STATISTIQUE
Avant d’entrer en matière, il sera bon, je pense, de montrer avec quels éléments on peut tracer l’histoire des nécroses produites parle phosphore. On vient de voir à quels travaux cette affection a donné lieu ; jetons un coup d’œil sur les nombreux cas publiés dans les recueils, ou encore inédits, mais que les observateurs ont bien voulu me communiquer.
De Bibra et Geist donnent, dans leur ouvrage (page 115), des tableaux dans lesquels sont rassemblés les faits observés par Lorinser, par les médecins de Nürenberg, par Neumann, Hubbauer, Haimerdinger, Pluskal et Strohl. Ces faits sont au nombre de cinquante-trois. De plus ces auteurs rappellent un certain nombre de cas appartenant à MM. Roussel, Lépine,
Sedillot et Bricheteau. Ces cas ne sont pas compris dans leurs résumés statistiques.
Pour éviter autant que possible toutes chances d’erreur, et elles sont grandes dans un pareil travail, voici comment j’ai procédé : j’ai laissé tous les faits notés par Bibra et Ceist, en donnant seulement les conclusions de leurs tableaux ; je mentionne les huit cas de MM. Roussel et Lépine, et enfin dans les tableaux qui suivent, j’ai indiqué la nature et les principales circonstances de tous les autres cas observés en France ou à l’étranger, qui sont venus à ma connaissance.
En procédant ainsi, j’ai désiré mettre mes lecteurs en mesure de juger du nombre vraiment considérable de nécroses phosphorées qu’on a observé depuis douze ans, et, de plus, j’ai pensé que mes tableaux faciliteraient singulièrement des recherches ultérieures.
Quoiqu’il en soit, en calculant sur les tableaux des auteurs allemands, on arrive aux résultats suivants : L’âge moyen de 52 malades, sur 53, était de 22 à 23 ans. La moyenne du temps de travail au bout duquel la nécrose s’est révélée par ses premiers symptômes est de 5 ans environ (1).
Sur ces 53 cas, on ne compte que 5 hommes.
Sur 51 cas où le siège de la nécrose est indiqué, le maxillaire supérieur est atteint 21 fois, le maxillaire inférieur 25 fois, les deux maxillaires 5 fois.
Sur 45 malades, 14 sont morts, lâ ont été guéris, 17 ont été perdus de vue.
Notons, enfin, que les 21 malades affectés de nécrose du maxillaire supérieur ont fourni 6 morts, et que ceux dont la mâchoire inférieure était mortifiée ont donné 8 morls. — Nous
(1) Ces deux chiffres ne sont pas absolument exacts; je néglige les fractions : c’est pour l’âge, 22 ans 8 mois 11 jours; pour le temps de travail, U ans 8 mois l\ jours.
verrons bientôt, en réunissant ces résultats aux nôtres, qu’ils ont une véritable importance.
Les malades de M. Lépine étaient toutes les quatre des femmes; je n’ai pu, malgré tous mes efforts, me procurer d’autres renseignements à ce sujet.
M. Roussel a vu trois malades, deux jeunes femmes au début de l’affection, et un homme de 27 ans; il a de plus appris, par M. Bergeron, qu’un autre malade avait succombé à une nécrose du maxillaire inférieur. Ainsi que je l’ai dit, ces faits sont trop brefs pour qu’on en puisse tirer autre chose qu’une notion statistique.
Weiche, dans son travail, a réuni 88 cas de nécrose phosphorée. Sur ce nombre, il trouve 78 femmes et 10 hommes; 20 malades sont morts, 22 ont été guéris, 46 ont été perdus de vue. La mâchoire supérieure a été atteinte 32 fois, l’inférieure 38 fois, les deux 10 fois.
Il est hon de remarquer ici encore cette prédominance de chiffre, en faveur de la mâchoire inférieure; nous allons la retrouver plus loin.
Les tableaux qui suivent m'ont permis d’établir des conclusions fort analogues aux précédentes; cependant l’âge et le temps de travail au bout duquel les malades sont frappés, ont un chiffre un peu plus élevé ici qu’en Allemagne.
Les tableaux portent sur 71 malades observés : en Angleterre 9, en Allemagne 3, en Amérique 1, à Lyon 12, à Strasbourg 3, à Paris Z|3.
L’âge moyen pris pour 45 d’entre eux est 30 ans. C’est au bout de 7 ans 1 /2 environ de travail qu’ils ont été atteints.
On a noté 60 fois le siège de l’affection ; c’était :
Le maxillaire supérieur 21 fois ;
L’inférieur 30 fois;
Les deux maxillaires 9 fois.
De ces 71 malades, 28 sont guéris, 8 sont en traitement, j 9 ont été perdus de vue, 23 ont succombé aux suites de leur S nécrose, 3 sont morts d’affections étrangères.
Les 9 malades affectés de nécrose des deux maxillaires ont fourni A morts ; les 21 malades dont le maxillaire supérieur était atteint comptent 7 morts; enfin, pour le maxillaire infé- ; rieur, 6 morts.
En réunissant cette dernière donnée avec celle qui résulte des ! tableaux de Bibra et Geist, on arrive à formuler cette conclusion statistique : que les malades frappés de nécrose des deux mâchoires fournissent 1 mort sur 2; pour la mâchoire supérieure, 1 mort sur 3; pour l’inférieure, 1 mort sur A.
Ces résultats chiffrés ont, sans doute, quelque chose d’aride qui tendrait â les faire proscrire. Cependant, nous verrons par la suite qu’ils pourront servir à résoudre plusieurs questions inhérentes à notre sujet.
Puis, quoique nous ayons la conviction qu’un certain nombre de cas aient dû échapper â notre connaissance , il nous a semblé qu’on pouvait tirer quelques bons enseignements, soit au point de vue de l’hygiène, soit au point de vue de la pathologie, d une réunion de 132 faits , lors même que quelques-uns d entre eux présentent des lacunes.