C." de Sd-AULAIRE
Londres, ce 15 décembre 1846.
Il nous est impossible de ne point offrir ici au C.te de S.'-Aulaire l’expression d'une reconnaissance toute personnelle et particulière de la manière si claire et complète dont , au milieu de tant et de si graves occupations , il a bien voulu apporter son noble témoignage que nos gentilshommes ne sont point des bourgeois ; et de la grâce et empressement qu’il a mis à répondre aux importunes questions d’une personne qui n’avait point l’honneur de lui être connue. Il n'y a point un seul membre de la Gentry qui ne fût heureux de pouvoir lui offrir le tribut de ses plus vifs et sincères remercîmens.
Lettre du duc de Nouilles.
« Veuillez, Monsieur, excuser le retard que j’ai mis à répondre à la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire : une longue absence et un grand dérangement de santé en ont été cause.
» Il n’est, en effet, aucune personne instruite qui
ne respecte et ne considère la noblesse Anglaise , bien que tous ses membres n’ajoutent pas de titres à leurs noms ? à Y égal de la noblesse continentale. Sa destinée différente et, sous un certain aspect plus nationale que celle du continent, en ce qu’elle s’est fondue davantage avec la nation , a pu tromper à cet égard quelques esprits peu attentifs.
» La succession des événemens en a fait plus qu’a illeurs, une aristocratie politique, qui, mêlée au reste du pays, a moins formé une caste qu’une sorte de magistrature; et, fondant sa puissance sur les mœurs même du peuple Anglais, est parvenue par là à le gouverner. Cette grande destinée lui donne une attitude nationale et importante qui en forme le caractère collectif et puissance, supérieurs aux litres qui, ailleurs, ne sont plus que le souvenir d’une existence passée.
» Yeuillez croire, Monsieur, que je saisis avec empressement cette occasion de vous offrir l’assurance de ma considération la plus distinguée.
Le Doc de A OA! LL ES.
Ce 15 mars 1847.
Le comte d’Orsay , à qui nous nous sommes adressés , et dont l’opinion aurait un poids tout particulier par sa haute position dans l’aristocratie Anglaise , dont personne ne comprend mieux ou si bien les mœurs et usages , comme personne ne sait mieux que lui allier à de rares taie ns des manières plus éminemment distinguées , nous a fait l’honneur de nous répondre par deux lettres pleines d'intérêt sur cette question ,
qu’il décide entièrement et complètement dans le sens que nous lui avons attribué. Le comte de Noë a eu l’obligeance de nous envoyer aussi son adhésion motivée par de longues et d’intéressantes considérations; mais, après y avoir mûrement réfléchi, nous nous sommes décidés à ne point profiter de leur permission de rendre leurs lettres publiques , par la raison que leur opinion , si décisive qu’elle soit , et qu’elle dût être pour les gens de bonne foi , pourrait cependant , paraître entachée d’anglomanie aux yeux de ceux qui, api’ès avoir refusé notre compétence comme parti trop intéressé , pourraient bien refuser la leur comme parti prévenu.
Notre tâche est maintenant finie , et nous déposons la plume que nous avons trop témérairement prise en exprimant l’espoir que notre insuffisance n’aura point affaibli la cause que nous avons voulu défendre ; que nous eussions voulu défendre mieux encore et d’une manière plus complète ; mais qui est trop bonne par elle-même pour souffrir de notre faiblesse, pas plus quelle ne saurait souffrir dans ses droits par les attaques de ses adversaires , même dans un siècle aussi matériel que le nôtre , et si peu bienveillant pour les choses et souvenirs du passé. Du reste , en réclamant pour la Gentry des trois Royaumes ses droits héréditaires et inaliénables, nous n’avons point voulu devenir l’apologiste des erreurs et fautes que l’on se plait
à reprocher à la noblesse en général ; si nous ne la croyons pas telle que ses ennemis l’ont dépeinte , nous ne pensons pas non plus qu’elle soit aussi parfaite que ses amis veulent qu’elle air toujours été : quel est le grand corps social qui n’ait abusé plus d’une fois, et longuement peut-être , des immunnités qui ne le rendaient responsable qu’à Dieu et à sa conscience ? Mais si les classes privilégiées ont commis des fautes — des crimes même , si on le veut , — est-ce que les classes populaires n’en ont point commis quand, à leur tour , elles avaient en main une puissance terrible ? C’est une triste et une mauvaise chose que de pousser loin ces fouilles dans les profondeurs des passions humaines. Les Classes comme les partis, les partis comme les hommes, auraient de sanglantes représailles à se faire une fois entrés dans les voies des récriminations mutuelles. — Tirons un voile sur nos erreurs , nos fautes communes, et que celui qui est sans reproche jette la première pierre contre ses adversaires ! !
Pau, Typographie de É. Vignancovjp.
•' rïi