‹ De la névropathie cérébro-cardiaqueChapitre 2 sur 16 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Les premières observations de la maladie nerveuse dont traite ce livre, m'avaient suggéré ridée de les publier un jour in extenso et sans commentaires ; mais le nombre s'en étant accru à la suite de recherches faîtes pendant plusieurs années, je dus renoncer à cette idée et je fus amené à faire une description générale de la maladie. On trouvera cette description dans la seconde partie de l'ouvrage, la première étant consacrée aux observations elles-mêmes. Cellesci ont été presque toutes réduites et résumées le plus qu'il a été possible; craignant pourtant encore que, malgré leur rédaction sommaire, ces observations si nombreuses ne finissent par fatiguer l'attention du lecteur, j'ai joint à mon travail des tableaux statistiques et synoptiques qui permettent d'embrasser, par un simple coup

PRÉPAGE.

d'œil^ les principaux phénomènes de la maladie dont je me suis proposé de faire l'histoire.

Ce livre est composé d'après des faits qui me sont personnels, mais j'ai cru pouvoir y joindre ceux qui m'avaient été communiqués dans le cours d'une publication antérieure (Voy. Gaz. hebdom. deMéd. et de Chirurg.^ mai 1872). Ce travail est donc entièrement fondé sur la clinique et pour conserver toute l'indépendance de mon jugement, je me suis renfermé rigoureusement dans les limites que mes propres observations m'avaient tracées.

Paris, septembre 1872.

DE

J'ai recueilli un grand nombre d'observations d'une maladie nerveuse non décrite et qui affecte un type invariable. Je la désigne sous le nom de névropathie cérébro-cardiaque.

Quatre groupes de symptômes constants la caractérisent. Ce sont :

1 ** des troubles des sens ;

V des troubles de locomotion ;

y des troubles de circulation ;

4** des symptômes secondaires.

Aux troubles sensoriels se rattachent des conceptions fausses ou perverties pouvant aller jusqu'à un état qui a beaucoup d'analogie avec l'ivresse alcoolique, mais qui n'est jamais le délire réel, le malade gardant toujours la faculté de corriger

par le raisonnement les illusions qu'il subit.

Un symptôme non moins constant que les aberrations, c'est rhyperesthésie des sens.

Les troubles de la locomotion consistent le plus «ouvent dans l'abolition du sentiment d'équilibre, causée par du vertige et par des étourdissements.

Il survient quelquefois de la paraplégie jusqu'à complète résolution des membres ; d'autres fois il n'y a que de la parésie plus ou moins accusée, affectant presque tous les muscles du corps et se traduisant par une sensation de lassitude et d'épuisement ; quelquefois encore il y a des impulsions involontaires, et le malade marche malgré lui dans des directions déterminées. D'autres fois la démarche est seulement hésitante, incertaine, mais à peu près normale comme attitude; dans d'autres cas enfin, il y a excitation au lieu de paralysie , et le malade est poussé à marcher comme mû par un ressort.

Ces divers troubles se succèdent souvent chez le même individu dans le cours de l'affection.

Les troubles de la circulation consistent surtout en une irritabilité du système vasculaire telle, que le moindre mouvement, comme le fait de se mettre debout étant assis, ou sur son séant étant couché, amène une augmentation du pouls de 20 , 30 et même 40 pulsations. 11 y a, en outre, de fréquentes et violentes palpitations; elles sont spontanées ou

provoquées par les causes les plus insignifiantes.

En dehors des moments de conlraLtion désordonnée du cœur, le pouls radial est petit, le plus souvent lent, mou, très-dépressible ; il y a cependant parfois, surtout au début de la maladie, un ensemble de phénomènes simulant la fièvre, tel que le frisson, suivi, pendant un temps qui dépasse rarement une heure, d'un pouls large et vibrant, mais qui n'augmente guère de fréquence. La température du corps, pendant ces accès, monte d'un demi-degré, quelquefois, mais plus rarement, d'un degré. Ces accès, qui affectent un type presque périodique , cessent spontanément et n'apparaissent, du reste , qu'au commencement de la maladie.

Pendant la période la plus intense, il survient

des lipothymies ; quelquefois, mais rarement, il y a syncope avec perte complète de connaissance. A ces troubles s'ajoute toujours une sensation d'angoisse précordiale presque continue, allant parfois jusqu'à la douleur la plus vive et afiTectant alors la forme de l'angine de poitrine.

Quant aux symptômes secondaires^ ils sont purement individuels, et par conséquent variables; aussi n'en parlerons-nous qu'après l'exposé des observations particulières ; nous nous contenterons de dire ici qu'il existe toujours une excessive irri-

tabilité nerveuse, qui se traduit d'une façon dififérente, suivant les individus.

L'invasion de la maladie est brusque et arrive avec une intensité extrême. C'est une véritable sidération du système nerveux dont le mode d'apparition est instantané . Les malades se souviennent pourtant d'avoir eu, avant le premier grand accès, quelques avertissements, qui avaient passé presque inaperçus, tant ils étaient peu prononcés. Les symptômes sont constants, mais avec des moments de recrudescence très-accentués. Pendant toute la durée de la maladie, il n'y a jamais un seul instant de retour à l'état normal. Sa durée varie de deux à quatre ans ; quelquefois elle persiste beaucoup plus longtemps. Sa terminaison ordinaire est la guérison.

Cette affection se présente quelquefois avec une prédominance très-marquée d'un seul des principaux symptômes ; on la méconnaît alors aisément, si l'on n'a pas soin de s'enquérir des symptômes concomitants auxquels il sera toujours possible de reconnaître, même s'ils sont peu accentués, le type caractéristique de la maladie.

Elle affecte deux formes : l'une grave, Tautre légère. Un critérium invariable les distingue : c'est le sommeil. Dans la forme grave, les nuits sont agitées d'insomnies, de cauchemars, de palpita-

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tions et d'une grande surexcitation cérébrale (toujours sans délire). Dans la forme légère, au contraire, les malades dorment à peu près normalement. Il va sans dire qu'entre ces deux formes extrêmes il y a des états intermédiaires et des phases de rapprochement ; c'est toujours la même affection, mais elle apparaît avec des degrés d'intensité très-divers. La forme légère débute lentement.

Nous allons décrire d'abord la maladie telle qu'elle s'est présentée à nous ; nous essayerons ensuite d'étudier le mécanisme des phénomènes que nous aurons décrits. Il nous semble possible de les rapporter à des lois physiologiques bien établies, mais nous nous garderons d'aller plus loin que ne peuvent nous conduire les faits que nous avons vus et leurs conséquences directes.

L'affection dont nous parlons est le plus souvent chronique; nous n'avons recueilli qu'une observation à marche et terminaison aiguës ; ce fait étant isolé, nous le plaçons en dehors du cadre et le présentons au lecteur avant toute autre description. Cette observation donnera, du reste, par une vue d'ensemble, une idée assez nette de la maladie, dont la forme chronique nous a fourni un grand nombre d'observations.

Certains phénomènes, surtout ceux qui ont trait

aux troubles de la circulation, sont à peine indiqués dans cette première observation ; mais les symptômes purement nerveux rapprochent d'une manière saisissante les deux formes, aiguë et chronique, de la maladie.

Voici l'observation de la forme aiguë :

Observation I.

M.***, homme de lettres, âgé de vingt-quatre ans, est engagé par un ami à faire partie d'une société dont le but avoué était de faire une opposition légale au gouvernement de l'Empire, mais dont le but secret était de faire acte de conspiration. Le jour même oti cette proposition lui est faite, il consent à signer un écrit dont le contenu ne devait lui être communiqué que le soir.

Quelques heures après, M.*** et son ami se rendaient à un dîner auquel prenait part une dizaine de personnes.

M.***, peu ému jusqu'ici, dîne sobrement mais avec appétit. Puis, un individu qui semble le président de cette réunion, expose sans ambages son but réel, but des plus graves, et s'adresse à deux nouveaux venus, dont l'un était M.***. Celui-ci déclare immédiatement qu'il n'entend pas faire partie d'une société dont les véritables moyens

d'action lui avaient été cachés. Une vive discussion s'engage, il veut reprendre le papier signé par lui, s'exalte, menace, et finalement sort après avoir obtenu ce qu'il voulait.

Accompagné par son ami, il rentre chez lui, mais ne pouvant marcher sans difficulté ; il a du vertige et des troubles visuels très-accentués : les objets non-seulement tournent autour de lui, mais il les voii doubles. Ces accidents se produisirent instantanément pendant la discussion. Il eut d'abord des bourdonnements d oreille^ puis survint une sensation de strangulation accompagnée de violentes palpitations ; quelques instants plus tard se manifestèrent les i;^r/z^^^ et les troubles visuels.

Rentré chez lui, il prit du thé, suivant son habitude, se coucha, espérant que le sommeil ferait cesser ce qu'il ressentait. Il ne put s'endormir; aux accidents, qui augmentaient d'intensité, il s'en ajouta bientôt d'autres. La sensation de strangulation devint tout à fait douloureuse, elle correspondait avec une angoisse précordiale très-forte et une sensation de fatigue et de douleurs dans les épaules et les bras ; il pouvait à peine les remuer, et bientôt les extrémités inférieures se prirent à leur tour ; elles n'étaient pas douloureuses, mais lui semblaient paralysées.

V insomnie fut absolue. Le matin, il parvint

pourtant à se lever, mais le vertige était plus fort, et c'est à peine s'il pouvait se tenir debout. Il se sentait extrêmement faible, épuisé, et, pour se servir de son expression, « comme coupé en morceaux. » Les bourdonnements d'oreille et les troubles visuels étaient plus prononcés, et il survint en même temps de V hyperesîhésie cutanée qui lui rendait pénible le frottement de ses vêtements.

Ayant reçu la visite de son ami, M. *** voulut lui parler, mais il dut s'interrompre, tant le son de sa propre voix l'étourdissait ; elle lui paraissait étrange et comme ne lui appartenant pas. a 11 m'a semblé rêver, nous dit-il, et ne plus être la même personne. Il m'a littéralement semblé que je n'étais pas moi-même; j'éprouvais en même temps une sensation de vide très-pénible dans l'intérieur du crâne, mais je n'avais pas de maux de tête proprement dits.

« Vers la fin de la journée, j'eus des vomissements qui cessèrent spontanément; ils furent suivis d'une diarrliée qui persista plusieurs jours. Aliments et boissons me répugnaient; mais lorsque, dès le lendemain, je me forçai à manger, je ne vomis pas. Le soir venu, à toutes les sensations que j'éprouvais s'ajoutait celle de V ivresse.

« J'étais d'une telle irritabilité que je ne voulais laisser entrer personne, pas même la domestique.

Le moindre bruit me faisait tressaillir ; la lumière m'était insupportable. Je passai plusieurs jours seul sans lumière et me bouchant les oreilles avec du coton.

« Mes nuits étaient très-agitées; j'avais d'horribles cauchemars qui me réveillaient en sursaut; à ces cauchemars succédaient des insomnies pendant lesquelles j'étais très-exalté,

« De tout cela, c'est la sensation de rêve qui m'était la plus pénible ; cent fois je touchais les objets qui m'entouraient; je parfois tout haut, pour me rappeler la réalité du monde extérieur, l'identité de ma propre personne ; mais alors mes illusions étaient encore plus accusées ; le son de ma voix m'était absolument insupportable, et le toucher des objets ne rectifiait pas mes impressions.

« Cet état dura une dizaine de jours; j'avais beaucoup maigri et pâli ; le vertige diminua ensuite rapidement ainsi que tous les autres symptômes. »

M*** eut encore pendant quelques semaines des nuits relativement mauvaises et des maux de tête fréquents qui commencèrent au douzième jour après le début des accidents et durèrent pendant plusieurs semaines.

Un détail à noter, c'est que M.*** perdit tous ses cheveux, qui repoussèrent ensuite comme après une maladie aiguë et grave.

La diversité extrême et quelquefois l'étrangeté poussée jusqu'à l'absurde de certaines impressions accusées par les névropathes , imposent au médecin une défiance très-souvent justifiée. Nous comprenons et partageons volontiers ces scrupules; mais faut-il considérer comme non avenues les impressions d'un malade, uniquement parce qu'elles ne peuvent se concilier avec ce qui, dans notre esprit, est arrêté et établi, et n'est-il pas plus juste, avant de rejeter des faits insolites, d'attendre qu'ils trouvent leur contrôle dans des faits ultérieurs et analogues ? Certaines sensations peuvent être logiquement inadmissibles au point de vue de l'observateur et n'en être pas moins perçues par le malade, sans que ce dernier soit atteint de délire, ni partiel , ni général ; ses perceptions peuvent être troublées seules sans que ses facultés intellectuelles le soient en même temps ; il peut , avec toute l'intégrité de son intelligence, subir des impressions absolument fausses et se rendre compte de ce qu'elles ont d'illusoire ; il est alors logique et sincère tout en accusant des sensations absurdes. Nous ne parlons pas d'hallucinations proprement dites , mais de perturbations sensorielles et de perceptions fausses comme celles du malade de notre première observation. Ce malade formule cette phrase étrange et d'apparence toute

vésanigue : « Il me semble que je ne suis pas moi-même. » Il a des troubles auditifs et visuels multiples, du vertige, des insomnies prolongées ; il accuse la sensation d'ivresse et de rêve ; ses digestions sont mauvaises ; certaines aptitudes intellectuelles sont affaiblies ; mais son intelligence proprement dite n'est point atteinte, son esprit de conduite n'est pas ébranlé, il reste maître de luimême, et, en formulant la phrase que nous venons de citer et qui s'impose constamment à son esprit, il est le premier à en reconnaître toute l'étrangeté. Si, au lieu de ne tenir aucun compte de ce que nous dit ce malade, nous en prenons note purement et simplement, et que plus tard un autre individu, atteint comme le premier de vertige, d'insomnie et des autres symptômes qui rapprochent les deux faits d'une façon saisissante, éprouve la même sensation et l'exprime par une phrase identique, il faudra bien admettre qu'elle est l'expression d'un trouble déterminé. Si alors, Tesprit de l'observateur une fois éveillé, il recherche des faits analogues et en trouve un nombre considérable, il sera nécessairement conduit à les analyser et à établir la relation entre ces symptômes et les troubles matériels dont ils sont l'expression. C'est là ce que nous avons fait. Nous avons observé un ensemble de symptômes nerveux

sur un certain nombre de malades de sexe, d*âge, de conditions sociales, de pays différents ; ces malades ne se connaissant pas et n'ayant point de rapports les uns avec les autres, accusaient tous les mêmes symptômes ; quelques-uns de ces symptômes étaient traduits d'une manière étrange, mais ceux-là, comme tous les autres, affectaient toujours un type invariable, à ces légères différences près, qui se rapportent aux dispositions individuelles de chaque malade.

