HONNEURS DÉCERNÉS PAR LES SOLDATS A LEURS CHEFS
Nous avons passé en revue les récompenses que les inférieurs recevaient des généraux;
1 Liv. xxvi, 49.
Yoici celles que les commandants et les généraux eux-mêmes pouvaient recevoir de leurs soldats.
Après une bataille heureuse , le jour même^ sur le champ couvert de plusieurs milliers d'eanemis morts ou blessés , ou le lendemain, dans le camp , l'armée décernait par acclamation le titre à'imperator em général*. Auparavant on ne l'avait appelé que du nom de sa dignité, préteur ou consul, ou simplement dux. Le titre d'imperor tor lui restait désormais, et il ne pouvait le recevoir de nouveau dans la même campagne, quels que fussent ensuite le nombre et l'importance des victoires ^
Nous verrons tout à l'heure qu'à l'armée n'appartenait pas exclusivement le privilège de proclamer Yimperator.
S'il arrivait, et cela s'était vu plus d'une fois, qu'une cohorte, une légion, une armée surprise par l'ennemi ou engagée volontairement par devoir dans un mauvais pas , n'eût d'autre alternative que de se rendre ou de périr, et si le commandant de la troupe cernée parvenait, par un habile stratagème et un prodige de vigueur, à la dérober victorieusement au danger, ou si ,
{. Dio, XLIII, 44 ; Appian., Belh civ., Il, 44. 2. Dio, LX, 2i.
CHEZ LES ROMAINS. m
d'autre part , un général à la tête d'un corps de troupes Tenait forcer l'ennemi de se retirer et d'abandonner sa proie , alors , avec l'herbe arrachée à la terre même sur laquelle ils auraient dû succomber, les soldats tressaient une couronne pour leur libérateur : on la nommait obsidionale *• C'était, à vrai dire, une couronne civique multipliée par le nombre de têtes sauvées de l'esclavage ou de la mort. Il n'y a dans toute l'histoire qu'un seul centurion qui l'ait eue ; ce fut Petreius Atinas, pendant la guerre des Cimbres ^ Des tribuns de légion la méritèrent quelquefois; quelquefois aussi des consuls la joignirent à l'or de leur couronne triomphale plus illustre , plus enviée, mais moins rare, moins véritablement honorable ; car cette poignée d'herbe (graminea corona) était le prix d'un grand bienfait pour l'humanité, et non du sang versé ; il ne fallait pas la solliciter, la briguer ; elle était offerte par l'enthousiasme. La plus magnifique, la plus mémorable qui ait jamais ceint le front d'un vainqueur, fut celle que le sénat et le peuple romain présentèrent à Fabius Maximus pour avoir délivré Rome, qu'assiégeait Ànnibal ^
{. Liv., vu, 37; Plin., Hist., XXH, 4, b; A. Gell., l c. 2. Plin., L c, et cap. C.
3* PuN., /. c
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