait dès 1860, rétablissement d'un service régulier sur le Madeira.

Il est donc certain que la position de ce fleuve, et l'extraordinaire fécondité de son bassin contribueront chaque jour davantage à la prospérité général de cette partie du Brésil en y attirant la colonisation et l'industrie, c'est a dire le travail et les capitaux, qui produisent, à leur tour, le commerce et la richesse.

Dans ces heureuses régions, encore si peu visitées, mais dont il est connu que la température et le sol conviennent à toutes les productions de l'Europe centrale et méridionale, que de cités florissantes, que d'opulentes campagnes étonneront un jour le voyageur! Et combien redoublera son étonnement si, comme il faut l'espérer, un large canal ou un railway unit le Madeira à l'Arinos, et

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ce dernier fleuve au Paraguay ! Les deux zones extrêmes de la Sud- Amérique se donneraient alors la main comme deux sœurs.

LE TAPAJOS,

Ce fleuve a cela de commun avec le Madeira, qu'il est formé par la réunion de deux grands rivières, alimentées elles-mêmes par des cours d'eau considérables. L'une et l'autre de ces rivières naissent dans les sierras de Mato-Grosso, à une médiocre distance de la source du jifaraguay. La principale est l'Arinos, qui roule des sables d'or, et l'autre le Juruêna, qu'on pourrait appeler le haut Tapajôs.

Vingt lieuea au-dessous du confluent de l'Arinos et du Juruêna, le Tapajôs, dont la direction est constamment celle du nord-«st, reçoit, par sa rive droite, l'Azovedo^ ainsi nommé de Jean de Souza Azevedo, la premier explorateur du Tapajôs (1746.) Environ vingt cinq lieues plus bas, ce fleuve se trouve resserré entre les flancs abruptes de deux montagnes, en même temps qu'une île assez élevée divise son cours en deux bras inégaux, dont l'un, extrêmement rapide, n'a guère qu'un largeur de quinze mètres. Après avoir réuni ses deux branches et coulé pendant cinq lieues dans un lit vaste et profond, le Tapajôs court, en écumant, au milieu des rochers, durant plus d'une lieue, se grossit d'une rivière imposante dont le nom n'est pas encore connue se resserre de nouveau, pour s'élargir encore, reçoit divers tributaires, dont le plus remarquable est le Freto, roulant des eaux claires sur un fond de sable noir, arrose les petites

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villes d'Aveiro, Villa-Nova de Santa-Cruz, Pinhel, Boim, et, après avoir formé la baie qui sert de rade à Santarem, arrive à l'Amazone par une embouchure de plus d'un mille de large.

Les bords du Tapajôs sont loin d'avoir la même fertilité qne ceux du Madeira. Ils sont généralement sablonneux et dépouillés de végétation. On n'y rencontre guère que des arbustes du genre mimose et une espèce de roseau appelé taquari. Moins profond que le Madeira, le Tapajos présente cependant une navigation beaucoup plus facile, et qui n'est embarrassée que par deux cataractes. H est vrai qu'elle est moins longue de deux cents lieues.

En somme, ce fleuve est très-avantageusement placé pour faciliter les communications et le déve- ^ loppement du commerce entre une grande partie du bassin de l'Amazone et les villes de Cuiaba et de Villa Bella, les plus importantes de la province de Mato-Grosso.

LE XINGU.

De tous les affluents de l'Amazone c'est peut être celui dont la source et le bassin supérieurs sont encore le moins connus. Il nait dans la chaîne de montagnes qui sépare le province de Mato-Grosso de celle de Goyaz, et se dirige vers le nord-nord-est, entre le 14 et le 15 degré de latitude, traversant des pays habités par diverses tribus indiennes encore sauvages, entre autres par celles des Borotos et des Guiapys. Après avoir reçu le Barahù, le Bio dos Paos, le Bacaaris, ce fleuve entre dans la province de Para, s'accroît des eaux du Curruâ, du Guirini, de l'Itabaguâ et de plusieurs autres

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tributaires, baigne les petites villes de Carinis, Ananhirahi, Turuanâ, Souzel, Pombal, Veiros, Porto-de-Moz, et arrive à l'Amazone par deux embouchures, soixante lieues au-dessous de celle du Tapajos.