Nous allons donner celles de nos observations qui nous semblent mettre suffisamment en lumière les diverses formes de la maladie que nous décrivons. L'observation II est une des plus complètes ; nous aurons soin, dans celles qui suivent, de résumer les détails ou de les raccourcir.

Obsebvation II.

M. ***, colonel dans Tarmée anglaise, chef de police à M.... (Indes orientales), âgé de quarantetrois ans, ne présente dans sa famille aucun antécédent névropathique , mais son père est mort de ramollissement cérébral, à Tâge de cinquantesix ans.

Pendant son adolescence, M. *** avait eu des cauchemars très-pénibles, qui se terminaient par

de véritables attaques de catalepsie de très-courte durée. A la même époque, il avait, de temps en temps , une conception bizarre qui consistait à se croire double.

Douze ans avant le début de la maladie que nous allons décrire, M. *** en avait ressenti quelques légères et passagères atteintes. C'était une sensation de rêve et de vague dans les idées , qu'il attribue à des pertes séminales nocturnes. Cette sensation s'est rapidement dissipée, et cela en même temps que la cause qui l'avait provoquée, sous l'influence d'un traitement hydrothérapique suivi à Nilghery-Hills (établissement situé à 7,000 pieds au-dessus de la mer),

M. *** a toujours eu des habitudes de tempérance et n'a jamais commis d'excès d'aucun genre, à l'exception de travaux intellectuels exagérés et longtemps continués. Pour pouvoir veiller, il combattait le sommeil par du thé et du café, mais après quelque temps, il ressentit un grand affaissement physique.

Indépendamment de ses travaux de cabinet, ses fonctions lui imposaient des fatigues matérielles considérables; il visitait ses postes à cheval à

toute heure de jour et de nuit, la contrée de M

exigeant une surveillance très-active.

A la même époque, de violents chagrins vinrent,

selon toute apparence, contribuer au développement de la maladie.

C'est dans ces conditions que M.*** fut pris un jour, en sortant ^de table, d'une douleur « spasmodique » à lâvégion du cœur, avec tremblement général et sensation violente de strangulation. Il se sentait extrêmement nerveux^ et pouvait à peine retenir ses larmes. Pendant la journée, il recherchait la solitude : d'heure en heure, le malaise augmentait. Il semblait au malade que quelque chose « tendait à l'envelopper » tout entier et à s'interposer comme un obstacle entre lui et le monde extérieur, en lui donnant le sentiment de profond isolement: « I felt as if I was almost entirely separated from the world and as if there was some barrier between me and it. »

Lorsqu'il parlait, sa voix lui semblait étrange^ il ne la reconnaissait pas et ne la croyait pas sienne. Lorsqu'on lui parlait, il se sentait étourdi comme si plusieurs personnes parlaient à la fois, et il lui était impossible de fixer son attention sur ce qu'on lui disait. A ces impressions s'en ajoutait une autre : il concevait des doutes sur son existence^ il lui semblait qu'il n'était pas lui-même, et pouvait à peine croire à l'identité de sa propre personne. Par moment, il était même sûr qu'il n'existait pas. « I doubted of my own existence and at times even

disbelîeved in it. » En même temps il avait perdu conscience de la réalité du monde extérieur et se sentait comme plongé dans un rêve profond. Le soir venu, il s'endormit comme à l'ordinaire, mais il fut bientôt réveillé en sursaut par des cauchemars^ des palpitations^ des horripilations et des sueurs profuses. Il était anxieux, terrifié et comme hébété ; s'endormant de nouveau, il fut encore réveillé, et ainsi toute la nuit, ne sommeillant jamais plus de quelques minutes de suite. Depuis ce premier jour, et cela pendant plusieurs mois, il n'eut pas une heure de sommeil non interrompu.

Le troisième jour, à dater du premier accès, nouvel accès, et plus violent qu'auparavant ; toutes les sensations éprouvées augmentèrent d'intensité, celle de l'isolement était telle, qu'il lui semblait « être au fond d'un puits, ou muré dans un bloc de glace . »

Le quatrième jour, troisième accès. Voulant faire néanmoins une course achevai, il fut pris en route d'une faiblesse extrême. 11 lui semblait qu'il tombait en morceaux : « I felt as if I was literaly fal- « ling to pièces » .

A partir de ce jour, il n'eut plus d'autres accès. Son état devint permanent ; d'autres symptômes sont survenus sans que ceux des quatre premiers jours aient jamais cessé un seul instant pendant

plus de deux ans ; ils se dissipèrent ensuite lentement pendant le cours de la troisième année.

Durant les cinq premiers mois, la douleur précordiale fut accompagnée d'une angoisse permanente et d'un sentiment très-pénible de strangulation.

Dès les premiers jours de la maladie, il ne sentait pas le sol en marchant^ ce qui rendait ses pas incertains et lui donnait la crainte de tomber ; ses jambes étaient mues comme par un ressort « étranger à sa volonté; » il lui semblait constamment qu'elles ne lui appartenaient pas.

Nous dirons ici, par anticipation, que de tous les symptômes survenus, la non-perception de la résistance du sol fut le plus durable ; il ne disparut complètement qu'après trois ans révolus.

Par instant, M.*** se sentait tellement défaillant et anéanti qu'il croyait mourir. Ces défaillances ne se sont présentées que dans les cinq premiers mois, et jamais il n'est arrivé qu'il eût complètement perdu connaissance.

Quelques jours après ledébut de lamaladie, M.*** fut pris de vertiges et à! étourdissements , qui devinrent persistants dès leur apparition ; il s'exprime très-clairement sur la différence de ces deux sensations. Le vertige ne survenait que dans certaines positions de sa tête, lorsqu'il se baissait pour ra-

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masser un objet ou lacer ses bottines, etc., quelquefois aussi quand il voulait écrire ou regarder seulement de côté; les objets alors tournaient autour de lui. Dans la station absolument verticale, les vertiges, le plus souvent, n'existaient pas; quant aux étourdissements, ils se reproduisaient sans cesse. C'était un vague dans l'esprit qui l'enipêchait de reconnaître ce qui était devant ses yeux. Si Ton passait rapidement devant lui ou s'il se trouvait devant une voiture en marche, Tétourdissement devenait immédiatement tel, qu'il perdait complètement la notion des lieux et des choses et ne pouvait plus se dirigera « Lorsque j'entrais dans une maison étrangère, je ne pouvais plus m'orienter en la quittant, ou au moins il me fallait faire un long et pénible effort pour me retrouver. »

Souvent il lui est arrivé de se trouver à une courte distance de sa demeure et de ne pouvoir reconnaître son chemin qu'après de longs efforts de réflexion ; deux ou trois fois il s'assit sur la route, désespérant de retrouver sa maison et se mit à pleurer à chaudes larmes.

• En même temps que le vertige, survinrent des troubles visuels, et notamment la diplopie^ et il lui devint impossible de fixer son regard sur un objet.* Lorsqu'il causait avec quelqu'un, il lui voyait deux têtes incomplètement emboîtées l'une dans

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l'autre; mais en regardant simplement devant lui , sans rien fixer, la diplopie était moindre. Elle était toujours plus accusée lanuit que le jour, mais surtout pour les objets luisants et éloignés; c'est ainsi qu'en regardant un livre, par exemple, il lui semblait incomplètement dédoublé ; mais s'il regardait la lune, il en voyait distinctement deux. Il en était de même d'une lumière vue à grande distance.

A part ce trouble visuel, il en éprouvait un autre plus difficile à définir : les objets avaient perdu leur aspect naturel ; tout ce qu'il voyait avait changé de manière d'être. Le malade dit très-énergiquement à ce sujet : « L'étrangeté de tout ce que je voyais était telle, que je me croyais transporté sur une autre planète. » Il était constamment ^/owi^, il lui semblait qu'il se trouvait en ce monde pour la première fois. Il n'y avait dans son esprit aucun rapport, aucune relation entre ce qui l'entourait et son passé. Il n'était pas le même homme qu'avant, il avait comme perdu la conscience de luimême, et c'est ainsi qu'il arriva quelquefois à cette conviction, si étrange en elle-même, qu'il n'existait plus.

Il y avait, dit le malade, et il le répète souvent, entre ses troubles visuels et le doute sur son existence, une relation intime; l'un augmentait avec l'autre.

Il eut quelquefois peur qu'on ne le crût fou et qu'il ne le devînt ; il sentait cependant parfaitement qu'il ne l'était pas.

Il avait souvent une sensation (f ivresse ; ce symptôme n'était pas, à beaucoup près, aussi permanent que les autres ; c'était plutôt le matin

qu'il survenait.

Nous avons dit que dès les premiers jours de la

maladie apparut une angoisse particulière que le malade rapporta au cœur, et qui était accompagnée * d'un sentiment constant de strangulation . C'est à cette strangulation continuelle que M. *** attribue ses rêves de pendaison et d'étranglement. 11 lui est arrivé deux fois, pendant le sommeil, de déchirer sa chemise au cou et aux poignets, dans l'excès de vivacité de ses rêves horribles. Dans ses cauchemars, il se sentait souvent enroulé par des serpents qui l'étreignaient et rétouffaient ; d'autres fois il croyait être assassiné, noyé, etc. Toutes les nuits se passaient en une succession de cauchemars affreux, interrompus par des réveils en sursaut, des palpitations et des terreurs inexprimables.

Le colonel nous donna ensuite la description d'un symptôme difficile à définir ; il semble avoir été pris parfois d'une espèce de cauchemar à Vétat éveillé : « De tout ce que j'ai enduré, dit-il^ c'était

le sentiment le plus pénible ; la terreur que j'en éprouvais m'eût tué, je crois, si ce cauchemar à rétat éveillé avait duré plus d'une ou deux minutes. » Il n'eut de ces accès que pendant les six premières semaines.

Des bourdonnenements d oreille survinrent dès le début, mais ils n'étaient pas continuels ; c'était tantôt le bruit de Teau qui bout, tantôt des notes aiguës de musique. Chaque fois que le malade était surpris par ce son musical, la sensation précordiale se faisait immédiatement sentir d'une façon très-violente.

Il entendit plusieurs fois un bruit particulier dans sa tête ; tantôt son crâne semblait se fracasser, tantôt c'était iine détonation dans Tintérieur de la tête.

Pendant plusieurs mois, et coïncidant avec les troubles les plus accusés de la vue et de l'ouïe, le malade eut une profonde perversion des autres sens ; il ne reconnaissait ni le goût^ ni l odeur des mets, et ne distinguait pas les objets au toucher, les yeux fermés.

Pendant les six premiers mois, il transpirait presque constamment ; plus tard la peau devînt sèche et froide.

Nous allons laisser la parole au malade :

« Une autre sensation existait en même temps dans les oreilles, dans les yeux, sur la langue, au

nez, au palais, dans la gorge, aux tempes ; elle a duré pendant les trois premiers mois. Je ne saurais en déterminer la nature. Un an après et sous Tinfluence de Thydrothérapie , elle a été vivement réveillée, mais sous la forme de névralgies dans tous les points énumérés plus haut.

« Mes facultés intellectuelles avaient subi de sérieuses modifications. Dans les premiers mois, il m'était impossible de fixer mon esprit sur aucun sujet ; je restais complètement inactif, je ne pouvais ni lire, ni écrire une ligne. Plus tard, j'eus, au contraire, des moments de surexcitation intellectuellej pendant lesquels mes facultés étaient doublées en quelque sorte. C'est ainsi que j'écrivis des articles de journaux qui furent jugés meilleurs que ceux écrits avant ma maladie, et pourtant j'étais affreusement étourdi et me sentais profondément troublé pendant que je les composais. J'avais constamment une complète défiance de moi-même ; il me semblait ne plus rien savoir, et lorsque j'appris que mes articles étaient appréciés, j'en fus trèsétonné. Mon découragement était si profond que j'aurais voulu m'isoler du monde entier; cent fois dans la journée je me répétais : Je ne suis plus un homme, je suis inutile et méprisé de tout le monde ; je fuyais mes amis, me sentant humilié devant eux.

n NÉVROPATHIB

« Voici de quelle manière ma mémoire a été troublée, mais elle ne Tétait pas pour toutes choses : Je confondais souvent les faits réels avec le souvenir de mes rêves, et je ne pouvais les distinguer les uns des autres, à moins qu'il ne s'agît de choses qui m'eussent très-vivement frappé ; mais je gardais le souvenir le plus exact et le plus vif de tout ce qui se rapportait à ma maladie ; encore fallait-il que les faits me fussent rappelés isolément. Lorsque je voulais, le soir venu, me souvenir des faits passés dans la journée, je n'y parvenais pas ; il me semblait même que rien n était advenu, tant tout s'était rapidement effacé de ma mémoire. Mais souvent il se fit dans mon esprit une association d'idées et de souveiiirs involontaires ; en voyant tel ou tel objet ou telle ou telle personne, ou en entendant parler, je me sentais involontairement ramené vers le passé, au point de ne pouvoir détacher ma pensée de ce qui s'imposait à elle ; mes souvenirs alors étaient très-vifs, ce qui m'amène à dire que ma mémoire, comme du reste toutes mes facultés, étaient tantôt déprimées ou anéanties, tantôt surexcitées, et en quelque sorte rehaussées.

