‹ De la noblesse et des récompenses d'honneur chez les RomainsChapitre 135 sur 147 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

mÉoomrssaxs militaikes

Les récompenses d'un ordre secondaire, qui descendaient josqo'aux soldats, ne pouvant pas être détournées si aisément de leur destination primitive, se garantirent mieux de la coiruption.

Distinguons toujours dans ces dana militaria deux classes, entre lesquelles Auguste mettait une grande différence : d'une part, les colliers et les parures en or et en argent, ajoutez, les lances sans fer ; d'autre part, les différentes espèces de couronnes, auxquelles s'attachait un plus grand honneur, et dont il se montrait avare *, n'ayant nul égard à la faveur dans le choix de ceux qu'il en gratifiait, et les donnant même à de simples soldats, ajoute Suétone ^ Même à de simples soldats ! Tite-Iive, en parlant des temps de Scipion et de Paul-Emile, n'aurait pas fait une pareille remarque. Remarque-t-on

î . Dona militaria aliquanto facilita, phaleras et torques et quidquid auro argentoque eonstarety quam vallares ac murales eoronas, quœ honore prœcellerent, dabat; has quam pardssime, et $ine ambitione... tribuit. Suet., Aug., 25.

2* Sœpe etiam caligatis, Scet., /. c.

les faits ordinaires, communs? Tacite laisse entrevoir un sentiment pareil à celui de Suétone, quand il rapporte que le soldat Rufus Helvius mérita, sous Je règne de Tibère, une couronne civique *. Déjà dans le siècle de Tacite, la discipline était bien changée. Les légions ne se remplissaient plus, comm^ autrefois, de vrais citoyens, qu'elles refondaient dans la population urbaine, dans le sein de la patrie, après chaque campagne, pour les prendre de nouveau, retrempés dans les mœurs nationales, et portant dans l'obéissance militaire la religion du serment et la dignité civile. C'était désormais une milice permanente, une troupe soldée.

Et comment s'étonner que les idées aristocratiques se fussent élevées dans l'esprit des chefs, tandis que la cupidité déprimait l'âme de ces mercenaires, qui estimaient le commandement à ses libéralités? C'est depuis l'empire, que l'or, l'or monnayé , sous forme de récompenses pour tous, se substitua aux couronnes pour le petit nombre des meilleurs entre les braves. C'est alors que s'établirent les gratifications, préférées de beaucoup aux insignes d'honneur, et que l'on créa le nom du dona-

\ . Rufus Helvius, gregarius miles, servati civis decus retulit. Ann.y m, 21.

210 LES RÉCOMPENSES D'HOiNNEUR

tivum\ ce prix d'une fidélité douteuse et menaçante, ce levain de sédition, cette rançon des princes. Dès qu'on achète les corps de troupes, on n'a plus guère à honorer les soldats* d'élite. Suivez, dans l'histoire, le progrès de la dégénération; vous arrivez au temps où l'on marque d'un signe indélébile les recrues % comme les chevaux de nos régiments ; et la levée des recrues s'est convertie en une contribution imposée sur les biens et sur certaines conditions ^ Vient enfin la nécessité de faire garder l'empire par des troupes de barbares, jusqu'à ce que, las de le garder, ils s'en emparent eux-mêmes.

L'entraînement des objets et des réflexions nous a jetés au-delà de notre propos. Je voulais montrer comment, à dater du règne d'Auguste, l'autorité judiciaire, en matière rémunératoire, pour les armées, s'était transférée du camp dans le palais impérial, par les concessions du respect ou de la flatterie. Quelques récits des historiens sembleraient contredire cette assertion ; ils l'appuient, pour peu qu'on sache les interpréter.

Page 1