‹ De la Neurasthénie et de la Mélancolie: Considérées dans leurs rapports réciproquesChapitre 4 sur 33 · INTRODUCTION ET PLAN · texte numérisé non relu

INTRODUCTION ET PLAN

Lorsque Beard, en 1869, et plus tard, en 1880, découvrit son « Américan nervous exhaustion », il crut avoir découvert une entité morbide nouvelle, spéciale à ses compatriotes, engendrée par leur surmenage cérébral intense ou leur activité fiévreuse. Il créa le mot, mais la neurasthénie existait déja, « aussi vieille que le monde, ou tout au moins que la médecine » (Levillain), puisque dans Hippocrate, on peut retrouver une énumération assez complète des symptômes qui caractérisaient les malades que Beard avait en vue, «insomnie, céphalée, troubles de la vue, troubles digestifs, anxiété nerveuse, sensations douloureuses disséminées... » Cependant, ces symptômes n'étaient pas groupés sous une même rubrique et étaient rattachés, les psychiques aux mélancoliques, les physiques aux hypochondriaques. Cette confusion persista jusqu’au XVIIIe siècle, malgré Robert Whytt et Bouchut qui essayèrent de différencier les neurasthéniques des hystériques et des hypochondriaques. Beard eut le rare mérite de séparer et d'isoler du chaos, du vague et confus nervosisme, ses «épuisés nerveux». Charcot rencontrant chez ces malades une série constante de symptômes, leur donna le nom de «stigmates neurasthéniques.» La maladie de Beard semblait donc devoir prendre dans les classifications nosologiques une place déterminée avec des limites bien précises. Il n’en fut rien; la neurasthénie vit bientôt ses limites s'agrandir démesurément: on lui rattacha une foule de syndromes morbides qui ne présentaient que des rapports très lointains avec le syndrome que Beard avait isolé. On lui fit englober successive-

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