‹ De la névropathie cérébro-cardiaqueChapitre 9 sur 16 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

J'examinerai d'abord le traitement hygiénique , je désignerai ensuite le régime à suivre et arriverai en dernier lieu aux médicaments proprement dits .

La grande irritabilité du malade, son humeur changeante, son besoin de solitude, sa tristesse constante poussée parfois jusqu'au désespoir et aux idées de suicide, ses appréhensions excessives, l'état nerveux général enfin, qui est la résultante de toutes ses souffrances multiples, incessantes et prolongées, le rendent complètement insociable. Les soins les plus indispensables ne peuvent lui être donnés qu'avec des ménagements qui ne sont pas toujours faciles à obtenir d'un entourage dont le rôle, il faut le dire, est fort pénible. Ajoutez à cela que l'aspect du névropathe n'est point en rapport avec son état de souflErance et qu'il inspire facilement l'idée d'un malade imaginaire, appellation qui l'exaspère au plus haut point et entretient son irritabilité.

Je nei trouve pas inutile d'appeler l'attentioii

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sur ce côté moral de la situation qui a bien son importance. Sans entrer dans les détails que les particularités individuelles de chaque malade et ses conditions d'existence doivent déterminet», je dirai seulement qu'il faut le mettre à l'abri d'impressions pénibles ou douloureuses, lui épargner, dans la mesure du possible, toute contra-^ riété, et sans cesse relever son courage; mais il faut surtout combattre intelligemment sa mélancolie et ses appréhensions, et entretenir constamment en lui l'espoir, très-légitime et parfaitement justifié d'ailleurs, d'une guérison complète. Il lui faut, en un mot, des soins donnés avec une sollicitude sympathique et consolante.

Tout travail intellectuel devenant matériellement impossible, du moins au plus fort du mal, il serait oiseux de l'interdire; mais lorsque les symptômes s'apaisent et que le malade peut trouver dans une lecture, ou même dans des travaux intellectuels de courtes durée, une distraction agréable, je ne les défends pas : c'est une question de mesure. Il est une différence fondamentale entre l'usage qui distrait et l'abus qui excite et épuise.

Les malades qui attribuaient les accidents nerveux à des excès de travaux intellectuels s'étaient imposé, je l'ai dit déjà, des insomnies involon-

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taires et répétées afin de pouvoir prolonger les heures du travail; pour y parvenir, ils avaient recours à des boissons stimulantes, telles que café et thé à haute dose, sans compter que beaucoup d'entre eux faisaient en même temps abus de tabac; mais chez le plus grand nombre Tusage excessif de ces substances était une simple question d'habitude.

Il est parfaitement admissible, suivant moi, que l'action des boissons excitantes ingérées journellement, et restée presque inaperçue chaque fois, s'accumule en quelque sorte et se manifeste par des phénomènes d'intoxication à un moment déterminé. Ne voyons-nous pas que les choses se passent ainsi pour les boissons alcooliques? Le delirium tremens^ produit d'une intoxication lente et progressive, éclate le plus souvent brusquement, soit sans causes appréciables, soit, au contraire, à l'occasion d'une maladie intercurrente. Je ne suppose pas que la névropathie dont je m'occupe ici soit le delirium tremens des boissons excitantes, mais je ne peux méconnaître la large part qu'elles ont prise dans le développement de cette névropathie, dans sa recrudescence lorsqu'elle tendait à diminuer, et dans sa prolongation excessive. J'ai interrogé à ce sujet tous mes malades, sans exception, et je peux affirmer que presque tous ont fait

gi^and abus, ou au moins usage exagéré, de café, de thé, et quelques-uns de tabac, ou bien ils ont pris des médicaments excitants du même ordre, dont j'aurai à m'occuper dans un instant. Je m'empresse d ajouter que ces mêmes malades, à diverses époques de leur vie^ ont fait les mêmes abus sans en avoir éprouvé les mêmes inconvénients ; il faut donc qu'ils se soient trouvés à un certain moment dans des conditions de réceptivité morbide parti* culière pour que les substances irritantes aient pu ajouter leur effet aux causes physiques et morales, bien autrement puissantes, qui ont déterminé la maladie.

