‹ De la Neurasthénie et de la Mélancolie: Considérées dans leurs rapports réciproquesChapitre 29 sur 33 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Rapports de la neurasthénie et de la mélancolie

Nous avons, dans les chapitres précédents donné et analysé des observations de neurasthéniques et mélancoliques, essayé d’en faire le diagnostic différentiel, d'en montrer les analogies ou les différences: nous sommes arrivé à constater les faits suivants:

À première vue et en ne considérant que des cas types, le diagnostic est évident et s'impose: Comment ne pas reconpaître un neurasthénique dans ce malade qui vient à vous se plaignant de céphalée, d’insommie, de lassitude générale, d’une grande faiblesse qui lui rend tout travail impossible, l'empêche de se montrer à la hauteur de sa situation, qui croit être la proie des maladies les plus diverses pour lesquelles il a déjà consulté plusieurs médecins et qui vous apporte une longue note où sont minutieusement décrites toutes les sensations qu'il éprouve. Comment ne pas voir un mélancolique dans ce malade triste, abattu, en proie à des hallucinations terrifiantes, s’accusant de fautes et de crimes imaginaires, refusant de s’alimenter parce qu'il se croit indigne, ruiné, déshonoré et qui a déjà cherché à en finir avec une existence si terrible par plusieurs tentatives de suicide. Evidemment la confusion n’est pas possible; il y a entre ces malades, l’abîime qui sépare le simple découragement de la folie confirmée.

Mais, si comme nous l’avons montré dans la suite, nous considérons que dans la neurasthénie peuvent rentrer des cas plus graves, tels ces malades à hérédité chargée qui réagissent d’une façon anormale, chez lesquels nous voyons s’installer des phobies, des obsessions, des idées fixes, qui vont même parfois jusqu'au suicide, et qu'à côté, la mélancolie peut ne pas présenter un tableau pathologique aussi chargé que dans les premiers cas les différences nous paraissent moins nettes; ces malades semblent se rapprocher. Si poussant plus loin, descendant dans cette zone neutre sur les confins de la mélancolie et de la neurasthénie, nous arrivons à ces malades qui présentent soit simultanément, soit successivement des symptômes neurasthéniques et mélancoliques, malades pour lesquels on a créé les noms de neurasthénie mélancolique ou mélancolie neurasthénique, pour marquer la part qui revient à chaque syndrome, les différences de tout à l'heure semblent réduites à néant, puisque ces malades ressortissent à la fois aux deux syndromes, Comment pouvonsnous donc envisager les rapports de la neurasthénie et de la mélancolie ?

Si nous consultons les auteurs à ce sujet, nous voyons que la plupart sont unanimes à admettre des rapports très étroits entre ces deux syndromes: la neurasthénie constitue une puissante prédisposition à la lypémanie,

Beard, le premier, dit que l’épuisement nerveux est un chemin arrivant au seuil d'états plus graves et qu'il est une porte ouverte à la folie et surtout à la mélancolie. Bouveret - constate aussi que la neurasthénie dans ses diverses formes représente l’'ébauche de presque toutes les variétés de mélancolie. Charcot, Déjerine, Féré et bien d’autres neurologistes sont du même avis:les psychiâtres eux-mêmes dans leur descriptions de la mélancolie font un tableau de la période prédélirante, qui présente un malade en tous points semblable à l’épuisé de Beard ou de Weir-Mitchell. Krafft-Ebing écrit «la neurasthénie, de même que les autres névroses générales constitue une puissante prédisposition pour la naissance de

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