Le cours du Xîngù est a peu près de 300 lieues, et ne quitte guère la ligne droite, si ce n'est que, dans la voisinage d'Ananhirari, le fleuve, courant entre deux sierras, tourne brusquement à l'ouest, mais c'est pour reprendre bientôt sa première direction. Quoique le Xingù soit embarrassé de deux ou trois cataractes, produites par les montagnes qui resserrent quelquefois ses eaux, et qu'il ne puisse porter que des embarcations d'un tonnage moyen, il n'en sera pas moins d'une grande utilité au commerce de la partie orientale de Mato-Grosso, avec le Para et l'Amazone. D'après le récit des missionnaires qui l'ont parcouru, on ne saurait, du reste, mettre en doute que les vallées qu'il aiTose ne soient parfaitement salubres et d'une extrême fertilité.

LE TOCANTINS.

Bien que ce fleuve ne soit pas un tributaire de l'Amazone, qui l'augmente, au contraire, de son bras inférieur, je dois en dire ici quelques mots, par la raison qu'il appartient au système hydrographique du Brésil septentrional et complète cette échelle de grands fleuves qui, à des distances à peu près égales, coupent la rive droite de l'Amazone, et ouvrent des voies navigables jusque dans le centre de l'empire brésilien.

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Formé par la réunion de plusieurs rivières, parmi lesquelles on peut remarquer l'Urubu et le rio das Aimas, qui naissent dans les cordillères de Goyaz, le Tocantins ne devient réellement navigable qu'après sa jonction avec le Maranhâo, une lieue au-dessous d'Aqua-Quente. D'après plusieurs géographes, ce Maranhâo qui, à son origine, reçoit lui-même une petite rivière appelée Tocantins, devrait conserver son nom jusques à son confluent avec le Faranàtinga, sous le 12 degré de latitude. C'est là effectivement que paraît commencer le véritable Tocantins. Vingt cinq lieues au-dessous dti dit confluent, ce fleuve reçoit le rio de Gana-Brava, puis celui de Luiz-Alves et le Tabocas. Tournant ensuite du sud-ouest au nord, il recueille les eaux du Manoel-Alves-Salobre, et celle du rio do Somno, à 40 lieues de Luiz-Alves.

Accru par les eaux abondantes du Manoel-Al* vcs-Septentrional, qu'il reçoit 45 lieues plus bas, il tourne à Test, puis à l'ouest, et reprend finalement la direction du nord pour s'augmenter, 30 lieues en aval, des eaux volumineuses de l'Araguaia, Vingt huit lieues après, son cours, un moment empêché par les cataractes de Tabocas, se déploie dans de majestueux méandres, reçoit les eaux médicinales de l' Arari, et le petit bras . de l'Amazone; après quoi, grossi encore par le Mojii et le Guamâ, il se précipite dans l'Océan équinoxial, 25 lieues au-dessous de Para.

Depuis le confluent du Mai'anhao avec le Parauatinga, les rives du Tocantins sont peuplées de nations encore sauvages mais d'un caractère assez

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pacifique, et qui montre des tendances à la civilisation. L'établissement de colons européens dans ce pays ne rencontrerait donc pas de sérieuses difficultés, surtout s'il se faisait d'après un large plan. L'exemple donné par de laborieux travailleurs exercerait, à la longue, une influence salutaire sur l'esprit des Indiens ; ils sentiraient les avantages et la dignité de la vie civilisée, et éprouveraient le besoin de s'en procurer les jouissances. La fondation de quelques aidées, dans ces régions, aurait aussi pour résultat d'y attirer le commerce en lui fournissant une foule de produits, et spécialement la résine du syringa ou gomme élastique, appelée caoutchouc.