L'excitation causée par l'abus du café et du thé est d'observation vulgaire. Voici ce que dit, au sujet du café, Murray, cité par Trousseau et Pidoux, qui acceptent sa manière de voir {Traité de thérapeutique^ vol. II, p. 678, 8* édition. Paris, 1869) : « Hujus stimulo, calor anxietas, eordis palpitatio, pervigilia adscribenda, quœ quidam, imbecilliori systemate nervoso instructif a medico adeo, usu percipiunt, tantoque mànifestins quo saturatius decoctum fuerit. Insigniora mala emergunt excessu : cephalalgia, vertigo, tremor artuum^ pusillanimitas , exanthemata fa«- «iéi, etc., hystericum et hypochondriacum malum gignit et auget. »

Quant aux expériences physiologiques sur le café, elles se sont beaucoup multipliées dans ces dernières années. Je ne citerai que quelques expérimentateurs des plus récents. M. Leven (Action physiologique et médicamenteuse de la caféine^ in Archives de physiol.^ 1868) lui attribue une action excito-motrice sur la moelle. M. Méplain, dans une excellente thèse {Du café y Paris, 1868), résume et discute presque toutes les opinions émises jusqu'à lui; celles de Fauteur lui-même ont pour moi une valeur très-grande, appuyées qu'elles sont sur des expériences nombreuses et très-consciencieusement établies. « C'est, dit-il (p. 50), sur le système nerveux de la vie organique que s'exerce presque exclusivement l'action excito-motrice de la caféine aux doses modérées, et c'est aussi dans son ressort qu'apparaissent les premiers symptômes produits par les doses toxiques. Les effets les plus remarquables de l'excitation de ce système s'observent dans les appa^ reils de la circulation et de la digestion. La caféine excite en même temps les nerfs sympathiques du cœur et ceux des vaisseaux. » Comparant ensuite cette action à celle de la galvanisation des vasomoteurs, l'auteur énumère, dans ses effets sur les centres nerveux, Yischémie cérébrale réelle ou rela-^ tive, et Yischémie du bulbe. En augmentant là

tension artérielle, la caféine, suivant ce même auteur, donne lieu au ralentissement, à la petitesse et à la fermeté du pouls et « à la gêne de la cir-^ cuïation en retour » (p. 51), A ce dernier point de vue, M. Méplain est plus explicite dans une autre partie de sa thèse (p. 29) : « Deux causes concourent à produire cette augmentation de tension^ rhypercinèse ventriculaire d'une part, de l'autre la contraction de la tunique musculaire du système artériel. La caféine, en effet, imprime aux fibres de cette tunique une excitation analogue à celle que nous l'avons vu produire sur les muscles de Testomac et de l'intestin et sur le cœur: Cette contraction a pour effet de diminuer le calibre des artères; mais il s'en faut que cette diminution porte dans une égale proportion sur le calibre de tous les vaisseaux; très-peu prononcée sur les gros troncs, elle est considérable, au contraire, dans les rameaux de petit calibre, dans ces artérioles qui terminent le système à sang rouge et que souvent leur finesse fait, dans le lan-^ gage habituel , confondre sous un même nom avec les capillaires vrais. C'est là le fait d'une loi générale de la contractilité artérielle, loi découverte par Hunter, en vertu dé laquelle cette contractilité est de plus en plus grande à mesure qu'on observé des vaisseaux plus éloignés du cœur. L'histologie

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nous donne la raison de cette loi en nous montrant que rélément contractile prend, dans la structure des artères, une place d'autant plus importante que ces vaisseaux sont de moindre volume, au rebours de l'élément élastique, qui devient de plus en plus prédominant lorsque des capillaires on remonte vers l'organe central de la circulation. » Et plus loin : « Quoi qu'il en soit^ le résultat nécessaire de la contraction des artérioles et de celle des capillaires (si on Tadmet) est d'opposer à l'écoulement du sang dans les veines un obstacle considérable. C'est en effet là ce qui a lieu sous l'isfluence de la caféine comme sous celle de tous les agents vaso-moteurs. »