« Quant à la mémoire locale^ et cela d'une façon constante, elle était presque complètement /)^rrfw^. Je ne reconnaissais pas les endroits oti je m'étais

déjà trouvé; je regardais sans voir; tout se déroulait devant moi sans attirer mon attention. Mes facultés affectives furent aussi atteintes que les autres; mes amis, ma famille, me devinrent indifférents; à peine pouvais-je, et après un effort, m'occuper de mes enfants, lorsqu'ils étaient malades.

« J^étais irritable au plus haut point. De doux que j'avais été envers mes hommes et mes domestiques, je devins sévère à l'excès et j*eus des emportements insensés. La moindre faute, ou ce qui me paraissait une faute, prenait à mes yeux le caractère d*un cas pendable. J'avais de violentes antipathies nullement motivées contre certaines personnes. Je ne pouvais pas juger les choses avec calme, j'étais complètement changé et m'en rendais compte; mes amis me le disaient souvent.

« J'avais une grande tendance à prononcer des mots inconvenants; d'autres fois, ce n'est qu'à grand'peine que je pus réprimer des mouvements involontaires. Lorsque je n'étais pas excité, j'étais taciturne, abattu, complètement indifférent atout. L'excitation survenait généralement le soir, alors je causais avec volubilité*; j'avais de la hardiesse d'esprit, des saillies qui ne m'étaient pas habituelles, et desquelles je m'étonnais tout le premier.

« Ma prononciation^ ordinairement normale,

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S embarrassait beaucoup par moments, mais ce trouble était passager.

« Je pensais constamment à mon mal , et je crois que- pendant toute la durée de ma maladie il ne s*est pas écoulé une minute que mon esprit n'en fût occupé.

((En dehors des moments d'exaltation, j'étais sans volonté^ sans énergie, tout esprit ({initiative était brisé en moi. Mais s'il s'agissait de ma santé, je retrouvais mon énergie. Je fis un jour vingt-quatre milles à pied, dans l'espoir de me procurer une bonne nuit. Pendant plusieurs semaines je me mis à défricher un champ couvert de rochers, et à y planter des pommes de terre. Mes nuits n'en devinrent pas meilleures.

(( Le sentiment de non-existence était si profond que j'avais; horreur d'apercevoir mon image quelque part; pendant au moins quinze mois, je n'osais pas me regarder dans une glace. Des idées noires, un désespoir complet m'envahissaient de plus en plus. Je n'ai cependant jamais eu à!idées de suicide. (Mes convictions religieuses seules eussent y suffi pour éloigner cette pensée.) Je ne pouvais me livrer à une occupation régulière ; je commençais une foule de choses mais les abandonnais aussitôt.

(( Je ne pouvais regarder par la fenêtre sans

éprouver de tels étourdissements, que je n'osai pendant quinze mois m*en approcher seulement ; tandis qu'en passant près d'un précipice , je pouvais, au contraire, y plonger mon regard (influence de la lumière).

« En général, j'étais plus souffrant parle temps humide; la chaleur sèche ou le froid sec m'étaient favorables. J'avais presque toujours chaud, mais jamais la fièvre.

« Mes digestions étaient souvent mauvaises^ j'avais de continuelles éructations, mon appétit était irrégulier et fantasque; j'étais constipé et n'ai jamais eu de diarrhée; je ne maigrissais pas. Je me suis quelquefois cru empoisonné. Étant chef de police et ayant découvert un vol considérable commis dans le palais des anciens rois de l'Inde, j'avais reçu des lettres anonymes qui me menaçaient d'empoisonnement; cette crainte me tourmentait quelquefois. »

Questionné sur la marche de sa maladie, M. *** nous donna pour chacun des symptômes les détails les plus précis ; nous allons les résumer :

Le sommeil est resté mauvais pendant deux armées. Pendant les premiers mois, le malade ne dormait jamais plus de quelques minutes de suite. Plus tard il dormait les deux ou trois premières heures, puis le reste de la nuit était mauvais. Les cauche-

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mars ont persisté pendant dix mois environ; le sommeil devint alors moins pénible, mais il resta insuffisant pendant une quinzaine de mois encore. Ce n'est donc qu'après deux ans révolus qu'il redevint normal. Le besoin incessant et inassouvi de dormir fut pendant tout ce temps, un effroyable supplice.

Dix mois après le début de la maladie, le colonel quitta les Indes et vint en Europe. Pendant la traversée, qui dura vingt-quatre jours, il se trouva un peu mieux. C'est surtout le regara à ïinfird qui semblait apaiser sa tête. Tant qu'il regardait l'horizon, il n'avait pas d'étourdissements, piàîs les sensations de rêve et d ivresse^ le sentiment àUsolement sont restés les mêmes sur mer. La légère amélioration survenue s'est cependant maintenue en arrivant en Europe.

De Marseille, oii il débarqua, M. *** se rendit à rétablissement hydrothérapique de Divonne, oîi il est resté plus de six mois.

Sous l'influence du traitement (maillots humides et douches en colonne), tous les symptômes furent exaspérés. Puis le malade fut pris de névralgies sur tous les points d'émergence de la cinquième paire ; il en souffrit d'une manière continuelle pendant plusieurs mois. Il eut pourtant la constance de continuer le traitement et s'en trouva bien à la Ion-

GÉRÉBRO-CARWAQUE. 27

gue. C'est à dater du moment où il quitta Divonne que la maladie commença sérieusement à diminuer. Les névralgies cessèrent, la sensation d'ivresse devint de plus en plus rare, la sensation de rêve diminua notablement. Le doute de son existence ne le tourmenta plus et ne revînt qu'à de rares intervalles.

Sous l'influence des douches, il était survenu un grand nombre de furoncles dans la région de l'hypochondre droit.

Il quitta Divonne non guéri, mais véritablement amélioré.

« C'est depuis ce moment (deux ans, à partir du début de ma maladie), dit M. ,***, que je commençai à avoir la notion exacte du monde extérieur; je me sentais, petit à petit, revenir à la réalité, mais je retombais encore parfois dans mon état de rêve. La sensation précordiale a cédé au traitement hydrothérapique : les bourdonnements d'oreille, la perturbation du goût et de l'odorat, ont cessé beaucoup plus tôt. Les troubles visuels et le défaut du sentiment de la résistance du sol disparurent en dernier lieu. En quittant Divonne, je n'étais pas encore amélioré à ce dernier point de vue. Je voyais toujours double et mes jambes me semblaient ne pas m'appartenîr.

« Ma maladie a donc duré trois ans. L'hydro-

thérapie est le seul moyen de traitement qui m'ait réussi. Les médicaments que j'ai pris à Tintérieup sont restés inefficaces; loin de me soulager, ils agissaient parfois en sens inverse. C'est ainsi que Topium, au lieu de me calmer, m'excitait. »

M.***, depuis sa guérison, éprouve quelquefois de petits accès qui lui rappellent quelques-uns des symptômes de sa longue maladie. Mais, d'une manière habituelle, il jouit d'une excellente santé. Il est retourné à M...^ aux Indes, où il a repris ses fonctions de chef de police.

Observation III.

(Recueillie par nous à l'hôpital cantonal de Lausanne , service de

M. le docteur de Seranviiie).

Le nommé ***, jardinier à C..., canton de Vaud (Suisse), sans antécédents héréditaires, est âgé de trente-quatre ans ; il a eu, étant enfant, des convulsions, des battements de cœur et des cauchemars fréquents. Vers l'âge de trente ans il eut des accès nerveux dont il ne peut pas bien déterminer la nature.

Cet homme, qui d'habitude se nourrissait bien et buvait à chaque repas une bouteille de vin, perdit ses économies ; il en éprouva de violents chagrins, et fut obligé de s'imposer de grandes privations.

Ce fut sur ces entrefaites qu'il fut pris, un jour, sans phénomènes précurseurs, de vertiges^ de bourdonnements d oreille et de battements de cœur extrêmement violents ; presque au même moment il tomba par terre et perdit connaissance . En revenant à lui il se sentit comme ivre^ et il ne put qu'avec peine se mettre sur ses jambes. 11 eut, en même temps, une sensation de strangulation très-violente.

Depuis celte première atteinte jusqu'au jour où nous vîmes le malade (onze mois s'étaient écoulés), ces accidents restèrent toujours les mêmes, à l'intensité près, qui était beaucoup moindre. La sensation d'ivresse diminuait quelquefois, mais le vertige était absolument constant.

Pendant les six premières semaines le malade resta couché, ne pouvant qu'avec peine se mettre sur son séant. Lorsqu'il put quitter le lit, sa marche était titubante, et il dut s'appuyer aux murs et aux meubles de sa chambre pour faire quelques pas. Actuellement il marche déjà mieux, mais il ne peut pas encore se tenir debout les pieds joints.

Dès le premier jour survint de ïinsomnie; le malade prétend qu'il. n'a pas dormi un seul instant pendant les trois premières semaines. Lorsque, dans la suite, il s'assoupissait, il se réveillait avec d'horribles cauchemars^ des palpitations, et il était dans un état d'égarement tel, qu'il lui fallait

plus d'une demi-heure pour se reconnaître. Se rendormant, il était réveillé de nouveau, et ainsi de suite toute la nuit : Il était constamment dyspnéique^ surtout couché sur le dos.

Pendant les premières semaines, le malade sentait ses jambes comme « paralysées w ; onze mois après il était encore très-faible et comme anéanti et la pression de ses mains était sans aucune vigueur.

. Nous donnons la parole au malade :

« Je suis toujours extrêmement triste^ j'ai constamment des peurs qu'il me serait difficile d'expliquer. Je n'ai jamais eu d'idées de suicide.

« Souvent il me semble que je ne suis pas de ce monde ; ma voix me paraît étrangère, et quand je vois mes camarades d^hôpital, je me dis à moimême : « Ce sont les figures d'un rêve. » Trèssouvent, je ne sais, en vérité, si je rêve ou suis éveillé; il me semble que je ne suis pas moi-môme.

« En ce moment je pourrais reconnaître mon chemin, mais pendant le plus fort de mon mal il m'eût été impossible de me retrouver, même Sans les endroits que j'avais le plus fréquentés. Aussi je n'osais pas rester seul. Mes jambes semblaient ne pas m'appartenir et je ne sentais pas le sol en marchant; je suis notablement mieux sous ce rapport.

« Pendant environ trois mois il m'a été impossible de lire, ne fût-ce qu'une ligne ; quant à récriture, elle m'est encore très-pénible.

« Il m'est souvent difficile de me rappeler ce qui s'est passé dans la journée, mais je me souviens très-bien des faits anciens.

(( Je suis extrêmement irritable et impressionnable; j'ai des colères sans motif; souvent je jo/pwr^ sans cause.

« J'ai parfois des frissons comme si j'avais la fièvre; \q Tuoinàv^ bruit m' agace et me donne des battements de cœur ; j 'ai remarqué que quelquefois le simple roulement d'une voiture entendu de ma salle me donnait des palpitations et des angoisses ; il en est de même lorsque quelqu'un passe rapidement devant mes yeux. La lumière vive m'est insupportable et augmente mes vertiges. »

L'auscultation nous révéla un léger bruit de souffle systolique dans les vaisseaux du cou ; rien au cœur. Les digestions, devenues à peu près normales depuis le troisième mois de la maladie, avaient été mauvaises jusque-là ; le malade est pâle et maigre.

(Nous n'avons pas pu avoir des renseignements sur la marche ultérieure des accidents, qui, au moment oh nous relevions l'observation, s'étaient déjà manifestement amendés.)

Observation IV.

Madame ***, âgée de vingt-deux ans, d'origine arménienne, est née en Mingrélie. Elle était réglée très-jeune, et fut mariée avant Tâge de seize ans à un homme de quarante-deux ans, qui l'emmena en Italie. Dès les premiers temps du mariage, elle fut prise de tristesse et de nostalgie, que ni les déplacements fréquents, ni les distractions multiples ne purent vaincre. Sa santé physique ne s'altéra cependant pas ; elle garda bonne mine, et son appétit, troublé pendant les premières semaines seulement, redevint ensuite normale.

Dix-huit mois après son mariage, elle mit au monde un enfant bien portant et se remit rapidement de ses couches ; sa tristesse habituelle se dissipa un peu, et elle prit bientôt des habitudes mondaines, lorsque, sur ces entrefaites, à la suite de circonstances dont les détails importent peu, mais dont les suites furent très-graves, madame*** se sépara de son mari; elle dut en même temps abandonner son enfant à des soins étrangers.

Ayant refusé la subvention qui lui fut accordée, elle se trouva réduite tout d'un coup, après une existence luxueuse, à une vie matériellement trèsmodeste et à un isolement complet. Elle vint à

Paris, où elle connaissait peu de monde, y mena une vie très-retirée, mais elle fumait incessamment des cigarettes de tabac turc, et prenait jusqu'à dix ou douze tasses de thé par jour.

C'est trois mois environ après son arrivée en cette ville, et après de très-fréquentes nuits d'insomnie causée par le chagrin et Tennui, que madame *** fut frappée , sans aucun autre signe précurseur, de paraplégie^ et quelques instants après de vertiges ; \q\\^ tomba par terre, mais ne perdit pas connaissance. Presque immédiatement après survinrent des bourdonnements et oreille j de la photopsie et des palpitations violentes. Elle crut mourir sur place et appela au secours. Relevée et couchée dans son lit, elle devint, à partir de ce moment, d'une irritabilité excessive , ne put supporter ni la lumière, ni le moindre bruit, ni le poids de sa couverture.

