LE RIO-NEGRO
C'est le plus grand des fleuves de la Guiane brésilienne et de tous ceux qui se jettent dans l'Amazone. Il nait, comme l'Hyapura, dans les montagnes du Popayan, Etats de la Nouvelle-Grenade ; seulement sa source est un peu plus au nord-^ est, à 2*» 30* de latitude nord, et 36° 49* de longitude ouest (f Olinda.
Ce fleuve coule d'abord à l'est, puis au sud, jusqu'au 65° de latitude, où il prend, pour ne plus la quitter, la direction du sud-est. Son cours supérieur reçoit le Tombù, le Cassiquiaré, rivière considérable communicant avec l'Orénoque; le Démiti, l'Ixié, l'Icanâ, l'Ucaiari ou Vahupé que les canots peuvent remonter pendant un espace de cinq journées. Son cours moyen, où affluent quantité de tributaires, est considérablement grossi par les eaux du Seriuini, de l'Araçâ, d\i Padauari, rivière navigable qui n'est qu'à une demi-journée de l'Umauoca, affluent de l'Orénoque ; par le Darahâ, le Maraviâ, l'Inebù, le Cauaburi, le Baruri, voisin de Taldée de Marina, le Maranacoâ, le Cunimarû, l'Uarirâ, le Xibarù, le Matiqué, le Mabâ' l'Urubaxi, l'Ajuanâ, l'Inuixi, le Xiurâ, le Meriâ, le Guriuriàu. Enfin, les principaux tributaires du cours inférieur sont : le Bio-Branco, ainsi
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nommé de la blancheur singulière de ses eaux, le Jaguapéri, PUacriâu, le Curerù, TAnavilhâna, rAiurinî, Tlnuini.
Parmi ce grand nombre d'afBuents, deux surtout sont remarquables par leur importance et leur x^sition géographique. Ce sont les rios Cauaburi et Branco.
Le premier, parfaitement navigable dans une grande partie de son cours, ouvre dès aujourd*htd une voie de communication entre l'Amazone et rOrénoque. Cet itinéraire, qui n'est point tracé sur les cartes, consiste à passer de l'Amazone dani^ le Bio-Negro, de celui-ci dans le Cauaburi, d'où l'on arrive successivement dans le Maturacâ, l'TTmari* nauhi, le Beriâ, le Bacimoni, le Cassiquiari et finalement dans TOréneque. C'est un voyage de quinze jours que l'on peut accomplir s'en poser le pied sur terre. Quelques journaux d'Europe on cru émettre une idée nouvelle en essayant de démontrer la possibilité de faire communiquer l'Amazone avec rOrénoque: eh bien! elle existe cette communication dont on fait l'objet d'un problême. Au défaut de l'homme, la nature a pris la peine de la réaliser ; seulement si, en attendant les chemins de fer, un habile système de canalisation venait perfectionner l'œuvre de la nature, il est hors de doute qu'on arriverait facilement à établir une relation plus directe et plus active entre les deux grands fleuves qui servent de véhicules à tout le commerce de l'Equateur. Je me réserve, au reste, de présenter bientôt quelques réflexions générales sur les avantages que l'Amazonie pourrait retirer de
rétablissement de canaux qui doubleraient Putilité de la plupart de ses fleuves.
Bien que le Eio-Branco ne débouche pas directement dans l'Amazone, son importance n'en fait pas moins une des grandes voies navigables de la Guiane brésilienne. Ce fleuve, qui vient des montagnes de Paracaïma, recueille, pendant un cour^ de plus de cent lieues, les eaux des larges vallées de la zone torride, et se jette dans le Rio- Negro par quatre embouchures inégales, envirou à 140 lieues du confluent du Jamundâ. Quelquesuns donnent à la partie haute de son cours le nom d'Uraricoera, tandis que d'autres prétendent que cette dénomination appartient à un fleuve spécial dont la jonction avec le Tacutû formerait le Rio- Branco. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'une distance de quelques lieues sépare à peine ses affluents supérieur du rio Repunuri, qui se jette dans l'Ecequebo, par lequel on atteint à. la Guiane anglaise et hollandaise, et aux Etats de Venezuela.
