MANAOS OU RIO-NEGRO
Le territoire de ce terme s'étendant sur le confluent du Rio-Negro et sur la rive gauche de l'Amazone, est d'une fertilité supérieure encore, s'il est possible, à celle du reste de l'Amazonie. Aussi, malgré la préférence que les habitants ont jusqu'ici accordée à la pèche du pirarucù, du peixeboi et de la tortue, et surtout à la recherche des produits sylvestres, les campagnes qui environnent la capitale de ce terme commencent à se défricher et à se couvrir de plantations de cacaoyers.
Manâos, capitale du terme, de la comarque et de la province de la Haute- Amazone. Cette ville, qui forme le municipe dit de la capitale du Rio- Negro, est située sur la rive septentrionale, à 3 lieues au-dessus de son confluent, à 81 lieues de l'embouchure du Jamundâ, à 3° J de latitude sud, et à 25** 17' de longitude ouest d'Olinda. Manâos n'était, dans l'origine, qu'un simple fort appelé S. José do Rio-Negro, élevé par les Portuguais pour se ménager une retraite ou un pied-à-terre
lorsque, sans resi)ect pour les droits de Itumanîté, ils parcouraient les forêts Voisines afin d'y capturer de pauvres sauvages qu'ils allaient vendre comme esclaves aux nouveaux colons de la Basse- Amazone. Quelques familles des Indiens Banibas, Passés, Bores et Manâos, auxquelles se joignirent plusieurs Portuguais, s'établirent plus tard autour du fort, qui portait alors le nom de Barra-do-Rio-Negro Au XVII siècle, cette aidée fut élevée au rang de ville et devint la capitale de la comarque du Rio- Negro, laquelle fut supprimée à l'avènement du gouvernement impérial. En 1836, l'assemblée provinciale du Para, désirant conserver le nom de la nation indienne la plus considérable de ces contrées, substitua le nom de Manâos à celui de Barra-do- Rio-Negro. Depuis qu'une partie de la population du rio Madeira est venue s'établir dans cette ville» elle se trouve, sous tous les rapports, dans un état réel de prospérité. On y voit quelques édifices élégamment construits, une cordonnerie, un four pour les toiles et les tissus, une fabrique d'étofies de coton, entretenue par le gouvernement. Ses rues, qui pourraient être mieux alignées, sont formées de maisons bâties en briques et dont l'effet charme le coup d'œil. On y remarque une place bien disposée, une caserne, une église, divers édifices publics.
La position de Manâos en fera un jour une des plus importantes villes de la Haute- Amazone* Elle est déjà l'entrepôt de tout le commerce d'importation et d'exportation qui se fait dans l'immense bassin du Rio-Negro, commerce qui ne peut man-
quer de prendre chaque jour plus d'extension et d'activité, à mesure que le pays se peuplera de travailleurs.
L'aspect de Manâos est des plus gracieux. De la colline sur laquelle il est bâti et que divisent trois ruissseaux que Ton passe sur autant de ponts de bois, les regards se promènent agréablement sur les grandes eaux et les vertes îles du fleuve baignant une luxuriante campagne où la nature semble se plaire à semer les plus belles fleurs et les plus rares produits.
Les révolutions qui ont passé sur le sol de l'Amazonie, spécialement celle de 1835, ont laissé des traces profondes dans Manâos ; heureusement cette rude expérience n'a pas été perdue ; le bon esprit de la population a compris que, sans la tranquillité que l'ordre seul peut donner, il n'y avait pas de prospérité possible pour des contrées où tant de choses sont encore à créer.
La population de Manâos «t de ses environs se compose de 1,200 blancs, de 4,000 indiens, de 600 métis et d'à peine 400 esclaves, le tout formant un millier de feux, assez disséminés, Les habitants de race indienne sont aujourd'hui parfaitement civilisés Ils s'habillent a la mode d'Europe et avec une certaine recherche ; les femmes, qne la nature y a douées d'une grâce particulière, mettent beaucoup de goût et quelquefois même du luxe dans leur parure; enfin ce peuple, chez qui l'usage des bains est très-répandu, paraît faire de la propreté sa qualité spéciale, Comme dans la plupart des villes de l'Amazonie, la saison d'hiver, c'est-à-dire
celle du débordement des eaux, se passe en fêtes à l'église, en festins, en repas, en bals, en promenades snr la place publique ; la saison d'été, ou celle de la baisse des fleuves, est le temps des travaux divers. Ils consistent, pour le plus grand nombre, dans la pêche du pirarucù, la fabrication du beurre de tortue et de peixe-boi, et la cueillette des drogues précieuses. Les travaux agricoles s'y bornent à la culture d'un peu de cacao, de café, de coton et de quelques plantes alimentaires, la principale nourriture étant fournie par le beurre de tortue, le peixeboi et le gibier volatile, dont regorgent les forêts voisines. On n'y fait guère usage de la viande que le dimanche, si ce n'est dans la saison du débordement, lorsque le bétail, obligé de descendre des rives dû Bio-Branco, devient plus abondant autour de la capitale.