Une sensation à! extrême faiblesse qui fut ressentie dès le premier moment persista indéfiniment. Toute la journée, et cela durant plusieurs mois, elle était tellement vertigineuse qu'il lui semblait parfois être enlevée dans un tourbillon.

Les nuits qui suivirent le premier accès se passèrent dans une insomnie absolue ; plus tard survinrent des soubresauts pendant le sommeil qui réveillaient la malade plusieurs fois en une heure ;

plus tard encore, et cela pendant deux ans et demi environ, le sommeil était tourmenté par des cauchemars^ mais aussi par des angoisses indépendantes des rêves dont la malade ne peut donner l'explication. Vers la fin de la troisième année, le sommeil devint lourd, très-prolongé, comme narcotisé ; la malade dormait alors de neuf à onze heures par jour. Les nuits ne devinrent complètement normales que dans le cours de la quatrième année.

Dès les premières semaines d'insomnie survint une sensation de rêve à l'état éveillé, à laquelle vint se joindre bientôt après, celle de Yivresse; toutes deux persistèrent pendant plus de trois ans.

C'est vers la même époque aussi que la malade commença à ressentir de la douleur au cœur^ dans les épaules et dans les bras, principalement dans le bras gauche^ et notamment dans le petit doigt. Cette douleur se produisait par accès répétés plusieurs fois dans la journée, et était constamment accompagnée d'une aphonie presque complète et d'une dyspnée ireS'gvRnde . Même en dehors des accès, le cœur était endolori et les palpitations extrêmement fréquentes.

Plus tard, la paraplégie devint moins absolue et le vertige diminua, mais il se produisait souvent des contractures dans les jambes : la malade essaya cependant de marcher, mais la douleur du

cœur se réveilla dès les premiers pas. Pendant ces accès, elle crut toujours mourir, mais môme aux moments d'apaisement relatif, elle avait un sentiment permanent de défaillance et de syncope. Son anxiété était continuelle et excessive.

Au milieu de tous ces accidents, elle n'eut ni nausée^ ni vomissement^ mais l'appétit était médiocre et accompagné de diarrhée pendant les premiers mois ; les digestions devinrent ensuite normales et la malade engraissait dans la suite ; ses joues se coloraient et elle prit une apparence de santé qu'elle n'avait pas eue étant bien portante.

Lorsque la douleur du cœur s'apaisa à son tour, les palpitations devinrent en même temps moins fréquentes. Madame*** put marcher en prenant le bras de deux personnes, mais il lui semblait que le sol était mou et mouvant^ et que ses jambes étaient étrangères à son corps. Cette sensation a persisté plus de trois ans.

Il arrivait aussi très-souvent que, étant debout, elle fût prise d'un tintement très-accusé dans l'oreille gauche, et elle eut alors une tendance absolument irrésistible à marcher du même côté. Plusieurs fois, dans la vivacité de cette impulsion, et ne pouvant pas Texécuter immédiatement, la malade tomba par terre. Elle n'osait jamais rester seule un seul instant, des terreurs excessives s'em-

paraient d'elle dès qu'elle n'était pas entourée. Lorsqu'elle commença à marcher, elle toucha souvent ses jambes avec ses mains pour s'assurer qu'elle les faisait mouvoir, ne pouvant les guider du regard sans provoquer du vertige , et n'ayant cependant la conscience du mouvement exécuté qu'après l'avoir en quelque sorte contrôlé.

Pendant les premiers mois, elle eut des besoins très -fréquents d'uriner, et même parfois des rfàciions involontaires^ diurnes et nocturnes. Après la miction il survint souvent une névralgie très-vive dans le col de la vessie et à l'anus. Lorsque la vessie était pleine, la névralgie ne se produisait pas; la malade faisait alors des tentatives de mictions fréquentes et incomplètes, à quoi elle réussit et parvint à conjurer ainsi jusqu'à un certain point la fréquence des accès. Plus tard, elle eut des névralgies crurales et sdatiques dans les deux jambes, se localisant surtout dans les orteils, et quelquefois des arthr algies généralisées. Toutes ces névralgies — à l'exception de celle de la vessie — persistèrent plus de trois ans.

L'hyperesthésie des sens n'a duré qu'un an environ, il y avait pendant le même temps un léger affaiblissement de la vue^ mais sans diplopie ; les bourdonnements d'oreille ont duré trois ans. Les sensations de rêve et d'ivresse ont persisté

CÉRÉBRO-CARDIA.QUE. 37

tout aussi longtemps, mais elles ont cessé d'être permanentes beaucoup plus tôt.

Nous vîmes madame*** au déclin de sa maladie, lorsque, déjà notablement améliorée, elle put se rendre, sur notre conseil, à Saint-Moritz, où elle put faire de petites promenades et des excursions en voiture. Elle eut encore de courts accès trèsdouloureux d^angine de poitrine, mais avec accélération progressive et régulière du pouls (de 68 à 97), sans palpitations, et une augmentation de température (la normale étant chez elle de 36"*, 4/ 10*), tantôt de 6/10% tantôt d'un peu moins d'un degré, dans Faisselle.

A cette époque encore elle formula quelquefois cette étrange phrase si familière aux malades atteints comme elle : « Il me semble que je ne suis pas moi-même. » Son irritabilité était encore trèsgrande, et c'est pour la combattre et afin d'atténuer ses névralgies que nous conseillâmes, après les eaux de Saint-Moritz, des bains tièdes prolongés. Elle suivit ce traitement avec une grande persévérance et s'en trouva très-bien (cinq à sept heures de bain par jour) ; les antispasmodiques, notamment la racine de valériane en infusion et l'assafœtida en lavements , contribuèrent à la calmer.

Les accès d'angine de poitrine s'éloignèrent de plus en plus, puis cessèrent.

En même temps que son irritabilité , les terreurs non motivées diminuèrent ; la tristesse seule persista plus longtemps que les autres symptômes. Dans le cours de la maladie, elle avait fait plusieurs tentatives de suicide ; une fois elle a avalé un petit flacon de chloroforme qui ne provoqua que des vomissements assez promptement apaisés.

Madame *** put, vers la fin de la quatrième année, s'imposer les fatigues d un long voyage en se rendant, sans s'arrêter nulle part, directement dans sa patrie; nous pouvons la considérer maintenant, à quelques très-légers accidents près, comme complètement guérie.

Observation V.

M. ***, horloger mécanicien, âgé de cinquantequatre ans. Père mort paralysé vers soixante ans, mère très-nerveuse, morte d'une maladie des voies respiratoires. M. ***a eu vingt-deux enfants (de deux lits), dont quatorze vivants, bien portants^ mais presque tous nerveux et impressionnables. M. *** a l'esprit particulièrement inventif et l'imagination très-vive; il a toute sa vie été d'une impressionnabilité presque maladive : une visite au Louvre, la vue d'un site pittoresque lui font verser des larmes d'enthousiasme. Sa vie a été des

plus accidentées : parvenu d'abord à une belle situation, il a subi des revers qu'il sut cependant réparer et refit sa fortune qu'il perdit encore de nouveau et ainsi de suite.

C'est au milieu de ces vicissitudes et sans avoir commis aucun autre excès que celui d'un travail prolongé, que M. *** fut pris un joîir de vertiges qui le firent tomber par terre. Aucun autre trouble ne survint à ce moment, mais pendant les dix ans qui ont suivi cet accident^ des fatigues physiques ou morales en provoquaient de semblables; le vertige survenait aussi dès que M. *** voulait fixer la vue sur un objet, ce qui lui rendait alors, pendant quelques jours, toute lecture impossible. Les yeux fermés et couché dans son lit , il était notablement soulagé. Chaque accès de vertige durait vingt-quatre heures , était accompagné de bourdonnements d oreille et de douleur à la nuque et dans la région du cœur. M. *** devint en même temps et tout d'un coup extrêmement triste.

L'accès passé, il revint à la santé, et quelquefois plusieurs mois s'écoulaient sans le moindre trouble. Les choses se passèrent ainsi jusqu'au début de la dernière guerre.

M. *** ayant suivi avec une extrême vivacité les événements et en ayant reçu des impressions trèsdouloureuses, fut pris, le 1" janvier 1871, d'un

accès de vertige beaucoup plus violent que les précédents et accompagné de symptômes qu'il n'avait pas connus jusque-là, et qui, dès ce moment, devinrent permanents sans un seul moment de répit. Il fut frappé de paraplégie avec résolution complète des membres, et dut garder le lit qu'il ne put plus quitter pendant plusieurs mois. L'intensité du vertige était telle qu'il ne pouvait rester sur son séant. Il arriva en même temps de la parésie généralisée se traduisant par une sensation de lassitude telle que le malade restait le plus souvent complètement immobile, ne se sentant pas même la force de soulever les bras ; des /«pothymies incessantes lui faisaient craindre constamment la mort. Il accusait en même temps du vide dans la tête et des palpitations presque continues, qui étaient d'ailleurs parfaitement constatables.

Dès le premier moment survint de Y hyperesthésie de tous les sens; M. *** ne put supporter la lumière ni le moindre bruit. Il resta dans sa chambre dans une obscurité et un silence complets et constants. Le poids de sa couverture lui était pénible.

Au milieu de tous ces accidents, Vappétit et les digestions se faisaient avec une parfaite régularité, et le malade garda l'aspect de la plus robuste santé.

La paraplégie, complète pendant les premiers

temps, s'amenda ensuite, et c'est environ cinq mois après son apparition que M. *** put faire quelques pas avec efforts.

C'est pendant ces cinq mois aussi que l'hyperesthésie des sens était restée au même point, mais elle diminua ensuite progressivement • L'ouïe, qui avait été tellement impressionnable que le frôlement du papier, le tic-tac d'une montre ou tout autre bruit insignifiant causaient des soubresauts et constituaient une torture incessante, était devenue moins sensible depuis le moment où M. *** put, par instants, quitter le lit (l'hyperesthésie était plus accusée du côté de l'oreille gauche qui était un peu sourde); mais cependant, pendant très-longtemps encore il fallait lui parler à voix basse et lui-même ne parlait qu'en chuchotant. Les bourdonnements et les tintements étaient permanents et accompagnés d'une sensation de plénitude dans les oreilles.

La photophobie à son tour devint moindre, mais la lecture et l'écriture restèrent impossibles. Dès que le malade voulait fixer la vue sur un livre, comme d'ailleurs sur tout autre objet, il se produisait du vertige, tout ce qui l'entourait tournait autour de lui, et il était obligé de fermer les yeux.

Dès le début, le sommeil du malade était devenu mauvais, et très-souvent interrompu par des

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réveils, mais il n'a pas eu d'insomnie absolue^ Il lui semblait souvent rêver à l'état éveillé et il formule cette phrase : « Toute ma vie est un long rêve. »

Nous avons dit que, dès le début, il survint au cosur de la douleur qui se répandatt dans le hras gauche; elle devint si vive, que le malade, lorsqu'il fut hors du lit, porta le bras en écharpe et ne put le remuer; le moindre mouvement exaspérait la douleur du cœur qui était accompagnée constamment d'une sensation de strangulation.

M. *** était d'une tristesse profonde, un désespoir complet s'était emparé de lui, et il ne put détacher un instant sa pensée de l'idée de sa mort, de son enterrement, etc. Il pleurait et sanglotait à tout propos et était en même temps d'une grande irritabilité. Cet état moral s'est amélioré après un an.

Le 5 juillet 1871, il fut transporté à l'établissement hydrothérapique de Bellevue, où il suivit le traitement avec une grande régularité; Tamélioration, très-peu accusée d'abord, devint bientôt manifeste.

Le vertige n'a disparu qu'après huit mois de traitement, mais les nuits devinrent meilleures vers la fin de l'été. L'hyperesthésie des sens s'évanouissait petit à petit, la paraplégie disparut complètement, et lorsque nous vîmes le malade, seize

mois après le début des accidents, il pouvait déjà faire de petites promenades sans provoquer de palpitations ni de douleur au cteur ; ces deux derniers phénomènes ne se produisaient plus spontanément.

M. ***, se sentant encore faible, parle toujours en chuchotant, ne peut pas encore, sans provoquer de légers vertiges, fixer le regard sur un objet, mais son état s'améliore de jour en jour d'une manière très-manifeste, sa bonne humeur lui est revenue, il peut avec suite s'occuper à tout ce qui l'intéresse, et il est évident qu'il est en pleine voie de guérison. L'aspect du malade est celui d'un homme d'une très-robuste santé, mais au plus fort des accidents nerveux il en avait été de même.

Le malade n'a jamais pris de médicaments, ou peu s'en faut.

Observation VI.

M. ***, ingénieur des ponts et chaussées, vingthuit ans.

Voici le récit de ce malade tel qu'il nous fut fait, moins des détails qui nous ont paru inutiles :

« Je suis né de parents bien portants, et il n'existe pas, à ma connaissance, de maladies nerveuses dans ma famille.

« Dans mon enfance j'eus des cauchemars presque chaque nuit ; je n*ai fait aucune maladie grave. J ai été élevé avec une sévérité excessive qui opprimait mon esprit et m'attristait dès mes plus jeunes années.

« A l'âge de seize ans j'ai eu fréquemment des pertes séminales nocturnes qui sont devenues plus fréquentes encore quelques années plus tard.