Il serait impossible de ne pas faire de rapprochement entre ces phénomènes, constatés expérimentalement et dus à l'action de la caféine, et l'interprétation physiologique que j'ai donnée de la névropathie cérébro-cardiaque; or, personne n'ignoré que l'action physiologique d'une certaine substance, qui, prise à dose modérée, serait inoffensive sur un individu en bonne santé, peut devenir action toxique éminemment nuisible sur ce même individu s'il se trouve dans des conditions d'opportunité morbide particulières. Et ce que je dis du café s'applique au même titre à l'usage du thé. L'analogie entre ces deux substances est trop

connue pour que j'aie à y insister; si elles diffèrent par quelques propriétés excitantes diffusibles, il n'en est pas moins vrai que leurs alcaloïdes principaux ont une action physiologique identique ou à peu près.

C'est en traitant du café (in Dict. encycL des sciences méd.^ t. XI, p. 505) que M. Fonssagrives dit : «Des feuilles de thé vert mâchées d'une façon en quelque sorte inconsciente, un jour de concours décisif, me procurèrent dans le principe un fonctionnement d'esprit très-actif, mais l'action du thé continuant à se développer, j'éprouvai à la fin de l'épreuve une chute absolue de l'activité cérébrale, avec des troubles sensoriels bizarres, parmi lesquels figurait Tobnubilation , qui alla un instant jusqu'à une cécité passagère. »

Il est très-probable que si l'action de cette minime quantité de thé n'était pas venue ajouter son effet à ceux de l'excitation cérébrale dus à la situation elle-même, les phénomènes toxiques ne se seraient pas produits. C'est ainsi qu'il faut évidem* ment comprendre la nocuité très-grande, voire môme démesurée , dans la névropathie cérébro cardiaque, du café et du thé, même à des doses modérées, et si je me suis si longuement étendu sur ce sujet, c'est que j'ai invariablement constaté cette influence nuisible et que je désire justifier

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la défense absolue de faire usage de ces substances à quelque dose que ce soit. (Le chocolat, qui a des inconvénients moindres que le café et le thé, quoique contenant un alcaloïde excitant, la théobromnie, doit aussi être mis de côté.)

Le vin, la bière et les liqueurs alcooliques de toute espèce rencontrent chez quelques-uns des malades une impressionnabilité tout à fait exceptionnelle. Il m'a été dit très-souvent qu'il suffisait d'une quantité fort minime de boisson alcoolique pour produire les premiers indices de rivresse ; cette susceptibilité peut être rapprochée de celle bien connue des abstèmesj mais elle n'existe pas toujours. Qu'elle existe ou non, je n'ai pas remarqué que le vin et la bière pris modérément, ou de petites quantités d'eau-de-vie, exercent une action nuisible sur mes malades, même sur ceux qui en sont passagèrement incommodés. Je défends par contre, certaines liqueurs contenant des macérations de plantes dont l'action physiologique n'est pas déterminée, mais que j'ai toujours vu produire un certain degré d'irritation qu'il est utile d'éviter.

Les rapprochements sexuels sont positivement nuisibles et doivent être supprimés, ou à peu près, pendant la durée de la maladie.

Une règle hygiénique sur laquelle j'insiste

beaucoup consiste dans le renouvellement incessant de l'air dans Tappartement. C'est dans le même ordre d'idées que je conseille les promenades fréquentes en voiture découverte et à pied ; pour le malade qui ne peut quitter son lit et dont le sommeil est encore profondément troublé, on obtient un apaisement réel en laissant ouvertes la nuit les fenêtres de sa chambre.

Le séjour à la campagne, et principalement à l'air vif des montagnes, est très-salutaire. Il me semble admissible que les altitudes considérables puissent agir favorablement sur la circulation capillaire par le fait de la diminution de la pression atmosphérique et la dilatation que celle-ci tend à produire sur les vaisseaux rétrécis. J'ai observé sur plusieurs de mes malades que le séjour pro-^ longé sur les grandes hauteurs de la Suisse et du nord de l'Italie convenait parfaitement. Les endroits que je recommande particulièrement sont i dans les Grisons, Saint-Mori tz-1 es- Bains (1 ,786 mètres) et les environs de la haute Engadine, tels que Samaden, Pontresina, Campher (de 1,740 à 1,800 mètres); dans le Valais, les bains de Loëche et de Morgins, Zermatt(de 1,400 à 1,550 mètres); dans la Valteline, les bains de Saint-Martin et de Bormio (de 1,450 à i ,550 mètres).