Le Tocantins baigne, dans la province de Goyaz, les villes de Porto-Imperial et de Sâo- Joâo-das- Duas-Barras ; dans la province du Para, les forts d'Arroios et d'Alcobaça, l'Aidée de Pederneira, les villes de Bayâo,d'Abaëte, de Beja, Condé, Camet4, et de Vigia, voisine de son embouchure. Près de Gametâ, le fleuve étend sa nappe sur une largeur de deux lieues; on peut dire cependant qu'il est moins profond que le Madeira, et même que le Tapajos.

Aflluents de la rive gauche de l'Amazone : — Le Napo. — Ce fleuve, d'une étendue de 300 lieues, coule tout entier dans le Pérou. J'ai cru, néanmoins, devoir le comprendre dans cette nomenclature, parce qu'il a été la cause de la découverte de la rivière des Amazones. C'est le sujet d'une hiàtoire curieuse qu'on a déjà racontée, mais que

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pluBÎeurs de mes lecteurs seront bien aises deretrou- Ter ici.

La recherche du métal d'où naissent les jouissances de la vie matérielle, fut constamment une des gravides préoccupations de la race humaine. Depuis Pexdédition des Argonautes et la conquête de la Toison d'or jusqu'à l'exploration des terrains aurifères de la Californie et de l'Australie, il y a* toujours eu de par le monde un certain nombre d'intrépides aventuriers, disposés à braver tous les périls, et à se lancer au milieu de l'inconnu pour atteindre, par une rare faveur de la fortune, à ces richesses fabuleuses, que le travail le plus opiniâtre et le plus intelligent ne donne qu'après un long cercle d'années, et seulement à un petit nombre de fttvoris. Au XVI siècle, époque où les romans de chevalerie errante avaient mis tous les esprits en veine de merveilleux, cette disposition à courir au loin pour se procurer d'inépuisables trésors était devenue à peu près générale.

Les Espagnols et les Portugais s'abandonnaient, plus encore que les autres peuples, à ces rêves fantastiques, parfaitement en harmonie avec leur caractère, prédisposé au grandiose et à la poésie. Conquérants d'un monde nouveau où tout était prodigieux, fleuves, montagnes, déserts, ils lâchaient les rênes à leur imagination, et ne mettaient plus de bornes à leurs fastueuses espérances, que semblaient d'ailleurs justifier les immenses richesses trouvées par Fernand Pizarre dans le royaume d'Atabaliba. Leurs entretiens ne roulaient plus

que sur la merveilleuse contrée de TEl Dorade, située, disait-on, au sein des sauvages forêts de l'Equateur. La s'élevait la grande cité de Manoa, dont la splendeur dépassait de beaucoup celle des plus brillantes villes de l'Europe et de l'Orient. Le roi de ce fortuné pays avait pour résidence un palais aux colonnes d'albâtre et de porphyre, il siégait sur une trône d'ivoire, exhaussé sur une estrade d'or ; ses soldats, revêtus de cuirasses et de casques d'or, portaient des lances du même métal ; enfin, tout le corps du monarque, enduit d'une gomme parfumée, était, chaque matin, saupoudré de paillettes d'or, soufflées au moyen d'un tube. D'autres ajoutaient que le palais royal, bâti en marbre blanc, était décoré de soleils d'or et de lunes d'argent, et que la porte en était gardée par des lions vivants, retenus par des chaînes d'or....

On était alors en 1541, et il se trouvait dans le Pérou un homme dévoré, plus que tous les autres, de cette auri sacra famés vainement stigmatisée par le poëte. Cet homme était Gonzale Pizarre, gouverneur du Pérou, et frère du conquérant de l'empire des Incas.

Décidé II tenter une expédition vers les régions où il se flattait de surprendre la métropole de l'El Dorade, il part de Quito avec trois cents soldats bien armés et quatre mille Indiens, chargés de porter les bagages et de conduire le bétail destiné à l'alimentation de toute la troupe. Elle prend la direction de l'est, franchit la zone des Cordillères, et s'enfonce dans de sauvages et ténébreuses forêts où il lui faut supporter les plus rudes fatigues, e^

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repousser les agressions de nombreuses peuplades guerrières qui lui disputent le passage.

