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sant pour elle, et vous ne Tétiez que par là : n*en attendez plus rien, jusqu'à ce qu'elle se plaise à recommencer le charme. Elle n'a de grâce dans l'esprit, de feu dans l'imagination, de raison même, elle n'existe enfin, si j'ose le dire, que dans les moments où elle est flattée de plaire; et elle y réussira encore avec vous dès qu'elle en aura envie:
vous passerez alternativement de l'admiration au dépit. On dit que de pareils contrastes nourrissent l'amour; il est sûr du moins qu'ils n'entretiennent pas l'amitié.
Que tout à coup, sans ôter à cette même personne son inégalité, on lui inspire le désir de plaire, qui a pour objet de se faire aimer, on verra une conduite bien diflFérente.
Au lieu de s'abandonner sans retour
à cette langueur qui suivit de si près son empressement, elle sentira que son inégalité a dû vous déplaire, et trouvera des ressources pour la réparer. Ce ne sera pas par les traits de cet esprit saillant, ni de cette imagination riante, que vous avez admirés en elle, puisqu'ils naissent uniquement de l'émulation que lui cause la nouveauté des -objets. Mais elle vous parlera la première des contrastes de son humeur : sincérité qui commencera a diminuer la blessure qu'ils vous avaient faite.
Elle vous avouera, en les blâmant, des bizarreries que vous n'avez pas encore essuyées, et cette confiance vous engagera à la plaindre. Vous la trouverez sensible de si bonne foi aux sujets que vous avez de ne pas rechercher son commerce, que
ce sera vous alors qui songerez à trouver des raisons de Texcuser.
Enfin, dans chaque intervalle, vous ouvrant son âme sur ses caprices et sur son repentir, elle vous accoutumera à rindulgence : eflFet plus surprenant encore du désir de plaire î Quoiqu'elle ait toujours les mêmes défauts, vous ne verrez plus de torts en elle, vous finirez par Taimer.
Il y a encore d'autres qualités qui naissent du désir de plaire; il y a aussi d'autres défauts dont il nous garantit, que j'ai cru devoir traiter séparément. Comme la conversation est le champ où ils paraissent avec le plus d'éclat, c'est dans ce point de vue que je vais les considérer.
Pour éclaircir suffisamment de
quelle manière ces qualités font partie de l'esprit de la conversation, il faudrait analyser en quoi consiste ce même esprit. Mais comment définir dans toutes ses faces cet esprit de génie, qui dépend moins du genre et de l'étendue des ' lumières qu'il possède, que du sentiment plus ou moins délicat avec lequel il les met en usage? Qui ne se sert jamais mieux de l'esprit que quand il semble s'en passer, ou n'apercevoir pas tout celui dont il dispose? Qui, transporté à tous moments dans diflFérentes régions, n'a qu'un instant presque insensible pour s'emparer des richesses qui lui sont propres, et dont le choix, à mesure qu'il est plus subit, est quelquefois plus heureux? Ce talent qui a tant de ressources pour
plaire, nous cache presque entièrement ce qui le constitue. On le sent, et on ne saurait dire précisément ce qu'il est. On connaît bien mieux les défauts qui lui sont opposés que les qualités qui sont de son essence. Cependant, entre ces qualités, il en est deux qui me paraissent sensibles. La première est la manière d'écouter : la seconde est ce caractère liant qui se prête aux idées d'autrui.
L'attention est une partie essentielle de l'esprit de la conversation.
Elle ne doit pas consister seulement à ne rien perdre de ce que disent les autres : il faut de plus qu'elle soit d'un caractère à ne pouvoir leur échapper; qu'ils découvrent qu'elle n'est pas uniquement l'eflFet de la politesse, njais d'un pencl^ant cju'qa
se trouve à les entendre. Et le désir de plaire donne cette disposition obligeante; non qu'il la porte jusqu'à la fadeur, ni qu'un même sourire applaudisse aux lieux communs ainsi qu'aux idées riantes ou ingénieuses. Il sait, sans fausseté, garder les intervalles différents entre la fade complaisance et la sécheresse mortifiante qu'il évite toujours. Il prête une attention plus marquée à l'homme plus digne d'être écouté, sans que celui qui, en le méritant moins, désire autant de l'être, puisse se plaindre de la manière dont il est écouté à son tour. Il 'ne laissera pas échapper les moments où Tesprit de l'un, se développant d'une manière supérieure, exige qu'on se livre entièrement à le suivre; et lorsque l'entretien du der-
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nier lui devient à charge, il songe que ce serait un inconvénient de plus, et non un dédommagement de s'aitirer la haine, en lui faisant sentir le malheur qu'il a d'ennuyer.
