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CHAPITRE PREMIER

Historique.

Notre intention west pas de faire ici l’historique complet de la néphrotomie ou taille du rein. Quelques auteurs, torturant peut-être un peu trop les textes, font remonter à Hippocrate l’idée première et la mise en pratique de cette opération. Ambroise Paré, Hévin, Laffite en relatent quelques cas dans leurs œuvres, mais ces cas paraissent se rapporter plutôt à l’incision d’abcès périrénaux qu’à l’incision du rein lui-même. Du reste, pendant tout le moyen âge, et dans notre siècle même, durant la période préantiseptique, les chirurgiens, timides à bon droit, craignent les complications locales si fréquentes, et l’infection ; ils n’osent pas porter le bistouri sur un rein sain. Tout au plus, se contentent-ils de donner issue au pus collecté dans son voisinage et soulevant les téguments de la région lombaire. Velpeau recommande énergiquement de n’intervenir que dans les cas où « le flanc est le siège d’une fluctuation évidente ». Malgaigne encore plus pru-

STE dent, traite « d'opération d’amphithéâtre » toute tentative faite pour inciser un rein non suppuré.

L’avènement de la méthode antiseptique dissipe toutes ces craintes, enhardit les praticiens. La néphrotomie devient une méthode courante de traitement des calculs du rein, du bassinet, ainsi que des hydronéphroses et des pyélites. Mais, malgré d’encourageants résultats, ses indications semblent ensuite se restreindre peu à peu. La néphrectomie, dont la possibilité est physiologiquement démontrée, est pratiquée pour la première fois par Simon de Heidelberg. La plupart des chirurgiens l’adoptent, et dans beaucoup de cas la substituent à opération primitive de la néphrotomie. En effet, simple dans son manuel opératoire, elle évite, prévient l’établissement de fistules lombaires trop souvent intarissables. A partir de ce moment, la néphrotomie est plus rarement pratiquée et à tort ou à raison ne semble plus vivre que des contre-indications de la néphrectomie.

Nous ne voulons pas faire ici de parallèle entre ces deux opérations, ni en discuter la valeur dans les divers cas cliniques. Mais, un fait frappe dans l'historique de la question : la plupart des auteurs passent sous silence l’indication la plus absolue, la plus indiscutable de la taille rénale. 11 s’agit de la néphrotomie d'urgence, dans les cas d’anurie par obstruction des voies d’excrétion avec menace d’urémie. On amène à l’hôpital des malades dont les urines sont supprimées depuis cinq, huit, quelquefois dix jours. Le cathétérisme démontre la vacuité de la vessie; l’anurie a été précédée de coliques néphrétiques, d’expulsions de graviers, d’hématuries,.…... bref, d’accidents revenant par accès depuis déjà longtemps. Par un

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interrogatoire détaillé, une palpation minutieuse, on s'assure que l’un des deux reins, détruit pour une cause quelconque, ou absent congénitalement, ne fonctionne plus depuis longtemps. L’uretère ou le bassinet du côté sain sont obstruës par un calcul, du sable, des graviers, un caillot, des masses caséeuses. Il ne saurait, en ces circonstances, être question de néphrectomie. L'intervention sanglante s’impose, immédiate et claire : c'est à l’incision du rein sain qu’il faut avoir recours pour rétablir la sécrétion et l’excrétion urinaires. Dans les cas d’asphyxie imminente par obstruction des voies aériennes, le devoir du chirurgien n’est-il pas de pratiquer d'urgence la trachéotomie? Ne faut -il pas dans le rétrécissement cancéreux de l’intestin établir immédiatement un anus contre nature?

Cette indication si nette, si utile, de la néphrotomie est. néanmoins restée pendant longtemps méconnue. Rayer, parmi les modernes, a le mérite de lavoir formulée le premier. Dans son traité des affections des reins, il dit: Si le conseil donné par Hévin de ne pas inciser le rein quand il n’y a point de tumeur aux lombes a été généralement adopté, ilserait cependant permis de tenter la néphrotomie dans un cas de mort imminente par l’effet d’une pyélite double, sans tumeur, mais avec anurie complète. « D’ailleurs, ce conseil à l’époque de Rayer était peutêtre plus facile à donner qu'à mettre en pratique. Nous avons quelques observations de ce chirurgien qui prouvent que, ayant eu l’occasion de néphrotomiser des anuriques, il s’est abstenu d'intervenir. Plus tard, même après l'application des découvertes de Pasteur à la chirurgie, on ne pratique pas souvent la néphrotomie d'urgence. En

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1882, Thelen de Cologne en publie une observation de Bardenheuer. En 1884, le D" Daniel Mollière rapporte un cas analogue dans le Lyon médical. Dans une séance du deuxième congrès de chirurgie en 1886, le D' Reliquet croït nécessaire d’insister sur les services rendus par la néphrotomie chez les anuriques. Pour lui, l'existence de douleurs atroces et fréquentes justifierait même elle seule l'intervention. Ensuite il faut citer les deux belles opérations de taille rénale d'urgence de Clément Lucas, et de Lucas Championnière. A hôpital de la Croix-Rousse de Lyon en 1892, M. le professeur agrégé Gangolphe pratique la néphrotomie chez un anurique en possession d’un seul rein valide, et en imminence d’urémie. Enfin deux observations plus récentes, l’une publiée par le D' Desnos dans le compte rendu du dernier congrès de chirurgie, l’autre rapportée par M. Duffau Lagarosse dans le Mercredi médical, viennent de donner un grand intérêt d'actualité à la question. Rares cependant sont, on le voit, les observations de néphrotomie d’urgence, fréquents au contraire ceux qui paraissent en relever. Aussi avons-nous lintention dans les pages suivantes :

1° De mettre en relief, avec observations à l’appui, les cas nombreux d’anurie nécessitant une intervention chirurgicale immédiate.

2° De démontrer les bons résultats de la néphrotomie d'urgence et de discuterles symptômes qui doivent guider le praticien dans sa réalisation.

3° a) D’insister sur quelques points spéciaux du manuel opératoire — à) D’établir la supériorité de la néphrotomie sur les opérations pratiquées sur l’uretère qu’on pourrait proposer pour la remplacer.

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