Les altitudes deTEngadine ont un climat très-

rude, même au cœur de Tété ; elles me semblent convenir plutôt au déclin des névroses qu'à leur début. Une bonne pratique consiste, lorsque la saison dans la haute Engadine est terminée, à ne pas descendre immédiatement dans la plaine; on fait un séjour d'une quinzaine sur le versant de la montagne. Le Prese, par exemple (1 ,000 mètres), admi^ rablement situé, à mi-hauteur de la Bernina.

Le séjour sur des montagnes très-élevées, pendant les mois les plus chauds de l'année, a cet autre avantage d'épargner au malade le surcroît d'agitation causé par les nuits chaudes.

Sur une hauteur n'excédant pas 2,000 mètres, la raréfaction de l'air n'est pas assez considérable pour que l'être vivant ne puisse pas suppléer par la fréquence plus grande des mouvements respiratoires à la quantité d'oxygène moindre prise à chaque inspiration; il ne faudrait donc pas croire qu'on respire moins d'oxygène que dans la plaine. Mais le séjour sur les hauteurs considérables n'étant possible au malade que pendant deux mois, trois au plus, il faut songer à le mettre pour le reste de l'année dans des conditions climatérîques différentes et pourtant favorables. Pendant l'automne, je recommande le climat exceptionnellement doux et constant du midi du Tyrol, notamment Méran et ses environs, qui offre à la fois l'air

vif des montagnes, la température chaude de Tltalie et une situation incomparablement belle ; la proximité de l'Adriatique permet de se rendre facilement à Venise, oii le climat est doux au moins jusqu'à la fin de novembre, mais plus rarement en hiver. Pendant les mois les plus froids de Tannée, ce sont essentiellement les contrées du midi de la France qui conviennent; il serait inutile d'en parler en détail, les particularités climatériques inhérentes à chaque localité du littoral de la Méditerranée étant très-connues; je recommande particulièrement Cannes et Menton, et Pau pour les malades qui ne supportent pas l'air excitant de la mer. Il est assez fréquent, en effet, qu'au bord de la mer les nuits deviennent plus agitées, que les névralgies, mais notamment l'angine de poitrine, subissent une véritable recrudescence; il suffit alors de s'éloigner de quelques lieues du littoral, parfois de quelques kilomètres seulement, pour apaiser cet état.

Les inhalations d'oxygène pur, répétées plusieurs fois par jour, peuvent suppléer jusqu'à un certain point au grand air, dans la période la plus intense de la maladie, et lorsque le patient est encore obligé de garder la chambre ou même de rester au lit.

J'ai retiré le plus grand bénéfice des bains

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tièdes prolongés et journellement répétés (avec ou sans infusion de calmants); ils apaisent Tirritabilité et les névralgies et produisent du sommeil. Je les conseille ordinairement de deux à quatre heures de durée, pris le soir, continués pendant plusieurs semaines, repris après un certain intervalle de répit, et ainsi de suite. Un de mes malades s'était si bien trouvé de cette pratique, qu'il prolongea successivement son séjour dans l'eau et finit par y rester quinze à dix-huit heures par jour sans en sortir, et cela à plusieurs reprises, pendant quelques semaines de suite chaque fois (observation XXXVIII) (1).

J'ai employé les bains turcs (étuve chaude et sèche), suivis d'ablutions froides. Voici le mode d'exécution que j'ai adopté : le malade se place d'abord dans l'étuve sèche, dont la température est successivement portée de 40 à 70 degrés; la température du corps se trouve élevée après vingt-cinq minutes à environ SO^'S ou 40 degrés (dans l'aisselle); la transpiration est aïors profuse, le pouls très-accéléré (140 à 160), la respiration

(1) Cette pratique ayant guéri le malade d'une sciatique intolérablement douloureuse^ j'ai employé les bains prolongés plusieurs fois depuis, avec un bénéfice remarquable, dans la sciatique franche non compliquée de névrose. J'appelle l'attention des praticiens sur ce moyen de traitement de la sciatique , qui est à la fois très-efficace et complètement innocent.

n'augmente pas de fréquence dans la même proportion (24 à 28); le malade reçoit ensuite Teau froide (15 à 18 degrés) en pluie pendant environ une minute, se repose pendant une heure, rentre ensuite dans Tétuve et reçoit de nouveau la douche. Cette pratique est renouvelée tous les deux jours pendant quelques semaines ; on en obtient un bénéfice réel qui se rapproche de celui que donnent les bains prolongés. Quant aux bains de vapeur proprement dits, ils ne réussissent pas.

