ICX) DE LA NÉCESSITÉ
espèces de tables, afin que ces opinions et ridée de la chimère qu'elles renferment se plaçassent en même temps dans notre mémoire. Car lorsque rien n'interrompt l'habitude que les enfants prennent de penser, d'après leur gouvernante, que les songes sont des présages^ ou que V astrologie est la science de r avenir, il faut, pour effacer ces idées, des réflexions que les uns négligent de faire, et dont les autres ne sont pas capables.
Ce n'est pas qu'on ne puisse être d'une conversation agréable, quoiqu'on ait toutes les craintes frivoles et les opinions chimériques: c'est la philosophie de presque toutes les femmes. Mais la nature a donné à celles qu'elle a destinées à plaire, un charme qui se répand sur tout
ce qu'elles pensent: leur imagination, telle qu'on nous peint cet art de féerie qui fait naître des palais et des jardins dans les mêmes lieux où rinstant d'auparavant on ne voyait que des rochers et des ronces, embellit tout ce qu'elle nous présente; tandis que les hommes, pour réussir constamment, sont réduits à joindre de la solidité aux grâces de l'esprit; et que leur imagination, quelque brillante qu'elle puisse être, ne les sauve pas de la honte d'une certaine ignorance.
A l'égard des personnes qui entrent dans le monde, préservées ou guéries de ces préjugés, elles ne peuvent trop ménager l'amour-propre de celles qui sont accoutumées à les regarder comme des vérités.
La plupart des hommes tiennent à
la petitesse de leur esprit, comme certains amants idolâtrent une laide maîtresse ; on ne pourrait les éclairer qu'en leur découvrant leur erreur ; et Tart le plus ingéoieux échoue bien souvent quand il s'agit de désabuser sans déplaire. Il y a un milieu à saisir, qui nous éloignant également de commettre notre jugement avec les personnes éclairées, et de faire paraître une supériorité qui blesse les esprits communs, nous sauve du mépris des uns et de la haine des autres.
Pour faire connaître dans toute son étendue la nécessité de s'assujettir aux usages du monde, et de s'appliquer à pénétrer le caractère des personnes qui composent la société, afin de pouvoir s'en faire aimer, on ne peut trop préparer les
jeunes gens à la sévérité avec laquelle on les examinera, quand ils paraîtront sur cette grande scène.
Ils doivent être prévenus qu'ils trouveront deux juges dans chaque spectateur, la raison et Tamour-propre.
L'une, équitable, rend justice gratuitement : Taulre n'est jamais favorable qu'à de certaines conditions.
L'amour-propre veut qu'on le flatte, qu'on ne perde point de vue ses intérêts; et dans la plupart des jugements où la raison semble avoir prononcé, il se trouve que Tamour-propre a presque entièrement dicté l'arrêt.
C'est dès la première année de notre vie que doit commencer notre éducation ; et après les principes de la religion, qui est elle-même la source de toutes les vertus sociables,
rien n'est plus important que de bien établir en nous le désir et les moyens de disposer en notre faveur les esprits, afin de parvenir à nous concilier les coeurs ; parce que dans le commerce ordinaire de la vie, pour être heureux, il faut être aimé ; que pour être aimé, il faut plaire; et qu'on ne plaît qu'autant qu'on sait contribuer au bonheur des autres.