« Les premiers symptômes de mon affection actuelle datent de six ans; je fus pris d'accès successifs et très-rapprochés. Les accidents que j'éprouve ne sont pas tous continus, mais ils datent tous de la même époque. J'ai des étourdissements et des ver-tiges; au moment de leur plus grande intensité, je ne comprends ni ce que j'entends ni ce que je vois ; les paroles frappent mes oreilles comme un marteau, et les hommes semblent être les figures d'un rêve. Les étourdissements sont tels, que souvent je ne peux me rendre compte du lieu où je me trouve ; je suis alors plus d'une minute à rassembler mes idées. Cette sensation se renouvelle plusieurs fois par jour; elle est souvent provoquée par un bruit quelconque. Du reste, le bruit m'exaspère et m irrite au plus haut point.

a Je suis parfois excité, exubérant, loquace, et je me démène comme un homme ivre; je fais cet

effet à mon entourage et je croîs moi-même être ivre, sans avoir bu, bien entendu. ïl me survient aux mêmes instants des bourdonnements (T oreille et des tintements qui commencent brusquement, comme si l'on frappait une cloche logée dans mes oreilles.

«Ma vue est troublée aussi. Les objets me paraissent doubles, mais seulement à une distance qui ne dépasse pas 50 à 60 mètres. J'écris parfois péniblement; la lecture m'est plus facile. J'ai des illusions optiques d'un autre genre; les objets me semblent parfois changer de formes et d'étendue ; ces troubles visuels sont plus accusés le jour que la nuit.

«J'ai quelquefoisdes insomnies, mais elles ne sont ni absolues ni prolongées. Je m'endors toujours, mais je suis tourmenté par des cauchemars d'une telle vivacité, que je les confonds avec la réalité longtemps après mon réveil. Je rêve ordinaire-ment de chutes, de mort violente. Il est un cauchemar qui revient le plus souvent, je suis guillotiné et je replace ma tête sur mes épaules. La terreur que j'en éprouve est si grande, que je crois quelquefois mourir en réalité.

« J'attribue à ces impressions répétées mes fréquentes palpitations. La cause la plus insignifiante les produit en effet, et il suffit quelquefois qu'une

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pensée pénible me traverse l'esprit pour les rendre violentes.

« Au début de mon affection j*ai eu de grandes lassitudes^ je me sentais épuisé et m'endormais souvent au milieu d'une conversation ou d'une occupation quelconque. J'ai fréquemment des impulsions involontaires ; ]^ marche alors malgré moi dans des directions déterminées , je prononce des paroles qui ne traduisent pas ma pensée et qui n'ont aucune suite. J'ai quelquefois des tremblemenis et des frissons suivis de chaleur. J'ai rarement la notion exacte du temps; il me faut plusieurs minutes de réflexion avant de me rendre compte de la date ou du moment exact du jour.

« Je suis le plus souvent triste et j'ai envie de pleurer ; j'ai des idées de suicide qu'à divers moments j'ai été sur le point d'exécuter. J'ai des antipathies et des colè7'es insuffisamment motivées. Fréquemment j'éprouve une sensation de strangulation qui dure plusieurs heures et cesse toujours la nuit.

« Mes parents, mes amis, me sont indifférents ; je recherche la solitude et m'isole constamment. Quelquefois, cependant, je deviens communicatif et même gai jusqu'à l'exagération sans raison suffisante.

« Une idée des plus étranges, mais qui m'ob-

sède et s'impose à mon esprit malgré moi, c'est de me croire double. Je sens un moi qui pense et un moi ({wi exécute; je perds alors le sentiment de la réalité du monde ; je me sens plongé dans un rêve profond et ne sais pas si je suis le moi qui pense ou le moi qui exécute. Tous les efforts de ma volonté n'ont pas de puissance sur ce bizarre état qui s'impose à mon esprit.

« J'ai aussi des tendances à me battre avec le

premier venu, et je puisa peine réprimer cette impulsion. Mon appétit est bon, mes digestions se font normalement , excepté pour le chocolat et le café dont j'ai fait abus.

« Parfois je suis obligé de faire le soir un grand effort de mémoire pour me souvenir des faits de la journée. Mais les faits de mon enfance sont trèsprésents à mon esprit. »

(Ayant perdu de vue M.***, nous n'avons pas pu suivre cette observation. Des accidents qu'il accuse s'étaient déjà amendés lorsque nous le vîmes).

Observation VII.

Madame ***, vingt-cinq ans, père mort de menîngo-encéphalite chronique, mère enlevée par mort subite. Au milieu de grands chagrins de famille, madame*** fit une fausse couche pendant et après laquelle elle prit de la quinine à hautes

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doses. Elle se remît lentement des suites de son accident, eut des malaises fréquents , des palpitations et le sommeil agité.

Au milieu de ces accidents légers, survinrent tout

d'un coup un formidable accès de vertige avec boitrdonnemenis d' oreille ^ sensation de lueurs^ en même temps défaillances et, ce qui est plus important, paraplégie absolue et , quelques instants après, cecité complète.

Depuis ce moment, et cela pendant plusieurs mois, elle ne put pas faire un pas. Les palpitations^ spontanées et presque continues les premiers jours, furent ensuite provoquées par les causes les plus insignifiantes; elles furent bientôt suivies de doulevr au cœur et sensation de strangulation se produisant par accès et s'irradiant dans l'épaule et le bras gauche,

Y! insomnie devint absolue et prolongée , mais la cécité disparut assez rapidement; la malade qui, dans les premiers jours, ne voyait pas une lampe allumée devant ses yeux , récupéra la vue , mais resta amblyopîque. Les premières semaines d'insomnie furent suivies à!accès de catalepsie avec extase et hallucinations prolongées. Ces accidents s'apaisèrent à la longue ; la malade dormait un peu, mais elle était toujours tourmentée par d'horribles caucliemars.

Conduite à Divonne ou elle suivit un traitement hydrothérapique régulier pendant quatre mois (maillot humide, drap mouillé, douches), et oii Ton dut, dans les premiers temps, la porter à la douche , elle put bientôt faire quelques pas avec des béquilles.

C'est vers le même temps à peu près que survint une toux nerveuse extrêmement violente.

V hyperesthésie des sens^ qui avait été excessive jusque-là, avec prédominance de Thyperesthésie auditive , a diminué après quatre mois de traitement à Teau froide; Tamblyopie s'est corrigée; il en était de même de la perturbation du tact qui avait été si grande dans les premiers temps, que la malade ne reconnaissait pas les objets au toucher.

Madame *** quitta, Divonne notablement soulagée ; mais elle y revint un an après presque aussi souffrante que la première fois. De nouveau elle fut très-notablement améliorée par le même traitement, et cela si rapidement, que la veille de son départ elle put danser. Cette fois l'amélioration s'est maintenue, et madame*** est complètement guérie.

Observation VIII.

M. ***, magistrat, âgé de trente-trois ans, sans antécédent névropathique. Par suite d'un avance-

ment de carrière amenant des occupations beaucoup plus nombreuses, M. *** fut pris un jour, dans la rue , et sans aucun signe précurseur , par des éblouissements suivis immédiatement de vertiges violents. « Je fus entraîné comme par un tourbillon et lancé à terre , dit le malade ; n'ayant pas perdu connaissance, je voulus me relever, mais je roulai .de nouveau à deux ou trois pas en avant. On accourut me donner secours; une fois debout, je pus gagner une voiture.

« A partir de ce jour, j'ai été constamment malade. J'ai la tête à la fois lourde et vide^ il me semble constamment que je suis ivre. » M. *** marchait, en effet, comme un homme pris de boisson; il lui était absolument impossible de rester debout ou de marcher lentement, mais il pouvait , par un effort subit de sa volonté , s'élancer en quelque sorte et faire des pas précipités, après lesquels il s'asseyait immédiatement sous peine de tomber. Une fois, après avoir fait quelques pas au bras d'un ami , il fut pris tout d'un coup d'un vertige tellement violent, qu'il se jeta au cou de son compagnon, ferma les yeux et s*y suspendit avec angoisse de tout le poids de son corps. Quatre ou cinq fois seulement des accès aussi violents survinrent étant assis.

Voici ce que ressent le malade pendant les accès : « Il me semble que ma tête est attirée à terre

par un poids énorme, mes mains ne suffisent pas à soutenir ma tête, et je cherche quelquefois un obstacle matériel , une table par exemple , pour l'appuyer ; les objets tourbillonnent autour de moi ; un jour étant en voiture , il m'a semblé que la terre s'entr' ouvrait et que je roulais à pic dans Tabîme avec voiture et chevaux.

« L'accès est précédé par de la défaillance et une sensation très-pénible de vide dans la tête; je crois constamment ?w'^y«wowîr , mais je n'ai, en vérité, jamais perdu connaissance ; je peux même de vive voix, prévenir les personnes qui m'entourent de l'accès qui va se produire et leur annoncer aussi l'approche du mieux.

« J'ai très-souvent un brouillard devant les yeux, j'ai aussi A^% palpitations ^il^m^ sens très-irritable.))

U hyperesthésie des sens est peu accusée ; le malade n'a pas de douleur au cœur. Le sommeil n'a jamais été troublé. Aucune conception fausse ne s'est manifestée ; le phénomène dominant était le vertige et les troubles de la locomotion qui en étaient l'expression. Les troubles des sens, les troubles de la circulation étaient peu prononcés ; appétit absolument indemne et digestions excellentes ; M. *** n'a été, en somme, atteint que de la forme légère de la névropathie cérébro- cardiaque , avec prédominance d'un des principaux symptômes, le vertige.

L'hydrothérapie suivie pendant trois semaines seulement, n'a pas donné de résultat; Tusage du fer produisait de la contispation ; tout traitement fut cessé.

Le malade se sentait très-notablement amélioré vers la fin de la première année , et lorsque nous le vîmes, il pouvait déjà marcher avec une certaine facilité. Il avait l'apparence d'un homme en parfaite santé, et nous dit qu'au plus fort de sa maladie il en avait été de même. Les accidents diminuèrent de plus en plus, et finalement cessèrent ; actuellement M. *** est complètement guéri.

(Ce cas rentre évidemment dans le cadre de l'affection décrite sous le nom de verûgo a stomaco lœso sans troubles digestifs ! Nous y reviendrons plus loin pour combattre cette interprétation).

Observation IX.

Mademoiselle de *** , âgée de vingt-sept ans , a de nombreux antécédents névropathiques dans sa famille. D'origine russe, elle a la constitution vigoureuse de la race slave du nord, les joues fortement colorées et l'aspect de la plus robuste santé ; elle n'a d'ailleurs jamais été malade jusqu'à il y a cinq ans. Au mois de mars 1867, mademoiselle de *** a été prise, sans aucun signe précurseur,

d'un accès de douleur et de « contraction » qu'elle rapportait au comr , et gui lui causait une sensation de terreur extrême. Elle avait des palpitations violentes , pâlissait et se sentait comme anéantie ; des frissons avec tremblements survinrent, et mademoiselle de *** fut obligée de garder le lit. Elle eut en même temps une sensation de vide dans la tête, suivie immédiatement à! étourdissements ^ qui augmentèrent au contact de l'air frais, lorsque la malade , qui se sentait très-oppressée , faisait ouvrir les fenêtres.

Bientôt apparut une impressionnabilité eixagérée de tous les sens et une.grande irritabilité.

Le sommeil fut profondément troublé, et il se produisit de véritables hallucinations. Dès qu^elle était dans l'obscurité , elle voyait des figures grimaçantes, des apparitions chimériques de tous genres, ou bien aussi sa propre personne horriblement défigurée. Tous ces accidents durèrent d'abord deux mois d'une manière consécutive, s'amendèrent ensuite, mais revinrent par accès successifs si fréquents que mademoiselle de *** n'osa plus quitter sa chambre.

Pendant quatre ans, mademoiselle de *** eut des moments de répit relatifs, mais d'autres aussi pendant lesquels tous les accidents étaient très-prononcés. Ils s'annonçaient toujours par des insom-

nies prolongées ou un sommeil constamment interrompu^ par des réveils incessants à la suite de cauchemars. Les réveils se firent aussi sans rêves pénibles, mais toujours avec palpitations et angoisses; il semblait à la malade qu'elle recevait une commotion électrique , elle se réveillait avec des soubresauts et une sensation très-pénible de « contraction » qu'elle rapportait au cœur.

Au plus fort de l'état nerveux qui suivit les jours d'insomnie, elle accusait la sensation de rêve^ d ivresse et de va^^dans l'esprit, et des vertiges trèsprononcés ; la malade croyait tourner autour d'un axe fictif qui traversait son corps dans le sens vertical ; d'autres fois il lui semblait subir des mouvements oscillatoires. A ces moments seulement survinrent des nausées et un malaise général analogue à celui du mal de mer, mais, en général, l'appétit était conservé, et les digestions bonnes.

Mademoiselle de *** souffrait beaucoup de névralgies multiples et notamment trifaciales et sciatiques.

Le sommeil devint meilleur dans le cours de la cinquième année, et dès lors tous les accidents s'apaisèrent.

Mademoiselle de ***, qui plusieurs fios avait essayé le traitement à l'eau froide ( en Allemagne,

à Divonne, à Bellevue), ne Ta jamais suivi régulièrement ; il en était de même de divers médicaments qu'elle prit, parmi lesquels nous signalerons les antispasmodiques conseillés par nous. L'état s'améliora cependant très-notablement, et aujourd'hui, sauf de légers étourdissements et une certaine irritabilité, mademoiselle de *** est guérie ; son sommeil est devenu normal, et avec lui les accidents nerveux ont disparu.

Observation X.

(Malade vue avec MM. les docteurs Peter et Barbé).

Madame ***, quarante ans, sans antécédents névropathiques, a souffert pendant plusieurs années d'une sciatique d'ailleurs peu prononcée, lorsque, trois semaines après une couche normale et assez facile, elle fut réveillée une nuit par une sensation vertigineuse des plus prononcées.