H est fâcheux que, 64 lieues au-dessus .de son embouchure, le Rio-Branco soit obstrué par les cataractes de S. Filipe, Rabino, Pancada-Grande et Cachoeirinha, qui s'étendent sur une distance de près de 35 lieues, c'est-à-dire tout le temps que le fleuve traverse une haute chaîne de montagnes. L'ensemble de ses rives présente des contrastes assez frappants : au-dessous des cataractes, elles sont du plus bel aspect mais humides et malsaines ; dans la région des montagnes, elle ont quelque chose de triste mais aussi de majestueux ; passé ce point, elle s'élargissent en plaines fertiles où l'on
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élève un excellent bétail que rinsoùcîance dea pâtres laisse trop souvent dévorer, par les bêtes sauvages. J'ajouterai que la température de cette zone est parfaitement salubre et peut être assimilée à celle du midi de l'Europe. Les rives basses du fleuve et celles de ses lagunes sont extrêmement favorables à la culture du riz, de l'indigo, du coton, du cacao, du tabac et du café. Le vanillier, le syrînga, le giroflier, la salsepareille, la plupart des produits dont la médecine et la droguerie font un fréquent usage abondent sur le reste du littoral, où l'on trouve aussi d'excellents bois pour la menuiserie. Enfin, les eaux du Rio-Branco sont très-, poissonneuses, et la préparation du pirarucù, de \di vache marine (peixe-boy), et du beurre de tortue occupe toutes les années la majeure partie de la population des aidées riveraines.
La contrée où ce fleuve prend sa source, et qui passait autrefois pour être celle de l'El Dorade, a longtemps excité la convoitise des espagnols et occasionné de fréquentes collisions entre eux et les Portugais, premiers possesseurs de la Guiane. Les Hollandais, à leur tour, n'ont pas manqué de prétextes pour essayer de s'établir sur le Rio-Branco. Leurs efibrts n'ont pas été plus heureux que ceux des Espagnols. Délivrées des attaques de ces incommodes voisins, les colonies portugaises ne furent pas au bout de leurs épreuves : en 1836, un missionnaire anglais, M.Youd, s'étant établi à l'aidée de Pirarâ, dans le voisinage du lac Amacù et du Rio-Branco, y fit quelques prosélytes parmi les Indiens. Mais, au bout de quelques années, sur
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les réclamations du gouvernement brésilien, il fut obligé de se retirer au nord du rio Repuni, où quelques indigènes le suivirent. Les choses en restèrent là jusqu'au 7 février 1842. A cette date, un colonel, trois officiers et 40 soldats anglais, ayant avec eux trois pièces de canon, se rendirent auprès de Paldée de Pirarà, sur les bords du lac Amacù, où ils construisirent un fort au haut duquel ils plantèrent le drapeau de leur nation. A la suite de cette démonstration, le missionnaire José dos Santos Innocentes dut, à son tour, se retirer vers le fort de San-Joaquin. Depuis, par un arrangement survenu entre les deux nations, le lac d' Amacù et ses environs ont été déclarés propriétés neutres.
La population de ces extrêmes frontières du Brésil a été considérablement diminuée par Tinsurrection de Praia de Sangues et les mesures sévères qu'elle a nécessitées. Un grand nombre d'Indiens ont abandonné la contrée pour se retirer dans les établissements hollandais de Surinam, où ils étaient sûrs d'être parfaitement accueillis. Les rives du Rio-Bianoo supérieur n'ont guère aujourd'hui qu'un millier d'habitants, qui, de même que les indigènes, entretiennent des relations commerciales avec le Guiane anglaise et h<^landaise.
Retournons au Rio-Negro, que les Indiens appellent Guriquacurù. Comme l'indique son nom portugais, ses eaux, particulièrement dans les endroits profonds, présentent une teinte noirâtre, due aux parcelles de cuivre dont elles sont surchargées. Son cours, de plus de 300 lieues, est d'une facile navigation, jusqu'à 160 lieues au-dessus de son conflu-
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ent ; à partir de ce point, il est, pendant 75 lieues, obstraé par un assez grand nombre de cataractes dont les principals sont: Maracabi, Cojubi, Tumas, Crocobi, Caldeirâo, Paredâo et Caranguejo. Tous ces écueils nécessitent le déchargement des canots, et, quelques-uns, leur transport par la voie de terre. Comme TAmazone, ce fleuve ^st semé de grandes lies, dont la plupart disparaissent annuellement sous les eaux. La partie de son littoral inaccessible à l'inondation est sablonneuse et généralement peu boisée, mais la partie sur la quelle les eaux peuvent jeter leur limon est d'une incroyable fertilité, surtout, dans les environs des lagimes, où l'on commence à créer de belles rizières. On rencontre, du reste, sur les rives du Rio- Negro, les plantes et les arbres que j'ai déjà signalés en parlant des autres fleuves, et, de plus, des végétaux dont le nom et les propriétés sont encore ignorés. Beaucoup de gros poissons et de tortues habitent ses eaux, tandis que le coq de montagne et le rossignol voltigent ou chantent sur ses bords, peuplés de trente ou quarante nations encore sauvages.