De tous les moyens mis en usage, c'est l'hydrothérapie à eau froide qui a été le plus fréquemment employée; elle est d'une utilité incontestable. Je crois nécessaire de graduer la température de l'eau et de commencer son application par 20 ou 18 degrés centigrades; on peut ensuite progressivement descendre jusqu'à la température de l'eau de source (la température d'une source est approximativement celle de la température moyenne du pays où elle jaillit). De toutes les formes d'administration de l'eau froide, c'est la piscine et le drap mouillé que je préfère; la douche en colonne ou en pluie, mais surtout la douche en cercles et à température très-basse produisent des effets incontestablement excitants, au moins pendant les premiers temps; on peut y recourir avec succès au déclin de la maladie.

Les bains froids à eau courante sont d'une véritable utilité; lorsque le courant est très-fort, on obtient les effets de l'hydrothérapie la plus puissante; j'ai observé cela sur deux de mes malades qui prirent des bains à Genève, d'abord dans le Rhône à sa sortie du lac, où le courant est trèsrapide, et ensuite dans TArve, rivière véritablement torrentielle près de Genève, et dont la température n'excède guère 6 ou 8 degrés centigr., même au cœur de l'été. Je ne conseille l'usage de ces bains que vers la fin de la maladie et lorsqu'il s'agit déjà plutôt de tonifier que de calmer. Il est du reste toujours nécessaire de prévenir les malades que l'usage de l'eau froide au début du traitement aggrave leur situation : le bénéfice ne commence à se produire qu'après plusieurs semaines.

L'électricité à courant intermittent m'a donné quelques effets contre certaines névralgies, la sciatique, par exemple. J'ai employé avec certain avantage l'électricité à courant continu, en me proposant surtout de combattre Tangine de poitrine : un des rhéophores est appliqué à la région du cœur, de préférence au niveau du plexus cardiaque, et l'autre au cou, sur le trajet du pneumogastrique gauche.

J'arrive finalement aux médicaments propre-

ment dits. Une des caractéristiques thérapeutiques les plus marquantes est Timpressionnabilité excessive de nos malades à la médication névrosthénique, et leur tolérance très-grande pour la médication antispasmodique. Tout ce qui excite le système nerveux, ne fût-ce même qu'à titre de simple tonique, aggrave les accidents; les calmants névriques, au contraire, les apaisent invariablement.

Parmi les névrosthéniques, le plus puissant est évidemment le quinquina, ses diverses préparations et son principal alcaloïde. La débilité et la pâleur de quelques-uns de nos névropathes et les recrudescences à forme quasi-intermittente qu'affectent souvent les symptômes, ont été la cause de l'administration de la médication tonique et anti-périodique. Or, j'affirme de la fagon la plus absolue que les accidents ont toujours été aggravés par cette médication, qui, employée même avec la plus grande précaution, produit de véritables phénomènes d'intoxication. Si insolite que soit ce fait, j'affirme l'avoir bien observé et avoir vu que des doses modérées de vin de quinquina, par exemple, ont donné lieu à des phénomènes d'intoxication analogues à ceux qui se produisent par des hautes doses de quinine. Il serait donc inutile de dire que cet alcaloïde lui-même est