On ne le croirait pas, si l'expérience ne nous en convainquait tous les jours; c'est un don bien rare que de savoir écouter. L'un, persuadé qu'il vous devine, vous interrompt aux premiers mots que vous prononcez : il part et répond avec chaleur à ce que vous n'avez ni dit ni pensé. Un autre occupé à mettre de l'esprit dans ce qu'il va vous répliquer, se livre, en vous écoutant, à ses idées ; vous le voyez, moitié rêveur et moitié attentif, n'être ni à vous ni à lui-même, et sa réponse se ressent de ce partage : elle est spirituelle et inconséquente. Celui-
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ci est le moins excusable^ incapable, par une paresse d'esprit habituelle, de toute explication sérieuse ; vous regarde avec des yeux léthargiques, ou vous adresse de temps en temps un sourire distrait et le plus souvent déplacé; il n'a pas projeté un moment de vous écouter ni de vous répondre : langueur désobligeante qui dégoûte les gens sensés de notre commerce, et qui excite l'inimitié de ceux dont la vanité considère une pareille indiflFërence comme une marque de mépris dont elle doit être blessée.
Il y a une autre sorte d'inattention qu'on regarde, non sans quelque injustice, comme un défaut, mais dont le principe n'a rien d'offensant, parce qu'elle ne vient ni de cet empressement de faire parade
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de son esprit qui empêche d'être occupé du Yôtre, ni de cette iodififérence pour ce que disent les autres qui ne se prête pas même à les écouter. C'est celte distraction qui, dans quelques gens d'esprit, naît du fond de leur caractère et qui les saisit dans les moments même où ils trouvent du plaisir à vous entendre; espèce de ravissement pendant lequel vous les voyez comme transportés dans un monde différent du vôtre, et dont ils sortent souvent par quelques traits si peu attendus, ou par une plaisanterie d'un si bon genre sur le tort où ils se surprennent eux-mêmes, que vous aimez jusqu'à la distraction qui les a fait naître.
Le caractère de douceur et de complaisance, si désirable dans la
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société, n'est pas, lors même que l'esprit raccompagne, une de ces qualités qui jettent un certain éclat sur ceux qui les possèdent. C'est une sorte de philtre, qui, agissant d'une manière peu sensible, ne vous occupe d'abord que faiblement de la main qui sait le répandre, mais dont l'effet est toujours de vous la rendre chère. Eh! comment ne pas aimer ces âmes flexibles que vous attirez sans peine; qui vous cherchent même et se plaisent à partager ce qui intéresse la vôtre; qui n'attendent de vous aucune attention, aucune condescendance, dont elles ne vous donnent l'exemple; qui assez élevées, lorsqu'elles aperçoivent des défauts mêlés avec des vertus, pour dédaigner le faux avantage d'avilir les autres hommes,
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profitent par préférence des motifs d'applaudir et d'estimer?
C'est dans la conversation qae l'esprit de douceur a de plus fréquentes occasions de paraître. Il nous fait abandonner avec sagesse, quand les matières sont indi£Pérentes, le faible avantage d'avoir sévèrement raison contre les gens dont l'amour-propre facile à se révolter ne pardonne point un pareil succès. Vous pourriez leur montrer de la supériorité : vous préférez leur paraître aimable.
Il n'est qu'un genre de douceur, qui, loin de nous faire aimer, indispose au contraire ceux qui en pénètrent le principe : c'est la douceur qui, ayant pour base un fonds de mépris pour les lumières des autres, leur laisse apercevoir qu'elle
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ne leur cède que par un sentiment de supériorité, qu'elle n'est qu'un découragement de convaincre les hommes de leur petitesse.
Ce n'est pas le plus souvent faute d'esprit, de savoir, d'imagination, qu'on indispose les gens avec qui l'on s'entretient; c'est parce qu'on ne songe à faire paraître ces qualités que pour sa propre satisfaclion. De là naissent des défauts plus nuisibles que la stérilité de l'esprit et l'ignorance. Tels sont l'habitude de parler de soi, l'abus de la mémoire, la contradiction.
Le penchant à parler de soi est bien séduisant. Avec beaucoup d'esprit on n'est pas toujours garanti de ce piège où notre amour-propre nous attire. Ingénieux à se dégui* ser, c'est quelquefois sous les traits
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de la modestie qu'il s'ofire à nous, et qu'ii parvient à nous gouverner.