Manâos étant le centre administratif de toute la Haute- Amazone, est la résidence du président de province, d'un vicaire-général, d'un commandant militaire, d'un juge de droit, d'un inspecteur du bureau des finances, d'un délégué de la police et de divers autres fonctionnaires. La population y parle concurremment les langues indienne et portuguaise
Pour se donner tout à fait les airs d'une capitale, Manâos possède quatre compagnies de milice citoyenne qui paradent pompeusement tous les dimanches sur la place de la caserne. Cette ville est aujourd'hui fréquemment visitée par les Européens ; plusieurs même s'y sont établis et paraissent trèsheureux. Je ne citerai qu'un italien du nom d'An-
178 HAUTE-AMAZONR
toni, homme encore plein de sève et de vigueur, venu il y a une trentaine d'années en qualité de pilote» et qui, après avoir amassé une nâsonnable fortune, vit tranquille à Pombre de ses bananiers. H n'a pas, du reste, oublié sa première profession, et l'on peut affirmer qu'il n'est personne dans le pays connaissant mieux que lui les passes et les écueils de tous les fleuves des environs. Ses renseignements, précieux à plus d'un égard, sont souvent recherchés par les gens du pays.
Le terme de Manàos contient encore les muniâpes de Sylves et de Serpa.
SYLVES OU SARACA.
Sur la rive gauche de* l'Amazone et près des bords du lac Saraci,, 20 lieues à l'ouest de Faro. Cette petite ville a commencé, en 1663, par être une aidée d'Indiens catéchisés, et ce n'est qu'en 1759 qu'elle a reçu le titre de ville sous le nom de Sylves. Sa population, qui approche de 4,000 âmes, est la plus considérable de la Guiane de la Haute- Amazone, après celle de Manâos. Elle s'occupe de la culture du tabac, qui est le meilleur de cette comarque ; du coton, du cacao, du café, de la confection de toiles de coton et de la gomme élastique ; de la pêche du pirarucù et du peixe-boi. La plu-
part de ces produits sont exportés au Para.
Le lac Saracâ, sur lequel est située la ville de Sylves, communique avec le rio Urubu par un canal naturel et forme le rio An iba ou Saraca, qui va se jeter dans l'Amazone. Le terrein qui existe entre ce dernier fleuve et le lac présente diverses pétrifi-
cations attribuées à la nature particulière des eaux d'une sorte de gave ou grand ruisseau qui traverse ce municipe.
SERPA.
Sur une île formée par les confluents des rios "Urubu et Aniba, sur la rive gauche de l'Amazone. Voici ce qu'on raconte de l'origine de cette ville : Des missionnaires avaient réuni en famille un certain nombre d'Indiens sur les bords du Madeira, à l'endroit où ce fleuve reçoit le Mataurâ ; mais des sauvages de la nation des Mùros ne cessant de les inquiéter, ces néophytes passèrent sur la rive droite du Madeira et s'établirent près du rio Abaconi, à l'embouchure du Furo-dos-Tupinambaranas. L'aidée qu'ils y fondèrent prit, en 1759,1e titre de ville. Toutefois, comme les Mùros continuaient à les maltraiter, la ville de Serpa fut transférée tout entière dans l'île où elle est .encore aujourd'hui, et danfif laquelle ses habitants cultivent tranquillement le cacao, la salsepareille, le café, le gérofl^ et le coton.
Comme les terres de ces parages sont aussi fertiles que bien placées pour le commerce, la Compagnie des bateaux à vapeur de l'Amazone, qui ne néglige rien de ce qui peut accroître le bien-être du pays, avait établi à Itacoatiara, près de Serpa, une colonie agricole et industrielle, composée en grande partie de Chinois et d'Africains. Cette charmante localité est certainement une des meilleures que l'on puisse choisir pour établir une colonie. Malheureusement, la bonne volonté des colons n'a pas répondu à celle de la Compagnie, et l'essai, tenté sur
un large plan, a été complètement infructueux. n n\existe plus de cet établissement qu'une scierie et une fabrique de tuiles.
TERME DE BARCELLOS.