absolument contre-indigué dans la névropathie cérébro-cardiaque. Les propriétés physiologiques du quinquina et de ces alcaloïdes sont trop connues, leur action stimulante sur Taxe cérébrospinal et sur la circulation par l'intermédiaire des nerfs vaso-moteurs est trop bien établie pour que j'aie à y insister; j*ai, d'un autre côté, trop souvent dit quelle est la part d'action de l'excitation des centres nerveux dans la névropathie cérébro-cardiaque pour avoir à justifier ma conviction que la médication dite névrosthénique ou tonique est nuisible à nos malades. Si je reviens si souvent sur ce point, c'est que dans presque tous les traités classiques l'administration névrosthénique, mais notamment l'usage des diverses préparations de quinquina et de quinine, est préconisée pour toutes les maladies nerveuses; mes malades, qui avaient rencontré un grand nombre d'observateurs, en avaient pris beaucoup. Quant à moi, ce n'est qu'après avoir souvent observé et expérimenté comparativement que je suis arrivé à la conviction exprimée ici d'une manière si catégorique.

Les préparations ferrugineuses, sans être positivement nuisibles, m'ont donné plutôt des résultats négatifs, excepté dans les cas oîi la névropathie cérébro-cardiaque se produisait chez les.

chlorotiques ; il est nécessaire de joindre alors aux médicaments appropriés une nourriture substantielle. Je dirai à cette occasion que les troubles dyspeptiques, presque constants au début de la maladie, sont utilement combattus par les alcalins, mais notamment la craie préparée et le bicarbonate de soude. Les eaux de Vichy et de Vais sont prises avec avantage. Dans les cas où la digestion est particulièrement troublée, j'ai fait prendre deux litres de lait par jour, et même davantage, et six à dix œufs crus. Cette alimentation, qui au besoin peut être exclusive pendant plusieurs semaines, réussit d'une façon étonnante, eu égard aux troubles digestifs.

La noix vomique, la strychnine, augmentent invariablement les accidents nerveux.

Les solanées vireuses (je n'ai expérimenté que la belladone et la jusquiame) augmentent le vertige sans bénéfice pour les autres symptômes.

La médication palliative n'est pas moins difficile à trouver que la médication curative. L'opium et ses alcaloïdes deviennent bientôt impuissants, à moins d'en augmenter successivement la dose, et alors, si Ton parvient à amoindrir un peu les névralgies et à combattre l'insomnie, on augmente les troubles sensoriels et l'état vertigineux.

Le bromure de potassium et le chloral agissent

approximativement dans le même sens, ils m'ont paru cependant préférables à l'opium et à ses alcaloïdes, et dans quelques cas ils ont donné de bons résultats. Dans les moments de la plus grande intensité des accidents douloureux et des insomnies, il serait presque impossible de ne pas employer les narcotiques, mais il importe toujours de le faire avec modération, attendu que Ton est en face d'une maladie chronique et qu'il s'agit de ne pas épuiser trop vite l'action des narcotiques.

Ce sont les antispasmodiques seuls qui m'ont donné de véritables résultats.

\J assa-fœtida fat employée à la dose de 2 à 10 grammes, administrée de préférence en lavements; on peut lui associer d'autres gommesrésines des ombellifères (pilules de Murray, par exemple), à peu près aux mêmes doses, et ajouter quelques gouttes de laudanum lorsqu'ils tendent à produire la diarrhée, ce qui est très-fréquent. Le musc et l'ambre gris (25 centigr. à 1 gr.) offrent des avantages incontestables. La potion avec les substances fétides du Codex, prise par cuillerée toutes les heures au moment des grands accès, produit aussi une sédation marquée. Comme boisson, l'infusion de fortes doses de fleurs d'oranger, de tilleul, de racine de sumbul, ne sont pas sans

action. L'éther m'a réussi quelquefois, d'autres fois, au contraire, il produit de l'agitation; le chloroforme en inhalation a été employé par un de mes malades qui, de celte façon, parvint, non sans danger, il est vrai, à apaiser lui-même ses accès d'angine de poitrine (obs. XXXVIII). De tous les antispasmodiques, c'est la valériane que j'ai le plus souvent conseillée; trois ou quatre tasses d'infusion de racines concassées prises habituellement, et l'extrait ou la poudre à la dose de 2 à 10 grammes administrés seulement au moment des recrudescennces ont bien réussi. Un de mes malades, dans un moment de violent accès, prit à la fois onze gros bols d'extrait de valériane dont l'ensemble représentait 44 grammes ; il n'y eut presque pas de phénomènes d'intoxication ; l'accès fut apaisé. La poudre de valériane est plus active que l'extrait, mais à haute dose elle cause de la pesanteur d'estomac et de l'inappétence; c'est pour obvier à ces inconvénients que j'emploie un saccharure fait avec la macération éthérée de la poudre , qui garde toutes les propriétés de la substance, mais dégagée de son ligneux indigeste , et qui m'a donné de bons résultats.

