‹ De la Neurasthénie et de la Mélancolie: Considérées dans leurs rapports réciproquesChapitre 30 sur 33 · AE · texte numérisé non relu

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psychoses qui se développent épisodiquement ou comme terminaison: groupe psychonévrotique (mélancolie, manie)» Certains auteurs sont même allés plus loin et considèrent Ia neurasthénie, non pas seulement comme une simple prédisposition à la lypémanie, mais comme «une forme atténuée de Ilypémanie, arrivant directement et par elle-même à celle-ci comme à une phase épisodique ou terminale de sa propre progression? » (Boissier). 11 n’y à entre les neurasthéniques ei is mélancoliques qu'une simple différence de degré. « I1 y a là, dit Lentz, tout un ensemble qui se tient et s’enchaîne, ét à ce point de vue l’on est en droit de se dire que ce ne sont pas les psychoses qui viennent compliquer les névroses, mais bien qu’elles font corps avec elles: elles en constituent un degré d'évolution avancée: si toutes ne le présentent pas c’est que toutes n'arrivent pas au terme de leur évolution, On pourrait presque dire qu’il n'existe pas de névrose pure: il n'y a que des psychonévroses et ainsi se manifeste l'union intime de la neurologie et de la psychiâtrie: les névroses qui restent indemnes des manifestations psychosiques, sont des névroses arrêtées dans leur évolution. » Serrigny dit aussi «on n'ose pas franchement relier la neurasthénie aux psychoses, car prononcer le mot de mélancolie, c'est évoquer le spectre de Ia folie: le malade consent volontiers à être traité de neurasthénique, maïs il ne veut pas être aliéné. Examinons avec soin de vrais neurasthéniques; tous sont mélancoliques à des degrés divers, il est vrai, mais tous le sont. Dès lors Ie mot neurasthénique n’a plus pour nous de signification précise et si nous le conservons, il ne sera plus pour nous qu’un moyen de masquer en cas de besoin notre ‘diagnostic réel, comme on affirme à un phtisique arrivé à la dernière période de son affection qu'il est atteint de bronchite chronique. Appelons donc neurasthéniques nos malades atteints d’une légère mélancolie, ou ceux que nous ne pouvons qualifier ouvertement d’aliénés, mais sachons qu'au fond, c’est affaire de degré et rien de plus. »

Cette opinion nous paraît un peu trop exclusive; la parenté

de la neurasthénie et de la mélancolie est poussée trop loin: Evidemment ces deux syndromes mentaux sont très voisins, présentent de nombreux points de ressemblance, car ils ont le plus ordinairement leur source dans une hérédité et une étiologie communes et se manifestent par des symptômes de même ordre dus à la même série de causes débilitantes, dépressives, qui sont à l’origine de ces maladies: mais à côté de ces symptômes communs ou plutôt analogues, chaque syndrome présente un aspect, une physionomie propres, el une série de symptômes spéciaux qui permettent le diagnostic. Dans certains cas, ces particularités sont très difficiles à chercher et à mettre en lumière, mais n’en existent pas moins pour cela, Comme le montre une analyse plus approfondie: dans d’autres cas même, nous pouvons voir ces deux syndromes évoluer côte à côte, parallèlement, ou se fusionner à tel point que le diagnostic est impossible: nous sommes en présence de ces cas mixtes, qui comme nous l'avons dit, ressortissent à la fois aux deux syndromes,

« Entre l’état que nous appelons normal et la folie confirmée, il n’y a pas de limite précise, dit Dubois (de Berne); il est parfois impossible de faire des états pathologiques de l’esprit des entités morbides, de les classer, suivant leur symptomatologie, dans des compartiments nettement séparés les uns des autres. Il y a au contraire, plusieurs teintes, comme dans un dégradé photographique qui passe du blanc éclatant au noir le plus foncé. » Les neurasthéniques {et les mélancoliques peuvent occuper des places extrêmes dans cette série d'états morbides tout en étant reliés par des cas intermédiaires: en d’autres termes, le passage de la névrose pure à la psychose pure est fait par la psychonévrose.

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