L'&istoire, dont le premier devoir est de flétrir toute action coupable, reproche avec justice à Gonzale Pizarre d'avoir associé à l'exécution de ses projets aventureux les plus horribles et les plus inutiles cruautés. Les malheureux indigènes qui tombaient entre ses mains étaient sommés de donner des renseignements sur la position de l'imaginaire cité de Manoa, et comme il y avait impossibilité de répondre d'une manière satisfaisante, ils étaient soumis à. d'épouvantables tortures, et souvent déchirés par les dogues monstrueux que le chef de l'expédition menait toujours avec lui, et qu'il nourrissait habituellement de la chair des Indiens.

Ces actes atroces répandirent la terreur autour des Espagnols. Celles des tribus indiennes qui eussent été disposées à leur fournir des vivres ou à leur servir de guides au milieu des déserts, s'en-» fuirent comme les autres à leur approche. La plus affreuse solitude enveloppa Gonzale Pizarre et sa petite armée. Bientôt survint la saison des pluies. Alors, sans une cabane pour s'abriter, trempés jour et nuit jusqu'aux os, barrasses par d'étemelles marches, ils commencèrent à semer de leur cadavi*cs la route qui devait les conduire à la plus brillante fortune. Quant aux Indiens, demi-nus, qu'ils avaient emmenés du Pérou, ils périssaient par centaines, ce qui obligea d'abandonner une partie du bétail dans les bois et détermina l'invasion de la famine qui vint encore èclaircir les rangs.

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Enfin, après avoir supporté des fatigues inouïes et perdu près de la moitié de son monde, Gonzale Pizarre se trouva sur les bords d'un grand fleuve (le Napo), où il s'arrêta pour délibérer sur le parti qu'il avait à prendre. Il jugea naturellement qu'un cours d'eau de cette importance devait, à sa partie inférieure ou à son embouchure, toucher à des terres fertiles, capables de lui fournir toutes les provisions dont il avait besoin. Quelques rapports qu'il put recueillir sur les lieux le confirmèrent encore dans cette pensée. Il ordonna donc la construction d'un brigantin, et lorsque, après beaucoup de temps et de peines, l'embarcation fut en état de voguer, il y fit monter cinquante hommes des plus résolus, sous le commandement de Francisco d'Orellana, intrépide capitaine qui, à la tête d'un corps de cavaliers, s'était joint à lui, dans la vallée de Zumaca, plus de cent lieues à l'est de Quito, et qu'il avait nommé son lieutenant.

La mission d'Orellana consistait simplement à descendre le fleuve jusques aux lieux où il serait possible de s'approvisionner de vivres de toute espèce. Cette opération accomplie, le brigantin devait remonter immédiatement le fleuve, afin de ravitailler le camp de Gonzale Pizarre, dont la troupe, en attendant, se trouvait réduite à vivre de pêche et de la chair de quelques maigres chevaux.

L'audacieux Orellana s'abandonne donc à sa fortune, et descend le fleuve inconnu, voguant à la fois des rames et de la voile. Il avait déjà parcouru plus de cent lieues sans avoir pu trouver ce qui faisait l'objet de son voyage, lors>qu11 s'aperçoit

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qull est sur la nappe d'uu fleuve encore plus grand que celui auquel il a confié sa frêle barque. - La rivière des Amazones était découverte !

A la vue du nouveau fleuve, auquel il donne immédiatement son nom, «Orellana se laissant entraîner au désir de s'immortaliser par une grande découverte, abandonne Gonzale Pizai're à sa destinée. Ses compagnons, moins un seul, qui est inhumainement jeté sur le rivage, l'ayant proclamé leur unique chef, il descend avec eux la nappe toujours croissante du souverain des fleuves, et jouit du plus magnifique spectacle qui ait jamais ravi les yeux d'un chercheur de mondes. Cette navigation, qui dura une année et demie, s'accomplit au milieu des aventures les plus extraordinaires, parmi lesquelles figure celle où des femmes guerrières se seraient montrées sur le rivage, et auraient tenté de repousser les Espagnols. Orellana consacre sa victoire en donnant définitivement au fleuve le poétique nom de rivière des Amazones. Porté swr un Océan d'eau douce, comme le dit la relation du Dominicain frère Gaspard, il arrive enfin au golfe de Para, et touche au véritable Océan. Bientôt il achète un navire dans l'île de Cubagua et se rend en Espagne, où le gouvernement, émerveillé de son rapport, le nomma gouverneur de la Nouvelle Andalousie, c'est le nom qui fut alors donné aux régions formant aujourd'hui la partie septentrionale du Brésil. Muni de ce titre pompeux, Orellanna repartit avec quatre vaisseaux et quatre cents hommes qui lui furent accordés pour le mettre à même de compléter ses

