D’UN CULTE PUBLIC
Et des lois propres à établir V union, entre la Religion et la Philosophie .
La forme de Ici partie des (Euvres de Majblÿ çui traite de la législation est celle d’un entretien y suppose entre un Philosophe protestant et un Milord anglais . Après avoir considéré } sous leurs différentes faces y les loix relatives cl V éducation que la République doit donner aux citoyens y c/prcs s 'être convaincus réciproquement ( cl’accord sur la nécessité absolue de reconnaître un Dieu J des maux effrayons que produit V Athéisme y le Philosophe reprend ainsi:
En m’apprenant qu’il y a un Dieu , qu’il est mon juge et le dispensateur de tous les biens dont je jouis ; ma raison m’apprend que je dois le respecter, l’aimer, le eraindre et lui offrir le tribut de ma recon-
naissance. C’est cle ces sentimens réunis qu'est né chez tous les peuples le culte religieux qu’ils rendent à la Divinité. Dans leur bonheur ou dans leur malheur , ils se sont rassemblés comme par instinct pour honorer Dieu par leur joie , pour implorer son secours par des prières et des sacrihces. Dire que ce culte doit être abandonné au zèle et à l’imagination des citoyens , et qu'il est inutile d’élever des temples et des autels , d instituer des cérémonies , et d'avoir des pretres pour y présider ÿ c’est une opinion aussi ridicule que dangereuse. Il suffit que les hommes aient un devoir à remplir, pour que le Législateur soit obligé de le soumettre a des îtgles certaines. Je me croirais dignéd’un châtiment sévère, si j osais décrier un culte utile a mes concitoyens ; ou si j'entreprenais de le détruire, je mériterais.,...
Je vous entends , dit Milord en interrompant notre Philosophe avec vivacité ; mais ne pensez pas qu’après vous avoir abandonné sans regret les Athées, pour en faire tout ce que vous voudrez, je vous permette de condamner les Déistes à la prison. Quel est , je vous prie ,
leur crime? Bes|diilosophes, qui reconnaissent dans l’Etre suprême lès mêmes attributs que vous; qui croyent que la Providence gouverne l’univers, et que dds récompenses ou des cMtimens nous sont destinés dans une seconde vie ; qui ordonnent en un mot d’obéir a Dieu en obéissant fidèlement à la raison
qu’il nous à donnée pour nous servir de guide : quelles alarmes dè pareils philosophes peuvent-ils donner à là République ? Quelque grand que soit Dieu ; j’ai l’orgueil de croire; pardonnez-moi ces expressions , que l’hominàge de respect, d’amour et de reconnaissance que lui rendent des êtres raisonnables, dans le fond de leur cœur, peut ne lui être pas désagréable. Mais pourrais-je penser qu’il attend de nous ces vaines cérémonies qui né sont propres qu’à étouffer* le véritable esprit
de la religion, et qui sont inutiles à la société?
Je conviens avec vous , repartit notre Philosophe , qu’une religion toute métaphysique, en dégageant notre âme de nos sens , pour l’élever jusqu’à Dieu, paraîtrait plus sublime, et nie répondrait du citoyen qui la pratiquerait.
Mais permettez-moi de vous demander si elle sera plus conforme à la nature des hommes. Nous ne sommes pas des Anges. Si notre âme exerce un grand pouvoir sur notre corps , il est également certain que notre corps exerce à son tour un grand pouvoir sur notre ame; c’est parce que leur action est réciproque , que je veux une religion qui, en nous en élevant à des idées spirituelles , tienne cependant à un culte et à des cérémonies corporelles qui unissent les citoyens entr’eux par des actions sensibles, et les disposent à n’avoir qu’un même esprit , et à remplir leurs devoirs mutuels. Vous attendez , Milord , de grandes choses de la religion rafinée des Déistes , elleprodu ira peut-être quelques sages; mais ce que je sais à n’en pouvoir douter, c’est que si vous négligez de rappeler la multitude par un culte public, périodique et uniforme, à la pensée d’un Dieu juste , bienfaisant, qui gouverne le monde, et lit dans le fond de notre coeur: vous verrez en quelque sorte tout sentiment de religion s’anéantir peu-à-peu , ou se défigurer de la manière la plus étrange.
Quand les sociétés, en se formant, auraient
Suivi avec la plus grande exactitude , les intentions de la nature ; quand elles auraient continué à se conformer à l’ordre dont je vous ai d’abord parlé ; je doute qu’elles n’eussent pas eu besoin d’un culte public et régulier pour perpétuer leur bonheur. Mais nous , Milord, nous, accablés sous le poids des affaires que nous avons eu la sottise de nous créer ; nous , enivrés de nos plaisirs et de nos voluptés; nous, gouvernés ou plutôt tyrannisés par des passions aussi injustes et aussi violentes que notre avarice et notre ambition ; tandis que la terre est couverte d’une multitude innombrable d’hommes condamnés à gagner, à la sueur de leur front, le pain qui les nourrit; sommes-nous faits pour porter métaphysiquement nos regards vers le ciel ? Pouvons-nous nous passer d’une religion qui , à des heures marquées et à des jours soîemnels, nous rappelle dans des temples pour rafraîchir dans notre mémoire la crainte de Dieu et l’amour de nos devoirs ? Il ne faut point se faire illusion ; voyons les hommes tels qu’ils sont. Tandis que le culte public et les exercices journaliers de la religion ont si peu de pouvoir sur notre âme toujours distraite , comment peut-on es-
pérer que votre Déisme sera un frein ça
d’arrêter les citoyens d’une République;, où
tous les vices sont encouragés ? Il en est de la religion comme des Loix civiles. Croyez-vous
qu’il suffise de les publier pour qu’on y obéisse?