Le premier qui ait parcouru le Rîo-Negro est le Capitaine-major Pedro Texeira, lequel, en 1637, découvrit son embouchure en remontant l'Amazone pour aH|r au Pérou. Dep\iis, plusieurs missionnaires y fondèrent des établissements pour convertir les nations sauvages qui habitent en nombre les deux rives du fleuve. Leurs travaux, et ceux des colons qui vinrent, plus tard, fonder des établissements dans le pays, ont puissamment contribué à y développer la civilisation. Le bassin du
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Bio-Negro ,esfc aujourd'hui rempli de petits centres de population, présentant un eflFectif de 25 à 30 mille habitants, occupés de la culture du riz, du café, du tabac, du coton, de Tindigo de la mandioca. Outre ces produits, l'excessive fécondité du sol, permet encore délivrer à l'exportation: delà résine, de Tandiroba, de la vanille, des clous de girofle, du cacao, des noix muscades, des marrons, des étoupes, des bois fins, de beurre de tortue et de vache marine, de l'huile de copahu, des toiles de coton, du pirarucù, du puxiri, de la salsepareille, de l'urucù, et une foule de plantes ou de drogues médicinales. On voit que la vie agricole et industrielle commence à se produire dans ce pays, que serait-ce donc s'il possédait une population proportionnée à sa vaste étendue ? Quant à moi, je ne doute pas un instant que les rives du Rio-Negro ne se couvrent un jour de villes populeuses qui relieront la Guiane aux ports de l'Océan. •
LE JAMUNDA.
Sans égaler en importance les grands fleuves que nous venons de passer en revue, le Jamunda mérite de figurer dans le système hydraugraphique de l'Amazonie. Né dans les hautes montagnes de l'Equateur, son cours, qui 5e dirige du nord au sud et sépare en deux parties la Guiane brésilienne, traverse les lacs de Pharo et se jette dans l'Amazone par deux embouchures, formant une île large de plus de 14 lieues. Un peu au-dessus de ce point, le Jamundâ communique avec le Gurupatùba ou Iriquiriqui, dont les eaux baignent la ville de Saracâ.
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H paraît que c'est sur les bords du Jamundâ que Taventureux Orellana rencontra ces fameuses Amazones dont l'histoire, longtemps controversée, est aujourd'hui traitée de fable et même de mensonge. Les plus modérés prétendent que le navigateur Castillan et ses compagnons prirent pour des femmes les guerriers d'une nation imberbe dont il eut à repousser les agressions. La critique moderne aime à procéder carrément, et n'y va pas de main morte pour contesifer les faits dont le cours du temps a rendu la preuve diflEicile. On regarde comme très-philosophique cette méthode facile de tout nier, empruntée aux écoles sceptiques de l'Allemagne : je crois franchement qu'elle ne l'est pas le moins du monde, puisqu'elle met en péril la certitude de la plupart des événements historiques. Il est possible et même probable que le classique souvenir des Amazones duThermodoon, et plus encore le désir de se faire pardonner sa désertion, et de disposer la Cour d'Espagne à luifoumir les moyens de poursuivre ses découvertes, ait exercé une certaine influence sur l'imagination d'Orellana, mais, après tout, le fait qu'il rapporte n'a rien d'invraisemblable, surtout quand on pense que ce fait le fit renoncer à la gloire de donner son nom au premier fleuve du monde. On conçoit facilement que les femmes des sauvages aient pu figurer dans la lutte engagée avec les Espagnols; elles ont dû intervenir soit pour secourir les blessés, soit pour encourager les guerriers, soit même pour prendre part au combat, comme le firent les femmes des Cimbres et des Teutons qui résistèrent aux légions
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de Marîus. Pour peu que les circonstances s'y soient prêtées, il n'a point fallu de grands frais d'imagination pour transformer ces héroïnes sauvages en Amazones.
