‹ De la nécessité d'un culte publicChapitre 1 sur 3 · DE L’ÉDITEUR · texte numérisé non relu

DE L’ÉDITEUR

Si les citoyens éclairés doivent concourir de tous les efforts de leur zèle, de leur portion de connaissances et de lumières, à revivifier l’esprit public , à dissiper les ténèbres inséparables des orages politiques , et à le ramener au vrai principe de toute civilisation, n’est -ce pas surtout lorsque le calme rend le peuple à lui-même, et laisse à la sagesse du Gouvernement là liberté de réparer ses maux, de combler les vides des lois, d’épurer, de rétablir celles qu’a dégradées ou détruites l’esprit de parti , et de leur imprimer un caractère de moralité qui eu inspire l’amour ?

Il n’est pas de moyen plus efficace pour atteindre ce but important , que d’associer aux lois le culte religieux, et de lui rendre sa première publicité.

Il ne s’agit pas ici de démontrer la nécessité d’une religion. De sentiment en

est irïné en nous comme celui de sort auteur. Il suffit de consulter l’instinct primitif de la nature, les simples lumières de la raison , le sens intime de la conscience pour en sentir le besoin. L’idée d’un Dieu suppose aussi essentiellement une religion . que l’existence du monde démontre l’existence d’un Dieu. Et si îa religion n’est autre chose que la connaissance la plus parfaite que l'homme puisse avoir de la Divinité et des devoirs qu’elle lui impose, l’obligation de î’honorer par un culte public , est une conséquence immédiate de ce principe.

Il n’est pas de nation , quelque sauvage qu’elle soit, qui n’ait un culte, des autels , des sacrifices , des prêtres. L’ignorance , la perversité de l’esprit , la corruption du cœur et l’abus du génie ont pu seuls enfanter des matérialistes. Mais on n’a jamais vu un peuple athée. Un tel peuple serait en contradiction avec les consciences individuelles , avec toutes les nations , avec tou,s les êtres , avec la

aeture entière : il démentirait le langage unanime du ciel et de la terre , la tradition constante de tous les siècles ; il n’aurait pour frein que la loi du plus fort, et linirait par se détruire lui-même. Si le culte que la Di vinité exige de ses créatures n'est malheureusement pas par-tout uniforme * par -tout également digne dé sa souveraine majesté * c’est que les hommes y ont mêlé leurs préjugés , leurs erreurs , l’ont plus ou moins altéré , dégradé par leurs passions.

On ne se propose pas non plus de discuter si le Christianisme est la seule et véritable religion que l’Eteriiel ait donnée aux hommes. L’antiquité de son origine* la perpétuité de sa foi, l’authenticité et l’accomplissement de ses prophéties , la publicité de ses miracles , l'héroïsme de ses martyrs, son intègre conservation à travers la rouille des siècles , la continuité de ses triomphes sur les erreurs et les passions , les nouveaux degrés de certitude qu elle vient d'acquérir en sortant dans

tonte sa pureté, soit de dessous les ruines de ses autels et de ses temples , soit du fond des cachots où l’impiété avait cru l’ensevelir ou l’enchaîner, soit enfin du milieu des poignards et des haches où elle devait humainement s’éteindre dans le Sang de ses défenseurs : cet assemblage de traits miraculeux , ce faisceau de lumières doit suffire , sans doute , pour démontrer à tout esprit droit , à toute conscience vertueuse , que la religion Chrétienne porte l’empreinte de la véracité divine , et qu elle est la seule qui réu nisse en sa faveur tous les caractères propres à manifester le genre d'adoration que nous impose sa souveraine puissance.

Nous n’examinerons pas non plus si le Christianisme est la religion la plus analogue aux mœurs et aux besoins d’un peuple dont le gouvernement est devenu tout -à -coup républicain. La religion chrétienne , dès-lors qu’elle est la seule véritable , la seule divine , doit nécessai-

rement convenir à tontes les formes de gouvernement, parce que tous doivent se coordonner aux lois du gu.bernate.ur éternel. Cette question d’ailleurs aurait pu exciter l’examendela politique, à la naissance ou à la régénération d’un empire qui jusqu’alors n’aurait eu aucun culte,, ou qui voudrait secouer le joug de son ancienne religion , pour s’en fabriquer une nouvelle ; et même dans cette hypothèse le choix ne pourrait être que favorable à la religion professée par le peuple français depuis les premiers âges de sa fondation , puisqu’il n’y a pas de morale plus pure, de doctrine plus parfaite que la' sienne, d’analogie plus directe, d’accord plus harmonieux qu’entre les principes de la fraternité , de l’égalité civique, sur lesquels se trouvent basés les gouvernemens républicains , et l’égalité, la charité évangélique qui tendent à faire de tous les hommes un peuple d’amis, une famille de frères.