Qu'on adresse des éloges mérités à des hommes connus par de grandes vertus, par des actions brillantes, ou par l'antiquité de leur race, quelques-uns, ayant sincèrement l'intention d'être modestes, se défendront de vos louanges de manière à le paraître bien peu. Vous les verrez se répandre sur l'extrême faveur non méritée, avec laquelle l'opinion commune les traite. ^
Ils croient effectivement en être surpris, mais ils entrent dans des détails, et d'étonnement en étonnement, de bontés en bontés qu'on a pour eux, ils content insensiblement leur histoire, où ils font leur généalogie, et rapportent à leur gloire tous les traits qui vous étaient
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échappés. Ils n'ont rien dit que d'incontestahle, mais enfin c'est vous avoir entretenu de leur mérite.
L'amour-propre a d'autres subterfuges dans ce genre de séduction, qui indisposent plus encore, quand on les démêle, que ne ferait, peut-être, l'orgueil à découvert. On trouve des gens qui ne diront jamais moi, mtnon opinion^ ni fe fais, ni je prétends, mais qui d'une manière détournée, sans s'en apercevoir peut-être, se procurent l'intime satisfaction de ne vous entretenir que d'eux-mêmes. Tout les ramène aux talents, aux autres avantages qu'on sait qu'ils possèdent. Ils vous montrent, comme avec une baguette, l'excellence de ces dons heureux; ils vous feront surtout remarquer les parties où ils croient
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exceller, comme celles où il y a plus de mérite à réussir. Quelle modestie! Ils suppriment leur nom, pour n'être reconnus qu'à leur éloge.
On s'abuse souvent encore, lorsque, dans une conversation où chacun parle de ses goûts ou de son humeur, on croit ne rien hasarder, en faisant aussi quelques portraits de soi-même. On ne doit point se rassurer sur ce que ces portraits seront vrais, ou si peu avantageux qu'ils ne pourront point donner de jalousie : il faudra prévoir si les esprits portés à la critique jugeront convenable que vous soyez tel que vous êtes. Pour m'expliquer, je suppose qu'un homme qui a l'extérieur raisonnable et froid, s'annonce comme ayant un goût très vif pour
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tout ce qui divertit; ou qu'il avoue qu'il lui vient, comme à bien d'autres gens, des idées folles ou bizarres.
Le portrait, comme je Tai dit, sera fidèle, il paraîtra cependant ridicule.
On exige que vous ayez le caractère désigné par votre physionomie; on voudra du moins, si la joie ne vient point s'y peindre, que vous fassiez un mystère de celle que vous ressentez dans le fond de votre âme.
Il ne suffit pas de s'être accoutumé à dompter le penchant naturel qu'on sent à parler de soi-même; il y a une certaine défiance, ou plutôt une présence d'esprit nécessaire pour apercevoir les pièges qu'on nous tend, à dessein de réveiller en nous ce faible que nous avons tant de peine à vaincre. Ordinairement, même avec de l'esprit, les personnes
qui ne sont point caustiques, sont portées â ne point soupçonner les autres de Têtre ; et cette sécurité, tout estimable qu'elle a droit de paraître, n*est pas sans inconvénient. . Souvent des égards qu'on vous marque, des louanges qu'on vous adresse d'une manière indirecte, un certain sourire d'applaudissement aux choses communes que vous dites, ont pour objet unique de vous faire tomber dans un ridicule, soit en vous faisant parler de vous-même avec éloge, soit en vous engageant à mettre au jour des talents médiocres. Si vous ne sentez pas d'abord l'ironie de ces fausses prévenances, la seule confiance que vous paraîtrez y prendre, quand elle ne vous mènerait pas aussi loin qu'on le désire, est capable de vous faire
perdre, dans Topinion des spectateurs, le prix de tout ce que vous avez d'ailleurs de qualités aimables.
Avec les esprits qui sont caustiques, il faut surtout, pour ne point décréditer le sien, éviter qu'il ne soit leur dupe ; et s'il est un moyen d'acquérir la supériorité sur eux, c'est de montrer qu'on les connaît sans les craindre, et sans daigner les imiter.
On a dit que les amants ne s'entretiennent les jours entiers sans s'ennuyer, que parce qu'ils se parlent toujours d'eux-mêmes; cette effusion de cœur me paraît appartenir plus raisonnablement à l'amitié.
Après ce goût de préférence qui nous attache à un ami véritable, après cette satisfaction si chère de compter sur l'intérêt qu'il prend à