JNCavoris-nous pas besoin que des Tribunaux nous avertissent continuellement qu’elles sont en vigueur ? et comme les Loix seraient inutiles sans les Magistrats , la religion , loin de conserver son pouvoir, deviendrait une source de discordes, de haines et d’erreurs, sans un culte autorisé , et sans des prêtres qui en régleraient l’ordre et les cérémonies.
C’est d’après ces considérations que, si je conviens avec vous que la religion doit élevé? notre âme à des pensées sublimes et spirituelles, il faut que vous conveniez avec moj que pour être utile aux hommes , elle doit être accompagnée d’un culte sensible et public. Si vous n’admettez qu’une de ces deux vérités , vous tomberez , je crois , dans l’erreur; et c’est en les regardant toutes deux comme la règle des loix qui intéressent la religion , que le Législateur ne s’égarera jamais.
Voulez-vous vous en rapporter à un grand homme qui a gouverné sa Jpatrie dans les tems
les plus difficiles, qu’on ne peut cependant pas accuser de superstition , et qui a étudié en philosophe les réglemens les plus propres à faire fleurir une République ? Je pense, dit-il , qu’il doit y avoir des temples dans les villes ; et je ne puis adopter l’opinion des Mages de Perse qui persuadèrent à Xercès de brûler les Grecs, parce qu’ils renfermaient entre des murailles les Dieux à qui tout doit être ouvert, et dont l’univers entier est le temple et la demeure» Les Grecs et nos pères, ajoute Cicéron, ont pensé plus sensément. Pour affermir la piété que nous devons aux Dieux , ils ont voulu en quelque sorte les faire habiter parmi nous ; et cette doctrine est avantageuse à la société, puisque, selon la remarque de Pythagore , la piété et la religion ne font jamais tant d’impression sur l’esprit, que lorsque nous sommes occupés du culte des Dieux. C’est pour cela que Thaïes, le plus célèbre des Sages de la Grèce, a dit que nous devons être persuadés que tout est plein de Dieux; car ne les perdant point de vue , nous tacherons de nous rendre plus dignes de leur protection.
Si je ne puis m’empêcher d’approuver le gentiment de tous ces sages , ne dois-je pas
proire que c’est se rendre coupable que de dé-^ truire ou d’ébranler seulement dans les citoyens les motifs qui les portent à respecter le culte religieux qu’ils rendent à la Divinité? Pourquoi fait-on .consister aujourd’hui toute la philosophie à mépriser et haïr toutes les religions? Pourquoi déclame-t on continuellement contre les cérémonies et les rites dont les hommes sont convenus pour marquer, leur respect et leur reconnaissance à PÈtre suprême? il entre, sans doute, beaucoup d’ignorance dans cette conduite ; car la plupart de nos Philosophes ne sont guères que des espèces de beaux-esprits qui ne se donnent point la peine de lier ensemble quelques idées. Ils ne prévoyent pas que le mépris des cérémonies doit conduire à l’oubli de Dieu. Plus ils se plaignent amèrement des préjugés religieux qui gouvernent le monde, plus ils devraient penser que les hommes, naturellement portés à la superstition , ont besoin qu’un culte fixe et certain les préserve de toutes les folies où leur imagination , leur ignorance , leur crainte , leur espérance et leur fanatisme les porteraient. Puisque la doctrine de ces prétendus Philosophes produit un grand mal, Platon avait raison
de les proscrire ; et quand vous leur accorde-* riez, Milord, votre protection, je ne pourrais, en votre faveur, me dispenser de les séparer, pour quelque tems , de la société.
Tout hommage , disent souvent les Déistes, est reçu , parce que Dieu , qui nous juge sur nos intentions, n’exige pas que nous lui rendions un hommage digne de lui , mais tel que nous sommes capables de le rendre. Par quelle raison s’acharnent-ils donc à décrier une religion qu’ils ne croyentpas désagréable à Dieu , et qui est utile à leurs concitoyens? S’ils ne peuvent dire le bien qu’ils se proposent, et si leur témérité est propre à porter le relâchement dans les moeurs et le trouble dans la société, les lois ne sont-elles pas en droit de les réprimer ?