Au reste y ces différentes discussions

sont du ressort de la théologie ; et le zèle des vrais ministres , le vœii unanime du peuple , l’affluence des catholiques dans nos temples , depuis que la terreur ne veille plus aux portes , prouvent d’une manière bien sensible , que la majeure et la plus saine partie des français il* ont pas besoin que l’on rétablisse dans leurs esprits les preuves lumineuses d’une religion , dont les jours de ténèbres et de calamités ne leur ont fait chérir et conr server que plus précieusement le dépôt sacré dans leurs cœurs.

Mais comme la philosophie moderne a perverti son étymologie , son acception , en faisant consister son mérite et ïson savoir dans la singularité des opinions, dans la recherche de tous les paradoxes, dans les faux principes d’une égalité mal entendue et d’une liberté, ou plutôt d’une licence , subversive de toute idée religieuse , de tout ordre , de toute vertu ; comme nos philosophes actuels prétendent les réformateurs des abus f

les réparateurs du bonheur public , les instituteurs du genre-humain; comme enfin ils dénigrent la religion , sous le prétexte qu’elle est le fléau desgouvernemens, f irréconciliable ennemie de ses lois , ( tandis qu’elle en est par principe le plus ferme soutien) ; nous avons pensé qu'il n’y avait pas de moyen plus propre à les rappeler, ainsi que leurs partisans,, aux principes constitutifs de l’ordre public , qu’en combattant leur dangereux système avec les armes de cette philosophie , dans le nom de laquelle ils semblent aujourd’hui tout faire consister. S ils sont de bonne foi , peuvent-ils ne pas gémir intérieurement sur les précipices qu’ils ont creusés sous nos pas , et déplorer les vices , les désordres , les scandales auxquels ils ont ouvert la porte par la licence de leurs maximes , qu’ils ont enhardis peut-être par leurs conseils, et consacrés par leurs exemples ? Peuventils douter que ce ne soit à l’immoralité , à legoïsme, à l’injustice auxquelles fini-

piété a sacrifié toutes les vertus, que nou§ devons la profanation , le renversement de nos autels , le dépouillement , la dépopulation de nos familles, les guerres civiles qui ont armé les uns contre les»

autres, des citoyens dont la bravoure eût été si utile à la patrie.

Mais si c'est le sentiment du bien qui a égaré nos philosophes dans des labyrinthes de systèmes mille fois plus désastreux que les abus qu'ils voulaient réformer; ce même sentiment ne doitil pas aujourd'hui les réconcilier avec la saine philosophie , ou plutôt avec la religion , seule capable de réparer les maux qu’ils ont faits ?

•Quel service ne rendrait-on pas à la littérature, à la société, aux gouvernemens, au genre-humain, s’il était possible de ramener la philosophie à ses vrais élémens , à sa destination première ; si l’on parvenait à rappeler ses sectateurs des routes ténébreuses où les ont égarés les fausses lueurs d’une imagination exal-

%£e 1 tandis que le flambeau de la raison les eut conduits bien plus sûrement à la découverte du vrai et du bien , de la seule morale d’où dérivent la prospérité publique et le bonheur des individus ? Nous serions purgés de ces flots d écrits qui ne respirent que la licence, de ces productions gigantesques, de ces systèmes aussi révoltans dans leurs principes que dans leurs conséquences , et dont le style et les pensées sont si profondément métaphysiques , que les auteurs deviennent souvent inintelligibles pour eux-mêmes jutant que pour nous.

La littérature française commencerait sa première épuration par le blâme et Ja flétrissure de cet ouvrage de ténèbres f d’autant plus affligeant pour l'Institut national , qu’il est sorti de la main d’un de ses membres , et qu’il compromettrait cette célèbre compagnie elle-même, si elle gardait plus long-tems le silence sur une production aussi outrageante pour la raison que pour les mœurs.

Comme tous les philosophes se croient ten droit de soumettre la religion à la vanité de leur calcul , à la faiblesse de leur conception , et qu’ils la considèrent moins d après les consolations intérieures qu’elle donne et les félicités futures qu’elle promet, que sons ses rapports avec l’ordre social , comment mieux leur persuader la nécessité de rendre au culte catholique sa première publicité,, qu’en leur parlant le langage de la phiiosophie, et en leur remettant littéralement sous les yeux les principes de législation d un écrivain dont le témoignage leur doit être d’autant moins suspect , qu'ils le regardent comme un de leurs plus célèbres oracles ?