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découvertes, mais, moins heureux que dans sa première expédition, il perdit en route trois de ses vaisseaux et ne parvint à pénétrer dans la rivière des Amazones que pour y périr de la fin la plus tragique.

Quant à Gonzale Pizarre, après avoir long-temps attendu le retour de son lieutenant, il prit le parti de retourner à Quitte, dont il était à quatre cents lieues, et où il n'arriva qu'au bout de dix-huit mois, et après avoir perdu les deux tiers des hommes qu'il lui restait.

LE HYAPURA.

Sorti d'ume chaîne des Cordillères qui appartient à la province de Micoa, voisine du Popayan, [^dans l'Etat de la Nouvelle-Grenade, ce fleuve porte d'abord le nom de Caqueta et coule vers l'est-sudest. ' Enflé par les eaux d'une multitude de rivières, il creuse son lit, longtemps inégal et semé de ro • chers, envoie vers l'Orénoque un bras qui, sur ce point, sépare le Brésil de la Nouvelle-Grenade ; entre dans la Guiane, où, après une course de 100 lieues, devenu un fleuve de premier rang, il se divise en neuf branches qui deviennent autant de nouveaux fleuves et coulent encore près de cent lieues sous les noms suivants : l' Anatiparanâ, qui se trouve le plus à l'ouest, l'Eviratiba, le Manhanâ, le Varanupâ, l'Hyapurâ, cours primitif, l'Uuanâ, le Copejâ, l'Hycarâ, et le Cadajâ, qui est le plus orientai. Ces différents fleuves, qui embrassent un espace de plus de 65 lieues, , et qui forment de grandes îles, annuellement submergées à la saison

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des crues, précipitent leurs claires nappes dans les eaux troubles et opaques de l'Amazone.

Dix lieues au-dessus de son embouchure, THyapura baigne, sur sa rive gauche, la petite ville de Maripé, les aidées de San-Mathias, Tapera, et San Joâo. Son cours , d'environ 300 lieues, est navigable pendant 160 lieues, et le serait sur une plus grande étendue, sans les cataractes qui en embarrassent la partie moyenne et supérieure. Cinquante nations indigènes habitent ses rives et conservent encore le souvenir du cruel esclavage auxquelles elles furent soumises par les premiers conquérants. Il est certain qu'il existe dans les environs de Paraurai, entre les rios Napo et Iça, une aidée qui doit son origine et son nom à un étable (cariçara), où les Indiens étaient entreposés pour être ensuite vendus comme esclaves.

Dans le voisinage de ses embouchures, l'Hiapurâ forme de grandes lagunes qui, dans la saison de chaleurs, rendent insalubre l'habitation de son littoral inférieur, mais le reste de ses rives n'est pas soumis au mêmes inconvénients ; l'air y est pur et raffraichi par les brises, ce qui, joint à l'étonnante fertilité du sol, susceptible des cultures les plus variées, ne peut manquer d'y attirer un jour la colonisation.

Ce fleuve, enfin, a figuré plus d'une fois dans les actes de la diplomatie. En 1750 et 1777, son cours et celui du Cumiari, son aiOSuent, furent choisis pour ligne de démarcation entre les possessions les plus occidentales des Espagnols et des Portugais. En 1781, cette même ligne devint l'objet des plus se-

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rieuses discussions entre les deux peuples. C'est elle, finalement, qui fut acceptée par la tribu sauvage des Muras, Quand ils conclurent avec le Directeur de Maripi, Mathias José Femandes, un traité de paix dont malheureusement ce dernier ne comprit pas toute l'importance.

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