Le terme de Barcellos ou Mariûa faisait partie autrefois de la comarque du Rio-Negro, qui a cessé d'exister depuis la nouvelle division de la Haute- Amazone. Il comprend la partie du Rio-Negro qui est au-dessus de l'emboucliurednRio-Branco, c'està-dire la ville de Barcellos ou Mariùa, et les paroisses Altarendaùa, Aracari, Carmo, Coboquéna, Bararoa, Santa-Izabel, Marabitanas et quelques autres, le tout représentant une population de 10 à 12 mille âmes.
BARCELLOS OU MARIUA.
Cette petite ville, dont la population, d'environ 2 ,000 âmes, est à peu près exclusivement composée des descendants de différentes nations indiennes, se trouve sur la rive droite du Rio-Negro, entre les rivières Uatanari et Baruri, en face de Buhibuhi.
Elle est à 91 lieues du confluent du Rîo-Branco et 169 lieues du Jamundâ. Latitude, 00** 58' sud, longitude, 28** 23' ouest d'Olinda.
C'était l'aidée du chef Manâos-Camandri, lequel, à la prière de sa mère, la donna à la mission des
Carmélites. En 1754, elle fut choisie par le gou-
vemeur d'Etat, Francisco-Xavier de Mendoça Fortado, pour être le siège de la commission hispanoportuguaise chargée de déterminer les limites du pays. Cette circonstance fut si favorable à son agrandisssement que, dès 1758, elle était décorée du titre de ville, sous la dénomination de Barcellos, et déclarée capitale de la capitainerie du Rio-Negro. En 1759, la même commission s'y réunit de nouveau pour le même objet, les députés portuguais étant présidés par le gouverneur déjà nommé, et les députés espagnols par don José de Iturriaga. En 1780, la même ville devint la résidence du général plénipotentiaire Joao Pereida Caldas, commissaire pour la délimitation des frontières du Eio-Negro et Mato-Grosso.
En 1790, le gouverneur Manoel de Gama Lobo da Almada lui ôta le titre de capitale pour le transférer à Manâos ; elle le recouvra en 1798, quand le gouverneur fut remplacé par le gouverneur d'Etat, don Francisco de Souza Cotinho, mais ce fut pour le perdre définitivement en 1804.
De cette époque date la décadence de Barcellos. Dès 1775, les Indiens, fatigués du régime auquel les soumettaient les jésuites, avaient commencé à retourner dans leurs déserts, mais depuis 1804, la translation définitive du gouvernement provincial
à Manâos a paru compléter sa ruine. Le palais du président et les maisons des principaux fonctionnaires ne sont plus qu'un tas de décombres. A peinei quelques cabanes et quelques maisons qui essaient de se grouper, signalent aujourd'hui aux navigateurs du Kio-Negro la ville où la diplomatie s'est montrée autrefois aussi artificieuse et aussi habile que dans une grande capitale de l'Europe.
Aujourd'hui qu'un mouvement de régénération semble se réaliser par tout le bassin de Rio Negro, il est hors de doute que Barcellos recouvrera et dépassera même sa première prospérité. Sa position avancée sur un des plus grands fleuves de l'Equateur, on fait un point qui sera nécessairement fréquenté lorsque le commerce et l'industrie songeront à mettre à profit les trésors naturels enfouis encore dans les solitudes de la Haute-Amazone.
Déjà les habitants du terme de Barcellos paraissent comprendre les avantages de la vie active et du commerce: ils exportent une certaine quantité de riz, de tabac et de café ; des toiles de coton, des filets de maqueira élégamment ornés de plumes ; du peixe-boy, du beurre de tortue et des drogues pour la pharmacie.
Je termine ce paragraphe en rappelant à mes lecteurs que Barcellos a été le berceau d'un poète lyrique, plein de verve et de génie, Bento de Figueîredo Tenreiro Aranha. H était impossible que le beau climat de l'Amazone n'inspira pas quelqu'un des compatriotes du Camoens, et ne prouva une fois de plus la justesse de l'adage fameux : " Facit admiratio versum."
Maués ou Lusea est le troisième département ou terme de la cpmarque de la Haute-Amazone. Il était compris dans la région appelée autrefois Mundurucania, laquelle s'étendait de Test à l'ouest, entre le Tapajos et le Madeira, du nord au sud, entre l'Amazone et Mato-Grosso. Le terme de Maués est donc borné au nord par l'Amazone; à l'ouest par la province du Para et de Tupinambarana; au sud, par Mato-Grosso, à l'ouest par la comarque de Solimôes. Il comprend la ville de Maués, autrefois Lusea, les aidées de Tupinambarana, Canoma,.