Il y a plus : l'existence d'une tribu indienne, exclusivement composée de femmes, est appuyée sur des preuves de nature à faire impression sur les esprits les plus judicieux. Sans parler du rapport fait à la Condanime par le Sergient-Major indien Pacorilha, affirmant que* ses vieux parents lui avaient raconté plus d'une fois l'histoire des Ama* zones ; sans invoquer non plus le témoignage du jésuite Christovâo du Cunha, qui fit le voyage du Pérou au rio Jamundâ pour éclaircir ce point d'histoire, il est positif que les profondes vallées, arrosées par le cours supérieur de ce fleuve, ont reçu des Indiens le nom de pays des Amazones (Uacamiâba) et que, d'après les mêmes Indiens, il existerait encore un certain nombre d'Amazones (Yeamiabas) dans les plus hautes régions du même pays.
Il parait, du resté, que ces femmes guerrières n'étaient pas aborigènes de la Guiane. Dans sa " Noticia do Brazil " le savant Gabriel Soares assure qu'il existait sur les bords du San -Francisco, dans la province de Bahia, une tribu féminine sans cesse en état d'hostilité avec les Amoipiras et les Ubiâras. A l'époque où les Tupinambas, poursuivis par les Portugais, allèrent s'établir vers le nord entre le Tocantins et le Madeira, ces Amazones partagèrent leur destinées. Seulement, pour mieux assurer leur indépendance, elles passèrent le fleuve qui devait un jour porter leur nom, et s'établirent
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sur les rives du Jamunda. Si, plus tard, elles dé* ployèrent tant de courage pour s'opposer au débarquement d'Orellana, c'est qu'elles savaient par tradition combien le voisinage des Européens était redoutable pour les peuplades indiennes.
Ce que Ton raconte des mœurs et des coutumes de ces Amazones sauvages ressemble beaucoup à ce qu'on lit dans le poëme des Argonautes de Callimaque au sujet des femmes libres de l'île de Lemnos. Afin de prévenir l'extinction de leur race, ces guerrières donnaient de loin en loin l'hospitalité aux étrangers, venus des contrées voisines. A une nouvelle visite, elles avaient grand soin de rendre les enfants tnâles à leurs pères, ne gardant pour elles que les filles. Ces nomades époux étaient choisis le plus souvent dans la tribu des Guacaris, mais on prétend qu'ils trouvèrent plus d'une fois des rivaux heureux parmi les Pariques, les Apotos, et les Tagaris, tant il est vrai que le beau sexe est né pour être volage !
LE TROMBETAS.
Appelé Oriximina dans la langue des indigènes. Quand le navigateur qui descend l'Amazone a laissé, à sa droite, le lac Yrati et l'île de Maracausù; à sa gauche, la double embouchure du Jamunda, le fleuve s'élargit à prendre l'apparence d'une mer. Alors, si l'on promène ses regards vers la côte du nord, on découvre une petite chaîne de collines, la seule qui, avec le mont Parentins, pointe sur la surface de la vaste plaine, courant des rives du Napo, jusqu'aux falaises de l'Océan. C'est au pied d^ ces collines que le Trômbètas "se décharge dans
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TAmazone par deux bouches inégales et que sépare une faible distance. Ses rives, bordées de grands châtaigners qui fournissent d'utile matériaux à la construction, ont un aspect majestueux, et rien n'approche du gracieux tableau que présentent les plantations de cacoyers des environs d'Obidos, jolie petite ville située sur une éminence que baignent les eaux du fleuve.
Le Trombetas sort du même système de montagnes que le Jamundâ, et coule comme lui du nord au 'sud. C'est, après la Napo et le Eio-Negro, l'affluent le plus considérable de la rive gauche de l'Amazone, aussi quelques auteurs placent-ils sur SCS rives la rencontre des guerrières sauvages avec Orellana. Quoiqu'il en soit, la position de ce fleuve peut faciliter les communications entre la Guiane française et la province du Para. Malheureusement, les marécages répandus dans ces régions brûlantes y entretiennent les fièvres typhoïdes, et en écartent les populations de race européenne. Quelques nations indiennes qui vivent de chasse ou de vol de bétail, habitent seules ces déserts où Phomme civilisé n'étendra ses conquêtes qu'au prix de mille périls, et de grands travaux d'assainissement.
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