Je vous l’avoue , Milord , n’est-ce pas une des plus grandes calamités de l’Europe , que cette licence avec laquelle on attaque ouvertement la religion qu’on y professe ? Je ne suis point Théologien ; mais quand cette religion serait aussi fausse que toutes les autres, n’est-il pas vrai que dans la situation actuelle des choses , ç’est presque la seule règle de morale qu’aient la plupart des hommes , et que si elle leur
manque, ils ne connaîtront plus aucun frein ? Que signifient clone toutes ces rapsodies impertinentes qu’on nous débite comme autant de leçons et de préceptes de philosophie? Puisque nous n’avons point de Déiste qui ne se compare moclestementà Socrate , je voudrais au moins que tous ces petits messieurs songeassent, à l’imiter. Ce sage , qui parlait de l’Etre suprême avec toute la dignité et la grandeur où peut atteindre l’esprit humain , vivait au milieu des superstitions les plus grossières. Le voyait- on insulter à la religion publique ? Invitait-il les Athéniens à fermer leurs temples et à briser leurs autels? Pensez-vous que ce fut par son conseil qu’Acibiade mutila les statues de Mercure ? Je crois bien qu’en raisonnant avec Platon ou quelqu’autre philosophe , il ne rejettait pas une plaisanterie qui se présentait à lui 5 mais pour corriger le peuple de ses erreurs, il ne prit jamais le parti insensé de se déclarer l’ennemi deJupiter ou de Minerve. II ne déclamait pas contre les Dieux d’Athènes ; i] se contentait de montrer la vérité , en parlant de la sagesse et de tous les autres attributs de l’Etre suprême. Avant que d’abandonner le culte de Saturne, de Jupiter,
jd’Apollon , etc. et de renoncer à toutes ces fables que l’imagination des poëtes avait créées, U voulait que les Grecs commençassent à connaître et respecter le Dieu que l’univers doit adorer. Pour tout dire, en un mot, il aimait, il chérissait dans ses concitoyens le sentiment de piété qui les attachait à leurs pratiques superstitieuses, et il espérait d’en profiter pour leur faire embrasser , sans scandale , sans trouble , sans danger pour les moeurs, une religion plus raisonnable.
Quoi qu’il en soit , tout Déiste qui veut détruire les rites d’une religion pour ramener Jes hommes à un culte intérieur et purement spirituel, doit être contenu comme un visionnaire et un illuminé dont la doctrine ne convient pas à la société. Je vous laisse le soin de porter la Loi que vous croirez la plus propre à Je guérir; mais songez qu’il vaut mieux lui faire prendre de l’ellébore que de la ciguë. La Loi doit infliger une peine à l’impie qui insulte publiquement la religion par des actions sacrilèges , et au Déiste qui l’outrage et l’avilit par ses discours. Je crois que nous serons bientôt d’accord sur la nature de ce châ- »... • ■ ’
liment j car tous savez que je n’anne pas les Législateurs barbares , et une retraite de quelques mois dans une prison peut suffire.
IN os pensées ou nos sentimens secrets ne doivent pas etre soumis aux Loix humaines, si vous ne voulez pas établir la tyrannie la plus révoltante. Que les hommes jugent les. actions , Dieu seul juge les pensées. Mais si ce qu’on appelle philosophie éclate publiquement et profane avec mépris le culte rendu à la Divinité , vous devez être d’autant plus indulgent, que le public, scandalisé et révolte , montrera plus de zèle à venger la religion. S’il est tiède dans un évènement , s’il en plaisante , connaissez tout le danger dont vous êtes menacé , mais n’irritez pas le mal par une sévérité déplacée. Si vos Loix sont sévères , vous inspirerez de la pitié pour le coupable , et de l’indignation contre les Magistrats et les Ministres de la Religion. D’abord, on ne vous obéira qu’à regret, et bientôt 1 impunité augmentera le désordre que vous vouliez empêcher. Prévenez l’impiété pour n être pas dans le cas de la punir. Cherchez alors par quels moyens vbus pouvez rendre à
la religion son ancienne dignité. Soyez plus attentif à la conservation des mœurs. Veillez
avec plus de soin à ce que les Athées et les Déistes n’osent publier leur doctrine j et forcez sur-toqt les ministres de la religion, non pas à avoir un zèle amer et indiscret qui les ferait haïr , mais à prendre une conduite qui les fera respecter.