Araretama, Maçari, et Borba, formant une population de 10 mille âmes.
Maués ou Lusea, capitale. Elle est sur la rive droite du Rio-Maué-açu, petit affluent de la rive gauche du Madeira, que ce fleuve reçoit 40 lieues environ avant de se jeter dans l'Amazone. C'était primitivement une mission formée par les Maués, nation indienne la plus nombreuse de ces contrées. Sa fondation, qui ne remonte pas au-dessus de 1798, eut lieu sous les auspices du comte dos Arcos, gouverneur, et des capitaines Luiz Pereira da Cruz et José Rodriguez Porto.
Cette ville la plus importante de cette partie de la Haute-Amazone, se trouve dans la voisinage des principales habitations des Indiens Maués, d'un ca" ractère assez porté à la civilisation; on avait donc la^ légitime espérance de la voir promptement s'accroître
en population, quand les troubles politique de 1838, pendant lesquels Maués a été pris et repris par les insurgés et les impériaux, réduisirent ses habitants à la misère. Il commence, pourtant, à se relever, et la population s'accroît tous les jours ainsi que les cultures de cacao, de coton, de guaranâ, de tabac, et de café, qui font son occupation principale quand elle ne se livre pas à la pêche de pirarucû et du peixe-boy ou à la recherche des drogues et des épices spontanées.
Maués possède aujourd'hui un collège électoral, un Jurj, une école primaire qui, avec celle d'Araretama, et de Tupinambaranâ représent dans cette comarque, le somme de l'éducation populaire.
COMARQUE DU SOLIMOES.
Teffe. — Les Portugais désignèrent autrefois par le nom de Solimôes la partie de la rivière des Amazones compr^^e entre l'embouchure du Rio« Negro et la frontière de Tabatinga, au confluent du Javari.
Les anciens géographes entendent aussi par cette dénomination. Cette vaste partie de la Haute- Amazone, bornée à Test, par le Madeira ; au nord, par l'Amazone et le Solimôes, à Pouest, par le Javari; au sud, par la parallèle de la cataracte de Santo- Antonio sur le Madeira.
Aujourd'hui, dans la division politique de la province de la Haute-Amazone, le Solimôes et une immense comarque destinée à en fournir un jour un grand nombre d'autres, et dont voici les limites 17— A l'est, le terme de Maués; au nord, celui de Manâos et de Barcellos; à l'ouest, l'Etat de l'Equateur ; au sud, le Pérou. Elle compte environ 180 lieues de long, du Javari au Purùs, et 130 lieues de large, de l'Amazone ou Solimôes au parallèle de la cataracte de Santo- Antonio.
Tandis que les extrémités orientales du Solimôes sont submergées par les eaux du Madeira et celles des lacs Autazes, les limites occidentales de la même contrée sont envahies par le cours inférieur du Javari. L'état du sol est beaucoup moins uniforme dans la partie centrale : au-dessus de ses cataractes, les deux rives du Jutahi s'élargissent en grandes plaines couvertes d'excellents pâturages ; le Surucù traverse au contraire un terrain pierreux et inégal; les rives du Teffe, du Coari, du Pm*ùs, 5ont basses, dépouillées, interrompues par de petites collines ; enfin, une partie assez étendue des bords de l'Amazone sont escarpés, couronnés d'épaisses forêts, et s'éboulent perpétuellement dans les eaux qui les rongent.
La région du Solimôes est d'ailleurs très-peu
connue, si ce n'est la partie qui touche à l'Amazone. On n'a guère navigué sur le Purùs, et guère plus sur le Juruâ. Enfin, l'intérieur de ce pays et sa frontière australe sont encore à explorer. On sait seulement qu'il est coupé par les fleuVes dont je viens de parler, auxquels il faut joindre le Paratairi, qui n'est que l'écoulement des lacs Autazes; le Caiamé ou Catud, par lequel on suppose que les femmes guerrières de la province de Bahia descendirent dans le Paranâ-açù, aujourd'hui rivière des Amazones ; l' Acaricoâra, l' Aucruhi, le Jundiatiba, le Comatiâ et une infinité d'autres. Tous ces cours d'eau paraissent venir des sierras péruviennes. Quelques géographes veulent même que l'Amazone sotte du lac Rogaguallo dans la Bolivie. Je laisserai de côté cette opinion, non-seulement parce qu'elle est oisive, mais parce qu'elle est absurde. La position du cours supérieur de l'Amazone est trop occidentale pour le faire venir du plateau de la Bolivie, d'où descend le Madeira ; d'ailleurs, on sait aujourd'hui qu'il existe entre ces deux points une haute chaîne de montagnes qui, se déroulant dans la direction du nord-est, intercepterait nécessairement le cours d'un fleuve se dirigeant du lac Rogaguallo vers les Andes -équatoriales, d'où l'on voit descendre l'Amazone* H semble, de prime abord, qu'on devrait douter de la salubrité d'un pays où tant de fleuves et de lacs épanchent leurs cours sous un soleil puissant, au sein d'une terre couverte de tant de dépouilles végétales et animales : eh bien ! on serait dans l'erreur: pour peu qu'on ait la précaution de ne pas
établir sa demeure dans les bas-fonds où les eanx croupissent et où les vents n'arrivent pas, on respire un air pur, rafraichi par la présence des eaux, embaumé par le» senteurs suaves des bois, doucement agité par les ailes infatigables des brises, et Ton se trouve enfin dans de telles conditions d'hygiène que, non-seulement on y conserve sa santé mais qu'on peut au besoin l'y rétablir.
