‹ De la nécrose causée par le phosphoreChapitre 2 sur 10 · APERÇU HISTORIQUE · texte numérisé non relu

APERÇU HISTORIQUE

En 1834, rindustrie venait de réaliser un véritable progrès; T Allemagne inaugurait la fabrication des allumettes à frottement. En 1836 celle-ci pénétrait en France, et en 1840 nous avions à Paris plusieurs ateliers en pleine activité.

Depuis cette époque, Paris, Lyon, Sarreguemines, pour la France, sont restés les principaux centres de cette industrie.

Elle ne devait pas tarder à faire des victimes. Déjà, en 1839, une femme d’un âge moyen, ouvrière dans une fabrique d’allumettes, était venue mourir à l’hôpital de Wieden à Vienne, des suites d’une nécrose des mâchoires. Ce cas passa inaperçu, et fut mis sur le compte des excès de tout genre auxquels se livrait la malade.

Une seconde malade, âgée de trente-deux ans, se présente

en janvier 1863, atteinte d’une nécrose du maxillaire inférieur; elle meurt phthisique cinq mois après.

Dès lors l’attention s’éveille; les cas se multiplient, et au bout de deux ans, en 1 865, M. Lorinser est à même d’esquisser l’histoire de la nécrose phosphorée, en s’appuyant sur neuf observations qu’il vient de recueillir.

La même année, M. Heyfelder communiquait à la Société médicale d’Erlangen l’étude intéressante qu’il venait de faire sur un maxillaire inférieur, enlevé par lui à une jeune malade frappée de l’affection qui nous occupe. En collaboration avec M. de Bibra, il avait fait sur cet os des recherches chimiques et microscopiques, et en fournissait le résultat.

Presque en même temps M. Strohl, de Strasbourg, venait lire à la Société médicale de cette ville un travail basé sur quatre faits. Au commencement de 1846 le congrès scientifique de Nürenberg entendait, à propos du fait de M. Heyfelder, les communications de MM. Diez de Nürenberg, Rose et Blumhart de Stuttgard. Ils insistaient surtout sur la fréquence relative dans les deux sexes, et sur la présence d’une certaine quantité d’arsenic dans la pâte phosphorée.

Les observateurs français se mettent à l’œuvre. En 1846, M. Th. Roussel communique à l’Institut ses Recherches sur les maladies des ouvriers employés à la fabrication des allumettes chimiques. En mars, M. Sédillot envoie au même corps savant la relation de trois faits intéressants, recueillis à la elinique chirurgicale de Strasbourg.

Dupasquier (juillet 1846) entreprend à Lyon des recherches destinées à contrôler les indications inquiétantes venues de l’Allemagne et de Paris; il visite les fabriques d’allumettes et les fabriques de phosphore, et conclut que ces industries n’ont rien d’insalubre et que, si parfois on observe des accidents, ceux-ci doivent être attribués à la présence de l’arsenic.

De nouveaux cas se produisent en Allemagne et sont publiés par Pluskal dans la Gazette autrichienne hebdomadaire , par Hubbauer, par Neumann.

MM. A. Chevallier, Bricheteau et Boys de Loury envoient à l’Institut, le 5 avril 1847, un mémoire dans lequel ils produisent de récentes observations, et cherchent à établir les différences qui existent entre la nécrose causée par le phosphore et la nécrose simple.

Cette même année, MM. Ernst de Bibra et Lorentz Geist, utilisant tous les travaux de leurs devanciers, nationaux et étrangers, publiaient à Erlangen l’ouvrage le plus complet qui ait jusqu’ici paru sur notre sujet.

Depuis cette époque, les publications n’ont plus guère porté que sur des faits de détail ou des observations particulières. En 1848, Blandin et M. Hervicux donnaient chacun un fait important.

L’Angleterre nous apprend que la nécrose s’est montrée dans ses fabriques, comme dans celles du continent. 31. Taylor à Noltingham, M. Stanley à Londres, ont recueilli des observations; ils sont bientôt suivis par M. Harrisson à Dublin.

En 1850, Jungken de Berlin et Ebel, essayent de s’élever contre les influences pernicieuses attribuées au phosphore; mais ils sont bientôt réfutés dans leurs tristes arguments par Lorinser, qui cette fois étaye son opinion de trente-cinq observations qui lui sont propres.

Indiquons enfin, pour compléter ce rapide aperçu, les publications de Wirchow, de M. Beaugrand, de Muschka de Prague, de Weiche, de Mayer, et le second mémoire de Geist, publié à Erlangen en 1852, où il s’occupe particulièrement de la reproduction du nouvel os.

Depuis quatre ans, la question a pris un aspect tout nouveau. La chimie industrielle nous avait dotés des allumettes «à friction

et de tous leurs dangers; c’était à elle à trouver le remède de ces derniers; nous verrons qu’elle n’a point failli à cette noble tâche.

Les travaux de Schrœtter de Vienne, deM.de Vry, de M. Bussy sur le phosphore rouge mirent les expérimentateurs sur la voie de nouvelles recherches.

MM. Raynal et Lassaigne, O. Henry tils et Chevallier fils, Orfila et Rigout se mettent à l’œuvre et démontrent l’innocuité parfaite du phosphore rouge ou phosphore amorphe, pris à l’intérieur â des doses considérables.

Enfin, l’année dernière, M. Tardieu, dans un remarquable travail inséré dans les Annales d'hygiène , insiste de nouveau sur les nombreux inconvénients du phosphore blanc dans la fabrication des allumettes chimiques; il propose de lui substituer le phosphore amorphe et établit nettement la possibilité de cette substitution au point de vue industriel et commercial.

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