Ici se termine mon exposé. J*ai cherché dans un grand nombre d'auteurs anciens et modernes des faits analogues à ceux que j'ai recueillis; il résulte de Tensemble de mes recherches que, sous des dénominations très-diverses, on trouve des observations ou parties d'observations rappelant d'une manière plus ou moins éloignée les miennes. L'afifection nerveuse que je viens de décrire est très-fréquente ; des malades comme ceux dont j'ai relevé l'histoire, et d'ailleurs les miens eux-mêmes ont été vus par d'autres observateurs, mais ce que je peux affirmer, c'est que chacun de ces malades pris isolément a rencontré autant d'interprétations que d'observateurs.

Dans le chapitre consacré au diagnostic différentiel, j'ai mis en avant quelques-unes de ces interprétations, mais je n'ai pas cru devoir les relever toutes. Plusieurs de mes malades ont été considérés comme atteints d' « irritation spinale » ou de « faiblesse irritable » ; si je n'ai pas établi un diagnostic différentiel avec cette affection, c'est que, telle qu'elle a été décrite, elle me semble trèsinsuffisamment délimitée. L'analyse attentive des observations publiées soas ces dénominations m'a conduit à cette conviction que les affections nerveuses les plus diverses et les plus disparates, depuis la simple pleurodynie jusqu'à l'hystérie

légitime, ont été confondues ensemble; les malades dont je viens de faire l'histoire y ont également fourni leur contingent. Il eu est de cette appellation d'irritation spinale ou de faiblesse irritable, comme de celles beaucoup plus générales mais encore plus mal définies d' « état nerveux » , de « névrose protéiforme » , de « mobilité nerveuse » , d' « état spasmodique » , de «nervosisme » , qui, vu leur immense élasticité, tendent à englober pêle-mêle toute la pathologie des névroses.

Les maladies nerveuses, plus que toutes les autres, ont ce caractère commun entre elles d'emprunter des traits caractéristiques essentiels à Tindividu même qu'elles atteignent; or, Tanatomie pathologique faisant le plus souvent défaut, — c'est là aussi mon cas — il devient extrêmement difficile de reconnaître le type de ces maladies et d'établir une classification. Quiconque s'est trouvé en face de malades dont les fonctions du système nerveux sont seules en jeu comprendra ma remarque.

Lorsqu'on a relevé attentivement des centaines d'observations, lorsque, avec la plus grande attention, on a essayé d'analyser toute cette masse d'impressions subjectives qu'il faut écouter, on est facilement pris de découragement : c'est là évidemment ce qui a conduit à ces dénominations som-

maires dans lesquels on peut ranger tous les phénomènes morbides du système nerveux, quels qu'ils soient.

J'ai essayé, quant à moi, de dégager de ce chaos une unité pathologique et je Tai décrite. Il m'a semblé utile de démontrer que ide cette masse informe d'accidents nerveux disparates, on peut dégager une entité morbide très-nettement caractérisée, afifectant un type et une marche invariables. J^ai conçu en même temps l'espoir que la nature de cette affection nerveuse déterminée, et le diagnostic rendu facile, les malades seront mis à l'abri de traitements intempestifs, inutiles ou nuisibles, auxquels conduit une interprétation erronée.

Il est devenu incontestable pour moi qu'au point de vue de la symptomatologie et du pronostic comme à celui de la physiologie pathologique, l'affection que je décris a des caractères tellement tranchés, qu'il sera aisé à tout observateur de la reconnaître, et je ne doute pas que des observations nombreuses ne viennent de toutes parts se ranger autour de celles contenues dans ce livre.

t CÉRÉBRO-CARDIAQUE.

liire particulièrement ressortir la qualification.

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Homme de

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3" Troubles de la circulation, angine depoitrine état syncopal.

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