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torze ans. Mais, il y a deux ans, elle avait éprouvé des coliques néphrétiques d'une intensité extrême, coliques qui s'étaient terminées par l'expulsion de plusieurs calculs par le canal de l’urètre. Ces calculs étaient de volume variable, ils présentaient des facettes; l’un deux avait le volume d’un haricot. Lors de cette première attaque de colique néphrétique les douleurs eurent pour siège exclusif le flans gauche. Pendant un an, la malade alla bien, puis revinrent de nouvelles douleurs siégeant encore dans le flane gauche, douleurs pongitives, sourdes, persistantes n'ayant plus le caractère expulsif des premières; douleurs accompagnées ou provoquées par des vomissements alimentaires et de la constipation. Néanmoins, la santé générale reste parfaite, l'appétit soutenu. Mais nous avons à signaler à cette époque une polyurie, qui plusieurs fois par nuit obligeait la malade à se lever. Nous disons polyurie et non envies fréquentes d’uriner. On s’est expliqué très nettement sur la grande abondance des urines rendues à cette époque.
Toutes les douleurs du côté gauche disparurent ; mais quelques semaines plus tard, il y eut du côté droit de nouvelles souffrances analogues à celles observées primitivement à gauche. Ces douleurs cédèrent ; mais à la polyurie qui avait persisté succéda l’anurie absolue.
Nous sondâmes la vessie. Elle ne contenait pas une seule goutte d'urine. Les organes génito-urinaires étaient absolument normaux. Cœur normal. Pas de douleur à la percussion du côté gauche dans la région lombaire. Sensibilité légère à droite.
La malade fut soumise à l’expectation. On prescrivit des bains chauds, quelques antispasmodiques, des purgatifs, la diète lactée. L'anurie persista toujours absolue. On donna un bain de vapeur le 17 et le 18, car à partir de ce jour-là la dyspnée avait augmenté. Une céphalalgie intense s'était manifestée, de l’æœdème s'était produit et du côié des membres et du côté des poumons, trahi par des râles humides abondants. Vomissements réitérés. Je priai alors notre collègue Lépine de vouloir bien examiner cette malade et nous arrivâmes à formuler le diagnostic suivant :
4° Le rein gauche primitivement malade n’est plus le siège
d'aucune douleur spontanée depuis longtemps. Il n’est pas douloureux à la pression, il y a anurie, donc il ne fonctionne plus, il est atrophié.
2° Le rein droit est douloureux. Il y a anurie Donc un calcul empêche les urines que ce rein sécrète encore de s'écouler par l’uretère du côté droit.
3° La polyurie indiquée par la malade laisse des doutes sur l’état de ce rein. Mais nous ignorons quelle était la composition des urines rendues. Il y a donc lieu d'espérer que le rein droit fonctionne encore, du moins en partie.
Ce diagnostic nous amenait à formuler l'indication opératoire d’une népbrotomie. Après avoir pratiqué une ponction capillaire sur le trajet de l’uretère, pour nous assurer s’il n’y avait pashydronéphrose avec dilatation de l’uretère, je fis endormir la malade.
Opération. — Le 19 novembre, la malade, étant anesthésiée à l'éther, fut couchée sur le flanc gauche. Une incision transversale de 10 centimètres fut pratiquée comme pour la néphrotomie classique. Incision des aponévroses et des muscles. Les artérioles divisées sont tordues aussitôt. L'opération se fait à peu près à blanc. Nous arrivons à l’atmosphère graisseuse du rein. Elle est œædémateuse au point que nous croyons un instant être arrivé sur le bassinet dilaté. Il n’en est rien. Cette graisse est enlevée avec des pinces mousses et nous arrivons sur le rein. Avec le doigt nous sentons son extrémité inférieure, mais il nous est impossible d'arriver sur le hile. L’organe est hypertrophié. Alors, armé du thermocautère de Paquelin, je l’enfonçai dans le parenchyme rénal, obliquement, de dehors en dedans et d’arrière en avant, dans la direction du bassinet. Il fut introduit à 4 centimètres de profondeur. Un flot d'urine jaillit par cette ouverture. J'y fis pénétrer un drain du volume d’un canon de plume. D'épaisses couches de coton salicylé furent accumulées sur la région. On transporta la malade dans son lit.
Au bout de quelques heures, toutes les pièces du pansement étaient imprégnées d’urine. Les phénomènes urémiques étaient amendés, la dyspnée surtout; la température le soir était restée normale. Les vomissements ont disparu,
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Le lendemain, TR — 40°.P — 140. Pas de dyspnée. L'œdème des mains observé la veille a disparu.
Écoulement permanent de l'urine qui se répand en traversant les matelas jusque sous le lit.
21 décembre — État stationnaire T R — 40. Polyurie persistante.
22 décembre. -- TR — 40,4. Cyanose de la face, dyspnée. L'œdème des membres a disparu, mais le pouls est accéléré, la respiration stertoreuse, la céphalalgie reparaît, en un mot, la malade est en pleine urémie. Et pourtant l'écoulement de l’urine par la plaie continue. L’examen de ces urines n’a pas été fait, parce qu'elles étaient mêlées constamment au pus, au sang, aux substances antiseptiques maintenues en contact avec la plaie. La malade succomba en pleine urémie, dans la soirée du 22 décembre. Pas de complications du côté de la plaie.
A l’autopsie, le rein droit est énorme. Il a 20 centimètres de longueur; il pèse 366 grammes. La plaie de la ponction pratiquée avec le thermocautère dans laquelle se trouve le drain se présente sous la forme d’un trajet cylindrique de 4 centimètres de longueur, aboutissant dans le bassinet. Ce dernier est complètement rempli par un caleul qui s’est moulé sur sa cavité et qui présente la forme classique en éléphant. Un prolongement oblitère l’uretère. En pratiquant des coupes sur le rein, on trouve disséminés dans son parenchyme plusieurs noyaux calculeux plus ou moins volumineux.
Le rein droit pèse 75 grammes. Il est transformé en un kyste du volume d’un gros œuf de dinde, contenant un liquide incolore et inodore. L’uretère est transformé en un cordonnet fibreux à peine perméable. Les autres organes n’ont pu être examinés.
Or, daps l'espèce, pourquoi notre malade a-t-elle succombé? Il n’y a eu aucune complication du côté de la plaie : la malade est morte d’urémie, Et pourtant nous avions rendu aux urines leur libre écoulement. C’est alors qu’apparaît la valeur du symptôme polyurie. Ce symptôme, nous n’avons pu en apprécier la valeur, n'ayant pas eu l’occasion d'examiner les urines. Il est probable que cette polyurie était exclusivement aqueuse, comme celle de la
néphrite amyloïde, et que les urines ne contenaient que très peu d’urée. M. Chandelux, qui a bien voulu nous préter son précieux concours, a constaté que l’hypertrophie énorme de ce rein était constituée surtout par du tissu connectif, tandis que les éléments fonctionnels étaient atrophiés et relativement rares. Dans le rein gauche on ne trouvait plus que de rares noyaux de tissu rénal reconnaissable. En plusieurs points, Chandelux a rencontré des tubuli sans épithélium.