Quand un Déiste sera enfermé pour avoir violé la Loi du silçnce qui lui est imposée , qu’on n’oublie rien pour l’instruire et lui faire connaître sa faute. Les magistrats doivent prendre la liberté de lui représenter qu’il a été très-imprudent, et que son imprudence
est très-funeste à la société. Si c’est pour faire du bruit et attirer sur lui l’attention du public, qu’il a répandu des opinions hardies j on lui fera voir jle néant de la gloire et de la misérable célébrité qu’il se proposait. S’il prétend que l’amour de la vérité le transporte, et que sa grande ame ne peut s’empêcher de montrer l’erreur quand il l’apperçoit j vous le féliciterez d’être le martyr de la philosophie. S’il feint quelque scrupule de pratiquer une religion qu’il ne croit pas vraie j faites-lui sentir la différence qu’il y a entre un hypo-
dite qui se pare bassement d’un zèle 'menteur; et la sagesse d’un homme qui se contente de respecter une religion dont ses concitoyens né peuvent se passer. Que le coupable ne recouvre sa liberté qu’en promettant de se conduire à l’avenir avec prudence et circonspection. N’exigez point de lui une rétractation,
tous seriez dupe si vous y Comptiez ; et vous
accorderiez à une action déshonorante une grâce qui ne peut être accordée qu’à un repentir sincère. Une rechute doit être punie par deux ou trois ans de prison. Si après cettë longue correction , un Déiste a toujours la même soif de la célébrité et du martyr , il faudra bien enfin se résoudre à le traiter comme
Ail'
un Athee.
Vous voyez, Milord , que je ne saurais approuver la Loi de Cicéron qui veut qu’on punisse de mort celui qui ne se sera pas soumis, à la déclaration par laquelle lès Augures auront décidé que telle chose est faite contre lé droit, les auspices et les règles 5 ou celui qui aura dérobé par adresse ou pris de vive force quelque chose de sacré , ou un dépôt mis dans un lieu saint. On ne saurait trop le répéter, la religion doit être humaine ; et pour
lui conserver sa dignité, ne suffit-il pas de séparer de la société celui cjui a profane les choses saintes ?
Vous m’ébranlez , dit Milord à notre philosophe , mais vous ne m’avez pas entièrement convaincu. Je sens que les hommes doivent avoir des temples et un culte public; il en résulte sans doute de grands avantages , mais ces avantages ne sont-ils pas balancés par des inconvéniens à-peu-près égaux? Dès que la religion sera liée à des pratiques dont il ne sera pas permis de s’écarter ; dès qu’il sera ordonné de les regarder comme sacrées; dès que les Lois défendront d examiner et de douter , soyez sûr qu on ne sera pas loin de la superstition , et que la superstition détruira en peu de teins les principes de la morale. On attribuera quelque vertu sublime et mystérieuse à des pratiques qu’il ne faut considérer que comme des cérémonies. On pensait purifier son ame sans se repentir du passé, et sans se proposer d’être à l’avenir plus homme de bien. On croira que Dieu , déterminé par notre hommage, va changer à notre gré l’ordre immuable de la nature; et au lieu de nous étudier à avoir de la prudence et du cou-
rage j on attendra froidement des succès qu’il eût fallu préparer. Prenez-j garde , une superstition en entraîne toujours une autre à sa suite , et quelles misères ne sera-t-on pas enfin obligé de respecter ? On croira aux augures, aux songes de la nuit, aux jours heureux, aux jours malheureux $ tout deviendra un signe de la volonté du ciel $ et avec ces règles ridicules de conduite, que deviendra le genre -humain , et à quoi lui servira sa raison ?
Je ne m’en tiens pas là, et sans vous parler de toutes les erreurs que des religions insensées ont répandues dans le monde, j’ajoute poursuivit Milord, qu’en condamnant la philosophie au silence , vous favorisez les abus que nos passions doivent introduire dans la religion même la plus sainte et la plus respectable. Ses ministres , apres tout , ne seront que des hommes. Vivant au milieu de nos vices qu’ils ne pourront corriger, parce que toutes les institutions politiques excitent notre avarice et notre ambition , auront-ils long-tems le courage de résister à la tentation de nous imiter ? S’ils commencent une fois à ne pas >nieux valoir que nous, les règles de la mo-
raie ne commenceront-elles pas à se courber entre leurs mains ? Rappelez - vous ce que Pascal reproche à des Casuistes , qui , avec leur probabilité et leur direction d’intention , enseignent Fart de pécher saintement ; ou qui, pour se rendre commodes et agréables , substituent aux devoirs les plus essentiels les pratiques les moins gênantes et les plus inutiles. Soyez sûr que ces faux docteurs se serviront du respect dû à la religion pour faire respecter leurs erreurs ; et dès-lors, les superstitions les plus dangereuses n’infecteront-elles pas la société ?
On imaginera cent manières différentes d’être à-la-fois religieux et malhonnête-homme. Ne me dites point que je cherche à m’inquiéter en prévoyant des malheurs chimériques. J’en appellerais à l’histoire de l’Europe entière. Quel est le pays, pendant que la raison nous ordonne de nous aimer , où les hommes ne se sont pas haïs et persécutés , parce qu’ils adoraient Dieu d’une manière différente ? Combien de fois la superstition, n’a-t-elle pas voulu nous persuader queDieu est cruel et avare? Combien de guerres l’ambition des prêtres n’a-t-elle pas allymées ! Combien....
