‹ De la noblesse et des récompenses d'honneur chez les RomainsChapitre 128 sur 147 · ID., Verr., m · texte numérisé non relu

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cution seule changea ; changement immense et insensible, ou du moins assez habilement dissimulé pour offrir toutes les facilités possibles à la bonne volonté de se laisser abuser. Tout ce qu'Auguste voulait abolir, il ne le supprimait pas, il le laissait tomber de soi-même; tandis que les innovations s'enveloppaient d'une parure d'antiquité, et pouvaient, d'un côté ou d'un autre, se réclamer dû more majorum. César lui avait merveilleusement préparé les voies par ses réformes imposées avec hauteur et comme de vive force. Auguste, en le continuant, semblait revenir à l'ancienne république.

On a vu plus haut (page 184) que, pour le triomphe, un général devait entrer dans Rome accompagné de ses légions et des troupes alliées, et qu'il fallait qu'un décret du peuple le revêtit pour ce jour-là de Yimperium. Un si grand éclat aurait pu offusquer une puissance jalouse et faible. Ce commandement absolu, quoique éphémère, pouvait être inquiétant. Auguste laissa subsister cet usage tout républicain pendant les premières années de son règne ; il sembla même le favoriser : Suétone rapporte qu'il y eut plus de trente généraux qui triomphèrent à sa recommandation *. Balbus le jeune fut, dit-on, le

1. SuET., A^/gf., 38, Justos triumphos,,, decetnsnda cutavit.

204 LES RÉœMPENSES D'HONNEUR

dernier, Tan 735 ; il avait dompté les Garamantes, et reculé les frontières de l'empire en Afrique ^ Mais cinq ans après. Agrippa rangea sous l'obéissance de Rome les nations du Bosphore, et n'envoya point au sénat, selon la coutume, la relation de sa campagne dans un message enveloppé de lauriers; et quoique le sénat, sans doute par envie de plaire à Auguste, autant que par justice, eût décrété le triomphe, Agrippa s'abstint d'en célébrer la fête^ Cette conduite modeste et discrète servit d'exemple aux autres, et fit loi désormais ; loi d'autant mieux établie, que, deux ans après, Auguste ne permit point à Tibère même, qu'il avait nommé son gendre à regret, de jouir de cet honneur, que le sénat lui avait décerné ^ Il en fut de ce changement comme de tous ceux qui s'introduisent par l'usage, et non par une loi expresse. La volonté du gouvernement ne se manifestait pas, elle se déguisait sous de faux semblants ; on affectait quelquefois d'accepter, de tolérer par le silence ce qu'on avait désiré, quelquefois même d'en paraître mécontent. Tibère adressa des reproches à plusieurs consulaires, placés à la tête des armées, pour n'avoir pas envoyé au

{. Plin., Eisty V, 5. SoLiN., cap, 28.

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