Loin de craindre que le rétablissement du culte catholique donne la plus légère secousse à l’organisation politique, il en raffermira au contraire les ressorts, leur imprimera une nouvelle force, une double énergie, non-seulement en nous, montrant la soumission aux lois civiles

dérivant de l'autorité divine , source de toute puissance , mais en réunissant entr’elles toutes les consciences , et en les attachant au Gouvernement par le sentiment intérieur de la persuasion. Cet acte important de législation est d’autant plus di gne dulVlagistrat suprême qui dirige avec tant de sagesse les rênes du pouvoir parmi nous, qu’il mettra le sceau à sa gloire, en même-tems qu'il couronnera le vœu du peuple. Quel philosophe serait assez ennemi de la tranquillité , de l’ordre et de la moralité publique , pour oser s’élever contre une loi unanimement desirée ef; déjà sanctionnée par tous les cœurs?

Il est cependant une remarque importante que nous devons faire ici. Nous sommes loin de prétendre qu'il faille modifier le catholicisme , ou le réformer sur la législation du philosophe dont nous publions l’écrit. Nous n’adoptons pas indistinctement toutes ses maximes. Nous ne cherchons pas plus à découvrir quelle était sa catholicité personnelle. D’ailleurs,

Mably ne s’érige pas en théologien , mais en politique. A ce titre , il parle à toutes les nations j il démontre pour tous les peuples , pour tous les gouvernemens , quels qu’ils soient , que la publicité d’un culte est essentiel à la garantie de l’ordre social, sans chercher à déterminer celui qu’ils doivent embrasser. En un mot , son unique but est d’éclairer les esprits et de rendre les hommes religieux par raison, pour en faire ensuite des hommes vertueux par choix. Par la seule force du raisonnement , il pulvérise les athées , confond les déistes et leur prétendu culte intérieur , leur impose une loi , bien digne depuis long-tems d’être mise en vigueur, la loi du silence, et les condamne à une réclusion perpétuelle s’ils persistent à professer publiquement leurs impiétés. Pour empêcher que l’harmonie politique soit troublée par la différence des opinions religieuses, il ne veut pas même permettre l’établissement d’un culte nouveau y il commande pour la

culte reçu un respect universel; et comme ses ministres sont aussi utiles à la chose publique sons le rapport moral , que le sont ses magistrats sous le rapport politique , l’auteur philosophe charge les gouvernemens de leur assigner une juste et suffisante subsistance.

S’il se rencontre dans la partie législative de Mably , relativement à son plan d alliance entre la religion et la philosophie, quelques pensées trop hardies, qui peuvent froisser les principes et les sentimens reçus dans l’Église catholique, on ne doit pas perdre de vue que voulant éclairer des philosophes , il devait parler leur langage , donner quelque chose à la manie de son siècle, composer en quelque sorte avec eux pour parvenir plus sûrement à les persuader. On peut lui appliquer , à cet égard , ce que Montesquieu disait de lui-même , qu 7/ n est pas théologien , mais écrivain politique, et qu il y a des choses qui ne sont entièrement vraies que dans une façon de

parler humaine , ri ayant point ètè côh s sidérées dans le rapport avec des vérités plus sublimes.

Pour éviter tout reproche , nous n’avons pas cru devoir laisser de lacune dans la réédition du texte. Que les catholiques déchirent les feuillets qui peuvent contrarier leur croyance * comme l’abbé Brizard le disait dans l’éloge académique de Mably , à l’occasion de son Traité de morale ; ils auront la consolation de voir qu’il ne met dans la bouche de ses interlocuteurs (l'un et l’autre protestans ) toutes les diatribes ressassées continuellement par nos beaux - esprits contre le culte religieux , que pour en démontrer l’injustice, la fausseté et les dangers.

Ce n’est qu’à la sollicitation d’une personne recommandable par la pureté de ses intentions et de ses vues , que l'éditeur , préférant l’avantage d'être utile h la vaine gloire de publier ses sentimens et ses propres pensées, s’est déterminé

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d publier cet extrait. XI ci cl ailleurs eu pour but de mettre à portée d’en profiter , ceux à qui la fortune ou l’état ne permet point de se procurer un ouvrage de treize à quinze volumes.

Enfin , cet essai peut être utile aux législateurs qui s occupent de rendre ail peuple son culte et sa morale ; aux philosophes qui ne doivent consacrer leurs lumières qu’à la propagation de la vérité ; à ceux qui auraient le malheur d etre encore imbus des erreurs révolutionnaires , et aux catholiques euxmêmes qui ne sauraient trop se mettre en garde contre les astucieux argumens de l’incrédulité.

de l a nécessité

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