Fort bien , Milord , reprit notre Philosophe vous êtes en train de rapporter la chronique scandaleuse des Ecclésiastiques ; et quoique je fusse charmé , en qualité de bon protestant, de vous entendre raconter en détail tous les abus qui excitèrent enfin la révolte de Luther et de Calvin contre le Pape et son clergé , permettez-moi de vous interrompre , et de vous faire remarquer que tout ce que vous pourriez dire des vices des prêtres , ne prou ve rien contre la nécessité d’un culte public et d’une religion. Mais avant que d’en venir-là , il faut répondre à toutes vos objections ; et je vais les suivre dans l’ordre que vous les avez proposées.
Vous avez donc peur que l’usage des prières et la confiance que nous avons dans les secours de Dieu , ne nous jettent dans une apathie grossière ? rassurez-vous. N’est-il pas sûr que l’espérance d’un bien que nous desirons , nous élève le courage, et nous rend, pour ainsi dire , - supérieurs à nous-mêmes? Pourquoi donc l’homme religieux qui implore la Divinité, qui l’associe à ses entreprises, et qui a une espérance vive de réussir avec son secours , tomberait-il dans une lâche et non-
thalante pusillanimité ? C’est le Philosophe froidement persuadé qu’il n’est que le jouet d’une fatalité aveugle, ou qui connaît l’incertitude des choses humaines, qui doit rester engourdi au milieu des événemens, ou éprouver une sorte de timidité stupide. Plus oii fait de sacrifices et de prières à Dieu , plus l’ame acquiert de cette chaleur qui développe et multiplie les talens , les ressources et les moyens de réussir. Je n’en veux point d’autre preuve que l’attention des Romains à mettre les Dieux dans leurs intérêts.
11 est fort ridicule, j’en conviens, de Croire aux augures , aux songes , aux sorts , aux oracles ; cependant , je ne puis m’empêcher d’avoir quelqu’indulgence pour ces niaiseries , qui s’associent, je ne sais comment , avec de grandes qualités que je chercherais inutilement dans ces Philosophes verbiageurs qu’on rencontre par-tout. Je voudrais bien savoir si la République de Bayle , quand Messieurs tels et tels seraient ses Consuls et ses Tribuns, se conduirait avec cette supériorité de prudence et de courage qu’on ne cessera jamais d’admirer dans les Romains. Ils étaient cependant assez sots pour ne rien entreprendre sans
consulter auparavant le vol des oiseaux. Leurs poulets sacrés, qui devaient avoir appétit pour qu on osât, livrer bataille, ne les empêchèrent pas de prendre les mesures les plus efficaces pour parvenir au but que se proposait leur ambition. Quoique SylJa ait écrit dans ses mémoires qu’un Général doit être fidèle à exeçuter les choses dont il est averti en sonoe, n’est-il pas mis au rang des plus grands capitaines ? Sa conduite n’offre-t-elle que les délises d un cerveau appesanti par le sommeil et troublé par la superstition ? Qu’importe qu’on croye à des jours heureux ou malheureux? cent sots n’y croient point, et font cependant tous les jours cent sottises; tandis que des hommes de génie et entêtés de quelques erreurs superstitieuses, sont sages et prudens. Du tems d’Aristide , de Thémistocle efé de Cimon, les Grecs consultaient scrupuleusement l’oracle d’Apollon , avant que de former leurs entreprises; firent-ils alors de moins grandes choses, que quand des Philosophes leur eurent appris à dédaigner les trépieds de Delphes ?
Si je ne me trompe, il faut distinguer deux ■sortes de superstitions. L’une , telie que celle
des augures , des entrailles des victimes et dés poulets sacrés des Romains , trompe l’esprit , mais ne le jette dans aucune erreur préjudiciable à la société. L’autre , en attribuant à de certaines pratiques la vertu de nous purifier et de nous rendre agréables à la Divinité , nous écarte des règles de la morale, et nous fait négliger tous nos devoirs. Il arrive" alors que la religion, qui doit nous porter au bien par les motifs les plus puissans , nous en détourne, au contraire, et nous jette dans le relâchement. Mais l’abus que les passions des prêtres font de la religion et de la créduli é populaire , n’est point la religion. Si la religion dégénère en superstition , ce n’est pas moins la faute du Législateur, que si le Gouvernement tombe dans l’Anarchie , ou devient tyrannique. Dès que je vois un de ces deux excès dans la République , je m’en prends aux Loix qui n’ont pas eu l’art d’établir de telle façon les magistratures , que ni les magistrats ne pussent abuser de leur pouvoir , ni les citoyens de leur liberté. De même, quand je découvre des pratiques superstitieuses dans une religion , j’accuse le Législateur de négligence. Je lui reproche de n’avoir pas été
assez en garde contre les passions des prêtres. Pourquoi, lui dirai-je, n’avez-vous pas contenu les ministres de la religion dans leur devoir ? Pourquoi avez vous permis, qu’ils oubliassent leurs propres règles? Pourquoi ne vous êtes-vous pas délié de leur avarice et de leur ambition? Pourquoi n’avez-vous pas été attentif à conserver les principes de la morale dans leur pureté? Mais comme les abus d’un Gouvernement ne doivent point faire dissoudre la société , ceux de la religion ne doivent pas faire renoncer à un culte public.