Les deux années qui avaient précédé ce premier accès de vertige étaient marquées par une sensation particulière et très-passagère à la tête, mais qui se produisait très-fréquemment, et que la malade compare à une commotion électrique.

Le premier accès de vertige était accompagné de sifflements et de bourdormemenls (ï oreille^ de phos-phènes et de palpitations.

L'état devenu permanent persista avec la même intensité environ huit mois, s'amenda ensuite, revint par accès violents et passagers, mais ne cessa jamais complètement.

Onze ans se sont écoulés depuis Tinvasion du mal. Le sommeil, troublé au début, devint ensuite normal, et madame ***, qui a toujours des rêves pénibles avec réveils très-fréquents, a depuis longtemps cessé d'avoir des insomnies prolongées.

L! hyperesthésie des sens, très-marquée les premiers temps, s'est notablement atténuée ensuite ; c'est l'hyperesthésie auditive qui avait été le plus accusée, et elle se produit encore fréquemment, mais d'une manière assez passagère. Diï côté de la vue, il y eut des troubles persistants d'une autre nature ; madame ***, depuis le début de son état vertigineux, a très-fréquemment un « voile noir » devant les yeux ; alors elle cesse complètement de voir deTœil gauche, mais Tœil droit est incomplètement aveugle, le voile noir lui semble être percé d'un trou de ce côté ; mais elle voit les objets doubles. En même temps se produisent des troubles très-prononcés de la locomotion. Ceux-ci, du reste, sont constants depuis onze ans, mais des accès, assez rares d'ailleurs, les rendent excessifs par momients : Madame *** a constamment la sensation

de marcher sur un corps mou ou sur un sol mouvant, mais parfois sans cause appréciable il se produit le « voile noir » , des sifflements dans les oreilles, des palpitations violentes, et la malade alors est chancelante : les objets tournent autour d'elle, et elle perd complètement l'équilibre. Une fois, pendant l'accès, madame *** a distinctement vu tous les objets de sa chambre renversés sens dessus dessous ; mais, nous le répétons, même en dehors de ces grands accès, la malade est constamment mal équilibrée et dans un état vertigineux qui ne cesse jamais.

Les palpitations sont devenues beaucoup moins fréquentes, le jour, mais elles se produisent encore les nuits, et sont, au dire de madame ***, la cause de ses fréquents réveils.

Il s'est produit dans le cours de l'affection des frissons suivis de chaleur avec un caractère de périodicité assez marqué ; le sulfate de quinine, administré à ces moments, loin de l'améliorer, a très-notablement aggravé la situation.

La malade, au moment du plus grand malaise, est irritable, très-triste et se sent un besoin absolu de solitude ; elle évite d'ailleurs constamment la société.

Des névralgies multiples se sont produites et se localisèrent pendant très-longtemps aux pieds et aux

mains, mais très-particulièrement dans les orteils.

Il survient souvent de la douleur au cœur^ qui parfois de dent très- vive : tantôt ce sont les accès prolongés de palpitations qui la produisent ; tantôt elles apparaissent spontanément et durent un ou plusieurs jours.

De toutes les sensations, une des plus pénibles à la malade est celle du vide dans la tête ; ma^dame ***, pendant la longue durée de sa maladie a suivi bien des médications sans aucun résultat. Nous venons de lui ordonner les antispasmodiques et un régime rigoureux, dans lequel il faut écarter toutes les substances excitantes du système nerveux, médicamenteuses ou alimentaires, tels que quinquina, thé, café, certaines liqueurs, etc. Madame ***, qui est évidemment moins souffrante, depuis quelque temps déjà, est cependant encore loin de la guérison .

Observation XI.

(Malade vu avec M. le docteur Peter).

M. ***, étudiant en médecine, né de parents bien portants, (mère très-nerveuse), âgé de trente et un ans, a eu dans son enfance des cauchemars poussés jusqu'au somnambulisme. Pendant l'adolescence, il a souffert de Testomac.

A la suite d'excès faits pendant la dernière guerre, (de boissons, de café et de tabac), M,*** a été pris de tremblements alcooliques, qui cessèrent après deux mois d'abstinence et de traitement; il était bien portant ensuite jusqu'au mois de juillet dernier. Il eut alors de l'embarras gastrique, et fut pris un matin, de céphalalgie et de lumbago qui, supposés de nature rhumatismale, furent combattus par de petites doses de quinine continuées pendant une quinzaine de jours.

Au mois de janvier dernier, M. *** ressentit subitement, sans aucun signe précurseur, des bourdonnements d'oreille^ des phosphènes et un vertige tellement violent , qu'il put à peine , et en chancelant, atteindre sa fenêtre, afin de l'ouvrir ; il eut, au même moment, des palpitations^ des sueurs profuses, et quelque temps après, la sensation de l'ivresse. Dès lors le sommeil devint mauvais^ fut interrompu par des réveils fréquents et agité par des cauchemars.

M. *** ne pouvait qu'avec peine se livrer à un travail intellectuel quelconque; il devint ^mVaè/?, irascible, se sentait constamment fatigué^ môme au repos, et avait notablement perdu de son énergie.

Parfois il a de la douleur très-vive et passagère au aeur^ avec ou sans palpitations.

Sa marche^ d'abord incertaine^ à un tel point qu'il n'osait sortir qu'en longeant les murs, afin de s'y appuyer au besoin, devint ensuite moins hésitante; mais, dès que le malade fléchit la tête, soit en avant, soit en arrière, il est pris immédiatement d'un vertige violent qui tend à le renverser. Il a remarqué cependant que lorsqu'il persiste à garder la position qui produit le vertige, celui-ci diminue à la longue.

L'état vertigineux coïncide avec la sensation de vide et de vague; il semble au malade qu'il n'a point d'idées ; sa mémoire est profondément troublée, et il est incapable de fixer son esprit sur un sujet quelconque ; souvent il ne se rappelle pas les mots les plus simples et a de véritables absences momentanées, ou du moins des distractions telles qu'il prononce des paroles qiii n'ont aucun rapport avec la situation dans laquelle il se trouve. La mémoire locale a baissé^ et M. *** ne peut pas retrouver, sans l'aide d'un ami, le chemin de l'hôpital qu'il fréquente depuis longtemps. Toutefois, tous ces symptômes se sont déjà amendés, mais M. *** n'est pas encore remis.

(Trois mois après la rédaction et la première publication de cette observation dans la Gazette Hebdomadaire de médecine, ce malade était complètement guéri).

Observation XII.

Madame ***, âgée de vingt-deux ans, est née de parents encore vivants et très-bien portants, mais il y a des maladies nerveuses dans sa famille.

Madame ***, qui jusque-là avait été bien portante, a été prise de fièvres intermittentes, dont le premier accès coïncidait avec une émotion trèsvive ; ces accès revinrent fréquemment dans l'espace de trois semaines. Cédant à la quinine à hautes doses, ils réapparurent après quelques semaines de répit relatif; combattus de la même façon^ ils cessèrent enfin pour ne plus revenir.

Etant restée au lit pendant ces accès, Madame *** fut dans l'impossibilité de le quitter, ses/ambeslui refusant tout service. Elle ne peut pas fixer exactement le moment d'apparition de ce phénomène, qui n'en était pas moins tellement prononcé, que la malade ne pouvait se tenir debout un seul instant. Étendue au lit, il lui était possible d'exécuter des mouvements avec ses jambes, qui s'affaissaient et tombaient en résolution dès qu'elle voulait s'en servir pour la marche.

En même temps survinrent des palpitations y des vertiges , des étourdissements et une excessive hyperesthésie des sens ; le moindre bruit, un rayon de

lumière, le passage d'une personne ou d'un objet devant ses yeux faisaient naître une sensation extrêmement pénible dans la tête , augmentaient ou provoquaient le vertige et lui rendaient nécessaire une solitude absolue.

En même temps se produisit une sensation de faiblesse jusqu'à l'anéantissement.

Il lui était impossible de fixer son esprit sur un sujet quelconque ; elle ne pouvait ni lire une ligne, ni entendre faire la lecture ; la conversation même lui était odieuse, et elle gardait presque constamment le silence.

Une irritabilité extrême s'était manifestée dès le début des accidents nerveux, et se traduisait par une grande impatience et des antipathies non motivées; elle ne tolérait personne auprès d'elle, et il devint difficile de lui donner les soins les plus indispensables.

Un des premiers symptômes fut le trouble du sommeil : Y insomnie étsiit prolongée et absolue, alternant avec un sommeil agité de rêves pénibles et de réveils fréquents.

A tous ces accidents se joignait une tristesse extrême.

Ces symptômes restèrent les mêmes pendant seize mois. (A plusieurs reprises on avait essayé de l'hydrothérapie, mais ce traitement ne fut

GÉRÉBRO-OARDIAQUE. 63

jamais régulièrement suivi). Les accidents commencèrent à s'amender sérieusement vers la fin de la deuxième année. La malade put faire quelques pas avec l'appui de deux personnes aux bras desquelles elle se suspendait; puis de mois en mois survint une légère amélioration ; le vertige diminua; l'affaissement général, l'hyperesthésie des sens, l'irritabilité, devinrent moindres , la malade put s'occuper pendant quelques instants à quelques ouvrages de broderie^ mais cependant, en ce moment encore, les accidents ne sont pas encore complètement apaisés.

Observation XIII.

M. ***, docteur en médecine, trente-quatre ans, sans antécédents de maladies nerveuses, a eu souvent des rhumatismes musculaires et du lumbago. A la suite de fatigues et d'émotions excessives subie» pendant la dernière guerre, M. *** fut pris de tristesse et d'insomnies alternant avec un sommeil troublé par des rêves pénibles. 11 survint en même temps de légers vertiges avec impossibilité de lire et d'écrire, des palpitations suivies de douleur au cosur.

Des névralgies multiples et presque incessantes vinrent s'ajouter à tous ces phénomènes.

Le sommeil redevint normal après quelques mois, mais les autres symptômes persistèrent.

U irritabilité du malade était très-grande; il conçut des antipathies violentes et eut très-souvent des colères non motivées. Sa tristesse était profonde; toute initiative était abolie ; le malade était sans énergie, sans volonté; il lui semblait ne plus rien savoir, n'avoir plus aucune idée ; il « n'avait pas la même tête » , etc.

Au début, inappétence et constipation, puis les digestions devinrent bientôt normales.

M. ***, qui avait été d'une pâleur cadavérique et d'une très-gr2|,nde maigreur, dans les premiers temps, reprit des couleurs et de l'embonpoint quelques mois plus tard.

L'hydrothérapie amena une notable amélioration dans tous les symptômes, et actuellement M. *** est en pleine voie de guérison.

Observation XIV.

M. ***, rentier, né de parents bien portants et vivants encore, appartient à une famille extrêmement nombreuse, dans laquelle les affections du cerveau sont communes. Étant enfant, il a eu fréquemment des cauchemars, mais aucune maladie de quelque importance jusqu'à l'âge viril.

A trente- quatre ans survint, au milieu d'une vie déréglée et d'excès de tous genres, un rhumatisme articulaire aigu. C'est de cette époque que datent les troubles nerveux dont nous allons faire la simple énumération.

Il se manifesta d'abord du vertige et des troubles visuels auxquels s'ajoutaient bientôt une pei^jersion du tact. Le malade ne pouvait pas traverser sa chambre sans s'appuyer aux meubles, et il lui était impossible de reconnaître au toucher la forme des objets ; la vue ne put, pendant quelque temps, corriger les impressions fausses du toucher et les conceptions erronées ou illusoires sur le monde extérieur qui en furent la suite.

En même temps survint V hyperesthésie de tous les sens ; mais c'est très-particulièrement la vue qui était affectée ; à la photophobie étaient liées la diplopie et Yamplyopie.

A plusieurs reprises, des émotions vives lui firent perdre connaissance.

Le sommeil ne fut troublé que pendant les premiers temps et redevint bientôt normal. Les accidents s'amendèrent ensuite rapidement, et après un séjour à Nice, par un printemps exceptionnellement beau. M.*** guérit complètement.

Observation XV.

Madame ***, née de parents bien portants, âgée de trente-six ans, sans antécédents névropathiques.

Depuis Tâge de vingt-cinq ans, elle a eu parfois des accès de catalepsie qui se reproduisent encore de temps en temps, sans attaque hystérique •

Quelques années plus tard elle fut prise de douleurs au cœur^ dans les épaules et les bras, produites quelquefois sans cause connue, et d autres fois par les causes les plus diverses , parmi lesquelles il faut citer surtout une nuit de veille, des émotions vives ou un exercice quelque peu exagéré. La douleur était constamment accompagnée d'angoisses et de lassitude telle, que madame ***, même longtemps après la cessation de Taccès^ ne pouvait pas soulever les bras.

Dans l'intervalle des accès , madame *** était d'abord indemne de toute douleur; bientôt cependant survinrent des névralgies multiples , des douleurs musculaires et des arthr algies^ mais toujours sans fièvre. Madame *** était cependant quelquefois dans l'impossibilité de se mouvoir, et dut garder le lit parfois pendant une ou plusieurs semaines. Considérée comme rhumatisante, on lui administra de la quinine à petites doses, d'une

manière prolongée , et comme elle n'en obtint aucune amélioration , elle se rendit à Divonne et s'y soumit, à plusieurs reprises, à un traitement hydrothérapique qui fit disparaître les accès de catalepsie et atténua l'intensité des douleurs multiples, à Texception de celle du cœur, qui revint comme par le passé, mais jamais avec grande intensité.

C'est sur fces entrefaites que madame *** fut prise de légers vertiges et de sensations de vide dans la tête; très-souvent il lui semblait être ivre^ et elle eut en même temps des palpitations qui ne laissèrent pas de lui faire supposer une maladie du cœur.