Aussi, s'en faut-il bien que ce pays ait jamais été un désert. On y a compté plus de 60 nations indigènes, entre lesquelles les Muras se faisaient remarquer par leur indifférence pour la civilisation, les Jumâs par leur caractère indocile, les Parupurus par la couleur fauve de leur peau, les Cauanas par leur stature chétive, les Cambébas par leur douceur et leur tendance à se civiliser, les Maioru nus par un horrible goût pour l'anthropophagie.
Par la fertilité de son terrain et l'incroyable variété de ses produits naturels, le Solimôes ne le cède en rien au reste de l'Amazonie. On commence même à y cultiver le coton, le tabac et le café.
La population civilisée, européenne ou indienne est clair-semée encore sur ce vaste territoire où elle pourrait se répandre à millions. La comarque de Solimôes ne se compose que d'un terme, qui est celui de ;
Teffe ou Ega : Petite ville d'environ 1200 mille habitants, avantageusement située sur la baie de Teffe, formée par le fleuve du même nom deux lieues avant sa jonction avec l'Amazone, à 107 lieues du l'embouchure du Jamundâ et à 330 de
Belem; latitude 3*j 17* sud, longitude 30 31 ouest d'Olinda. C'était une des sept missions fondées au commencement du XVII, siècle par le P. Samuel Fritz. Après sa mort, en 1709, cet établissement eut beaucoup à souffrir des persécutions du jésuite Sana. Les Indiens se dispersèrent, et la mission était perdue lorsque le P. André da Costa vînt la relever en y joignant quelques familles indiennes qu'il avait d'abord réunies dans l'ile des Veados. L'aidée, ainsi restaurée, prit le nom d'Ega, et reçut plus tard le titre de ville. C'est là que, en 1781, les commissaires Charment et Pizarro, le premier portugais, et l'autre, espagnol, se rendirent pour convenir des limites du canal Auati-paranâ qui est le premier endroit par le quel l'Amazone communique avec le Japurâ, C'est encore à Teffé que le plénipotentiaire général Joâo Pereira Caldas et l'espagnol Requena établirent des conférences relatives à la détermination des régions du Eio-Negro et de Mato-Grosso. Les deux commissaires n'ayant pu s'entendre, les conférences furent interrompues. Bientôt, le représentant de l'Espagne, entrepassant ses pouvoirs, fonda une colonie castillane sur les bords du lac Cupaca, quelques lieues au-dessous de ïcffé. Mais en 1790, le gouverneur de la Capitainerie des Amazones réprima ces empiétements des Espagnols sur les possessions portugaises et les colons de Cupacà furent forcés de sortir du pays.
Teffé est entouré de forêts très-abondantes en produits spontanés. Sa population, presque toute composée d'Indiens Achouaris, Coeur unas, Core-
tus, Janumâs, Jeuânas, Jumas, Jures, Hiupîuas, Manâôs, Passes, Solimoes, Taunas, Tupivâs, Vaiupis et Xâmas. Cultive du coton, du café, du tabac, divers légumes, et se livre à la pêche du pirarucù et du peixe-boi, à la fabrication du manteiga de turtaruga et surtout à la recherche de la gomme élastique. On élève quelque bétail, et Ton tisse quelques toiles de coton dans la contrée. ïeffe possède une école primaire. Depuis 1859, cette province compte une comarque de plus. C'est celle de Parintins, formée des termes de Maaués et de Villa- Bella-da-Imperatriz, qui cessent ainsi de faire partie de la comarque de la Haute- Amazonie.
eH4f3