Il faut, établir, Milord , une alliance étroite entre la religion et la philosophie. Quelle alliance, me direz-vous, est -elle possible? oui, elle est possible, et même elle serait très-aisée, si les prêtres et les philosophes ne nous trompaient pas, quand ils disent qu’ils aiment la vérité et notre bonheur. Voilà un intérêt commun qui doit les réunir ÿ et j’entreprendrais avec empressement cette négociation, si j’étais persuadé que les puissances belligérantes parlassent avec sincérité et voulussent la paix. Par malheur, l’amour de la vertu et du bien de la société ne sont plus que de grands mots que les hommes profanent , et avec lesquels
ils tâchent de se tromper. La vraie philosophie est aussi rare que le véritable esprit de religion ; la charlatanerie s’est glissée par-tout, et c’est ce qui fait qu’avec tant de prêtres et de philosophes tout va si mal dans ce monde. Je ne désespérerais pas cependant de leur alliance , ou du moins de les voir vivre sans distinction, si un Législateur avait la sagesse de porter les Loix qu’on est en droit d’attendre de lui.
Je serais assez curieux, dit Milord en souriant, de connaître ces Loix; car à entendre les reproches que les prêtres et les philosophes se font depuis si long-tems , on serait tenté de croire que leur haine est irréconciliable. Vous me rappelez je ne sais quel Préteur Romain dont j’ai oublié le nom, et qui commandait dans la Grèce. Etourdi et scandalisé des disputes éternelles des philosophes, il leur offrit sa médiation pour faire la paix, et promit de défendre de toutes ses forces les vérités dont on serait convenu. La Grèce et Rome rirent de la bonhommie du Préteur , il ne réussit pas ; et je craindrais que vous n’eussiez pas aujourd’hui un succès plus heureux dans l’entreprise que vous croyez aisée. Peut-être que vous proposerez des Loix <jui formeraient e$
effet une alliance entre les prêtres et les philosophes , si on y obéissait : mais on n’y obéira pas. Vous aurez beau marquer les limites respectives de la religion et de la philosophie , et défendre de les passer sous les peines les plus sévères, on les passera. Attendez-vous des deux cotés à des hostilités et à des incursions. L’envie de dominer sur les esprits, sans parler du reste, n’est pas une passion dont il soit facile de corriger les hommes; et quand ils sont résolus à se haïr, ils ne manquent jamais des raisons les plus spécieuses pour colorer leurs injustices.
Vous avez raison, répondit notre Philosophe, et je n’oserais rien espérer, si dans cette grande affaire, je me comportais comme de certains négociateurs, qui croyent qu’il suffit de signer un traité pour faire une paix solide; ou comme de certains Législateurs, qui pensent qu’un abus est réprimé, quand ils ont porté une Loi pour le proscrire. Mais avec votre permission , il me semble que je procéderais différemment. Vous n’avez peut-être pas remarqué que dans tout le cours de notre entretien , j’ai regardé comme le fondement d’une bonne Législation , le ôoân d’un Légis-
lateur à connaître ses devoirs , et à se prescrire des règles à lui -même. Avant donc que d’intimer mes ordres aux ministres de la religion, je commençerais par me convaincre que je dois me borner à rendre les hommes heureux dans ce monde, et à regarder la religion comme le lien des citoyens, et comme le garant de leur probité.
En effet, Milord , si je veux faire l’Apôtre, au lieu d’être Législateur , n’y a-t-il pas mille à parier contre un, que confondant des idées différentes , et aveuglé par un zèle indiscret , je négligerai les choses de cette vie? J’abuserai bientôt de mon pouvoir pour accréditer ma doctrine et mes opinions ; je croirai que je réponds de l’âme de mes concitoyens; par amour pour eux, je les forcerai à faire leur salut à ma manière; je présiderai à des Conciles; j’entreprendrai de régler les dogmes et les cérémonies de la religion. Que résultera-til de ce fanatisme? Je révolterai les consciences , je me rendrai odieux. Pour intimider mes ennemis , et me faire des partisans , il faudra répandre d’une main les ohâtimens, et de l’autre les faveurs; c’est-à-dire , que je ferai des hypocrites, des parjures, que j’accréditerai
pieusement la plupart des vices que j’aurais du détruire avec le secours de la religion. Ce ne sont pas là les seuls inconvéniens que je crains. Dès que j’aurai fait une ligue avec les prêtres pour contraindre les esprits , au lieu de persuader, je ne tarderai pas à obéir à toutes leurs passions. Comme j’aurai cessé d’être Législateur pour devenir Théologien , ils cesseront de leur 'côté d’être Théologieiis pour devenir Législateurs, La religion méprisée par ses ministres mêmes ,' ne sera plus un frein pour les citoyens. Les prêtres abuseront de leur crédit et de ma faiblesse : bientôt ils seront assez hardis pour demander les Loix les plus favorables à; leur avarice et à leur ambition , et moi assez imbécile pour me croire sacrilège, si je ne leur obéis pas. La religion dégénérera alors en superstition. Si des gens sensés réclament les droits de la vérité et crient à l’abus, il faudra les punir comme des impies , vous verrez enfin se former des intrigues , des cabales , des partis; les cruautés , les violences , les fraudes seront appelées pieuses; un État tourmenté par tous les vices que la superstition et le fanatisme traînent à leur suite, éprouvera les plus grands malheurs.