Il se manifesta en même temps de V hyperesthésie des sens, et notamment de l'ouïe. Il ne survint pas d'insomnie, mais très-souvent le sommeil était troublé par des rêves pénibles. L'humeur de la malade ne se ressentit guère de cet état ; elle vivait de sa vie ordinaire, se plaignait quelquefois, mais, sauf les appréhensions au sujet de son cœur, elle comprit que tous ces troubles étaient nerveux et devaient disparaître un jour. Disons cependant que nous avons vu une fois la malade, atteinte beaucoup plus fortement, se tourmenter sur son état et formuler des phrases comme celle-ci : a Je ne reconnais pas le son de ma voix; il ne me semble pas que c'est moi qui parle ; je suis comme un automate, etc, »

Cette aggravation des phénomènes cérébraux ne dura que huit jours et ne.se reproduisît plus.

L'appétit a toujours été bon , et les digestions normales.

Madame *** a les apparences de la plus parfaite santé. Son état s'est d'ailleurs notablement amélioré ; rhyperesthésie des sens et le vertige ont complètement cessé; la sensation d'ivresse se produit encore quelquefois, mais de plus en plus rarement; la douleur du cœur n'est jamais intense et ne paraît qu'à de rares intervalles ; le sommeil est normal, et les névralgies ont complètement disparu.

L'hydrothérapie , un séjour prolongé aux eaux de Saint-Moritz , l'usage des antispasmodiques et la suppression des substances alimentaires excitantes, dont madame *** avait fait abus (thé, café), ont été les moyens employés.

(Deux mois après la première rédaction de cette ol)servation les légers troubles qui étaient restés ont disparu à leur tour et madame *** était complètement guérie).

Observation XVI.

M. ***, homme de lettres , sans antécédents névropathiques, âgé de quarante ans.

A la suite d'un travail intellectuel excessif, il

est pris subitement de vertige^ de sensations de vide et 6l ivresse avec bourdonnements d'oreille, et de troubles visuels qui lui rendent toute occupation impossible ; il survient en même temps des palpitations^ mais sans douleur au cœur ni dans les bras. Le sommeil ^^ trouble^ des cauchemars causent des réveils incessants, le malade devient d'une grande irritabilité; une profonde tristesse s'empare de lui, il s'isole complètement.

Cet état dura trois ans; d'autres symptômes nous ont été signalés, qui rapprochent l'histoire de ce malade de celle que nous avons donnée plus haut, mais les renseignements n'ont pu être suffisamment précis. Nous savons cependant que l'état du malade s'est amélioré au bout de trois ans, et qu'il est aujourd'hui presque complètement remis.

Observation XVII.

Madame ***, trente ans, née de parents bien portants , a toujours été nerveuse, et, à la suite de grandes émotions coïncidant avec une fausse couche, elle a été prise de vertiges violents et de troubles tellement prononcés de la vue^ qu'elle ne put, dès le premier jour, lire seulement l'en-tête d'un journal. V insomnie survint dès ce premier moment, et ces symptômes furent suivis bientôt d'autres très-

nombreux, dont nous allons faire la simple énumératîon : Occupations intellectuelles impossibles, besoin de solitude, envie de pleurer ; des bourdonnements d oreille et un bruit incessant dans la tête ; unQ sensation douloureuse et comme «spasmodique» au creuse de F estomac^ à la région du cœur et au cou; de la dysphagie^ de la dyspnée poussées .si loin, que la malade qui avait faim, était presque dans Timpossibilité de prendre des aliments.

Perturbation du toucher^ du goût et de Y odorat. Madame *** ne reconnaissait pas la forme des objets ; il en était de même du goût des aliments ; elle avait un goût de « terre pourrie » dans la bouche ; sa langue était cependant d'aspect normal. Frissons incessants, suivis de bouffées de chaleur.

Les accidents cérébraux étaient très-multiples ; c'était un « vague indéfinissable et insupportable » , une sensation d'ivresse et de vide. Il survint en outre des impulsions irrésistibles multiples ; la vue d'un couteau donnait des idées de suicide ; la vue d'un escalier l'envie de se précipiter en bas.

La marche était incertaine, hésitante , mais seulement en tant que liée au vertige et aux étourdissements ; il n'y avait paralysie à aucun degré.

Des névralgies survinrent en même temps dans divers points d'émergence du trijumeau.

' Une tristesse extrême durait aussi longtemps que

les autres accidents. Ce n'est que dans le cours de la cinquième année que les symptômes diminuèrent, et aujourd'hui, six ans après le début de la maladie , la guérison est complète.

Madame ***, sauf dans les premiers temps, n'a guère suivi de médications; des bains très-fréquents qui la soulagèrent, étaient le seul moyen de traitement régulièrement observé.

Observation XVIII.

Madame ***, dont le père est mort d'accidents cérébraux indéterminés à Tâge de quarante-six ans, a eu pendant son enfance des nuits très-fréquemment agitées de cauchemars, et pendant sa puberté des lipothymies fréquentes sans autres accidents et sans chlorose.

A Tâge de trente-deux ans, madame ***, à la suite d'une terreur effroyable suivie de grands chag'rins, fut pria.e de vertiges^ de palpitations et « d'angoisses » qui lui donnèrent « la sensation de la mort » . En même temps bourdonnements d oreille^ insomnies prolongées ou cauchemars^ agitation extrême suivie de torpeur.

Comme il y eut, au début, des frissons répétés et des recrudescences périodiques simulant la fièvre, on administra de la quinine.

La malade resta les premiers deux mois au lit,

essaya ensuite de marcher un peu, mais se sentît tellement affaiblie et anéantie^ qu'elle n'y parvint guère. Cependant tous ces symptômes diminuèrent peu à peu, et il se passa bien des années sans iaccès semblables, mais madame *** était restée nerveuse, irritable, et elle eut parfois, de temps en temps, de petits accès qui rappelèrent la formidable atteinte du début.

C'est quatorze ans plus tard, vers l'âge de quarante-six ans, que madame '*** fut reprise des mêmes accidente, cette fois plus violemment encore : tous les symptômes reparurent soudainement, mais surtout le vertige qui devint tellement intense, que la malade ne put, même avec l'aide de deux personnes, se tenir un moment assise (sur le vase de nuit par exemple).

Sa tête était « vide » , et il lui semblait en même temps qu' a elle allait éclater » .

Madame *** resta quelquefois vingt-quatre ou trente-six heures dans la même position (horizontale), sans faire le moindre mouvement; elle avait, du reste, un grand besoin de solitude^ mais en même temps des terreurs qui lui rendaient la solitude impossible. V hyperesihésie des sens était surtout excessive, et les palpitations, cette fois, accompagnées de strangulation^ mais sans douleur au comr.

Aux premiers pas qu'elle put faire, le terrain

lui semblait mouvant, ou en a gomme élastique » •

Depuis son premier accès, et même pendant le long intervalle de rémission relative, madame *** a constamment souffert de névralgies multiples, à' arthralgies et même de viscéralgies (névralgies du col de la vessie, avec mictions fréquentes).

Les digestions n'étaient mauvaises qu'au plus fort des accès ; mais constamment madame *** a gardé les apparences d'une très-robuste santé, et elle engraissait pendant sa maladie.

Quatre ans se sont passés depuis la rechute; madame ***, que nous observons depuis dix-huit mois, est très-notablement améliorée, et les accidents, qui sont très-atténués , ne surviennent qu'à des intervalles de plus en plus rares. Elle a repris ses habitudes de vie ordinaire.

Des moyens de traitement nombreux avaient été employés; c'est l'hydrothérapie qui a le mieux réussi (drap mouillé).

Observation XIX. (*)

(M. le docteur Beni-Barde).

M. ***, trente-quatre ans, employé , sans anté-

(1) La plus grande partie de ce mémoire ayant paru dans la GazetU Hebd(muidaireà& m^QcXne, 1872, on nous communiqua, dans le cours de la publication, des observations dont nous donnons le résumé, en remerciant nos confrères de leur bienveillant concours.

cédents névropathiques, a toujours été bien portant* Il lui survint de légers vertiges au commencement de Tannée 1869. Au mois de juin de la même année ^ et après un travail très-prolongé, M. ***, qui avait la diarrhée depuis quelques jours, a été pris subitement, dans la rue (à Auteuil), sans aucun phénomène précurseur, d'un /owdroyant étourdissement ; il s'accrocha à un arbre pour ne pas tomber par terre. Il ne perdit cependant pas connaissance, put rentrer chez lui, oii il eut des bâillements réitérés suivis d'un sommeil lourd de deux heures.

A partir de ce moment, M. *** eut des vertiges qui rendirent la marche d'abord impossible^ ensuite incertaine^ hésitante ; le malade , lorsqu'il put sortir, se fit constamment accompagner d'un ami, dont il prit le bras ; c'est surtout le terrain dur qui rendait l'équilibre instable, et il l'évitait. Le vertige était permanent. Dès son premier jour d'apparition survinrent des battements de cœur précipités, de V hyperesthésie et des troubles sensoriels multiples; la lecture, comme d'ailleurs tout travail intellectuel, devinrent absolument impossibles. Le bruit d^une voiture entendu à distance causait des tremblements et des palpitations ; Timpressionnabilité du malade était en outre si grande , que la moindre contrariété lui faisait verser des larmes.

Un jour, se trouvant auprès de personnes qui lui causaient de Tennui, et après s'être contenu pendant longtemps, il tomba par terre et eut une attaque d'hysthérie avec convulsions cloniques, des cris, des pleurs, et la sensation de strangulation.

Les digestions devinrent mauvaises ;V ^siomB.Q, était ballonné et tendu ; il y eut de la diarrhée persistante.

Les palpitations étaient suivies de douleurs aiguës au cœur de très-courte durée.

Le sommeil du malade était resté relativement bon^ mais le moral s'affecta profondément ; il devint triste^ rechercha la solitude et ne put s'empêcher de penser incessamment à sa mort. Il y eut d'ailleurs de fréquentes défaillances , et il lui semblait souvent qu'il allait mourir.

Après avoir pris pendant longtemps divers mérdicaments parmi lesquels nous citerons le bromure de potassium, la strychnine, la valériane, M. *** eut recours au traitement hydrothérapique à l'établissement d'Auteuil.

Il a fallu trois mois avant qu'on pût administrer la douche complètement froide, tellement était exagérée la sensibilité ; mais petit à petit son état s'améliora.

Quittant Auteuil, M. *** se rendit à la campagne, dans sa famille, et continua pendant six mois l'usage du drap mouillé.

Le vertige diminua notablement, et avec lui tous les autres symptômes ; mais il était encore loin d'être guéri lorsque, au mois de juin 1871, il reprit le traitement hydrothérapique à Auteuil , et le suivit pendant huit mois consécutifs.

Cette fois Tamélioration fut encore plus prononcée, le malade étant actuellement presque complètement guéri.

Observation XX.

(M. le docteur Gruby ; du même les trois observations suivantes.)

M. ***, ingénieur, ancien élève de TÉcole polytechnique, âgé de quarante-huit ans, sans antécédents névropathiques. Depuis Tàge de vingt-cinq ans, M. *** a des névralgies multiples et souvent très-douloureuses .

Il y a une dizaine d'années, à la suite de travaux prolongés et excessifs, il survint du vertige^ des étour (Ossements , des bourdonnements d oreille. Ces accidents allèrent toujours en augmentant au point que M.*** fut finalement obligé de garder le lit, qu'il ne quitta point pendant quinze mois.

Des accidents multiples et d'une violence excessive accompagnèrent cet état ; tels étaient les troubles des sens et notamment de la vue (diplopie) et leur hyper esthésie.

C'est la sensibilité auditive qui était le plus exal-

tée ; en voici quelques exemples : le malade quitta son appartement parce qu'il ne put obtenir Téloignement d'un coq qui chantait dans la maison voisine de la sienne ; il fît rechercher dans la campagne une maison absolument isolée, qu'il acheta, et dont il fit murer presque toutes les issues ; il fut même difficile de le dissuader de l'idée de faire mettre double mur autour du pavillon qu'il habitait. Entendant quelquefois le bruit du tambour pendant des exercices militaires, il se mit en instance pour qu'on changeât le lieu d'exercice et obtint gain de cause.

\j' hyperesthésie de la vue^ moins prononcée toutefois, était aussi très-grande.

Vinsomnie survint dès le début des accidents, et des réveils incessants, des cauckefnars et des hallucinations horribles agitèrent les rares moments de sommeil.

Une sensation continuelle d'ivresse et de rêve s'empara de l'esprit du malade , qui devînt triste et misanthrope^ h un tel point, qu'il refusa toute société et s'isola complètement. Il donna l'ordre de poser ses aliments devant son lit , et ne voulut même pas voir son domestique.

Il reçut cependant son médecin, qui put constater, aux réponses brèves et saccadées qu'il obtint, que l'intelligence du malade n'avait subi aucune

atteinte. Le malade expliqua lui-même son besoin de solitude absolu par l'irritabilité que lui causait la suractivité maladive de ses sens hyperesthésiés ; la lumière, le son de la voix lui étaient insupportables.

Dès le début des accidents , il se produisit des palpitations et des accès fréquents de douleur au cceur ; il y eut en même temps une douleur vive au point d'émergence de la cinquième paire. C'est la névralgie maxillaire qui était le plus prononcée ; la mastication devint impossible, et le malade ne put avaler que des aliments liquides (œufs, lait, viande délayée dans du bouillon, etc.).

Aux douleurs de la tête s'ajoutait la sensation du vide ; le malade se plaignait aussi de strangulations incessantes et d'une sensation de corps étrangers au niveau du pharynx et du larynx.

Des conceptions fausses sur le monde extérieur et sur lui-même se produisirent; mais le malade s'en rendit très-bien compte, et formulant cette phrase « Il me semble que je suis changé» , il savait parfaitement que rien n'était changé que la perception de ses sens troublés.