Je ne fais, Milord, que vous montrer, bien imparfaitement la marche , l’ordre et les progrès des passions humaines et de leurs abus; mais s’il était nécessaire, il me serait bien facile de vous démontrer l’injustice des reproches que les Athées et les Déistes font à notre religion. Quelle absurdité d’accuser une doctrine qui ne prêche que l’union , l’ordre , la paix, la bienfaisance et la charité, d’avoir produit tons les maux qui sont l’ouvrage du fanatisme ! Je vous abandonne les prêtres, car ils sont hommes , et capables par conséquent des plus grands excès; et je vous prie d’observer attentivement dans toutes les histoires, si la corruption du sacerdoce n’a pas pris son origine dans la faute qu’ont faite les Législateurs de ne pas se borner à rendre les hommes heureux dans ce monde. Pour moi, je crois avoir remarqué que le vrai moyen de ne tirer aucun avantage de la religion , et de corrompre sa morale , c’est d’avoir donné aux prêtres une autorité temporelle. 11 se fait alors un mélange de la religion et de la politique ; et elles se dénaturent et se corrompent mutuellement. L’histoire ancienne et l’histoire moderne ne prouvent que trop cette triste vérité.
Que le Législateur , en se bornant à nous rendre heureux dans ce monde , force donc les ministres de la religion à ne s’occuper que de l’autre : qu’il y ait donc des Loix fondamentales qui tiennent toujours séparées les choses spirituelles et les choses temporelles.
C’était une mauvaise Loi que celles qui accordait aux Augures une si grande autorité dans l’administration de la République Romaine. Si le vol des oiseaux et les entrailles des victimes ne leur paraissaient pas favorables? ils séparaient les Comices , quel que fût le Magistrat qui les eût assemblés ; ils annulaient les actes et les Loix que ces assemblées avaient portées : ils ordonnaient aux Consuls d’abdiquer leur Magistrature, et décidaient, ajoute Cicéron, de tout ce qui se faisait au-dedans et au-dehors. C’était leur donner une considération politique ; et ils ne devaient avoir qu’une considération religieuse ; c’est-à-dire , que les ministres de la religion doivent être respectés par leurs vertus et leur doctrine , et non par l’autorité dont ils jouissent. Cette Loi devait soumettre les Romains aux Augures , comme les Gaulois le furent à leurs Druides j elle devait déranger l’ordre de leur haute destinée.
Si elle ne produisit aucun mal, si elle fut même utile à la République , c’est que les Augures ne formant point un ordre distingué du leste des citoyens , n’avaient point d’autre in— teiët que celui des Patriciens, et ne pouvaient en défendre et protéger les prérogatives, qu’autant qu ilsn abuseraient pas de leur divination , pour exiger du peuple des sacrifices incompatibles avec son amour extrême pour la liberté. C est que dans une République qui avait des moeurs, et ou 1 on aimait, malgré la fureur des partis, la gloire et sa patrie, leur qualité de citoyen contenait leur pouvoir d’ Augure; c’est qu’ils craignaient les Dieux, étaient pauvres, et avaient cette heureuse simplicité qui accompagne la tempérance.
Si les Augures ne s’emparèrent pas du gouvernement, ou du moins ne le troublèrent pas^ par leurs intrigues, quand il fut corrompu par ses victoires; ne l’attribuez qu’aux passions des Romains , qui étaient alors remués par de trop grands objets d’avarice et d’ambition , pour craindre encore les Dieux, respecter la religion , et laisser à ses ministres quelque crédit. Quand un Augure , selon l’expression d un ancien , ne pouvait rencontrer un autre
Augure sans rire ; quand il n’y avait plus k Rome que quelques vieilles femmes qui crussent à Pluton , aux Furies et aux enfers ; ce tems n’était-il pas bien favorable aux Augures pour avoir de l’ambition et gouverner la République ? Ainsi Rome n’échappa d’abord à la tyrannie des prêtres , que par des accidens qui ne pouvaient toujours subsister; et ensuite par des vices qui la précipitèrent sous le joug de ses généraux.
Quelque ferme résolution , continua notre Philosophe, que le Législateur ait prise, de ne laisser aux prêtres aucune administration politique , pour conserver à la religion sa pureté et la confiance des citoyens ; jamais il ne réussira dans son entreprise , s’il ne raffermit l’ordre , et ne prend des mesures pour forcer sans violence les ministres de la religion à se contenter d’une fortune qui peut s’allier avec de bonnes mœurs. Vous savez ce que les gens de bien et les savans , qui regrettent les premiers siècles de l’Église, ont dit du pouvoir des richesses et de la corruption qui les accompagne; voilà la source du mal, et c’est- là qni’il faut remonter. L’État doit pourvoir à la subsistance des prêtres. Mais il y doit pourvoir
•avec modestie. Qu’ils aient des salaires comme en Hollande, et non pas des domaines comme en Allemagne et en France : de petites terres donneraient envie d’en avoir de grandes; et
Si le prêtre manque des choses dont un homme frugal et tempérant ne peut se passer , vous l’avilissez. S’ils manquent du nécessaire, ils se plaindront de leur sort, ils voudront le changer , ils se serviront de la religion en intrigans. S’ils ne réussissent pas , on aura pour eux le mépris qu’on a pour des pauvres qui estiment les richesses , et qui font des efforts inutiles pour s’enrichir. S’ils réussissent , les temples seront infectés par l’avarice , et vous y trouverez bientôt tous les vices qui accompagnent les richesses, le luxe et l’oisiveté.
Ce n’est point sans raison que les philosophes les plus sages de l’antiquité voulaient bannir les richesses des temples , et y substituer une simplicité auguste. Dieu n’a que faire, dit Cicéron , de notre faste, et c’est par les sentimens de notre coeur qu’il nous juge. Peut-il souffrir qu’en exigeant de riches offrandes , on ferme l’entrée de ses temples aux pauvres; les impies, ajoute-t-il, n’ont qu’à
écouter Platon , pour apprendre combien ils sont insensés de prétendre appaiser les Dieux par des présens. Ce philosophe leur demandait si Dieu est plus faible et moins généreux que les gens de bien qui rejettent les bienfaits des médians. L’or et l’argent, dit encore Platon, ne sont point employés impunément à la décoration des temples. L’ivoire qu’on tire d’un vil cadavre , ne paraît pas un présent assez pur pour être offert aux Dieux ; et l’airain et le fer conviennent plus aux usages de la guerre qu’au service des temples. Si on veut dédier une statue de bois ou de pierre, qu’elle soit toute de lamême matière. Ne donnez aux Dieux que des vêtemens faits sans art , et réservez les étoffes teintes pour les enseignes militaires : en un mot, que toutes vos offrandes soient simples , mais présentées par des mains pures.
Les prêtres voudront avoir des richesses et des palais , et quoi que vous puissiez faire, ils les auront, si les temples sont riches et somptueux. En effet, Milord, on ne peut se déguiser que les libéralités indiscrettes des premiers Chrétiens n’aient corrompu les mœurs de leurs pasteurs ; les charités des uns devinrent un piège pour la vertu des autres. Au milieu de
For et de Pargent dont les Ecclésiastiques étaient les dépositaires et les dispensateurs, ils commencèrent à s’appercevoir qu’ils ne possédaient rien , et ils se dégoûtèrent de leur pauvreté. Ils se persuadèrent, tant les passions sont propres à faire illusion , que Dieu vend ses grâces et ses faveurs , et que les dons qu’on faisait à ses ministres lui étaient agréables. Ils eurent un patrimoine, et l’Eglise déjà trop riche pour conserver son ancienne simplicité, quand Constantin la fit triompher, touchait au moment où elle allait perdre la plupart de ses vertus. Après avoir acquis des richesses, on voulut acquérir du pouvoir : et on ne se servit des richesses et du pouvoir que pour troubler le monde entier. Les Évêques fréquent èrent les cours, et au lieu d’y répandre quelques vertus, ils y prirent eux-mêmes les vices des courtisans. Il n’était plus tems pour le Législateur de les arrêter par ses loix ; ils s’étaient soustraits à son autorité ; et on devait s’attendre que formant un ordre indépendant et séparé de la société , ils ne songeraient qu’à l’asservir. II est juste que les prêtres soient souverains dans les choses qui regardent la religion ; mais il est pernicieux que leur personne ne reste pas
Soumis aux loix civiles. En leur laissant des richesses et des honneurs qui les forçaient à à être avares et ambitieux, il était impossible qu’ils renonçassent à leur avarice et à leur ambition.
Ces deux passions, Milord, ont fait les mêmes plaies à la religion, qu’elles ont faites à la société. Je ne me contenterais donc pas dans ma nouvelle République, de borner la fortune des ministres de la religion ; je dimininuerais leur nombre autant que peuvent le permettre leurs fonctions, afin qu’ils sentissent leurs faibleses, et 11e formassent pas des projets trop hardis. En établissant entre eux la subordination la plus exacte, je les rapprocherais, autant qu’il me serait possible , de l’égalité la plus parfaite. Le clergé de Hollande me paraît établi sur les plus sages principes. Que voulezvous attendre de vos lords spirituels? Ils jouissent d’une dignité trop éminente dans leur ordrç. C’est encore pis dans l’Église Romaine y le sacerdoce y est à la fois et trop puissant et trop avili, pour que la religion soit respectée comme elle doit l’être.
Tant que les prêtres feront considérer leur doctrine par la sagesse de leurs moeurs et dfc