Il ne pouvait penser à rien, mais encore moins s'occuper de quoi que ce fût; il accusait un vague particulier dans la tête, qui lui rendait impossible de fixer son esprit sur un sujet quelconque.

Des lipothymies survinrent plusieurs fois par jour, mais jamais de syncope avec perte de connaissance ; le malade avait constamment la sensation de défaillance, il lui semblait qu'il allait mourir.

Au milieu de tous ces accidents , Tappétit était resté bon , les digestions normales. Le pouls était petite faible^ lent en dehors des moments de palpitation, et très-dépressible ; la peau était constamment sèche; il y eut des frissons et des horripilations fréquentes, qui simulèrent quelquefois des accès de fièvre.

Lorsqu'enfin le malade put quitter le lit, la marche était titubante et très-difficile pendant deux ans encore. Les accidents allèrent cependant en diminuant, et après quatre ans révolus, Tétat de M. *** était très-considérablement amélioré; il put faire quelques voyages, se livrer à des occupations de courte durée; il était redevenu sociable et reprit les habitudes de tout le monde.

Sans entrer dans des détails, disons seulement que tous les symptômes diminuèrent progressivement d'intensité à mesure que le sommeil se rétablit. Mais actuellement encore, M. *** a de légères rechutes et ne peut pas être considéré comme complètement guéri.

Le traitement avait consisté en phosphate de fer.

macération de quinquina et une nourriture substantielle.

Observation XXI.

M. ***, artiste peintre, sans antécédents névropathiques, est âgé de trente-cinq ans.

Après un travail excessif et des impressions morales pénibles et prolongées, M. *** fut pris d'msomme suivie de vertiges tellement violents, qu'il dut garder le lit pendant une dizaine de mois.

Il eut en même temps une sensation de vide et d*ivresse dans la tête. Presque en même temps se présentèrent des palpitations d'une violence excessive, des troubles et de Y hyperesthésie des sens.

Des frissons suivis de bouffées de chaleur simulèrent des accès de fièvre, mais le pouls était presque constamment lent et filiforme. Le sulfate de quinine qu'avait pris le malade, au début, loin d'apaiser les accès qui avaient affecté d'abord la forme périodique, les rendait plus intenses.

L'inappétence était complète , le malade pâlissait et maigrissait considérablement.

Quoiqu'il fût sans volonté, absolument inerte comme une masse, il donna cependant des renseignements très-précis avec une remarquable lucidité, lorsqu'il fut questionné; il lui semblait quelquefois être (( un automate » , il se sentait « en

dehors de lui-même » , maïs il savait parfaitement, et il le répétait souvent, que ces sensations étaient fausses, quoiqu'elles s'imposassent constamment à son esprit.

Lorsque, après quelques mois, il put marcher un peu, le sol lui semblait mouvant et mou, mais le vertige diminua petit à petit et, après quinze mois, il cessa complètement. C'est vers le même moment que le sommeil était devenu meilleur, et dès lors les accidents s'amendèrent notablement.

L irritabilité^ qui avait été très-grande pendantles premiers mois, diminua ensuite et cessa complètement.

Tous les symptômes s'apaisèrent peu à peu, mais le malade ne fut guéri qu'après trois ans révolus.

Observation XXII.

Mademoiselle ***, née de parents bien portants, était une enfant chétive, impressionnable, qui pleurait souvent ; elle avait le ventre gros et ordinairement peu d'appétit.

Vers l'âge de quatorze ans elle devint fantasque et recherchait la solitude ; elle était habituellement silencieuse .

Ses règles s'établirent et revinrent régulièrement.

Vers rage de dix-huit ans, elle habitait avec ses parents pendant quelques mois de Tété une contrée marécageuse, où elle eut des digestions mauvaises et de fréquents maux de tête ; on lui administra de la quinine pendant longtemps. Ses maux de tête ne cessèrent pas ; ils devinrent, au contraire, plus violents, en affectant une forme névralgique pure (surtout du maxillaire inférieur), et bientôt survinrent dans diverses autres parties du corps des douleurs très-prononcées, et notamment des «r- . thr algies multiples.

A ces symptômes s'en ajoutèrent bientôt d'autres du côté de la tête et du cœur. Aux premiers se rattachèrent des troubles très-complexes des sens et dés mouvements que nous allons énumérer dans un instant, et aux seconds, des accès ^.'angine de poitrine^ le plus souvent précédés de formidables palpitaiions^ et accompagnés de lipothymies mc^^shjyi^^.

La névralgie maxillaire devint très-intense et continue, et il se déclarait progressivement une hyperesthésie des sens telle, que la malade se fit couvrir les yeux d'un bandeau, même dans une obscurité relative; il était aussi devenu nécessaire de capitonner les murs de sa chambre dont les fenêtres étaient constamment tenues fermées. Le plus souvent Tobscurîté dut être absolue; la seule personne qu'elle souffrît à côté d'elle (sa sœur),

dut s'approcher à tâtons de son lit. Cette photophobie dura plus de deux ans, et pendant tout ce laps de temps la malade ne put un instant quitter son lit. Lorsque plus tard elle commença à supporter la lumière, elle ne reconjiut pas les objets ; sa vue était profondément troublée ; elle était à la fois diplopique et amblyopique.

L'ouïe resta sensible pendant tout aussi longtemps que la vue ; le saisissement douloureux que la malade éprouvait par le bruit allait si loin que, parfois, entendant des sons inattendus, elle avait des soubresauts et des mouvements involontaires qui la firent tomber de son lit; elle se tordait de douleur et, exaspérée au plus haut point, se frappait de désespoir la tête contre le mur.

Dès le début des accidents, elle eut des vertiges incessants même les yeux fermés et dans Tobscurité absolue ; j^tmais une seule fois, pendant plus de

deux ans, elle ne put rester assise dans son lit. Aux vertiges se rattachaient des bourdonnements et des sifflements incessants dans les oreilles^ et la sensation de f ivresse alcoolique.

Les rares réponses qu'on put obtenir de mademoiselle *** prouvaient qu'elle avait gardé, au milieu de ces profonds troubles, toute l'intégrité de son intelligence; mais elle disait fréquemment qu'elle « ne se reconnaissait plus » , qu'il «lui sem-

blaît qu'elle était devenue une autre personne » , et divers autres propos dans le même sens.

Il s'est produit un autre phénomène tout aussi intense et aussi durable que les autres. Ce sont les contractures des quatre membres qui persistèrent pendant plus de deux ans ; la malade avait les jambes fléchies, les genoux ramenés jusqu'au visage, les bras plies sur la poitrine, les mains fermées. Pendant les six premiers mois, lorsque dans l'obscurité on alimentait la malade, on rencontrait invariablement les genoux au niveau de la bouche; aussi les soins les plus indispensables devinrent ' d'une application extrêmçment difficile, Fhyperesthésie de la jo^aw, les arthr algies multiples venant encore compliquer la situation. Lorsque plus tard les membres se détendirent quelque peu, on put constater qu'ils n'étaient pas paralysés, mais des atrophier musculaires s'étaient produites et furent constatées au moyen du courant galvanique.

Pendant bien longtemps mademoiselle *** se trouva dans un çtat indéfinissable, entre la veille et le sommeil, et comme elle était constamment silencieuse, il était difficile de savoir, dans l'obscurité oti elle se trouvait, si elle dormait ou non ; plus tard seulement elle dit qu'elle ne pouvait jamais distinguer le jour de la nuit, qu'elle avait entièrement perdu la notion du temps, mais qu'elle

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avait souvent éprouvé le besoin inassouvi de sommeil, et des sensations fort pénibles qui tenaient du cauchemar et des hallucinations.

Les palpitations^ qui étaient très-fréquentes, et les accès d'angine de poitrine se produisaient encore longtemps après la cessation de Thyperesthésie des sens et des vertiges. Quatre ans après le début de la maladie, mademoiselle ***, qui souffrait encore du cœur, eut la sensation de strangulation et de défaillance. Ces accès, très-violents pendants deux ans et se répétant plusieurs fois par jour, devinrent ensuite moins intenses et moins fréquents, mais ne disparurent complètement qu'au bout de six ou sept ans.

Dans l'intervalle, tous les autres symptômes s'amendèrent notablement; mais ce n'est qu'après dix ans révolus que mademoiselle *** fut complètement guérie.

Elle a actuellement trente-six ans, et n'éprouve plus la moindre trace de sa longue maladie.

Chose remarquable, les digestions ne s'étaient jamais troublées^ et la malade qui, avec une grande aversion, il est vrai, acceptait les aliments, avait gardé tout son embonpoint, et lorsqu'à la fin on put l'examiner au jour, on constata qu'elle avait les joues roses, la figure calme et Taspect général d'une personne en parfaite santé.

Il est inutile de dire que le moral s'était profondément Ressenti de rétat physique; que la malade était tombée dans une mélancolie absolue, qui persista longtemps encore après les moments d'acuité extrême de la maladie.

Le traitement consistait successivement en électricité à courant continu et courant interrompu, bains aromatiques, application de compresses froides et une alimentation très-substantielle.

Observation XXIII.

Madame ***, sans antécédents névropathiques , a été une enfant chétive, mais n'a jamais fait de maladie grave. Vers Tâge de trente-cinq ans, elle fut prise de maux de tête continus, elle avait en même temps des digestions difficiles, de la constipation habituelle et quelquefois des vomissements.

Peu de temps après, toux nerveuse violente et très-persistante.

C'est sur ces entrefaites qu'elle fut prise de vertiges avec bourdonnements et oreille^ de sensation de vide et d'ivresse^ et de palpitations.

La marche devint absolument impossible; la malade est restée couchée pendant plus de deux ans et demi; pendant deux autres années elle mar^ chait avec des béquilles, et bien longtemps après encore, elle se servait d'une canne pour se soutenir.

Insomnie persistante; cauchemars dès le début; hallucinations de la vue ; hyperesthésie de tous les sens; névralgies multiples, arthralgies; irritabilité excessive, tristesse^ pleurs incessants, besoin de solitude, incapacité pour toute occupation morale ou physique pendant bien des années.

Dès le début, douleur au cceur d'une extrême violence avec strangulation et dysphagie consécutives ; lipothymies^ syncopes.

Appétit médiocre^ digestion lenle, constipation^ mixtions fréquentes; aspect maladif, embonpoint amoindri .

Intenses pendant quatre ans, tous ces symptômes s'amendèrent ensuite peu à peu , apparurent par intervalles déplus en plus rares, mais ne disparurent complètement qu'après quinze ans révolus.

Observation XXIV.

(M. le docteur Peter, médecin de l'hôpital Saint-Antoine.)

Madame ***, créole de la Havane, âgée de quarante-deux ans, femme éminemment nerveuse, ayant eu fréquemment des migraines et d'autres troubles nerveux d'ailleurs assez légers, est devenue très-anémique par le fait d'une énorme tumeur fibreuse de l'utérus qui a provoqué et provoque encore des métrorragies fort abondantes.

C'est dans ces conditions qu'elle a perdu subi-

tement son mari il y a six mois. Elle en éprouva le chagrin le plus violent et se soumit volontairement à une sorte de claustration; elle ne quitta pas, pendant deux mois, sa chambre à coucher, ' où les rideaux, soigneusement fermés, entretenaient l'obscurité en plein midi.

Dans ces mauvaises conditions morales et physiques, elle eut à entretenir avec les personnes de son pays une correspondance des plus actives, roulant sur la perte qu'elle venait d'éprouver, ou sur des questions d'intérêt très-considérables. Parfois cette dame écrivait une partie de la nuit.

Au bout de six semaines environ de cette fatigue cérébrale, madame *** s'aperçut qu'il lui était impossible d'écrire désormais; à peine avait-elle commencé une lettre qu'elle devait la laisser inachevée; se remettait-elle à l'œuvre, que les lignes se brouillaient sous ses yeux et qu'elle était prise de vertiges.

Ce dernier symptôme, qui bientôt devint persistant, consiste dans un sentiment de balancement comme par le fait d'un bateau, ou bien encore il semble à la malade « que sa tête est vide^ qu'elle n'est pas à elle, qu'elle ne tient pas à son corps, que ses idées vont se perdre. »

En même temps il y eut de Y hyperesthésie de la mte et de Vouie; la lumière vive, le bruit un peu

intense, une conversation un peu animée la fatiguent et produisent le vertige. La lecture, récriture, un travail d'aiguille quelconque sont devenus absolument impossibles.

La marche est hésitante^ au point que la malade s'appuie sur les murs ou les meubles de sa chambre, quand existe le vertige.

lu' insomnie survint dès le début, mais ne fut pas rebelle à ce point qu'elle ne cédât au bromure de potassium combiné au chloral. Le sommeil ainsi provoqué est fréquemment troublé par des cauchemars) la malade rêve d'enterrements, il lui semble qu'elle est morte, etc. Elle se réveille alors en proie à de violentes palpitations. Celles-ci se produisent d'ailleurs spontanément dans la journée et sont survenues peu après le vertige, mais elles ne sont pas constantes.

Indépendamment de ces palpitations, la malade a éprouvé des névralgies intercostales aux quatrième et cinquième espaces du côté gauche, mais elle n'a jamais eu de symptômes d'angine de poitrine.

Elle sent depuis peu de temps, par intervalles, « quelque chose qui lui moule de Testomac à la gorge et qui la serre » .

Tristesse^ besoin de solitude, un certain degré û! irritabilité ^ mais sans colère.

Appétit et digestions absolument normaux.

La malade est pâle et a un peu maigri.

Le traitement a été des plus variés : toniques d^abord et sans succès ; antispasmodiques plus efficaces; mais l'état est encore à peu près stationnaire •

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